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Analyse

Quand les salles de classe deviennent champs de bataille
Par
Makram Rabah
Publié
avr. 14, 2026 - 17:58

Au Liban, l’éducation est censée libérer les esprits — les proxies de l’Iran en ont fait une arme. Le Liban s’est longtemps targué d’une conviction rare dans la région, faisant de l’éducation une voie plutôt qu’un privilège. Le Liban est un pays où, malgré les guerres, les effondrements successifs et la déliquescence politique, des parents rassemblent encore le peu qu’ils ont pour envoyer leurs enfants à l’école. Un pays dont les salles de classe ont historiquement produit des médecins, des ingénieurs, des écrivains et des penseurs, pas des martyrs pour les Gardiens de la révolution iranienne. Les chiffres disent une partie de cette histoire. Le Liban affiche l’un des taux d’alphabétisation les plus élevés de la région, avoisinant les 98 %. Pendant des années, il figurait parmi les premiers pays au monde pour la qualité perçue de son enseignement. Les mathématiques et les sciences n’y sont pas dispensées comme des luxes, mais comme des nécessités, souvent en anglais ou en français dès le plus jeune âge. L’éducation, ici, ne se réduit pas à l’acquisition de savoirs ; elle est affaire de mobilité, de dignité et d’émancipation — du sectarisme, de la violence, des limites étouffantes que la géographie impose.

La catastrophe comme image
Par
Rita Barotta
Publié
avr. 13, 2026 - 14:00

Des centaines d’images, chaque jour. Le gris comme teinte dominante, parfois une irruption d’orange, un cahier à colorier, une poupée. D’autres fois, les images nous parviennent maculées de souvenirs, ceux d’inconnus que nous ne connaissons pas, qui ne nous connaissent pas, et qui, peut-être, ne reconnaissent plus les leurs. Des mémoires en suspens. Des éclats furtifs sur les écrans des téléphones. Des fragments qui défilent, à la télévision, sous un bandeau rouge rédigé à la hâte, saturé d’approximations, où un nom de lieu est jeté comme gage de précision. Ou encore des séquences brèves, pensées pour entretenir la continuité d’un flux sans cesse relancé.

La question chiite
Par
Centre Libanais de Recherches et d'Études
Publié
avr. 13, 2026 - 13:35

Il existe désormais une «question chiite» qui se pose avec force dans la réalité arabe, une réalité qui n’est pas isolée de son environnement régional, ni des politiques des grandes puissances. Certains estiment que la «question chiite» révèle, dans certaines de ses manifestations et de ses circonstances, un affaiblissement ou un ébranlement de la loyauté des chiites arabes envers leurs États nationaux, sous l’effet d’un centralisme iranienne qui cherche à étendre son influence dans la région arabe en exploitant les failles existantes et en en creusant de nouvelles dans les fondements mêmes de ces États.

Pourparlers avec Israël: Beyrouth prive l’Iran de la carte libanaise
Par
Michel Touma
Publié
avr. 11, 2026 - 19:00

Pendant que certains habitants de Beyrouth continuaient vendredi, 10 avril, d’inspecter les secteurs durement frappés mercredi par l’aviation israélienne, dans le cadre d’une attaque-surprise contre des cadres du Hezbollah implantés dans divers quartiers de la capitale, les raids aériens se poursuivaient au Sud contre plusieurs villages de la zone méridionale du pays. L’un de ces raids a fait 12 tués (des agents de la Sécurité de l’Etat), à Nabatiyeh. Mais en l’absence de développements majeurs au niveau des opérations militaires, ce sont les négociations directes entre le Liban et Israël, prévues au début de la semaine prochaine à Washington, qui focalisent au stade actuel l’attention des milieux diplomatiques et politiques locaux.

Liban: le prix de la guerre et l'État en suspens
Par
Ziad Abdel Samad
Publié
avr. 8, 2026 - 18:45

Depuis l'embrasement militaire récent aux frontières du Sud, le Liban s'est retrouvé au cœur du tableau régional en tant qu'espace de confrontation ouverte, ravivant des interrogations anciennes sur son rôle, les limites de son pouvoir de décision et sa capacité à absorber le coût d'un engagement dans des conflits qui le dépassent. Dans ce contexte, une question fondamentale s'impose: comment évaluer le bien-fondé de cette confrontation d'un point de vue strictement libanais, au regard des conséquences qu'elle a engendrées sur les plans militaire, économique et social? Les données de terrain indiquent un coût considérable. De larges pans du Sud ont subi des dommages graves touchant les infrastructures ainsi que les biens et propriétés privés, tandis que des vagues de déplacement interne ont concerné des centaines de milliers d'habitants, alourdissant encore les charges pesant sur les régions d'accueil et sur un État déjà aux prises avec une crise économique et financière profonde. Des secteurs productifs essentiels, l'agriculture et le tourisme au premier chef, ont par ailleurs été durement affectés, au moment précis où l'économie libanaise aurait eu besoin du moindre espace de redressement.

Sommes-nous proches de la fin de la guerre en Iran?
Par
Jacques Mechelany
Publié
avr. 7, 2026 - 18:49

Trente-neuf jours après le début de la guerre, la question qui plane désormais sur le Moyen-Orient n’est plus de savoir si ce conflit transformera l’Iran. Il l’a déjà fait. La véritable question est de savoir si nous approchons du moment où la guerre passera de sa phase destructrice à sa phase politique — ce moment où les conflits atteignent historiquement leur point culminant et où commencent à émerger les fondations de l’ordre d’après-guerre. Chaque guerre suit une trajectoire brutale mais reconnaissable. D’abord vient le choc. Puis l’escalade. Puis la dévastation. Et finalement — lorsque les coûts humains, économiques et politiques deviennent insoutenables — commence la recherche d’un nouvel équilibre.

Guerre Iran-USA: quels intérêts?
Par
Mona Fayad
Publié
avr. 5, 2026 - 12:28

Ceux qui ont étudié la guerre, à l'image de Gaston Bouthoul ou de Marvin Harris, n'ont jamais circonscrit leur analyse à la seule dimension géopolitique immédiate. Ils ne se contentaient pas de demander «pourquoi a-t-elle éclaté?», mais posaient aussi «que produit-elle? » et «qui sert-elle?». Car les sociétés, lorsqu'elles se révèlent incapables de résoudre leurs contradictions internes, tendent à les exporter vers l'extérieur, et la guerre se transforme alors en moyen de réorganiser l'espace intérieur par le biais d'une violence orientée vers l'extérieur. Cette approche autorise une lecture des guerres contemporaines qui échappe à leur réduction à la sphère militaire ou géopolitique. Le conflit qui embrase aujourd'hui le triangle irano-américano-israélien ne peut se comprendre ainsi comme un simple affrontement d'influence ou une dissuasion mutuelle. Il faut plutôt le saisir comme un processus complexe aux fonctions multiples, visant à consolider des légitimités intérieures en crise et à redessiner les équilibres régionaux, tout en produisant des récits de mobilisation qui redéfinissent simultanément l'ennemi et le soi.

L'État et les armes illégales au Liban
Par
Kassem El Saddik
Publié
avr. 2, 2026 - 15:54

Le débat sur le monopole des armes par l'État au Liban n’est plus une simple question de souveraineté ou de légalité, mais est devenu un véritable test sur la capacité de l'État à accomplir ses fonctions régaliennes. La problématique a ainsi dépassé le stade du principe lui-même, qui fait l'objet d'un consensus théorique quasi unanime: à savoir que ce qui fait défaut, ce sont les leviers internes et la vision stratégique nationale susceptibles de le rendre applicable, dans un contexte d'imbrications régionales profondes et d'une fragilité économique et institutionnelle sans précédent. L'absence de trajectoire claire, la persistance d'une politique de temporisation et l'érosion du facteur temps pourraient bien constituer, à elles seules, la menace la plus grave pesant sur la stabilité du Liban et l'avenir de son État.

Le Liban, entre spirale de la violence et recomposition de la société
Par
Mona Fayad
Publié
mars 24, 2026 - 04:46

Ce qui se passe aujourd’hui au Liban ne peut plus être compris dans le cadre d’une guerre ou d’un conflit classique, mais dans ce que René Girard a décrit comme la « spirale de la violence » : la violence n’y est plus un moyen, elle devient un système autonome qui se reproduit lui-même par le discours avant même le terrain. Dans ce contexte, le discours du Hezbollah, pas plus que les déclarations de personnalités comme Mahmoud Komati, ne sauraient être lus comme des expressions conjoncturelles ou émotionnelles. Nous sommes face à une structure discursive cohérente, qui dépasse le politique pour recomposer la société par la force symbolique et matérielle à la fois — le discours lui-même devenant un instrument de reconfiguration du réel, et non son simple reflet.

Quand le refus de négocier devient ignorance ou trahison
Par
Mona Fayad
Publié
mars 18, 2026 - 16:26

À l'heure que traverse le Liban, le débat ne porte plus sur des questions d'ordre technique, comme celle de sa voir si la négociation avec Israël sera directe ou indirecte ou si elle précédera ou succèdera à une trêve. De telles interrogations sont secondaires au regard de la question véritable, qui s'impose avec une force irrésistible: pourquoi négocier, et que signifie, pour un État, le refus de le faire? Dans sa définition la plus élémentaire, la négociation dans les relations internationales n'est ni signe de faiblesse ni capitulation. C'est l'instrument naturel dont usent les États pour gérer les conflits lorsque le coût de la guerre excède leur capacité à le supporter. C’est ainsi que fonctionnent les États sensés. Les guerres elles-mêmes se terminent toujours par la négociation, après le sang, après la destruction, après que les belligérants ont découvert que la force seule ne résout pas les problèmes et ne produit pas de stabilité durable.