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Politique

À la recherche du Liban, de Beyrouth au Vatican
Par
Jad Akhawi
Publié
oct. 1, 2026 - 00:04

Certains voyages s’achèvent avec le retour à l’aéroport. D’autres commencent véritablement après le retour. Des semaines ont passé depuis notre visite à Rome, mais beaucoup de détails sont restés avec moi. Ce fut une courte visite, mais elle m’a fait regarder le Liban depuis une autre distance. Qui nous a ouvert les portes de Rome? Derrière cette visite, il y a un effort qui mérite d’être mentionné. Bernard Selwan Khoury et Jessie Karam ont joué un rôle essentiel dans l’organisation des rencontres et dans l’ouverture de portes à Rome, à travers un programme qui n’était pas une simple succession de rendez-vous protocolaires, mais une tentative de faire entendre une voix libanaise différente dans des cercles académiques, politiques et vaticans. Par l’intermédiaire de COSMO Monitor, l’étape principale a débuté le 8 septembre à l’université LUISS, lors d’un colloque intitulé «Le Liban en transition: regards sur l’avenir du pays», sous le patronage de la Med-Or Italian Foundation. Les rencontres politiques se sont ensuite succédé à Rome et à la Chambre des députés italienne, jusqu’au Vatican. L’importance de ce qu’ont fait Bernard et Jessie ne résidait pas seulement dans l’organisation des rendez-vous, mais dans la possibilité qui nous était offerte de dire directement, sans intermédiaires, ce que nous estimons que l’étranger doit entendre au sujet du Liban. Nous sommes partis avec beaucoup de Liban dans nos bagages. Nous avons emporté avec nous le Sud et ses guerres, l’État dont nous rêvons sans parvenir jusqu’à présent à achever sa construction, les armes désormais présentes dans toute discussion sur l’avenir du pays, et la crainte de voir les chiites libanais réduits, aux yeux de l’étranger, à une seule image, comme si des millions de personnes partageaient une seule opinion et un seul choix politique. Et nous avons surtout emporté le désir de dire qu’il existe un autre Liban, qui n’apparaît pas toujours dans les journaux télévisés. À LUISS: comment les autres nous voient-ils? Pendant le colloque, j’observais l’assistance autant que j’écoutais les interventions. Que savent-ils du Liban? Que voient-ils lorsqu’ils entendent son nom? La guerre? Le Hezbollah? Israël? L’Iran? L’effondrement? Ou voient-ils encore un pays qui peut être sauvé? C’est là que j’ai redécouvert quelque chose que nous oublions lorsque nous sommes plongés dans les polémiques quotidiennes de Beyrouth: le monde ne vit pas les détails que nous vivons. Vu de l’extérieur, le tableau est plus condensé et plus dur. Il y a un État censé décider, une armée censée protéger, des institutions censées gouverner. Et, en face, il y a des armes et une décision militaire qui échappent à ces institutions. D’où cette question simple: Qui décide au Liban? Nous ne sommes pas allés à Rome pour dire que les chiites sont contre le Hezbollah. Ce ne serait pas vrai. Nous n’y sommes pas allés non plus pour prétendre représenter la communauté chiite. Personne n’a le droit de s’arroger le monopole d’une communauté entière, ni nous ni les autres. Nous sommes allés dire que les chiites libanais ne forment pas un bloc unique, qu’il existe parmi eux des personnes qui veulent un État entier, et non un demi-État, et qui pensent que protéger les chiites ne consiste pas à les isoler de leur patrie, mais à les ramener au cœur du projet national. De là est venue la phrase qui nous a accompagnés: «Nous sommes Libanais avant d’être chiites.» À la Chambre des députés italienne Au cours de nos rencontres politiques, notamment à la Chambre des députés italienne, il était clair que le Liban continuait de susciter de l’intérêt malgré toutes les crises et les guerres qui occupent le monde. Ce qui m’a frappé, c’est l’unanimité, lorsqu’il était question du Liban, entre les partisans de la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, et ses adversaires, malgré leurs profondes divergences. Mais cet intérêt n’avait rien de sentimental. Personne ne nous a dit que le monde viendrait sauver le Liban. Et c’est une bonne chose. Il est temps que nous cessions d’attendre des autres qu’ils construisent l’État que nous n’avons pas construit nous-mêmes. Ce qui ressortait clairement des discussions, c’est que le Liban est aujourd’hui lu à l’intérieur d’un tableau régional et international plus vaste: l’Iran, Israël, la Méditerranée, l’Europe, la sécurité, les migrations, la paix et les transformations qui redessinent le Moyen-Orient. Et c’est là que réside le danger. Le monde avance vite. Si le Liban ne trouve pas sa place dans ces transformations, les autres ne s’arrêteront pas pour nous attendre jusqu’à ce que nous ayons réglé nos différends. «Heureux les artisans de paix» Puis vint le Vatican. Là, le sentiment était différent. A partir de la droite: Jad Akhawi, Sayyed Ali al-Amine, le cardinal Pietro Parolin, Cheikh Mohammad Ali al-Hajj al-Amili, Dr. Wajih Kanso. Nous sommes entrés pour rencontrer le cardinal Pietro Parolin au sein d’une délégation composée du cheikh Mohammad Ali al-Hajj al-Amili, du docteur Wajih Kanso, de Sayyed Ali al-Amine et de moi-même. Une délégation de personnalités chiites libanaises entrant au cœur du Vatican pour parler non pas des droits des chiites, mais du Liban. En entrant, j’ai dit au cardinal Parolin que nous étions là pour tenter de mettre en pratique le message que le pape avait porté au Liban et aux Libanais: «Heureux les artisans de paix.» J’ai ajouté que nous voulions également remercier le Vatican pour la béatification du patriarche Elias Hoyek. Je lui ai dit que, pour nous, Hoyek n’était pas seulement un patriarche maronite ou une figure de l’histoire de l’Église, mais l’un des pères fondateurs de l’idée du Grand Liban, l’homme qui avait porté la cause du Liban à la Conférence de la paix à Paris et défendu sa création. La réaction du cardinal m’a alors frappé. Il s’est arrêté sur ces paroles et s’y est intéressé. Il semblait que le lien entre une délégation chiite libanaise, le patriarche Hoyek, le Grand Liban et le message du pape aux artisans de paix revêtait pour lui une signification particulière. À partir de ce moment, la rencontre est sortie du cadre protocolaire et s’est transformée en une discussion plus chaleureuse et plus profonde, au point que le cardinal nous a demandé de nous asseoir et de rester plus longtemps que le temps initialement prévu. Ce fut peut-être, pour moi, la plus belle image de tout le voyage. Quatre Libanais chiites assis au Vatican, parlant d’un patriarche maronite comme de l’un des pères de leur patrie. N’est-ce pas, au fond, l’idée même du Liban? Hoyek n’appartient pas aux seuls chrétiens La conversation sur Hoyek est restée dans mon esprit après notre départ du Vatican. Il y a plus d’un siècle, la question était: comment faire naître le Grand Liban? Aujourd’hui, elle est devenue: Comment le préserver? Les frontières ont été tracées, l’État a été proclamé, la Constitution a été adoptée, mais l’idée même du Liban a encore besoin, à chaque génération, de personnes pour la défendre. Pour moi, en tant que Libanais chiite, il n’y a aucune contradiction à considérer le patriarche Hoyek comme une partie de mon histoire. S’il est l’un des pères fondateurs du Liban, il n’appartient pas à une communauté. Il fait partie de l’histoire nationale de chaque Libanais. C’est précisément ici que notre phrase «Nous sommes Libanais avant d’être chiites» devient davantage qu’un slogan politique. Elle devient aussi une manière de lire notre histoire. Qu’ai-je vu au Vatican? J’ai eu le sentiment que le Vatican regarde le Liban depuis une distance différente de celle depuis laquelle nous nous regardons nous-mêmes. Nous, nous voyons le gouvernement, les armes, les frontières, l’électricité, l’économie, la prochaine guerre et le prochain compromis. Là-bas, il existe aussi une autre idée du Liban. Un petit pays, extrêmement complexe, qui a néanmoins réussi, malgré les guerres et les divisions, à demeurer un lieu où le musulman et le chrétien se rencontrent sans que l’existence de l’un soit conditionnée par l’effacement de l’autre. Ce n’est pas une vision romantique du Liban. C’est l’une des raisons essentielles de son existence. Il était donc important, pour nous, que le Vatican entende cela de la bouche de Libanais chiites. Défendre la formule libanaise n’est pas la tâche des seuls chrétiens. Et défendre le vivre-ensemble n’est pas une concession que le musulman fait au chrétien, ou le chrétien au musulman. C’est défendre notre patrie à tous. Et de Rome… je pensais au Sud Pendant le voyage, j’ai beaucoup pensé au Sud. Le cardinal Pietro Parolin et Jad Akhawi. La distance produit quelque chose d’étrange. Elle permet parfois de voir ce que l’on ne parvient pas à voir lorsqu’on se trouve au cœur de l’événement. On pense aux villages, aux maisons, à la terre, aux gens qui ont payé et continuent de payer des prix immenses, et à cette question que nous ne devons pas esquiver: Jusqu’à quand les habitants du Sud paieront-ils le prix de décisions qui les dépassent? Pour moi, l’État n’est pas une idée théorique. Et la souveraineté n’est pas un mot destiné aux discours. Je suis le fils de ce milieu, et je sais ce que signifie voir un village se transformer en champ de bataille, une maison devenir un élément d’une dépêche militaire, et la géographie, les souvenirs et la famille entrer tout entiers dans les calculs du conflit. C’est pourquoi je refuse qu’après tout ce qui s’est passé, nous revenions à la même équation, puis attendions un résultat différent. Le Sud a besoin d’un État. D’un État réellement présent sur le terrain. Il a besoin d’une armée qui le protège, d’institutions qui le reconstruisent, d’une diplomatie qui défende son territoire, et d’une décision de guerre et de paix qui n’appartienne qu’au Liban. Qu’avons-nous rapporté? Certains me demandent: qu’a accompli cette visite? Nous ne sommes pas revenus avec des accords. Nous n’avons pas obtenu de promesses magiques. Et nous n’étions d’ailleurs pas partis en chercher. Je n’aime pas non plus exagérer l’importance des visites politiques et transformer chaque rencontre en «événement historique», comme nous le faisons si souvent au Liban. Mais quelque chose a été accompli. Nous avons dit directement à ceux que nous avons rencontrés qu’il existe des Libanais, parmi lesquels des chiites, qui refusent que le choix se résume au Hezbollah ou à l’hostilité envers la communauté chiite. Nous rejetons cette équation. Il existe une autre option, qui est en réalité l’option naturelle: L’État. Un État qui ne se venge de personne, qui ne remplace pas une arme par une autre, ni une tutelle par une autre. Un État dans lequel le chiite, le chrétien, le sunnite et le druze peuvent sentir que l’armée est leur armée, la Constitution leur Constitution, les institutions leurs institutions, et que la loi ne leur demande pas leur confession avant de leur accorder leurs droits et de leur imposer leurs responsabilités. Le retour à Beyrouth Mais l’impression la plus importante du voyage fut peut-être celle que j’ai ressentie au retour. Lorsque l’avion atterrit à Beyrouth après quelques jours passés à parler du Liban à l’étranger, on regarde par le hublot d’une manière différente. Ce petit morceau de terre pour lequel nous nous battons depuis des générations semble trop petit pour supporter tous nos grands projets. Et trop précieux pour que nous le perdions. De Rome et du Vatican, je suis revenu plus convaincu encore que le monde peut aider le Liban, mais qu’il ne le construira pas à notre place. L’Italie peut aider. Le Vatican peut soutenir. Les Arabes, les Européens et les Américains peuvent se tenir aux côtés de l’État, de l’armée et de l’économie. Mais personne au monde ne peut prendre à notre place la décision la plus importante: Que nous voulions, nous, devenir un État. Deux phrases sont donc restées avec moi de ce voyage. La première, je l’ai prononcée en entrant à notre rencontre avec le cardinal Parolin: «Heureux les artisans de paix.» La seconde, nous l’avons emportée de Beyrouth à Rome, puis ramenée avec nous de Rome à Beyrouth: «Nous sommes Libanais avant d’être chiites.» Entre ces deux phrases se trouve peut-être toute la question. Faire la paix plutôt qu’attendre la prochaine guerre. Et construire une patrie avant de construire les barricades des communautés. Car, après Rome, la question n’est plus de savoir ce que le monde peut faire pour le Liban. La question est devenue plus difficile: Que sommes-nous prêts, nous, à faire pour le Liban?

ONU: Paris veut remplacer la Finul par un «autre type» de présence
Par
LevantTime .
Publié
sept. 22, 2026 - 16:29

De New York, Sylviane Zehil Alors que la France préside, en septembre, le Conseil de sécurité, la «semaine de haut niveau» de l’Assemblée générale se tient dans un contexte marqué par des crises existentielles et une remise en question du multilatéralisme. Paris entend, à cet égard, défendre un système international «fondé sur le droit plutôt que sur la loi du plus fort». Parmi les dossiers sensibles figure le Liban, avec une question désormais pressante: que faire de la Finul et, surtout, comment éviter un «vide sécuritaire» si son mandat ne peut être durablement prolongé? Les dirigeants libanais, présents pour l’occasion à New York, tiendront des réunions cruciales pour examiner la question et le Premier ministre Nawaf Salam s’est déjà entretenu à ce sujet avec le secrétaire général de l’ONU, António Guterres. Cette 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies entre dans sa séquence politique la plus intense au moment où la France exerce la présidence du Conseil de sécurité, depuis début septembre et, parallèlement, la présidence du G7 cette année. Ukraine, Palestine, Iran, Soudan, Liban, mer Rouge et Yémen: les responsables français aborderont à New York une série de crises ouvertes, mais également des dossiers plus globaux, de l’intelligence artificielle au droit international humanitaire, sans oublier la succession d’António Guterres, qui se joue déjà en coulisses. Le cadre politique que Paris entend donner à cette semaine est celui de la défense du multilatéralisme. «Dans un contexte où le multilatéralisme est critiqué de différentes manières, nous restons très engagés en faveur du multilatéralisme en général et des Nations unies en particulier», a déclaré un haut diplomate français lors d’un «briefing off» consacré aux priorités françaises. Avec un principe appelé à être réaffirmé à New York: «Nous croyons à la force d’un système international fondé sur le droit plutôt que sur la loi du plus fort.» C’est dans ce contexte général que s’inscrit le dossier libanais, alors que la question de l’avenir de la Finul se pose désormais directement au Conseil de sécurité. Maintenir la Finul ou préparer une autre présence? Interrogé au cours du briefing sur la volonté du Liban de maintenir plus longtemps la Force intérimaire des Nations unies au Liban, malgré les résistances auxquelles cette option se heurte, le haut diplomate français a d’abord confirmé la demande de Beyrouth. «Le Liban a effectivement demandé que la Force reste présente pendant une période plus longue.» La France joue sur ce dossier un rôle particulier puisqu’elle en est le penholder , le porte-plume au Conseil de sécurité. «La France est porte-plume sur cette question, ce qui signifie que c’est nous qui rédigeons et négocions le texte concernant la Finul», a-t-il rappelé. Paris avait réussi, lors de la précédente négociation, à prolonger le mandat de la Force d’un an et demi. Mais le diplomate fait état d’une évolution des positions au sein du Conseil. «Il existe au sein du Conseil le sentiment qu’il faudrait désormais envisager une nouvelle présence des Nation unies plutôt que de prolonger le mandat de la Finul.» Beyrouth, en revanche, demande le maintien de la Finul. Et la France se dit prête à soutenir cette option si elle demeure politiquement possible. «S’il existe une possibilité de prolonger le mandat – et la France a exprimé cette position – nous pouvons soutenir une telle prolongation.» Le problème, à entendre le diplomate français, réside désormais dans le rapport de forces au Conseil de sécurité. «Je crains qu’il n’y ait pas suffisamment de soutien pour une prolongation de longue durée et pour le maintien d’un mandat complet.» Cette appréciation ouvre donc la voie à une autre hypothèse: une extension plus courte qui permettrait de maintenir la Force pendant une période supplémentaire sans préjuger du dispositif appelé éventuellement à lui succéder. «S’il existe une possibilité de prolonger le mandat de la Finul pour une courte période et avec un mandat suffisamment large, nous le ferons», relève le diplomate. Mais le briefing révèle surtout que la réflexion ne se limite déjà plus à la seule alternative entre maintien et disparition de la Finul. «Je pense que la réflexion s’oriente désormais davantage vers quelque chose de plus large: une présence des Nations unies, mais également un autre type de présence, peut-être une présence internationale ad hoc .» Le diplomate français ramène toutefois immédiatement ces différentes options à l’objectif poursuivi plutôt qu’à leurs modalités. «Quel est notre objectif ici? Peut-être aurais-je dû commencer par cela plutôt que par les modalités.» La réponse tient en quelques mots: «Notre objectif est de nous assurer qu’il n’y ait aucun vide sécuritaire au Liban, afin de garantir la souveraineté et l’intégrité territoriale du (Liban)…» Le dénominateur commun avancé par la France reste donc, à ce stade, celui énoncé par le diplomate lui-même: empêcher l’apparition d’un «vide sécuritaire au Liban». Une présidence française confrontée à plusieurs fronts Le dossier libanais s’inscrit dans un agenda beaucoup plus vaste. Sur l’Iran, des réunions de haut niveau sont attendues sous différentes formes, en présence du président iranien et de son ministre des Affaires étrangères. Le briefing du diplomate français a replacé ce dossier dans un environnement régional qui englobe les tensions dans le détroit d’Ormuz, les événements en mer Rouge et dans le détroit de Bab el-Mandeb, ainsi que la situation des Houthis au Yémen. Une réunion du Conseil de sécurité devrait par ailleurs être consacrée à l’Ukraine, «compte tenu de la situation et de son aggravation», notamment après les récentes frappes évoquées par le diplomate français à proximité de la frontière polonaise. Le Soudan sera également à l’ordre du jour des réunions à New York. Palestine: la solution à deux États parmi les priorités françaises La Palestine figurera «très haut dans les priorités des responsables français». Paris inscrit cette mobilisation dans la continuité de la Déclaration de New York et de la résolution adoptée à l’Assemblée générale par 142 voix en faveur d’un texte entérinant cette déclaration consacrée à la solution à deux États. La France considère que les développements sur le terrain rendent la question urgente. «Compte tenu des défis auxquels la solution à deux États est confrontée sur le terrain, cette question représente l’une des préoccupations des responsables français», souligne le haut diplomate. L’intelligence artificielle, autre grand dossier de l’UNGA81 Au-delà des crises, l’intelligence artificielle figure «très haut à l’ordre du jour» français, avec deux préoccupations distinctes. La première concerne les conséquences de l’IA et, plus généralement, du numérique sur les enfants. «Il n’est pas question de nier les bénéfices de l’intelligence artificielle, mais nous constatons de fortes préoccupations quant à son impact sur les enfants», explique le diplomate. Le second volet est beaucoup plus directement sécuritaire. Paris veut ouvrir la discussion sur les risques liés au développement de l’IA et notamment sur «la menace existentielle que l’IA pourrait représenter pour l’humanité en général». Le haut diplomate relève à cet égard les préoccupations exprimées par plusieurs dirigeants d’entreprises technologiques spécialisées dans l’IA concernant aussi bien cette menace potentielle que les risques cybernétiques. Le droit humanitaire face à la multiplication des conflits Le droit international et les droits humains constituent un autre axe des préoccupations françaises. Paris participe avec la Jordanie, l’Afrique du Sud, le Brésil, la Chine, le Kazakhstan et le Comité international de la Croix-Rouge à une initiative destinée à promouvoir le respect du droit international humanitaire. Elle part d’un constat particulièrement préoccupant: «Non seulement nous assistons à une augmentation du nombre de conflits internationaux, mais nous constatons également une hausse extrêmement préoccupante du non-respect du droit international humanitaire.» Celui-ci constitue, rappelle le diplomate, les «règles fondamentales applicables à la guerre». Un sommet sur ce problème est prévu en décembre à Amman. Le veto en cas d’atrocités de masse La France entend également profiter de l’Assemblée générale pour donner une nouvelle impulsion à son initiative conjointe avec le Mexique sur la limitation volontaire du recours au veto des membres permanents du Conseil de sécurité dans les situations d’atrocités de masse. Lancée en 2013 après des blocages du Conseil malgré les atrocités observées sur le terrain, cette initiative était, reconnaît le diplomate, «relativement en veilleuse ces dernières années». Mais une nouvelle mobilisation franco-mexicaine a permis de relancer la dynamique. Quelque 123 États membres sur les 193 que compte l’ONU soutiennent désormais l’initiative. «Symboliquement, nous souhaitons dépasser le seuil de 129 États», explique le diplomate, soit les deux tiers de l’Assemblée générale. L’objectif est également d’obtenir le soutien de membres permanents du Conseil, même si cela reste, reconnaît-il, «évidemment plus délicat». La succession de Guterres en toile de fond Enfin, une autre échéance est sans doute au centre des concertations à New-York: la désignation du prochain Secrétaire général des Nations unies. Le mandat d’António Guterres s’achèvera le 31 décembre. Le Conseil de sécurité se trouve donc en pleine période de consultations et de votes indicatifs, les straw polls , destinés à mesurer le soutien aux différents candidats. Cette succession devrait être au centre des échanges en marge des réunions officielles.

L’abolition de la peine de mort: le long combat d’Ibrahim Najjar et Élie Keyrouz

L’abolition de la peine de mort au Liban n’est pas le fruit de démarches entreprises en 2026. Elle est l’aboutissement d’un long cheminement politique et juridique, marqué par des initiatives successives, des blocages et des années de débats. Deux personnalités ont plus particulièrement mené ce combat: l’ancien ministre de la Justice Ibrahim Najjar et l’ancien député membre du directoire des Forces libanaises Élie Keyrouz. Pour M. Najjar, tout commence en 2008, lorsqu’il est nommé ministre de la Justice. Quant à M. Keyrouz, son combat s’est notamment concrétisé à travers une proposition de loi, déposée en 2012. C’est quatorze ans plus tard que le Liban abolira finalement la peine capitale. Entre ces deux temps forts, 2008 et 2012, beaucoup de choses auront changé, mais les convictions resteront les mêmes. Lorsque M. Najjar est pressenti pour entrer au gouvernement en 2008, il demande le ministère de la Justice, conformément à sa formation d’avocat. À son arrivée, le greffier en chef lui remet un dossier contenant les signatures d’anciens responsables et lui demande de signer la confirmation de l’exécution de 17 condamnés à mort. «Ma réaction a été immédiate: “Tu ne tueras point”. Je lui ai dit: “Non, je ne signe pas”.» M. Najjar précise qu’il a été catégorique. Dans la foulée, il appelle le juge Chucri Sader, alors chef du service de législation et de consultation au ministère (qui avait été anciennement son étudiant) et lui demande de préparer un projet d’abolition de la peine de mort. «Le lendemain, je l’avais entre les mains.» Cette décision n’était pourtant pas celle d’un militant engagé de longue date dans la cause «abolitionniste». M. Najjar affirme n’avoir jamais été activiste des droits de l’homme. La question de la peine capitale lui paraissait jusque-là relativement abstraite. Son éducation philosophique, littéraire et juridique l’avait toutefois sensibilisé aux idées d’Emmanuel Mounier sur le personnalisme et sur l’éminente dignité de la personne humaine. «Je n’avais jamais imaginé être confronté à une telle décision dès mon entrée en fonction», dit-il. Son projet prévoyait de commuer la peine de mort en travaux forcés à perpétuité. À ce moment-là, il ne savait même pas combien de condamnés à mort se trouvaient dans les prisons libanaises. Il savait seulement que 17 exécutions étaient envisagées. Une conviction philosophique et personnelle Sa position dépasse alors rapidement le seul volet juridique. «C’était une conviction philosophique et personnelle, indépendamment même de la religion, relève M. Najjar. Je crois que jamais je n’aurais pu prendre la décision d’exécuter quelqu’un. Je ne pouvais pas imaginer qu’un homme puisse condamner quelqu’un à mort, au Liban ou ailleurs. Pour moi, c’était une conviction absolue.» Cette conviction est également confrontée à la question la plus difficile: que faire lorsque la personne condamnée a commis un crime particulièrement grave? M. Najjar souligne qu’il a pensé à l’atrocité que représente l’exécution d’une personne. «Je ne pouvais pas imaginer mettre quelqu’un à mort, quelles que soient les raisons», dit-il. Il ne sait pas encore que cette décision allait l’amener à rejoindre le mouvement abolitionniste international. Il découvre progressivement l’ampleur du débat en Europe et dans d’autres régions du monde, ainsi que le rôle joué par les États et les organisations internationales dans la promotion de l’abolition de la peine de mort. Au Liban, en revanche, l’adhésion est loin d’être acquise. M. Najjar expose sa position à ses alliés politiques, notamment aux Forces libanaises, et obtient l’appui du leader du parti, Samir Geagea. Fort de cet appui, il convoque les différents groupes parlementaires et organise trois réunions pour tenter de rallier les députés à son projet. Il découvre alors que les positions sont loin d’être homogènes. Son prédécesseur au ministère de la Justice, Bahige Tabbara, était favorable à la peine de mort, à l’instar de l’ancien Premier ministre, Salim Hoss, même si ce dernier avait refusé de signer lui-même une exécution et avait laissé le soin à son vice-Premier ministre, Michel Murr, de le faire à sa place. «Pour moi, lorsqu’on s’oppose à une exécution, il faut assumer cette opposition jusqu’au bout», estime M. Najjar à ce propos. Il savait en revanche que le leader druze, Kamal Joumblatt, était favorable à l’abolition de la peine capitale et avait découvert par la suite que d’autres personnalités avaient déjà défendu cette cause. Le débat s’inscrit aussi dans une histoire plus ancienne et plus douloureuse: en 2004, sous la présidence d’Émile Lahoud, deux condamnés à mort avaient été exécutés publiquement à Baabda. L’absence d’adhésion M. Najjar présente donc son projet aux différents groupes parlementaires et leur demande de le soutenir. Mais ce qui domine le débat n’est pas, indique-t-il, la confrontation ouverte, mais l’absence d’adhésion. «La plupart des groupes musulmans me répondaient qu’ils allaient étudier la question et demander l’avis du mufti ou de responsables religieux, précise-t-il. Je n’ai donc pas obtenu une adhésion massive. La plupart des groupes chrétiens avaient appuyé la démarche, ainsi que les druzes.» Le débat prend ensuite une dimension publique. À l’occasion de la Journée internationale contre la peine de mort, le 10 octobre, l’ambassade de France, à l’époque de feu l’ambassadeur Denis Piéton, l’invite à prendre la parole. M. Najjar y affirme qu’il ne signera jamais une condamnation à mort et n’exécutera jamais un condamné. C’est à partir de ce moment qu’il comprend que sa position va le mettre en contact avec les mouvements abolitionnistes, les organisations internationales et plusieurs États. Quelques jours plus tard, une délégation espagnole de haut niveau demande à le rencontrer. M. Najjar pense d’abord qu’elle a pour intention de discuter du Tribunal spécial pour le Liban (TSL), alors au cœur de l’actualité. Mais la délégation l’interroge plutôt sur sa position concernant l’abolition de la peine de mort. Elle avait auparavant rencontré à cet égard le président Michel Sleiman, le chef du Parlement Nabih Berry et le Premier ministre Fouad Siniora. M. Najjar apprendra par la suite que le président Sleiman avait refusé de soutenir l’abolition de la peine capitale, en raison notamment des crimes perpétrés par des terroristes contre des militaires libanais sur la place de Tripoli. Fouad Siniora aurait, de son côté, invoqué la position de l’islam sur la peine de mort. Quant à Nabih Berry, il aurait indiqué que si le Parlement votait une loi abolissant la peine capitale, il l’accepterait, sans toutefois exprimer sa position personnelle. «J’ai alors compris à quel point mon projet serait difficile à faire adopter», se souvient M. Najjar. L’expérience internationale Le contexte du Tribunal spécial pour le Liban contribue également à nourrir sa réflexion. M. Najjar indique avoir appris que lors de la constitution du TSL, la France et les Nations unies avaient exigé que le tribunal n’applique pas la peine de mort prévue par la législation libanaise. «Cela m’a beaucoup fait réfléchir, se rappelle l’ancien ministre. Pour l’assassinat de Rafic Hariri, le Liban avait accepté que le tribunal ne puisse pas appliquer la peine de mort prévue par son droit positif.» Dans le même temps, la question lui est directement posée au sein du Conseil des ministres. Le représentant du Hezbollah au sein du gouvernement, Mohammad Fneich, l’interpelle sur son refus de signer une exécution. « Monsieur le ministre, comment vous permettez-vous de ne pas signer l’exécution d’une peine de mort alors que la loi positive le prévoit? Vous êtes obligé d’appliquer la loi», lance Mohammad Fneich. La réponse de M. Najjar est sans ambiguïté: «Je ne signerai pas, quelles que soient les conséquences.» Le projet ne sera finalement pas adopté. M. Najjar parle davantage de «non-adhésion» et de critiques plutôt que de véritables tensions. «Le projet était en quelque sorte mort, mais il avait existé et avait posé la question», souligne-t-il. Cette première bataille ne s’arrête toutefois pas avec son départ du ministère. Quelques jours après la visite de la délégation espagnole, il est invité par le Premier ministre espagnol José Luis Rodríguez Zapatero à rejoindre la Commission internationale contre la peine de mort, à la demande de Federico Mayor et de Robert Badinter. Il accepte et rejoint une commission aux côtés, notamment, de Badinter, Mayor et Mohammad Bedjaoui. Il en devient progressivement l’un des responsables et en est aujourd’hui le vice-président. Cette expérience internationale transforme également son regard sur la question. «Avec le temps, j’ai compris que la peine de mort était une question à la fois politique, juridique, humaniste et humanitaire.» Il observe sur ce plan que la peine capitale peut être utilisée, par certains régimes non démocratiques, comme un moyen de gouverner par la peur contre des opposants ou d’autres catégories de personnes. Il s’intéresse aux pratiques de plusieurs pays, parmi lesquels la Syrie, l’Iran, l’Égypte, le Japon, la Chine et les États-Unis. Il constate également que certains pays musulmans peuvent souhaiter abolir la peine capitale, mais craignent que cette décision soit perçue comme un reniement de leurs traditions. Pour autant, l’évolution internationale lui paraît irréversible. Plus de 145 pays ont aujourd’hui aboli la peine de mort en droit ou en pratique. «À mon sens, souligne-t-il, cette abolition doit connaître le même sort que l’esclavage au XIXe siècle: il faut l’abolir partout.» Il raconte à cet égard avoir tenté de se rendre en Iran pour défendre cette position. «Ils ont toujours refusé de me recevoir, certes gentiment, mais ils ont refusé.» La démarche d’Élie Keyrouz Au Liban, parallèlement, d’autres acteurs poursuivent le combat. Parmi eux, Élie Keyrouz, ancien député, membre du directoire des Forces libanaises, qui a présenté une proposition de loi visant à abolir la peine de mort en son nom et au nom du bloc parlementaire des Forces libanaises. Il avait également adressé aux médias, le 4 mars 2009, une note écrite sur la nécessité d’abolir cette peine, avant de déposer à nouveau une proposition de loi le 6 mars 2012. Pour M. Keyrouz, cette démarche n’était liée à aucune circonstance politique, sociale ou juridique particulière. Elle reposait sur un principe fondamental: la peine capitale porte atteinte au droit à la vie, qu’il considère comme «un droit absolu et immuable». Il invoquait également la Constitution libanaise, la Déclaration universelle des droits de l’homme, l’évolution du droit international et la philosophie de la peine. Un autre argument lui paraît essentiel: l’impossibilité de réparer une erreur judiciaire après l’exécution d’un condamné. «L’abolition de la peine de mort reste fondamentale pour la justice, car nous ne sommes pas pour une justice qui torture et tue», affirme-t-il. Sa réflexion est aussi nourrie par sa conception chrétienne de la personne humaine. «Je suis parti de la conception de l’Église concernant la peine de mort, qui découle de sa vision de l’être humain», explique-t-il, estimant que l’homme conserve une dignité qui ne peut être réduite au crime qu’il a commis. Pour M. Keyrouz, l’abolition devait enfin participer à la modernisation du droit libanais et à son rapprochement avec l’évolution internationale. Mais quatorze années vont encore s’écouler avant que cette démarche ne trouve son aboutissement. «Nous avons eu 14 ans de retard et nous sommes en retard dans toutes nos affaires», constate Élie Keyrouz. Il rappelle que la proposition de loi était restée pendant des années entre les mains de la commission parlementaire de l’Administration et de la Justice, en attendant d’être inscrite à l’ordre du jour de la séance plénière de l’Assemblée. M. Keyrouz cite dans ce cadre l’exemple de la France, où la peine de mort a été maintenue pendant deux siècles avant son abolition en 1981 sous François Mitterrand, à l’initiative du ministre de la Justice de l’époque Robert Badinter. «Pourquoi ce retard?» avait demandé Badinter aux députés français. Pour M. Keyrouz, la question résonne aujourd’hui avec l’expérience libanaise. En 2026, le processus finit par aboutir. Un faisceau d’influences M. Najjar estime que l’abolition de la peine capitale représente «presque un miracle». Il souligne dans ce contexte que l’amnistie adoptée au Liban ne suffisait pas à elle seule. «Il fallait qu’elle soit accompagnée de l’abolition de la peine de mort, car lorsqu’une peine de mort est prononcée, on ne peut pas simplement l’amnistier de manière générale.» Il voit dans l’aboutissement de la réforme le résultat d’un «faisceau d’influences»: le gouvernement, le ministre de la Justice, les associations et les différents acteurs ayant travaillé au fil des années sur le dossier. Le rôle de la commission parlementaire de l’Administration et de la Justice constitue pour lui l’un des moments les plus marquants de cette dernière étape. Le bâtonnier de l’Ordre des avocats de Beyrouth l’avait chargé de représenter l’ordre au Parlement. M. Najjar assiste à la réunion de la commission et découvre, indique-t-il, une unanimité qui lui paraît alors presque inimaginable. «J’ai constaté avec surprise que le miracle était en train de s’accomplir: les quelque 40 députés et personnalités présents étaient unanimement en faveur de l’abolition, rapporte M. Najjar. Je ne vous dis pas ma joie et mon bonheur…» Le 1er juin, alors qu’il se trouvait à Madrid pour une réunion de la Commission internationale contre la peine de mort, il annonce à ses collègues que l’abolition de la peine capitale au Liban est imminente. Elle finit par être promulguée au Journal officiel . M. Najjar se félicite également d’avoir demandé que l’article premier de la loi reprenne la formulation choisie par Robert Badinter en France en 1981: «La peine de mort est abolie.» Pour lui, une étape supplémentaire reste à franchir: inscrire cette abolition dans la Constitution. La rencontre avec le pape François La victoire législative ne clôture donc pas totalement son combat. M. Najjar s’interroge également sur la peine qui vient remplacer la peine capitale et critique l’introduction de la perpétuité incompressible. Cette question renvoie à un autre moment important de son parcours international: sa rencontre avec le pape François au Vatican, en décembre 2019, en présence d’une délégation regroupant notamment des chefs de gouvernement, des présidents de la République et d’anciens ministres de la Justice. M. Najjar retient deux éléments de cette rencontre, qui a duré 50 minutes: d’abord, le soutien de l’Église catholique à l’abolition de la peine capitale et la décision du pape de donner ses instructions pour que l’abolition de la peine de mort soit inscrite dans le catéchisme; ensuite, une réflexion sur la perpétuité incompressible. Pour le pape François, souligne Ibrahim Najjar, lorsqu’une personne est condamnée à une peine perpétuelle dont elle ne peut jamais sortir, la possibilité de sa rédemption disparaît. La peine peut alors devenir, d’une certaine manière, une forme de mort civile. C’est sur cette base que M. Najjar réclame aujourd’hui la suppression de la perpétuité incompressible dans la législation libanaise. Il estime, sur ce plan, que l’abolition de la peine de mort ne signifie pas l’absence de sanction. Elle pose une autre conception de la justice: punir le crime sans supprimer définitivement la vie et sans fermer toute possibilité de réhabilitation. M. Keyrouz partage cette vision d’une abolition comme étape de civilisation. Il estime désormais que le Liban doit montrer à d’autres pays arabes qu’un État peut abolir la peine capitale sans renoncer à la justice. M. Najjar, quant à lui, considère que son combat commencé en 2008 a finalement trouvé son aboutissement, sans que cela efface les années de critiques et de résistances. «Je n’ai jamais reculé ni hésité, affirme M. Najjar. Pour moi, l’abolition de la peine capitale est une consécration civilisationnelle et il faut maintenant que les pays arabes nous imitent.» Il évoque ainsi une récente sollicitation à se rendre en Malaisie et à y rencontrer le Premier ministre afin de présenter l’expérience libanaise. Mais l’ancien ministre Najjar tient aussi à rappeler que ceux qui ont porté cette cause au fil des années ne sont pas seulement ceux qui se trouvent aujourd’hui sur la ligne d’arrivée. «Le bien est fait et j’en suis très fier et heureux», dit-il. Et d’affirmer: «Un jour l’histoire saura ceux qu’il faut retenir.» Son regard se porte enfin sur les critiques qu’il a essuyées durant des années. Il affirme notamment avoir été critiqué par des proches de Raymond Eddé, dont la position sur la peine capitale était différente. Mais, relève-t-il, les mentalités ont profondément évolué. «Depuis 75 ans, les choses ont beaucoup changé, précise-t-il. Nous avons compris que la peine de mort peut être utilisée comme un moyen de gouverner et d’occulter les défauts des gouvernants.» Il résume dans ce cadre, en quelques mots, ce qui reste au cœur de son engagement depuis cette journée de 2008 lorsqu’il avait refusé de signer les 17 exécutions: «Il ne faut pas confondre gouverner et tuer. Il faut avoir le courage de bien gouverner et celui de ne pas tuer.»

Le testament de Hassan Rifaï
Par
LevantTime .
Publié
sept. 3, 2026 - 09:39

Levant Time a reçu la déclaration suivante de la famille de feu l’ancien ministre et député Hassan Rifaï, disparu il y a un an, le 3 septembre 2025. Nous la reproduisons intégralement: À l’occasion du premier anniversaire de la disparition de Hassan Rifaï, qui consacra l’essentiel de sa vie à défendre le Grand Liban, et à l’heure où se multiplient les débats sur la nécessité de modifier le système politique libanais, il paraît important de rappeler certaines de ses réflexions et prises de position concernant l’Accord de Taëf et les amendements constitutionnels qui en sont issus. 1. L’Accord de Taëf est un accord syro-américain conclu sous un parapluie arabe, dans des termes pour l’essentiel libanais. (1989) 2. Si les «réformes» de Taëf sont appliquées, elles seront un désastre; si elles ne le sont pas, une catastrophe. (1989) 3. L’Accord de Taëf a fait passer le pouvoir au Liban d’un conflit bicéphale à une guerre multicéphale qui paralyse et annule l’exercice du pouvoir, sur fond de confusion et d’enchevêtrement des prérogatives. C’est pourquoi, avant même son adoption, Hassan Rifaï avait appelé à réexaminer Taëf, afin de ne pas léguer aux générations futures le pire des systèmes. (1989-1990) 4. L’Accord de Taëf a été conclu en 1989 sous la pression des guerres internes et des bombardements syriens. Toute nouvelle révision de la Constitution ne saurait intervenir dans des conditions similaires, sous la pression de conflits internes ou d’une guerre extérieure. 5. Les dispositions du Document d’entente nationale («Taëf») qui n’ont pas été formellement consacrées par des dispositions constitutionnelles n’ont aucune valeur juridique ou constitutionnelle contraignante et demeurent de simples recommandations. 6. Il est inexact d’affirmer que le pouvoir exécutif se trouvait entre les mains du président de la République et que l’Accord de Taëf l’en aurait dessaisi. Depuis 1943, les pratiques du président de la République reposaient sur une transgression des usages du régime démocratique parlementaire. 7. «Là où est la responsabilité est le pouvoir» (Léon Duguit). Le président de la République n’étant pas politiquement responsable (article 60 de la Constitution), la responsabilité incombe au gouvernement, à son président et à ses ministres, qui tombent s’ils perdent la confiance de la Chambre des députés ou sous la pression de la rue. 8. Avant l’Accord de Taëf, les présidents du Conseil cherchaient à ménager les présidents de la République, qui exerçaient des prérogatives ne leur appartenant pas. Les présidents de la République n’y ont rien gagné; le Liban, lui, y a perdu. Ceux qui ont cédé de leurs prérogatives ont également perdu, et le Liban avec eux. (1988) 9. Il n’existe aucune définition juridique de la formule «Tout pouvoir qui contredit le pacte de vie commune est illégitime», énoncée au paragraphe j du Préambule de la Constitution et qui sert désormais de prétexte à l’hérésie d’une «mithaqiyya» fallacieuse et fabriquée de toutes pièces. 10. Le monopole de la violence légitime appartient à l’État. Il constitue le fondement même de tout État. Il n’est nul besoin de se référer aux dispositions de l’Accord de Taëf pour justifier ce principe. 11. Il ne saurait être question, ni aujourd’hui ni dans un avenir proche, d’envisager l’abolition du confessionnalisme politique. 12. Le Sénat a été introduit dans l’Accord de Taëf pour satisfaire la communauté druze. Or sa création entraverait le processus législatif et ne présenterait aucune utilité. (1989) 13. Il n’est pas possible d’envisager la décentralisation administrative avant l’édification d’un État central fort, faute de quoi le pays se morcellerait en cantons antagonistes. (1981) 14. Pour fonctionner correctement, notre régime républicain, démocratique et parlementaire a besoin d’une loi électorale à l’image du peuple libanais: de petites circonscriptions et un scrutin majoritaire, en raison de l’absence de véritables partis politiques. 15. Du fait de son élection pour un mandat fixe de quatre ans, le président de la Chambre des députés s’est départi de l’impartialité attachée à sa fonction; de même, l’hérésie de la «mithaqiyya» lui a permis de s’ingérer dans le fonctionnement du pouvoir exécutif. 16. Les amendements constitutionnels n’ont fait aucune mention de la décentralisation. En revanche, le paragraphe g du Préambule de la Constitution dispose que «le développement équilibré des régions, culturellement, socialement et économiquement, constitue une assise fondamentale de l’unité de l’État et de la stabilité du régime». Autrement dit, le défaut de développement des régions menace la stabilité du pays. (1968-1981) 17. L’Accord de Taëf n’impose pas de cabinets d’union nationale réunissant toutes les parties antagonistes. Il n’impose pas davantage une démocratie consensuelle exigeant leur accord, au risque de porter atteinte au bon fonctionnement de la vie démocratique. 18. La paternité du «tiers de blocage» dans la Constitution issue de l’Accord de Taëf revient à une partie libanaise qui entendait empêcher l’adoption, par le Conseil des ministres, de décisions ne convenant pas au président de la République. 19. L’article 95 de la Constitution issue de l’Accord de Taëf prévoit que l’abolition du confessionnalisme dans la fonction publique, pour les catégories inférieures à la première, doit respecter les «exigences de l’entente nationale». Cette formule vague a permis de paralyser la «période transitoire» prévue par ce même article. 20. Le «tiers de blocage» repose sur quatre mécanismes: le quorum des réunions du Conseil des ministres, qui exige la présence des deux tiers des ministres; les décisions fondamentales, dont l’adoption requiert les deux tiers des ministres; le gouvernement, considéré comme démissionnaire lorsque plus du tiers de ses membres démissionnent; la révocation d’un ministre, qui doit être décidée par les deux tiers des ministres et non par le président de la République et le président du Conseil qui l’ont nommé. 21. Avant même 1943, la majorité des responsables politiques étaient inféodés à des États étrangers et à leurs chancelleries, appelant ainsi l’intervention de l’étranger dans toutes nos affaires nationales. Il en va toujours ainsi aujourd’hui. 22. Après soixante-quinze années de vie publique, Hassan Rifaï est parvenu à cette conclusion: le mal réside dans les hommes politiques; la solution, dans les hommes d’État dont le pays est aujourd’hui dépourvu. (2018)

Un cessez-le-feu… oui, et la suite ?
Par
Tilda Abou Rizk
Publié
juin 1, 2026 - 14:35

L’image des drapeaux israéliens flottant sur le Château de Beaufort est excessivement douloureuse. Elle l’est autant que celles des ruines de villages entièrement ou partiellement détruits ou des familles décimées. Elle est aussi violente que les vidéos de Sudistes désemparés qui essaient de sauver ce qui peut l’être avant de nouvelles salves impitoyables de missiles, qui bravent la mort pour nourrir des troupeaux et des animaux domestiques abandonnés par leurs propriétaires, qui crient leur colère, leur frustration, leur désarroi, face à une guerre que rien ne justifiait. Les bannières sur le Beaufort et l’insupportable triomphalisme israélien qui a suivi la prise de ce site archéologique stratégique ont agi comme un coup de poing. Parce qu’ils ont rappelé l’engrenage des guerres inutiles dans lequel le Liban est pris depuis des décennies, piégé dans une boucle temporelle d’un mauvais film. De nombreux acteurs restent les mêmes. Si certains changent de visage, si d’autres s’y ajoutent, le scénario, lui, reste le même et se répète à l’infini. Ce cycle infernal, amorcé notamment avec le funeste accord du Caire, a invariablement servi les intérêts d'acteurs régionaux: des Palestiniens aux Iraniens, en passant par le triste régime des Assad en Syrie. Les drapeaux plantés dimanche sur le Beaufort ont rappelé cruellement juin 1982, lorsque les Libanais avaient subi le même spectacle: les couleurs israéliennes sur ce site majestueux, conséquence directe de la guerre des autres sur leur sol. Ils ont agi comme une piqûre de rappel irritante: en 44 ans, le Liban a raté toutes les occasions qui lui auraient permis de se soustraire aux influences étrangères et de se doter d’un vrai État. Aujourd’hui encore, et en dépit des promesses et des déclarations de bonnes intentions, l’État poursuit la même politique d’hésitations alors que la population aspire désespérément à le voir taper du poing sur la table, lancer un «ça suffit» et adopter la panoplie d’actions concrètes, politiques, administratives et judiciaires, qui lui permettront de récupérer son pouvoir de décision et le monopole de la violence légitime. Trois ans après l’ouverture par le Hezbollah d’un premier front de soutien à l’axe auquel il appartient, on en est toujours à rêver. Trois ans de perdus à la recherche d’une hypothétique formule adéquate pour imposer le monopole des armes. Au final, ce triste tableau ne fait que renforcer les sentiments contradictoires surgis face à l’horreur qui s’est imposée au quotidien depuis que le Hezb a décidé de venger la mort de l’Iranien Ali Khamenei, alors qu’il savait pertinemment bien à quelle riposte israélienne s’attendre. Il savait bien, après l’accord de cessez-le-feu de novembre 2024, qu’Israël ferait du sud une terre brûlée en cas de nouvelle attaque contre son territoire et «ramènerait le Liban à l’âge de pierre». L’État libanais n’ignorait rien de ces intentions. Même les journalistes avaient été briefés sur le sujet pour faire écho aux avertissements récurrents de Tel Aviv, transmis par les canaux diplomatiques aux autorités libanaises ainsi qu’aux chefs de cette formation. Les Libanais sont donc tiraillés entre deux sentiments contradictoires: les cœurs saignent devant des bourgades qui n’existent plus que dans la mémoire de ceux qui y avaient construit leurs vies. Mais dans le même temps, ils redoutent que la guerre en cours finisse en queue de poisson. Qu’un nouveau cessez-le-feu replonge le Liban dans un état permanent de guerre en sursis, de statuquo mortel, et le ramène sous l’emprise du Hezbollah… Qu’un accord régional soit conclu au détriment du pays… Que l’Hydre qu’est le régime des mollahs ne survive à l’accord en gestation… Loin des analyses géostratégiques sur les enjeux liés au conflit régional en cours, c’est sur leur propre avenir, dans un pays aujourd’hui en lambeaux, qu’ils se concentrent. Rien que pour pouvoir briser cette boucle temporelle. Et c’est ce qui alimente, le dilemme, parfois culpabilisant, auquel ils sont confrontés: au désir de voir cette horreur prendre fin au plus tôt s’oppose celui de voir le Hezbollah totalement neutralisé, à tout prix. Depuis le 8 octobre 2023, avec l’ouverture du front sud en soutien au Hamas dans sa guerre contre Israël, les masques sont tombés. La suite des événements a montré que la seule équation viable pour que le Liban survive est que le Hezbollah cesse d’exister dans sa forme actuelle. Les efforts soutenus de ce groupe pour attribuer à Tel Aviv des velléités belliqueuses et expansionnistes, afin de justifier l’enfer dans lequel il a plongé le Liban à deux reprises en l’espace de trois ans, sont loin de masquer sa vraie nature de vassal exécutif du Corps des gardiens de la révolution islamique et le peu de cas qu’il fait des intérêts du pays. Quant à l’intimidation qu’il exerce contre ses détracteurs, à coups de menaces et d’accusations de traîtrise, elle ne fait que dresser davantage les Libanais contre lui, pendant que les autorités pratiquent la politique de l’autruche, dont les effets nourrissent pourtant ce qu’elles disent vouloir éviter, en évoquant de potentiels troubles internes. Car, cet effacement ne fait qu’accentuer la polarisation interne et creuser davantage le fossé entre une minorité libanaise qui veut maintenir le Liban dans le giron iranien et une majorité qui cherche à s’en affranchir sous la houlette d’un pouvoir central malheureusement prisonnier de ses craintes. Les menaces inacceptables du Hezb contre les autorités qui voient dans les négociations directes avec Israël la seule issue de secours au pays accentuent, certes, l’isolement de cette formation sur la scène locale, mais elles confirment dans le même temps l’urgence, pour l’État, d’assumer pleinement son rôle de régulateur de l’ordre public et de détenteur exclusif du pouvoir de décision. Cette urgence s’est imposée d’elle-même à cause de la politique d’atermoiements et d’effacement suivie un an durant par le pouvoir en place. Ce dernier s’était pourtant engagé devant la population et la communauté internationale à reprendre le monopole de la violence pour éviter au pays de nouvelles aventures dévastatrices, depuis l’élection d’un nouveau président, puis de nouveau avec la formation du gouvernement de Nawaf Salam et une troisième fois à la faveur du cessez-le-feu de novembre 2024. L’urgence s’est imposée parce que sans cela, les Libanais resteront, malgré eux, les acteurs d’un mauvais film dont ils n’arrivent pas à modifier le cours des événements, à cause d’un directoire qui montre au quotidien qu’il n’a pas les moyens et, surtout, le courage de ses décisions. Rien de ce qui pourrait encore se produire ne peut être pire que l’horreur vécue aujourd’hui par des milliers de familles.

USA-Iran: deux semaines pour arracher un accord de paix
Par
LevantTime .
Publié
avr. 8, 2026 - 05:12

Après plus de cinq semaines de guerre, Washington et Téhéran se sont mis d'accord pour un cessez-le-feu de deux semaines en échange d'une réouverture du détroit d'Ormuz, un peu plus d'une heure avant l'expiration de l'ultimatum de Donald Trump qui menaçait de détruire la République islamique. Téhéran a indiqué mercredi à l'aube que des pourparlers se dérouleront à partir de vendredi avec Washington. Ces discussions se dérouleront au Pakistan, médiateur clé dans la guerre au Moyen-Orient. Israël a accepté le cessez-le-feu avec l'Iran, selon un responsable de la Maison Blanche sous le couvert de l'anonymat. "A la suite de discussions avec le Premier ministre Shehbaz Sharif et le maréchal Asim Munir, du Pakistan, au cours desquelles ils m'ont demandé de suspendre l'intervention militaire prévue ce soir contre l'Iran, et sous réserve que la République islamique d'Iran accepte l'OUVERTURE TOTALE, IMMEDIATE et SECURISEE du détroit d'Ormuz, j'accepte de suspendre les bombardements et les attaques contre l'Iran pour une période de deux semaines", a écrit le président américain sur sa plateforme Truth Social. Le dernier d'une série d'ultimatums lancés par Donald Trump à l'Iran et repoussés à plusieurs reprises donnait à Téhéran jusqu'à 20H00 à Washington (minuit GMT) pour rouvrir le passage maritime stratégique, où transitait avant la guerre 20% du brut mondial. "Il s'agira d'un CESSEZ-LE-FEU réciproque!", a ajouté M. Trump selon qui les Etats-Unis "ont déjà atteint et dépassé tous nos objectifs militaires" depuis le lancement des frappes américano-israéliennes le 28 février. Il a également fait part de discussions "très avancées" en vue d'un accord de paix "à long terme" avec l'Iran. Téhéran a transmis "une proposition en 10 points" qui "constitue une base viable pour négocier". La porte-parole de la Maison Blanche a déclaré les Etats-Unis envisagent des "discussions en personne" avec l'Iran, « mais rien n'est définitif tant que le président ou la Maison Blanche ne l'ont pas annoncé", a ajouté Karoline Leavitt. Plan iranien en dix points De leur côté, les dirigeants iraniens ont confirmé qu'ils acceptaient de rouvrir "pendant une période de deux semaines" le détroit d'Ormuz "si les attaques contre l'Iran cessent", a écrit sur X le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi. "Il a été décidé au plus haut niveau que l'Iran engagera, pendant une période de deux semaines (...), des négociations avec la partie américaine à Islamabad", a ajouté le Conseil suprême de la sécurité nationale dans un communiqué. "Il est précisé que cela ne signifie pas la fin de la guerre, et que l'Iran n'acceptera la cessation des hostilités que lorsque" les négociations auront abouti, a-t-il ajouté, soulignant que ces deux semaines pourraient être prolongées "en accord avec les deux parties". Selon les médias iraniens, le plan en dix points soumis aux Etats-Unis prévoit que Washington accepte la poursuite du programme de Téhéran sur l'enrichissement d'uranium et la levée de toutes les sanctions, Le plan, publié par le Conseil suprême de la sécurité nationale, inclut "le principe de non-agression, la poursuite du contrôle iranien du détroit d'Ormuz, l'acceptation de l'enrichissement, la levée de toutes les sanctions primaires, la levée de toutes les sanctions secondaires", ont indiqué la télévision d'Etat iranienne et l'agence Mehr. L'Iran réclame aussi l'arrêt des résolutions contre la République islamique votées par le Conseil de sécurité de l'ONU et par le conseil des gouverneurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), le versement à l'Iran de compensations, le retrait des forces militaires américaines de la région et la cessation des combats sur tous les fronts dont celui du sud du Liban, où le Hezbollah a entraîné le pays dans la guerre contre Israël. Le cessez-le-feu s’applique au Liban Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif s'est réjoui des résultats obtenus à la suite de la médiation de son pays, en bons termes avec toutes les parties: "J'ai le plaisir d'annoncer que la République islamique d'Iran et les Etats-Unis, ainsi que leurs alliés, ont accepté un cessez-le-feu immédiat partout, y compris au Liban et ailleurs, AVEC EFFET IMMEDIAT", a écrit M. Sharif sur X en employant des majuscules à la fin de son message. La capitale pakistanaise, Islamabad, accueillera vendredi des délégations des deux pays pour des négociations visant à parvenir à un "accord définitif", a-t-il ajouté. Le Pakistan s’est imposé ces dernières semaines comme médiateur entre Téhéran et Washington, cherchant à empêcher une nouvelle escalade du conflit au Moyen-Orient. M. Sharif est notamment l'un des membres du "Conseil de paix" institué il y a quelques mois par Donald Trump. Peu avant l’annonce du Premier ministre pakistanais, une frappe israélienne a fait huit morts et 22 blessés dans un café sur le front de mer de Saïda. (Mahmoud Zayyat/AFP) Peu avant l’annonce du Premier ministre pakistanais, une frappe israélienne a fait huit morts et 22 blessés dans la ville libanaise de Saïda, a annoncé mercredi le ministère libanais de la Santé. De son côté, l'armée israélienne a signalé trois salves de missiles tirés par l'Iran en direction de son territoire, quelques instants après l’annonce du président Trump. Le pétrole plonge, les bourses s’envolent L'annonce de l’accord a été extrêmement bien accueillie sur les marchés: les cours du pétrole ont ainsi rapidement baissé de plus de 15%, repassant sous les 100 dollars le baril, frôlant même les 90 dollars, et les Bourses de Tokyo et Séoul s'envolaient respectivement de 4% et 6% à l'ouverture.

Vers un OTAN sunnite?
Par
Centre Libanais de Recherches et d'Études
Publié
avr. 3, 2026 - 09:09

Tout remonte à 1998. Au 30 mai précisément, date à laquelle le Pakistan effectuait son dernier essai nucléaire dans les sables de Kharan, au Baloutchistan. Ce programme, de la bombe à l'ensemble de sa filière, avait été financé par l'Arabie saoudite, avec l'approbation américaine et israélienne. Les deux capitales avaient alors consenti à ce qu'Islamabad accède au club nucléaire afin d'établir un contrepoids stratégique dans le triangle Inde-Chine-Pakistan, à l'heure où Pékin et New Delhi avaient déjà franchi le seuil de l'arme atomique. C'est alors que les spéculations se multiplièrent autour de l'intention de l'Iran de développer un programme nucléaire militaire sous couvert civil, perspective que Tel-Aviv et Washington jugèrent inacceptable. La bombe pakistanaise, sunnite, avait vocation à imposer un équilibre en Extrême-Orient. Une bombe iranienne, chiite, créerait un rapport de forces inédit au Moyen-Orient, région où Israël se considère comme le premier acteur stratégique. Le mot d'ordre s'imposa aussitôt: l'Iran ne saurait accéder à l'arme nucléaire. Téhéran, pour sa part, ne cessa de réaffirmer le caractère pacifique de ses ambitions, sans aucune visée militaire en la matière. La question d'un «OTAN sunnite» revient aujourd'hui avec une insistance nouvelle, dans le sillage du sommet de la paix de Charm el-Cheikh, où quelque un milliard trois cents millions de musulmans se sont rassemblés pour proclamer la fin du conflit armé avec Israël, en échange de la création d'un État palestinien. Cette dynamique s'inscrivait dans le cadre de l'initiative lancée par Donald Trump au lendemain de la guerre de Gaza, initiative pensée en plusieurs phases dont la première devait être la cessation des hostilités, avant qu'un gouvernement civil ne soit constitué à Gaza. Le processus s'est arrêté là, sans parvenir à franchir cette première étape. Un sentiment s'est alors creusé, au sein du Royaume saoudien en particulier et dans le monde sunnite en général: celui que Trump et la droite israélienne ne souhaitent pas véritablement l'émergence d'un État palestinien, que cette dernière aurait convaincu le président américain de ne pas aller trop loin dans ses concessions aux États islamiques de la région, par crainte qu'ils n'imposent leurs conditions à l'avenir — et que frapper l'Iran demeure la véritable priorité. Des tensions internes à l'administration républicaine transparaissent par ailleurs sur la question du rôle que les États du Golfe seraient appelés à jouer dans la région. Trump et une partie de son entourage ont mal digéré l'accord conclu par Mohammed ben Salmane avec les Houthis à Yanbu, sans en avertir Washington ; puis son voyage à Pékin, sous la présidence Biden, qui avait abouti à un rapprochement irano-saoudien sous patronage chinois. Aujourd'hui, le prince héritier et les acteurs sunnites de la région — auxquels se joignent l'Égypte et la Turquie — aspirent à l'arrêt des combats et trouvent en le vice-président américain J. D. Vance, et dans les républicains qui le soutiennent, des alliés acquis à cette cause. L'idée d'un OTAN sunnite n'est donc pas sans substance: elle pourrait ouvrir la voie à un certain équilibre régional une fois la guerre éteinte. Si les sunnites se portent bien dans la région, c'est la région tout entière qui ira bien. En remontant à la période antérieure à la famille Assad, on rappellera que la bourgeoisie sunnite syrienne avait alors porté Farès el-Khoury, Libanais originaire de Kafr, à la présidence du gouvernement de Damas ; et que Chawkat Choucair, père d'Ayman Choucair, le druze d'Arsoun au Mont-Liban, avait été nommé chef d'état-major de l'armée syrienne. Et bien sûr, si les chrétiens — et avec eux les chiites de l’école de Mohammad Hussein Chamseddine — vont bien, c'est l'ensemble de la région, et le Liban avec elle, qui ira bien, lui aussi.

La guerre en Iran: positionnement des principaux acteurs
Par
Jean-Patrick Dayras
Publié
mars 24, 2026 - 13:53

Le 28 février, le tonnerre s’est fait entendre dans le monde entier. Le tonnerre, ce mouvement imprévu et brutal. Brutal assurément. Imprévu? Pas vraiment. Cet événement était attendu, mais personne n’en connaissant la date, l’ampleur et les objectifs visés. La date est désormais connue. L’ampleur reste encore un mystère. Quant aux objectifs, quels sont-ils pour Israël et pour les États-Unis? Compte-tenu de la politique affichée par l’Iran des mollahs à l’égard d’Israël et des fondements du pouvoir que l’Iran entretient à grands frais pour éradiquer ce pays (et paralyser le Liban), Israël joue sa survie. Monsieur Netanyahu également. L’objectif qui en découle est clair: l’éradication. Les États-Unis ont un tout autre agenda. Les négociations avec l’Iran piétinaient – une stratégie iranienne bien connue. Le président Trump, habitué aux négociations rapides et constatant les tergiversations de ses interlocuteurs, n’avait qu’un souhait: supprimer ce pouvoir de religieux avec lequel il lui était impossible de réellement négocier un contrat favorable aux deux parties, à commencer par les États-Unis… Au passage, il voulait venger la prise d’otages de 1979, plaie encore vive. L’objectif final visé: s’affranchir au plus vite de ce dossier du Moyen-Orient et avoir les coudées franches pour s’intéresser à l’indopacifique. De là à penser que M. Netanyahu a forcé la main au président Trump pourrait être une hypothèse. Pour le chef de la Maison Blanche, l’objectif est d’obtenir une victoire rapide sans engager des troupes au sol. Les Israéliens, eux, jouent sur la durée. Ce sera une pierre d’achoppement. La Russie: silencieuse. Son objectif est ailleurs. Ses positions en Afrique, y compris en Libye, sont assurées, ses jalons en Syrie (Tartous, Hmeimim) et au Soudan (Port-Soudan) sont acquis. Seule la victoire en Ukraine est dans sa ligne de mire, victoire qui sera scellée lorsque la négociation avec les États-Unis lui garantira la reconnaissance de la gestion et de la possession, en tant que terres russes, de la Crimée et des oblasts de Donetsk, Louhansk, Kherson, Zaporijjia, qu’elle n’a pas intégralement conquis. À ces revendications s’ajoutent d’autres concernant le devenir de l’Ukraine. L’attitude du président Poutine ne peut qu’entraîner l’adhésion de M. Trump à une telle négociation. La Chine: silencieuse. Son principal sujet de préoccupation demeure la sécurisation de son approvisionnement en hydrocarbures, indispensables pour maintenir sa puissance industrielle. Les succès militaires remportés au Venezuela par les forces US et en Iran par les armées américaine et israélienne – sachant que le Venezuela et l’Iran possèdent des systèmes de détection et un équipement antiaérien chinois – n’incitent pas la Chine à faire montre de rodomontades si ce n’est – tout comme les Russes – à réclamer de se référer aux seules décisions des instances internationales, bafouées par ailleurs aussi bien par l’Iran que par le Venezuela. Les États ayant sollicité la protection des Russes ou des Chinois après avoir chassé d’autres pays, peut-être imparfaits mais fidèles, se sentiront bien désemparés s’ils sont à l’avenir la cible de menaces, compte-tenu du manque de réaction – russe ou chinoise – à l’offensive contre l’Iran. Les Émirats se modernisent, l’Europe absente Quel sera l’avenir des BRICS+? Seul le temps nous le dira. Mais lorsqu’on se prétend protecteur, il ne convient pas d’être seulement prédateur. Après s’être affranchis de la tutelle saoudienne, trop longtemps pesante, engluée dans un immobilisme conventionnel autant qu’économique, les Émirats arabes unis se sont modernisés et ont ouvert la voie à une mondialisation heureuse et prospère. Ils ont acquis avec assurance une autonomie stratégique dont les différences avec la géopolitique saoudienne se manifestent sur presque tous les plans: l’Arabie est un partenaire stratégique du Pakistan et soutient le gouvernement fédéral de la Somalie, tandis que les Émirats ont un penchant pour l’Inde et une relation privilégiée avec le Somaliland, non reconnu; au Soudan, l’Arabie soutient l’armée régulière (SAF) tandis que les Émirats appuient la force de réaction rapide (RSF); au Yémen, l’Arabie soutient le gouvernement reconnu, les Émirats les séparatistes du sud; sur le plan maritime, en mer Rouge et dans l’Océan Indien, l’Arabie développe une stratégie de sécurité nationale, tandis que les Émirats ont développé en Océan Indien une chaîne portuaire et logistique. Enfin, concernant Israël, l’Arabie n’a toujours pas reconnu officiellement l’État hébreu, contrairement aux Émirats, signataires des Accords d’Abraham (2020). L’Arabie qui se veut une puissance territoriale et politique, cherche à réaliser un système de sécurité collective. Les Émirats veulent des partenaires maritimes et commerciaux. Deux conceptions différentes de la politique, des relations internationales et de la diplomatie. Deux positions mondiales divergentes, en termes d’influence et d’action. L’Europe? Absente. Ou tout au moins inaudible. Elle avait pourtant toute sa place, toutes les chances de jouer un rôle, toutes les capacités pour le faire. Comment le faire alors qu’une partie de cette Europe est focalisée sur l’Est, hypnotisée comme un lapin par les phares d’une voiture, alors qu’une autre partie, peu nombreuse, est tournée vers la mer, la Méditerranée et l’Orient (Proche et Moyen)? Une troisième partie de l’Europe est incapable d’agir, attachée viscéralement aux États-Unis, quoi qu’il en coûte. Et l’Iran dans tout cela? Qui commande, qui dirige, qui a une stratégie? Pour l’heure, l’Iran attaque tous les pays. En conclusion, les États-Unis et Israël poursuivent des objectifs différents avec un tempo différent. Il y a eu une collusion d’intérêts immédiats. À moyen et à long termes, ils paraissent bien éloignés. Israël n’a aucune intention de négocier, Que deviendra l’Iran alors? Fragmentée, éclatée, occidentalisée? Dans tous ces cas de figure, cela ne serait favorable ni à la Russie, ni à la Chine. Quant aux États-Unis, obnubilés par leur souhait de voir disparaître ce gouvernement religieux honni, ils ne parvenaient pas à négocier selon leurs critères. Désormais, avec qui vont-ils négocier?

De Brest-Litovsk au Liban
Par
Ziad Abdel Samad
Publié
mars 17, 2026 - 20:46

Entre les leçons de l’histoire et les pressions de la guerre, la même question revient : un État épuisé peut-il différer sa défaite majeure au moyen d’un règlement difficile, ou bien un accord conclu sous un rapport de forces déséquilibré finit-il par peser durablement sur la souveraineté et la stabilité ? Lorsque les États entrent dans l’heure du péril existentiel, la question n’est plus de savoir comment vaincre, mais comment prévenir l’effondrement total. En ce sens, le débat libanais en cours autour de l’initiative lancée par le président Joseph Aoun pour ouvrir la voie à des négociations directes entre le Liban et Israël sous parrainage international déborde les frontières de la polémique politique ordinaire, et pose une question plus profonde qui touche aux limites du réalisme possible lorsque l’État lui-même se trouve menacé dans sa cohésion et dans sa capacité à subsister. Cette initiative a suscité une fracture manifeste entre ceux qui y voient une tentative réaliste de mettre fin à l’effondrement et d’empêcher l’extension du conflit, et ceux qui estiment que toute négociation conduite sous la pression des armes et dans un rapport de forces déséquilibré risque de se muer en un règlement sévère imposé au Liban et laissant des effets durables sur sa souveraineté et son avenir politique. En de tels moments, l’histoire revient proposer ses précédents: celui d’États ou de régimes politiques qui se sont trouvés devant un choix d’une extrême difficulté, celui d’accepter un accord douloureux pour conjurer l’effondrement total. Au lendemain du triomphe de la révolution bolchevique en 1917, la nouvelle direction russe se trouva face à une réalité brutale: un État épuisé, une armée en décomposition, une économie à bout de souffle après des années de guerre mondiale. En cet instant, Vladimir Lénine comprit que la poursuite de la guerre contre l’Allemagne risquait de précipiter la chute du nouveau pouvoir avant même qu’il eût pu asseoir ses fondements ; aussi chargea-t-il Léon Trotsky de négocier la fin du conflit. La décision, cependant, ne s’imposa pas aisément. La direction bolchevique se divisa sur la nature de la posture à adopter. Lénine plaidait pour l’acceptation de la paix, fût-elle dure et humiliante, estimant que la priorité consistait à sauver la révolution et à gagner le temps nécessaire à la reconstruction de l’État. Trotsky, pour sa part, tenta d’adopter une formule intermédiaire fondée sur l’arrêt des combats sans pour autant signer un traité infamant, tandis qu’un courant au sein du parti, mené par Nikolaï Boukharine, rejetait toute entente avec l’Allemagne et appelait à poursuivre ce qu’il nommait la «guerre révolutionnaire». Les réalités militaires tranchèrent rapidement le débat. L’armée allemande reprit son offensive et progressa en territoire russe sans rencontrer de résistance digne de ce nom, contraignant la direction bolchevique à accepter la signature du traité de Brest-Litovsk en 1918. Le traité était sévère: il contraignit la Russie à céder de vastes étendues territoriales et à subir d’importantes pertes économiques, à tel point qu’on le qualifia alors de paix infamante. Lénine n’en jugea pas moins que cette étape, contrainte et provisoire, était destinée à protéger l’entreprise politique de plus grande envergure: la survie de la révolution elle-même. Et de fait, moins d’un an plus tard, l’Allemagne était vaincue et le traité tombait de lui-même, tandis que le pouvoir bolchevique parvenait à se consolider, à engager la guerre civile et à en sortir vainqueur. Depuis lors, cet épisode est devenu un exemple classique dans l’histoire politique: celui de l’acceptation d’un accord dur pour sauver un projet ou un État menacé d’effondrement. Cet exemple est aujourd’hui fréquemment convoqué dans les débats politiques libanais, notamment dans le contexte de la guerre ouverte avec Israël et des répercussions catastrophiques qui frappent le pays. Le Liban traverse une situation d’une extrême fragilité: une économie en ruine, un tissu social lézardé, des millions de citoyens menacés de déplacement ou de pauvreté depuis que leurs villes, leurs villages et leurs maisons ont été détruits — autant de pressions colossales qui pèsent sur le tissu social et menacent l’unité et la cohésion du pays. Dans un tel contexte, certains avancent l’idée que le réalisme politique peut parfois imposer d’accepter des arrangements difficiles ou inégaux pour mettre fin à la guerre et prévenir l’effondrement de l’État et de la société. À l’opposé, nombreux sont ceux qui récusent cette perspective et estiment que tout accord déséquilibré risque de se muer en diktat permanent, consacrant le déséquilibre des rapports de force et fragilisant durablement la souveraineté de l’État. Ce débat se nourrit également d’une lecture des précédentes expériences libanaises avec Israël, où les différentes étapes de négociation et d’entente montrent que la marge de manœuvre libanaise s’est réduite progressivement à mesure que le déséquilibre des rapports de force s’accentuait et que la capacité de l’État à maîtriser pleinement les composantes de sa puissance se dégradait. De l’accord du 17 Mai, qui portait des dimensions politiques et sécuritaires considérables mais s’effondra avant d’être appliqué, à l’Accord d’avril qui organisa les règles d’engagement sans s’attaquer au fond du conflit, en passant par la résolution 1701 du Conseil de sécurité et l’ensemble des ententes et des arrangements sécuritaires qui lui succédèrent dans le but de contenir les hostilités, les réalités du terrain et du champ politique poussaient graduellement vers des conditions toujours plus restrictives pour la marge d’action libanaise. À partir de cette perspective, certains observateurs considèrent que la question ne porte pas seulement sur la nature d’un éventuel accord aujourd’hui, mais aussi sur le point de savoir si les conditions actuelles — pour dures qu’elles soient — pourraient demeurer moins coûteuses que celles qui seraient imposées demain si la dégradation militaire et politique se poursuivait et si le déséquilibre des rapports de force s’approfondissait encore. Le dilemme libanais ne tient pas seulement aux conditions d’un règlement possible, mais aussi à la persistance d’un discours politique qui continue de refuser d’admettre les limites de la puissance et de confondre réalisme et capitulation — alors même que la perpétuation de cette logique risque d’entraîner conjointement la société et l’État dans un approfondissement de l’effondrement, et de rendre le coût de tout arrangement ultérieur plus sévère encore pour le Liban, politiquement, économiquement et du point de vue de sa souveraineté. La différence entre l’époque de Brest-Litovsk et la nôtre réside cependant aussi dans la nature du système international. En 1918, il n’existait aucun cadre institutionnel mondial capable de parrainer les accords ou d’en garantir l’exécution. Aujourd’hui, en dépit de toutes les lacunes et des dysfonctionnements qui affectent l’ordre international, l’existence des Nations Unies et d’un réseau de mécanismes diplomatiques et juridiques peut offrir un minimum de garanties. Dans le cas du Liban, le parrainage international, conjugué à la tutelle arabe, pourrait constituer un filet de sécurité pour tout accord éventuel, contribuant à garantir l’engagement des parties et à réduire le risque que cet accord ne s’effondre ou ne se réduise à une simple trêve provisoire. Mais toute discussion sérieuse sur un éventuel règlement au Liban se heurte directement à la question des armes hors du cadre de l’État, qui constitue le nœud le plus lourd de conséquences dans la définition de la position de négociation du Liban et des limites de sa capacité à honorer tout accord futur. La présence du Hezbollah en tant que force militaire détenant un pouvoir de décision opérationnel qui déborde le cadre institutionnel de l’État confère à toute négociation un caractère intrinsèquement double: d’un côté, une négociation entre l’État libanais et Israël ; de l’autre, un débat intérieur non résolu sur la question de qui détient le dernier mot en matière de guerre et de paix. Sans que cette contradiction ne soit traitée, tout arrangement risque de demeurer précaire, car le succès d’un accord ne dépend pas des seuls textes, mais de l’existence d’une autorité unique capable de monopoliser la décision souveraine et d’assumer les engagements qui en découlent. C’est pourquoi la question qui se pose aux Libanais aujourd’hui n’est pas seulement de savoir si un règlement est nécessaire ou possible, mais comment le formuler dans un cadre international qui en garantisse la pérennité et préserve le Liban de se retrouver une fois encore théâtre d’un conflit ouvert. Car en définitive, le problème n’est pas qu’un accord soit dur, mais que son refus aujourd’hui ouvre la voie à des conditions plus dures encore demain. Les États ne se mesurent pas seulement à leur capacité de résistance, mais aussi à leur aptitude à reconnaître le moment où sauver ce qui peut encore l’être devient la condition même de leur survie.

Le Liban entre conditions de négociation et complexités décisionnelles
Par
Ziad Abdel Samad
Publié
mars 14, 2026 - 21:48

Israël pose comme condition préalable le désarmement du Hezbollah avant toute négociation, exigence qu'il sait d'avance hors de portée de l'État libanais, dès lors que la décision de guerre et de paix demeure, dans une très large mesure, étrangère aux institutions de cet État. Israël a néanmoins franchi un pas notable en nommant Ron Dermer à la tête de sa délégation aux négociations avec le Liban — un responsable de haut rang, proche des cercles décisionnels et notamment du Premier ministre Benjamin Netanyahu. Cette nomination confère à la démarche israélienne une consistance politique indéniable et envoie un signal sans équivoque à la communauté internationale: Israël est prêt à s'engager dans un processus de négociation au plus haut niveau. En revanche, l'État libanais s'efforce de constituer une délégation de négociation qui reflète les équilibres confessionnels internes sur lesquels repose le système politique. Mais cette tentative s'est heurtée rapidement aux complexités de la réalité libanaise: le président du Parlement, Nabih Berry, a refusé de désigner le membre chiite de la délégation, conditionnant sa participation à un cessez-le-feu complet avant toute séance de négociation. Cela intervient au moment même où le Hezbollah a déclaré son refus de tout cessez-le-feu avant la fin de la guerre contre l'Iran, affirmant qu'il a engagé toutes ses capacités dans ce conflit et qu'il combattra jusqu'au bout ou jusqu'à la victoire. De telles positions ferment pratiquement la porte à tout cessez-le-feu à court terme et rétrécissent la marge de manœuvre de toute initiative politique ou processus de négociation. Elles révèlent aussi la divergence manifeste entre la logique de l'État libanais — qui cherche à contenir la crise par les canaux diplomatiques — et celle des groupes paramilitaires, qui lient leur décision à un contexte régional plus vaste, transcendant les frontières du Liban. À la lumière de ces données, Israël apparaît comme ayant réussi à marquer un point supplémentaire auprès de l'opinion publique internationale : il se présentera comme la partie qui a affiché sa disposition à négocier en envoyant un émissaire de haut rang, tandis que le Liban donnera l'image d'un État incapable d'unifier sa décision intérieure ou de satisfaire aux prérequis d'une transition vers un règlement politique. Cette perception, qu'elle soit exacte ou exagérée, fragilise la position de négociation du Liban et rend plus difficile la défense de ses intérêts dans les enceintes internationales. En définitive, ces développements révèlent une fois de plus la profondeur de l'impasse dans laquelle se trouve le Liban, là où se télescopent un État aux capacités limitées et une puissance militaro-politique qui prend ses décisions en dehors de ses institutions. Dans ce contexte, tout processus de négociation ou règlement politique devient otage d'équilibres régionaux sur lesquels le Liban n'a aucune maîtrise. Tandis que l'État s'efforce de consolider sa place à la table des négociations, le véritable défi reste la restitution de la décision de guerre et de paix à ses institutions constitutionnelles — car sans cela, le Liban restera un terrain de liquidation des conflits régionaux, plutôt qu'un État capable de défendre ses intérêts nationaux.

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