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In Memoriam

Michel el-Khoury ou la noblesse de l'effacement
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Michel Hajji Georgiou
Published
août 27, 2026 - 01:34

Comment parler d’un homme qui avait horreur de faire du bruit? Qui refusait les coups d’éclat et les étalages en tous genres, quand bien même sa brillance et sa noblesse livraient, au grand dam du personnage, une concurrence parfaitement déloyale à son extrême modestie? La tâche est particulièrement ardue. D’autant que l’homme lui-même, peu friand de médias, d’entretiens, d’honneurs et autres mises en exergue, aurait désapprouvé l’exercice pour le moins périlleux auquel se livre l’auteur de ces lignes. Pourtant, c’est parce que cheikh Michel el-Khoury, disparu à près de cent ans le 4 juillet 2026, avait choisi la voie du silence et de la discrétion, fidèle à son leitmotiv de «il faut servir plutôt que se servir» – le sens et la primauté de l’État ayant la priorité absolue sur tout le reste – qu’il paraît absolument nécessaire de parler de lui en ces temps de profonde déliquescence que traverse le Liban. D’autant que sa vision du Liban et de son rôle reste plus que jamais d’actualité.

Le sayyed qui montrait la voie à suivre
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Michel Hajji Georgiou
Published
avr. 18, 2026 - 05:22

L’esprit et l’héritage de l’uléma Mohammad Hassan el-Amine, autorité de référence du chiisme amélite libaniste étatiste, demeure plus que jamais actuel cinq ans après son départ. Il y a cinq ans, le 10 avril 2021, l’uléma chiite Mohammad Hassan el-Amine succombait à Saïda d’un COVID contracté à soixante-quinze ans. Le Liban s’effondrait déjà depuis longtemps sous ses yeux – et il continua inexorablement à se disloquer après lui. Aussi, la Faucheuse, peut-être paradoxalement magnanime cette fois, donna-t-elle à cet homme sage et débonnaire – comme, près d’une décennie plus tôt, à son ami Hani Fahs – l’opportunité de ne pas souffrir davantage face au spectacle effarant de l’agonie continue du pays du Cèdre, et, avec, de la communauté chiite. Sans doute la finitude lui fit-elle en effet une gracieuse et ultime révérence en l’enlevant à ce bas-monde avant que ses prophéties les plus sombres ne commencent à s’accomplir avec tant d’exactitude. Ou bien s’agit-il là de cette ultime consolation qui nous permet de survivre à la disparition des repères fondamentaux qui ont progressivement fondé toute une vision du politique fondée sur la modération, le vivre-ensemble et la paix.

Mohammad Hussein Chamseddine, ce soldat inconnu
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Farès Souhaid
Published
avr. 9, 2026 - 13:22

Si j'écris ces mots aujourd'hui, ce n'est pas mû par l'éthique, l'amitié ou la politesse, mais par l'immense respect que je porte à un homme qui a beaucoup donné au Liban et qui est resté un soldat inconnu. Cet homme s'appelle Mohammad Hussein Chamseddine, et il a pensé et rédigé, de 1992 à 2026, la majorité de la littérature politique qui a constitué la pierre angulaire autour de laquelle nous avons construit le récit de la souveraineté et de l'indépendance du pays. Pour Mohammad Hussein Chamseddine, la souveraineté et l'indépendance étaient toujours liées à l'unité nationale, dont elles dépendaient directement. Et au moment où cette unité nationale se trouvait brisée, quelle qu'en fût la raison, cela entraînait inévitablement une rupture de l'indépendance et de la souveraineté du pays.

Mohammad Hussein Chamseddine, une pensée chiite derrière le 14 Mars
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Michel Hajji Georgiou
Published
avr. 9, 2026 - 11:55

Il y a quarante jours disparaissait Mohammad Hussein Chamseddine, esprit exceptionnel, démocrate chiite et penseur du vivre-ensemble et partisan invétéré de la préservation le Grand Liban. Cet article n’est pas tant un hommage qu’un témoignage précis de ce que tout ce que cet homme, humble, discret et inconnu du grand public, a été et apporté au débat public. C'est un homme calme, filiforme, taciturne. Il arrive tous les jours, en début d'après-midi, au secrétariat général du 14 Mars, où il s'installe discrètement et se consacre à ses réflexions, ses lectures, ses écrits. Sans doute une nouvelle initiative, concoctée avec ses compagnons de route, Samir Frangié et Farès Souhaid, est en cours de préparation. Les idées proposées sur papier par Frangié sont soit en français, soit en arabe, et Chamseddine réfléchit, réciproque, appose ses commentaires et ses remarques. L’osmose intellectuelle et politique – intensément humaine – entre les deux hommes est totale, et le résultat toujours substantiel, porté par une vision philosophique, humaniste, profonde de la convivance.

Salma Merchak, la résistance par les Lumières   
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Michel Hajji Georgiou
Published
févr. 24, 2026 - 14:18

C’était le 4 février 2021, par un morne matin d’hiver. Le corps de Lokman Slim, archétype de l’intellectuel engagé, venait d’être retrouvé dans sa voiture, criblé de balles. Un clou de plus dans le cercueil d’un Liban pourri et rongé jusqu’à la moelle par l’hybris criminel du Hezbollah. Certes, l’enlèvement de Lokman la veille, puis son assassinat s’inscrivait dans une logique familière. Au Liban, depuis plus d’un demi-siècle, chaque personne qui ose remettre en question l’ordre totalitaire du moment devient potentiellement une cible à abattre. Surtout lorsqu’il s’agit des intellectuels: leur disparition, dans le monde arabe, ne fait jamais grand bruit. Ils ne remuent pas la fibre nationale, communautaire, localiste ou clanique dans la mesure où ils n’ont pas de hordes de fidèles derrière eux. Ils constituent, en ce sens, des cibles faciles, et donc privilégiées.

L'histoire de Salma Merchak, qui a attendu 5 ans la justice pour son fils Lokman

Ce que le temps est avare. Le Liban et l’Orient ont connu peu de femmes semblables à Salma Merchak Slim, mère du penseur-martyr Lokman, qui s’en est allée hier, impatiente de le retrouver, sans avoir vu la justice des hommes frapper ses assassins. Salma Merchak survécut exactement cinq années à son fils, ses larmes coulant au-dedans, dans un cœur vaste et saturé de tristesse, ne mouillant que rarement ses joues. Elle demeura présente, droite, inentamée, aux côtés de sa fille Rasha el-Ameer, de Monika Bergmann et des compagnons de son fils, fidèle à la défense des valeurs du dialogue, de l’acceptation de l’autre, du savoir, de la culture et des Lumières.