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Religion

La centralité de la langue syriaque dans la tradition maronite: la place de la foi (6/7)
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Amine Jules Iskandar
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oct. 15, 2026 - 14:06

La foi est avant tout une adhésion intégrale de l'homme à un idéal qui le dépasse. Elle repose sur la confiance. Pour reprendre saint Paul, elle est « la ferme assurance des choses qu’on espère, la démonstration de celles qu’on ne voit pas » (Héb 11 :1). La foi apparaît ainsi comme persévérance et espérance, fondées sur le sacrifice du Christ et sur la certitude de réalités invisibles. Elle est la faculté d’espérer et de croire en la véracité de ce qui ne se voit pas. Ces réalités invisibles sont transmises par la tradition, dont elles tirent leur légitimité. On ne peut exercer sa foi en Christ qu’à partir du moment où l’on reçoit l’assurance de son existence, où l’on connaît sa personne et que l’on a conscience de son message et de sa volonté. Cette connaissance passe par l’histoire, par la compréhension de ses enseignements, par l’intégration de sa Passion et de sa victoire sur la mort. Or, tout cela n’est pas vu directement, mais transmis. Foi et tradition sont donc intimement et structurellement liées.

Une jeune Libanaise, un chant araméen et Léon XIV en émoi
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Fady Noun
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oct. 6, 2026 - 14:43

Nous sommes le 25 septembre, au Stade de France, près de Paris, où le pape Léon XIV a rendez-vous en soirée avec la jeunesse française pour la première journée de son voyage apostolique dans l’Hexagone. Sur un tableau représentant une barque et une voile, on aperçoit, debout, un homme et une femme, et en surimpression sur un hymne araméen du IVe siècle s’élevant dans le stade, une voix off récite: «Quand la France ne portait pas encore son nom, le Ciel préparait déjà son dessein. En l’an 44 après Jésus-Christ, sur les rives de la Méditerranée, une frêle barque de bois embrasse la côte. Deux disciples de Jésus-Christ foulent pour la première fois cette terre qui deviendra la Provence: Lazare et Marie-Madeleine. Des calanques de la côte aux falaises de la Sainte-Baume, leur passage gravera dans la pierre, dans les cœurs et dans la mémoire des hommes la toute première page de la phase chrétienne de l’histoire de la France. “Voici le cri de toute ma vie, lance ensuite Marie-Madeleine, la pêcheresse convertie, le Christ t’appelle par ton nom. Personne n’est trop abîmé pour être aimé!”»

En France, Léon XIV récolte ce que Jean-Paul II a semé
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Fady Noun
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oct. 1, 2026 - 12:49

«Nous étions sur le Thabor…il faut maintenant redescendre de la montagne et enraciner ce regain de foi dans l’ordinaire des jours». C’est en ces termes que le poète Jean-Pierre Lemaire a résumé les quatre jours mémorables de la visite du pape Léon en France (Paris-Lourdes-Metz, 25-28 septembre). Une visite qui à beaucoup d’égards a porté le sceau de la surprise totale, voire du «miracle», pour reprendre une expression utilisée par le Pape lui-même, à bord de l’avion qui le ramenait à Rome. Léon XIV a eu «la main heureuse», estiment des observateurs du monde catholique. Près d’un demi-siècle après la première visite de Jean-Paul II en France, en 1980, soit plus d’une génération plus tard, il a récolté ce que son prédécesseur avait alors semé par son apostrophe célèbre: "France, fille aînée de l’Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême?”. Cette récolte s’est manifestée sous la forme d’une visibilité soudaine du christianisme dans un pays que l’on croyait devenu, selon le Washington Post , «le cimetière du catholicisme».

La centralité de la langue syriaque dans la tradition maronite: la place de la liturgie (5/7)
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Amine Jules Iskandar
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sept. 29, 2026 - 13:19

La civilisation humaine s’est construite grâce à la faculté de transmission. La tradition – du latin tradere , transmettre – se place au cœur du progrès. Elle est, pour reprendre Le Corbusier, «la chaîne ininterrompue de toutes les novations et, par-là, le témoin le plus sûr de la projection vers l’avenir» (1) . Dans Sacrosanctum Concilium (2) , le concile Vatican II rappelle que «la liturgie exprime la foi de l’Église telle qu’elle a été transmise par les siècles». La liturgie La tradition se transmet dans la liturgie, véritable synthèse de tous les arts. Tous les sens y sont mobilisés: l’espace, la lumière et l’acoustique sont pensés pour servir le rite. Comme l’écrivait le père Pavel Florensky, «dans l’église, l’espace devient théologie» (3) . Le parfum de l’encens est symbole de la prière qui monte vers Dieu, «Que ma prière devant toi s’élève comme l’encens» (Ps 140,2). La fraîcheur de la pierre des églises anciennes est en soi la mémoire tactile des siècles. La chaleur des cierges incarne la lumière du Christ, vainqueur des ténèbres. Le chant est prière; «Chanter, c’est prier deux fois», selon la formule attribuée à saint Augustin (4) .

Le Liban et les chrétiens d'Orient au cœur de la visite du Pape en France
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Fady Noun
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sept. 25, 2026 - 19:35

Au premier jour de sa visite apostolique en France, s'adressant à l'Elysée au président Emmanuel Macron, aux autorités, à la société civile et au corps diplomatique, le pape Léon XIV a prononcé un discours dans lequel il a fait l'éloge de «la coopération entre la France et l’Église catholique au service des chrétiens d’Orient», et mettant en rapport cette prise de position avec «une juste laïcité» telle que comprise et saluée par le Saint-Siège. «Une juste laïcité ne consiste donc pas à exclure la religion de l’espace public ou de l’éducation, a notamment affirmé le Saint-Père dans son discours, mais à travailler pour que l’État et les institutions religieuses dialoguent ensemble et unissent leurs forces au service du bien commun, pour que le monde ait la vie».

La centralité de la langue syriaque dans la tradition maronite (4/7)
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Amine Jules Iskandar
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sept. 10, 2026 - 23:50

Le syriaque a été maintenu vivant au Liban grâce aux hymnes maronites. Ils ont porté la langue avec tout l’héritage, la conscience et l’imaginaire qu’elle a inlassablement véhiculés à travers les siècles. Ces hymnes constituent l’expression la plus accomplie et la mieux transmise parmi les différentes manifestations du patrimoine syriaque. Leur origine remonte aux IVe-Ve siècles avec saint Éphrem et saint Jacques de Saroug. Ils ont accompagné la naissance du christianisme oriental, son développement et son enracinement dans cette terre. Ils sont également porteurs d’une haute antiquité cananéenne-phénicienne, araméenne et mésopotamienne. Par leur diffusion, ces hymnes ont surtout transmis la langue syriaque dans toutes les paroisses et dans les cœurs de la diaspora.

Pas de «sobhiyé» pour les Clarisses de Rayaq
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Fady Noun
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sept. 8, 2026 - 12:56

Un monastère de l’ordre contemplatif des Clarisses, fondé par sainte Claire (XIIIe siècle), sur le modèle de l’ordre de saint François, a vu le jour à Rayaq (16.000 habitants), petite ville de la plaine centrale de la Békaa, le 11 août dernier, fête de sainte Claire. Le nouveau monastère est fondé intentionnellement en milieu rural, et enrichira de sa prière le «grenier à blé» du Liban, rattaché au pays par le patriarche Hoayek, après la famine de 1915. La cérémonie fondatrice du nouveau monastère a été présidée par Mgr César Essayan, vicaire apostolique des latins au Liban. La population chrétienne du quartier chrétien de Rayaq (Rayaq el-Faouka), venue en masse, a réservé un accueil inoubliable et de grande générosité aux cinq moniales en habit gris. La fondation a été considérée comme «un événement spirituel majeur» par la plupart des présents.

La centralité du syriaque dans la tradition maronite: un patrimoine vivant (3/7)
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Amine Jules Iskandar
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août 10, 2026 - 16:59

La langue, en tant que vecteur de culture nationale, peut devenir un instrument de libération, comme chez Johann Fichte et Karol Wojtyla, et même une véritable raison d’être, selon Charles Malek. Elle forge la conscience nationale, assure la cohésion face aux hégémonies militaires ou culturelles et permet de construire l’avenir en s’enracinant dans l’héritage du passé. Alors que Johann Gottfried von Herder mettait en lumière le rôle de la langue dans la formation de l’identité culturelle, Johann Gottlieb Fichte prolongea cette réflexion en l’associant directement au concept de nation. Ce qu’il désignait par le Volkstum (culture nationale) (1) naquit comme un instrument de résistance face à la suprématie française. C’est sur ce même principe que Karol Wojtyla, futur pape Jean-Paul II, œuvra pour promouvoir l’usage de la langue polonaise dans le théâtre, afin de préserver l’âme de son peuple sous domination soviétique.

La centralité du syriaque dans la tradition maronite: le rôle des patriarches (2/7)
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Amine Jules Iskandar
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juil. 29, 2026 - 18:25

Après avoir évoqué la naissance de l’Église maronite à la suite du concile de Chalcédoine, il convient désormais d’examiner le rôle de la langue dans la construction nationale. Il est particulièrement significatif de constater à quel point la hiérarchie ecclésiastique maronite fut consciente de cet enjeu et comment elle s’efforça d’agir en conséquence. Pour les patriarches maronites, depuis saint Jean Maron, la langue constituait l’expression de leur culture, de leur spiritualité, de leur foi et de leur identité. Cette conviction fut formulée avec grande clarté, au XVIIe siècle, par le patriarche Estéphanos Douayhi. Il appelait le syriaque « la nostra lingua syriaca » et lui attribuait une dimension quasi mystérique, comparable aux mystères du christianisme. Par-là, il entendait qu’aucune traduction ne pouvait remplacer l’original syriaque ni exprimer le concept dans sa plénitude. Les mots possèdent en effet une mémoire seconde et chaque culture établit une relation unique entre le signifiant et le signifié.

La centralité de la langue syriaque dans la tradition maronite 1/7
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Amine Jules Iskandar
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juil. 26, 2026 - 13:01

À la sortie d’un récital maronite en langue syriaque, les spectateurs s’étonnent d’avoir ressenti les mots et la spiritualité au plus profond de leur être. Ils ont éprouvé des émotions d’une intensité inhabituelle, plus forte encore que lorsqu’il s’agit d’une langue qu’il comprennent. Ils s’interrogent alors : comment une langue devenue largement incomprise peut-elle les pénétrer avec plus de force qu’une langue apprise sur les bancs de l’école. La langue de l’âme Le syriaque se trouve à la source de la spiritualité maronite, comme il l’a été pour les autres Églises antiochiennes. Même marginalisée, cette langue demeure inscrite dans la quintessence de l’identité maronite. Elle parle à l’esprit, nourrit l’intériorité et étanche une soif spirituelle. Par sa sonorité, son rythme et la richesse de ses images poétiques, le syriaque ouvre un espace intérieur singulier.

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