Levant Time logo

Hommage

Lionel Messi ou le réenchantement du monde
By
Michel Hajji Georgiou
Published
sept. 6, 2026 - 13:31

Le joueur argentin, qui a mis fin à sa carrière internationale le 31 août 2026, n’était rien moins qu’un prestidigitateur des stades. Son parcours, fait de prodiges, de chutes et de rédemption, dit peut-être quelque chose de notre besoin intact d’enchantement dans un monde qui prétend pourtant s’en être défait. Annoncée quelques semaines après la finale de Coupe du monde 2026 perdue contre l’Espagne, la retraite internationale de Lionel Messi n’a pas été sans provoquer une émotion dont il est difficile de trouver beaucoup d’équivalents dans l’histoire récente du football. Il faudrait sans doute remonter à Maradona, ou encore à Cruyff ou Pelé, pour retrouver cette sensation qu’avec le retrait d’un joueur disparaît quelque chose qui excède très largement le sport lui-même, comme si une certaine manière d’habiter le football, sinon même d’y croire, arrivait, elle aussi, à son terme.

Hassan Rifaï, le sage révolté
By
Michel Hajji Georgiou
Published
sept. 4, 2026 - 23:28

De Hassan Rifaï, l’on garde l’image d’un juriste respecté, posé, une référence en droit administratif et constitutionnel, argumentant, d’une voix calme et chevrotante, pour pointer du doigt les écarts et les égarements des politiques vis-à-vis du régime démocratique parlementaire et de la Constitution. Pourtant, l’ancien député et ministre, disparu le 3 septembre 2025, était aussi un homme révolté. Un frondeur. Même à cent ans. Surtout à cent ans! Il l’avait été enfant, haranguant les foules à Baalbeck contre le Mandat, puis tout au long de sa carrière d’avocat et de parlementaire. À cent ans, tout à fait désabusé de la République et de ses flibustiers, sa douce colère ne s’était pas calmée.

Samir Kassir: ces absences qui nous hantent
By
Jad Akhawi
Published
juin 1, 2026 - 23:20

Chaque année, lorsque revient le 2 juin, Samir Kassir réémerge dans ma mémoire comme s’il n’avait jamais disparu. Les années s’écoulent, les visages changent, les circonstances et les événements se succèdent, mais il est des êtres que le temps ne parvient pas à réduire au rang de simples souvenirs. Ils demeurent présents dans le détail de nos vies, dans les mots que nous écrivons, les idées que nous défendons, les rêves qui n’ont pas eu le temps de s’accomplir. Vingt et un ans ont passé depuis l’assassinat de Samir Kassir, et j’ai encore le sentiment que cette matinée funeste n’a pas vraiment pris fin. Samir n’était pas pour moi un journaliste, un écrivain ou un penseur dont je suivais les articles et les idées. C’était un ami, un être d’exception, qui possédait cette rare faculté de concilier la culture profonde et la simplicité humaine, la hardiesse intellectuelle et la chaleur personnelle.

À mon frère Nassir el-Assaad
By
Hadi El-Assaad
Published
mai 27, 2026 - 17:14

Quatorze ans déjà. Quatorze années se sont écoulées depuis le départ de mon frère Nassir el-Assad, et pourtant son souvenir demeure intact dans les cœurs de tous ceux qui l'ont connu, aimé, estimé ou simplement croisé sur le chemin d'un Liban qu'il rêvait libre, souverain et digne. Nassir faisait partie de cette génération d'hommes qui ne cherchaient ni la lumière ni les honneurs. Il croyait profondément aux causes justes sans jamais chercher à en tirer un quelconque bénéfice personnel. Artisan discret mais déterminé de la Révolution du Cèdre de 2005, aux côtés de Samir, Farès, Élias et Samir, mais aussi Walid, Gebran et d'autres, il avait compris très tôt que le Liban ne pouvait survivre sans liberté, sans pluralisme et sans État.

Le troublant testament de Ghassibé Keyrouz, bras droit de Nicolas Kluiters s.j. (3/3)

La fête de Saint-Joseph (19 mars), patron de l’Université qui porte son nom, a ramené à la mémoire de son nouveau recteur, François Boëdec s.j., le souvenir d’Alban de Jerphanion, premier martyr jésuite de l’interminable guerre qui a éclaté en 1975 au Liban, et dont un nouvel épisode, qu’on espère être le dernier, s’est ouvert début mars. Cinq autres martyrs de cette guerre sont tombés après le père de Jerphanion. En signe d’hommage, et avec la parution d’une nouvelle biographie consacrée à l’une de leurs figures les plus saintes, celle du prêtre néerlandais Nicolas Kluiters, dont le procès en béatification est engagé, nous présentons ici cet ouvrage, qui comprend des détails inédits sur les motivations de ceux qui ont tué le père Nicolas. Nous dégageons par la même occasion le sens général du don qu’il a fait au Liban, pour que notre patrie demeure un modèle de «liberté et de pluralisme» pour l’Orient et l’Occident, à l’heure même où une nation militarisée menace de l’amputer d’une partie essentielle de son territoire portant le souvenir du passage du Christ.

Le martyre, au Liban, de Nicolas Kluiters s.j., face au Mal (2/3)
By
Fady Noun
Published
mars 30, 2026 - 23:10

La fête de Saint-Joseph (19 mars), patron de l’Université qui porte son nom, a ramené à la mémoire de son nouveau recteur, François Boëdec s.j., le souvenir d’Alban de Jerphanion, premier martyr jésuite de l’interminable guerre qui a éclaté en 1975 au Liban, et dont un nouvel épisode, qu’on espère être le dernier, s’est ouvert début mars. Cinq autres martyrs de cette guerre sont tombés après le père de Jerphanion. En signe d’hommage, et avec la parution d’une nouvelle biographie consacrée à l’une de leurs figures les plus saintes, celle du prêtre néerlandais Nicolas Kluiters, dont le procès en béatification est engagé, nous présentons ici cet ouvrage, qui comprend des détails inédits sur les motivations de ceux qui ont tué le père Nicolas. Nous dégageons par la même occasion le sens général du don qu’il a fait au Liban, pour que notre patrie demeure un modèle de «liberté et de pluralisme» pour l’Orient et l’Occident, à l’heure même où une nation militarisée menace de l’amputer d’une partie essentielle de son territoire portant le souvenir du passage du Christ.

«Mort pour que vive le Liban», l’ultime sacrifice de Nicolas Kluiters s.j. (1/3)

La fête de Saint-Joseph (19 mars), patron de l’Université qui porte son nom, a ramené à la mémoire de son nouveau recteur, François Boëdec s.j., le souvenir d’Alban de Jerphanion, premier martyr jésuite de l’interminable guerre qui a éclaté en 1975 au Liban, et dont un nouvel épisode, qu’on espère être le dernier, s’est ouvert début mars. Cinq autres martyrs de cette guerre sont tombés après le père de Jerphanion. En signe d’hommage, et avec la parution d’une nouvelle biographie consacrée à l’une de leurs figures les plus saintes, celle du prêtre néerlandais Nicolas Kluiters, dont le procès en béatification est engagé, nous présentons ici cet ouvrage, qui comprend des détails inédits sur les motivations de ceux qui ont tué le père Nicolas. Nous dégageons par la même occasion le sens général du don qu’il a fait au Liban, pour que notre patrie demeure un modèle de «liberté et de pluralisme» pour l’Orient et l’Occident, à l’heure même où une nation militarisée menace de l’amputer d’une partie essentielle de son territoire portant le souvenir du passage du Christ.

Walid Khalidi, l'architecte du savoir palestinien
By
Rami Rayess
Published
mars 14, 2026 - 18:47

Résumer en quelques lignes l'itinéraire d'un historien qui vécut près d'un siècle et qui, jusqu'à ses derniers jours, demeura plongé dans l'écriture et la réflexion, l'esprit sans cesse habité par ce qui se jouait dans son pays, la Palestine. Et sa cause ne varia pas d'un iota. Walid Khalidi, qui nous a quittés il y a quelques jours à peine, le 8 mars 2026, réunit au fil de sa longue vie de nombreuses qualités, dont la plus saillante est sans doute celle qu'on lui a maintes fois attribuée et que ses recherches et ouvrages confirment: il fut le gardien du récit de la Nakba, et l'homme même qui défit la narration sioniste sur la Palestine.

Gebran Tuéni, l’école de la liberté
By
Michel Hajji Georgiou
Published
déc. 12, 2025 - 19:23

Il y a vingt ans, Gebran Tuéni était littéralement pulvérisé dans un attentat à la voiture piégée. Ses assassins de l’axe Damas-Téhéran, avec leurs acolytes libanais, l’avaient placé sur la liste noire de « personnalités dangereuses » à éliminer absolument, dans la mesure où celles-ci étaient parvenues, en quelques années, à reconstituer une certaine idée libanaise d’un front pluriel et cohérent, garant de souveraineté et de liberté. Un front compact, capable de transcender les clivages hérités de la guerre civile et les compartimentages sectaires sur lesquels l’axe valsait depuis des décennies pour mieux diviser les Libanais et s’ériger, ce faisant, en autorité de règlements des conflits qu’il créait lui-même, selon la logique classique du pompier-pyromane.

Môrice Awwad, l’homme qui rendit à la langue son ventre maternel
By
Michel Hajji Georgiou
Published
déc. 9, 2025 - 19:24

Disparu le 9 décembre 2019, Môrice Awwad est une exception dans le paysage culturel et littéraire libanais. Portrait d’un homme révolté, pressenti en 2015 pour le Nobel de Littérature, et de son rapport avec la langue maternelle, vernaculaire, le libanais, dont il fit son porte-étendard, son territoire-matrice, et sa raison de vivre. Môrice Awwad naît en 1934 dans un Grand-Liban encore à ses premiers balbutiements, et pourtant déjà parcouru par la tension de tout ce qui s’annonce : l’indépendance, l’âge d’or, puis la violence et le retour à la servitude. Mais ce n’est pas tant sa naissance qui importe que celle de la langue en lui. Il faut s’imaginer que Awwad a baigné dans un placenta linguistique libanais, aussi étrange que cette image puisse être, dans les entrailles de sa mère. « Je me souviens avoir entendu ma mère pleurer quand j’étais dans son ventre », écrira-t-il plus tard. Partant, dès l’enfance, dans la maison de Bsalim, un lien se noue – et il ne se dénouera plus jamais : la langue de sa mère — le libanais parlé — devient sa demeure première. La seule qui ne se fissurera pas.