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Le Nouveau réel

Hezbollah en faillite cherche couverture
Por
Khairallah Khairallah
Publicado
sept. 3, 2026 - 19:58

La quête par le Hezbollah d’une couverture chrétienne pour ses armes et pour sa ligne hostile à toute négociation directe avec Israël donne la mesure de l’impasse dans laquelle se trouve un parti qui n’est, au fond, qu’une milice confessionnelle au service des Gardiens de la révolution iranienne. Le Hezbollah que nous avons connu, avec toute sa puissance, son arsenal et ses capacités financières, appartient désormais au passé. En réalité, le parti, qui se croyait en mesure de jouer des rôles dépassant largement le cadre libanais, en Syrie, au Yémen et, à une certaine époque, à Bahreïn, pour ne citer que ces exemples, a fait faillite. Rien n’illustre mieux cet état de faillite que la réouverture de vieux livres de comptes, à commencer par celui de la relation avec le Courant aouniste, lié à Michel Aoun, qui n’avait d’autre objectif que d’accéder à la présidence de la République, quel qu’en fût le prix. Seul un commerçant en faillite fouille dans ses anciens registres, persuadé qu’il lui reste encore quelques créances à recouvrer. Le Hezbollah ne semble pas comprendre que le Courant aouniste, aujourd’hui dirigé par le député Gebran Bassil, est aussi en faillite que lui. Bassil et ceux qui lui ressemblent n’ont plus guère d’autre moyen de tenter de se remettre à flot que de prendre leurs distances avec les armes du Hezbollah, afin de satisfaire ce qui leur reste de base chrétienne, tout en insistant sur le fait que l’armée libanaise doit être la seule à détenir le monopole des armes. Depuis quand le Courant aouniste manifeste-t-il un tel souci de l’armée libanaise?! Pendant dix ans, à compter de la signature du document de Mar Mikhaël avec Hassan Nasrallah en février 2006, Michel Aoun s’est soumis à une longue série d’épreuves imposées par le parti. Il les a toutes réussies, y compris lorsqu’il a justifié le meurtre, par un membre du Hezbollah, de l’officier pilote Samer Hanna, simplement parce que celui-ci s’était rendu en hélicoptère dans une zone du Liban-Sud placée sous le contrôle du parti. Michel Aoun alla jusqu’à justifier la mort d’un officier pilote libanais qui survolait un territoire libanais en déclarant: «Qu’est-ce qu’il était allé faire là-bas (Samer Hanna)?» On demande aujourd’hui à une partie en faillite d’en couvrir une autre. La rencontre entre une délégation du Hezbollah et une délégation aouniste ne changera rien. Pas davantage que la tournée entreprise par une délégation du parti auprès d’autres forces politiques afin de justifier le maintien de ses armes, qui ne sont rien d’autre qu’un instrument au service de l’Iran et de son projet expansionniste dans la région. Ce projet s’est effondré en Syrie avant de vaciller en Iran même, désormais engagé dans une guerre où se joue l’avenir de son régime, celui de la «République islamique». Le régime iranien semble avoir perdu tout contact avec les transformations du monde et de la région depuis le 7 octobre 2023, jour où le Hamas a lancé l’opération «Déluge d’Al-Aqsa» contre les localités israéliennes de la périphérie de Gaza. Après le «Déluge d’Al-Aqsa», Israël a changé, la région a changé elle aussi, tandis que l’Iran, lui, a refusé de changer! Ce qui surprend, c’est que le Hezbollah cherche encore une couverture pour ses armes alors que le Liban-Sud traverse une véritable tragédie. Cette tragédie marque le retour d’une occupation qui avait pris fin en 2000 et se traduit par la destruction par Israël d’environ soixante-dix villages et le déplacement de plus d’un million de citoyens. Cette réalité ne semble avoir aucune importance aux yeux du parti. Sa seule préoccupation est de trouver une justification intérieure au maintien de ses armes. Un parti inféodé à l’Iran considère que préserver son arsenal est plus important que chercher à mettre fin à l’occupation. Il sait que son existence même est liée à ces armes, qui n’ont jamais été autre chose qu’un instrument destiné à soumettre le citoyen libanais et l’État libanais et à les placer sous tutelle iranienne. Qui, au Liban, est encore prêt à couvrir des armes miliciennes et confessionnelles dont la première conséquence est de perpétuer l’occupation israélienne? Il est désormais clair que le Courant aouniste n’est plus la bonne adresse, tout simplement parce qu’il a déjà obtenu, grâce au Hezbollah et à ses armes, ce qu’il recherchait: l’accession de Michel Aoun au palais de Baabda. Il ne reste plus au Hezbollah que la carte du président Nabih Berry, dont on aurait pourtant pu attendre qu’il se souvienne autrement de la disparition de l’imam Moussa Sadr, au lieu de prononcer un discours en décalage avec le contexte politique du Liban et de la région. Le discours de Berry était hors sujet, puisqu’il a abordé la situation libanaise comme si le pays se trouvait encore dans les années 1980. À l’époque, en 1983, le régime syrien dirigé par Hafez el-Assad avait joué un rôle déterminant dans l’échec de l’Accord du 17 mai, alors que le Liban ne pourra guère obtenir mieux au regard du rapport de forces actuel. Malgré tout cela, il serait imprudent de sous-estimer la position de Nabih Berry, qui semble avoir ses raisons de s’aveugler sur la réalité libanaise, d’ignorer ce qui se passe réellement sur le terrain au Liban-Sud… et de ménager l’Iran jusqu’à l’extrême. Le président du mouvement Amal, qui offre une couverture réelle au Hezbollah, mesure-t-il la portée de ce qu’il fait, alors qu’il aurait pu affronter la réalité libanaise et celle du Liban-Sud plutôt que de les fuir? Entre le Courant aouniste, qui ne représente plus qu’une couverture usée jusqu’à la corde, et Nabih Berry, qui cherche à donner l’image d’une communauté chiite soudée et à montrer qu’aucune différence ne sépare Amal du Hezbollah, la question fondamentale demeure: qui mettra fin à l’occupation israélienne, et à quel prix? Une chose est certaine: les armes du Hezbollah menacent de faire disparaître le Liban-Sud, voire le Liban lui-même, quelles que soient les couvertures que le parti pourra encore obtenir de forces qui, elles-mêmes, ont besoin qu’on les couvre…

Maroc: pourquoi les prochaines législatives sont importantes
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Khairallah Khairallah
Publicado
août 29, 2026 - 03:36

La tenue des élections législatives au Maroc le 23 septembre prochain, à la date prévue, témoigne de la régularité de la vie politique dans un royaume vieux de plus de douze siècles. À chacune des étapes de sa longue histoire, le Maroc a su surmonter les difficultés, les obstacles et les défis de différentes natures, jusqu’au règne de Mohammed VI, monté sur le trône il y a un peu plus de vingt-sept ans, succédant à son père Hassan II. Le développement de la vie politique a constitué l’une des caractéristiques marquantes du règne de Mohammed VI. Il s’est accompagné de la mise en place d’infrastructures modernes qui font que celui qui arrive au Maroc depuis l’Espagne ou le Portugal n’a guère le sentiment de passer de deux pays européens à un monde différent… La tenue des élections marocaines à la date prévue consacre de nouvelles conceptions de l’exercice du pouvoir, fondées sur le respect rigoureux de la Constitution approuvée par les citoyens lors du référendum populaire organisé en 2011. Celle-ci prévoit notamment que la personnalité chargée de former le gouvernement soit issue du parti ayant obtenu le plus grand nombre de sièges au Parlement. Les élections ouvriront donc grand la porte aux tractations entre partis, d’autant que celui qui remportera le plus grand nombre de sièges ne sera pas en mesure de disposer à lui seul d’une majorité lui permettant de former un gouvernement sans s’allier à d’autres formations. C’est ce qui s’était produit il y a quatre ans à l’issue des dernières élections, lorsque le Rassemblement national des indépendants, alors dirigé par Aziz Akhannouch, avait remporté le plus grand nombre de sièges sans disposer d’une majorité absolue. La Constitution de 2011 est venue consacrer un nouvel élan de la vie politique dans un royaume qui a choisi de se moderniser sans ignorer les difficultés auxquelles il est confronté, entre son manque de ressources naturelles, d’une part, et la guerre d’usure qu’il subit depuis 1975, d’autre part. Ce n’est un secret pour personne: le Maroc fait face à une guerre d’usure menée contre lui par le régime algérien depuis qu’il a récupéré ses provinces sahariennes du colonisateur espagnol grâce à la «Marche verte», une marche pacifique à laquelle quelque 350 000 citoyens marocains avaient participé à l’appel du défunt roi Hassan II. Cette guerre d’usure, dans laquelle le Front Polisario est utilisé depuis plus d’un demi-siècle, a coûté très cher. Elle n’a cependant pas empêché le Maroc de poursuivre ses projets de développement et son activité diplomatique, couronnée en octobre 2025 par l’adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, qui a reconnu la marocanité du Sahara et le fait que la seule solution viable réside dans la proposition d’une autonomie élargie dans le cadre de la souveraineté marocaine. Les élections et la phase qui les suivra peuvent être considérées comme faisant partie des défis auxquels le Maroc est confronté, notamment celui de la guerre contre la pauvreté à laquelle Mohammed VI a appelé dès son accession au trône. Une telle guerre, qui commence par l’éradication des bidonvilles et la construction de logements décents pour ceux qui y vivent, demeure le meilleur moyen de combattre le terrorisme et toutes les formes d’extrémisme. La tenue des élections à la date prévue confirmera que le changement vers le mieux n’est pas possible sans une conscience politique intégrée à l’échelle nationale. Un tel changement passe par les urnes, et non par la rue, même lorsque les revendications des manifestants sont légitimes. Le gouvernement d’Aziz Akhannouch n’est pas tombé en septembre et en octobre de l’année dernière lorsque des jeunes de la génération Z sont descendus dans la rue pour protester contre le niveau des services médicaux et de l’enseignement ainsi que contre la hausse des frais de scolarité dans les écoles privées. La rue n’a pas fait tomber le gouvernement. Il existe néanmoins aujourd’hui un besoin pressant d’un nouveau gouvernement dirigé par une personnalité plus proche du citoyen ordinaire et de ses préoccupations. Une personnalité qui a déjà prouvé, dans un passé récent, qu’elle était capable de réussir lorsqu’une mission précise lui était confiée. Plus clairement, il faut désormais un gouvernement capable de comprendre les véritables raisons pour lesquelles de simples fausses informations et rumeurs diffusées sur les réseaux sociaux ont poussé des milliers de jeunes, dans les derniers jours de juillet dernier, à se diriger vers Ceuta, occupée par l’Espagne dans le nord du Maroc. Ces jeunes Marocains, dont le nombre a atteint cinquante mille, pensaient que Ceuta, située sur une terre marocaine, était un trésor d’or dans lequel ils pourraient puiser avant de retourner dans leurs villes et leurs villages pour y vivre dans l’aisance matérielle. Dans cette perspective, il paraît important que les élections jouent le rôle qui leur revient dans la réalisation du changement politique. Elles placent toutefois, dans le même temps, l’ensemble des partis politiques et leurs dirigeants face aux défis imposés par la réalité marocaine. Cela suppose naturellement de se hisser au niveau de l’essor que connaît le royaume, où se construisent des hôpitaux, des centres médicaux, des ports et des infrastructures de services dans différentes régions du pays. À cela s’ajoute une véritable prise de conscience, chez Mohammed VI lui-même, de l’importance de relever le niveau de l’enseignement. Le souverain marocain s’est exprimé ouvertement sur ce sujet il y a quelques années dans un discours prononcé à l’occasion de la Fête du Trône. Il y a abordé explicitement le niveau de l’enseignement et l’importance de la maîtrise des langues étrangères, en plus de l’arabe, naturellement. À quelque trois semaines des élections marocaines, la classe politique devrait assimiler ce qu’a révélé la scène de Ceuta concernant la jeunesse, le chômage, les disparités et l’attente des fruits des grands projets. C’est ce dont le roi lui-même avait parlé il y a un an lorsqu’il avait insisté sur la nécessité pour l’ensemble du Maroc d’avancer à une seule et même vitesse. Plus important encore, la crise liée à Ceuta ne s’est transformée ni en division politique interne, ni en confrontation ouverte avec l’Espagne, ni en fracture diplomatique susceptible de rebattre les cartes des relations du Maroc avec l’Europe. Cette réussite confirme la capacité de l’État marocain à absorber le choc, à empêcher ses adversaires connus d’en imposer leur interprétation, puis à ramener l’événement à ses justes proportions sans en nier la gravité. Autant d’enjeux pour l’après-élections, qui concernent avant tout la classe politique marocaine.

L’Irak, le grand prix… pour l’Iran
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Khairallah Khairallah
Publicado
août 20, 2026 - 17:26

Il suffit de regarder autour de soi pour constater que plusieurs guerres se déroulent, avec la bénédiction de l’Iran, dans le monde arabe et à ses marges. Au Yémen, les Houthis tentent de fermer le détroit de Bab el-Mandeb en essayant de reprendre le port yéménite de Mokha, dont ils avaient été chassés en 2014 par des forces locales yéménites soutenues par les Émirats arabes unis. L’Iran parviendra-t-il à contrôler à la fois le détroit d’Ormuz, dans le Golfe, et celui de Bab el-Mandeb, porte d’entrée de la mer Rouge et du canal de Suez, par l’intermédiaire des Houthis au Yémen? L’Iran n’a pas caché sa décision d’adopter une politique offensive sur plusieurs fronts. Mais, pour les Gardiens de la révolution, l’essentiel reste aujourd’hui de maintenir la mainmise iranienne sur l’Irak. Une véritable guerre s’y livre sous la forme d’un bras de fer autour des armes des milices confessionnelles affiliées aux Gardiens de la révolution. Ces milices ont été regroupées sous la bannière du «Hachd al-Chaabi», qui dispose d’un budget financé par l’État irakien et cherche à exercer sur le pouvoir un rôle dominant comparable à celui des Gardiens de la révolution en Iran. L’attachement des Gardiens de la révolution au Hachd al-Chaabi et à son arsenal explique l’importance que l’Iran accorde à l’Irak, désormais mis au service de multiples intérêts iraniens qui profitent au régime de Téhéran. L’un de ces usages consiste à financer une partie du budget iranien. Il y a quelques jours, le gouverneur de la Banque centrale iranienne s’est rendu à Bagdad pour réclamer le paiement de 12 milliards de dollars correspondant au prix du gaz iranien utilisé en Irak pour produire de l’électricité. Les Iraniens ont oublié que la fermeture du détroit d’Ormuz empêche l’Irak d’exporter une grande partie de son pétrole et lui fait donc perdre des milliards de dollars. L’Iran réclame ainsi des milliards à l’Irak tout en voulant l’empêcher, pour des raisons qui lui sont propres, d’exporter l’essentiel de son pétrole. Ces raisons tiennent au fait que le détroit d’Ormuz est devenu l’arme la plus puissante dont dispose l’Iran dans sa confrontation avec les États-Unis, dont l’Irak est devenu l’une des victimes. Indépendamment de ce que la «République islamique» tire des ressources de l’Irak, notamment de son pétrole, ce pays reste le grand prix que l’Iran a reçu en cadeau des États-Unis. C’était sous l’administration de George W. Bush, qui avait insisté, en 2003, pour renverser le régime de Saddam Hussein et livrer l’Irak sur un plateau d’argent à la «République islamique». L’administration américaine cherche aujourd’hui précisément à arracher l’Irak à l’Iran. Elle semble pourtant ignorer une réalité fondamentale: depuis 2003, le véritable pouvoir en Irak est exercé par les milices confessionnelles liées aux Gardiens de la révolution, celles-là mêmes qui avaient combattu l’armée irakienne pendant les huit années de guerre entre l’Iran et l’Irak, de 1980 à 1988. Ce sont des milices irakiennes revenues de Téhéran à Bagdad sur le dos des chars américains. Elles ont pris le contrôle des rouages du système irakien et empêché toute véritable réforme susceptible de faire de l’Irak un État normal, capable d’équilibrer ses relations avec l’Iran et avec son environnement arabe. C’est une réalité irakienne que l’administration de Donald Trump néglige en raison de sa méconnaissance de la profondeur de la pénétration iranienne en Irak… L’administration de George W. Bush s’est débarrassée du régime baasiste et familial de Saddam Hussein. Il était nécessaire d’en finir avec ce régime, aussi sanguinaire que stupide, mais encore fallait-il savoir qui allait lui succéder. L’administration Trump tente aujourd’hui de remédier aux conséquences d’une catastrophe qui s’est abattue sur l’Irak, dont on exige désormais qu’il devienne un poignard planté dans le flanc de la sécurité arabe. C’est depuis l’Irak que partent des attaques contre l’Arabie saoudite et le Koweït. C’est également depuis l’Irak que certaines cibles situées dans la région du Kurdistan irakien sont visées. Ce n’est pas un hasard si Mohammad Bagher Qalibaf, président du Parlement iranien, a tenu à commencer sa dernière visite en Irak par un passage au mémorial érigé en l’honneur de Qassem Soleimani, commandant de la Force al-Qods des Gardiens de la révolution, tué par les Américains avec Abou Mahdi al-Mouhandis, commandant adjoint du Hachd al-Chaabi irakien, peu après avoir quitté l’aéroport de Bagdad au début de l’année 2020. Qalibaf, l’une des figures les plus en vue du régime iranien, est venu à Bagdad pour confirmer l’opposition de Téhéran au désarmement des milices irakiennes, contrairement à ce que cherche à faire le gouvernement d’Ali al-Zaidi, qui se trouve dans une position peu enviable. Qalibaf ne l’a pas déclaré explicitement. Mais sa visite au mémorial de Qassem Soleimani, où il a prononcé un discours glorifiant la «résistance», est lourde de sens. Elle signifie d’abord que la «République islamique» continue de considérer l’Irak comme une «arène» qui lui est acquise, voire comme un atout essentiel dans la guerre tantôt silencieuse, tantôt ouverte qu’elle mène contre l’administration de Donald Trump, une guerre ponctuée, de temps à autre, de négociations publiques ou secrètes. L’Irak peut désormais être considéré comme partie intégrante des guerres qui se déroulent dans la région, du Yémen au détroit d’Ormuz, des États du Golfe arabe soumis à des attaques iraniennes jusqu’au Liban-Sud. Qui aura le dernier mot en Irak? Jusqu’où l’Iran pourra-t-il aller dans ses pressions? Dans quelle mesure le gouvernement d’Ali al-Zaidi pourra-t-il résister aux milices armées? La visite en Arabie saoudite de Faïq Zaidan, président du Conseil supérieur de la magistrature irakienne, contribuera-t-elle à assurer un soutien arabe au gouvernement d’Ali al-Zaidi? Il faut relever que Faïq Zaidan est devenu, ces derniers temps, un acteur majeur de la politique intérieure irakienne, jusque dans le choix du Premier ministre. Telles sont les questions de la prochaine étape, qui ont pour centre l’Irak lui-même. C’est en Irak que l’Iran défend son régime et entend affirmer qu’il n’y aura pas de retour en arrière, autrement dit de retour à la situation antérieure à 2003. Cette année-là, l’administration de George W. Bush a décidé de faire de la «République islamique» la tutrice de ce pays, au nom de la «majorité chiite en Irak». L’administration de Donald Trump est-elle capable de réparer une erreur historique qui a bouleversé tous les équilibres au Moyen-Orient, au Proche-Orient et dans la région du Golfe?

Le Liban a-t-il un seul gouvernement?
Por
Khairallah Khairallah
Publicado
août 14, 2026 - 16:15

La question est d’une extrême simplicité. Le Liban a-t-il un seul gouvernement, présidé par Nawaf Salam, ou plusieurs gouvernements, chacun doté de son propre agenda et contrôlé par tel ou tel ministre? Il était naturel que Nawaf Salam tranche la question et empêche le ministre de la Défense, Michel Menassa, de prendre la parole lors de la séance parlementaire qui a vu le vote de la loi d’amnistie, avec ce qu’elle comporte de bon et de mauvais, et qui exprime mieux que tout l’état du Liban, avec toute sa décrépitude et ses tiraillements. Rien n’illustre davantage cette décrépitude libanaise que l’alliance entre le Hezbollah et le Courant patriotique libre, dirigé par Gebran Bassil, gendre de l’ancien président Michel Aoun. Cette alliance s’est opposée à la loi d’amnistie et s’est rangée aux côtés du ministre de la Défense, qui entendait exprimer devant le Parlement une position de l’armée libanaise sur cette loi. Cela revenait à faire voler en éclats le régime existant dans ses fondements mêmes, en présentant l’armée comme une entité autonome par rapport au Conseil des ministres. Autrement dit, l’armée aurait sa propre position, parallèlement à la décision du Conseil des ministres, lequel représente le pouvoir exécutif… du moins en principe. Si le ministre de la Défense avait pris la parole devant la Chambre des députés, cela aurait signifié que le Liban comptait désormais quatre pouvoirs: l’exécutif, le législatif, le judiciaire… et un quatrième, celui de l’armée libanaise, au lieu que cette armée soit placée sous l’autorité du pouvoir exécutif, représenté par le Conseil des ministres réuni en tant qu’institution et par la présidence de la République. Le pays a-t-il besoin d’un nouveau pouvoir à un moment qui peut, au minimum, être qualifié de décisif, puisqu’il déterminera si le Liban demeure ou non un pays viable? L’alliance entre le Hezbollah et le Courant patriotique libre, autrement dit le courant aouniste, n’a rien d’un hasard. Michel Aoun, dont le mandat présidentiel, entre 2016 et 2022, n’a été rien d’autre que le «mandat du Hezbollah», avait, avec son gendre Gebran Bassil, placé l’État libanais sous les ordres du Hezb, c’est-à-dire sous les ordres de l’Iran. Et cela alors même que le Hezb s’était toujours opposé à toute action de l’armée libanaise sur le territoire libanais. Sa première opposition concernait la présence même de l’armée au Liban-Sud. Qui se souvient de l’hélicoptère piloté par l’officier Samer Hanna, abattu au Liban-Sud par un combattant du Hezbollah, lequel fut ensuite remis en liberté? Qui se souvient que Michel Aoun avait justifié le meurtre du pilote en demandant: «Que faisait-il, Samer Hanna, au Liban-Sud?» Michel Aoun avait tenu ces propos avant de devenir président de la République. C’était à l’époque où il présentait ses lettres de créance au Hezbollah, une période qui allait durer dix ans à partir de 2006. Elle précéda son arrivée au palais de Baabda en tant que candidat du Hezbollah, un candidat qui ne s’opposait à aucune décision du Hezbollah. L’alliance entre les aounistes et le Hezbollah témoigne d’un opportunisme difficilement égalable. Elle révèle aussi un pari visant à saboter de l’intérieur le gouvernement de Nawaf Salam, avec un seul objectif: empêcher tout progrès dans les négociations en cours entre le Liban et Israël. Le président du Conseil a donc bien fait de barrer la route à Michel Menassa, qui n’est rien d’autre qu’un officier à la retraite animé de bonnes intentions, sans mesurer les dégâts que peut provoquer leur mauvais emploi, surtout lorsqu’elles sont exploitées par l’Iran, qui exerce un contrôle total sur le Hezbollah. En définitive, le Liban a une préoccupation autrement plus grave que la loi d’amnistie, avec toutes les failles qu’elle comporte. Il est confronté à une épreuve historique: savoir comment se débarrasser de l’occupation israélienne. Une occupation dont le Hezbollah souhaite la poursuite afin de justifier le maintien de ses armes, tournées avant tout contre les autres Libanais. Ce qu’a fait Nawaf Salam constitue un acte profondément national à un moment où le Liban ne dispose d’aucune autre option que celle de négociations directes avec un monstre israélien qui fait tout ce qui est en son pouvoir pour changer la physionomie du Liban-Sud en multipliant les destructions et les explosions dans les villages et localités de la région. Dans cette perspective, le Liban ne peut se permettre de se perdre dans les labyrinthes de la loi d’amnistie et autres questions du même genre. Le pays n’a, du moins pour l’instant, d’autre choix que de regarder la réalité en face: Israël est le seul bénéficiaire du maintien des armes du Hezbollah. Quiconque vole aujourd’hui au secours du parti et cherche à démanteler le gouvernement de Nawaf Salam se met au service d’Israël et de l’occupation. Tout le reste n’est que détail, et tous ces détails servent en définitive le projet porté par la «République islamique», qui vise notamment à transformer le Liban en otage iranien dans les négociations menées, directement ou indirectement, entre Washington et Téhéran. Il est honteux que les aounistes et leurs satellites se remettent une fois encore au service du Hezbollah et de l’Iran. En réalité, un tel comportement n’a rien de surprenant de la part d’un camp qui n’a jamais cessé de poignarder l’armée libanaise dans le dos. Michel Aoun n’a-t-il pas fui, en octobre 1990, vers l’ambassade de France à Baabda pendant que les officiers et les soldats de l’armée libanaise affrontaient avec courage l’armée syrienne qui avançait vers le palais présidentiel et le ministère de la Défense à Yarzé? Il est facile, pour celui qui a fait entrer l’armée syrienne au palais de Baabda et au ministère de la Défense en 1990, de servir en 2026 le projet iranien au Liban…

L’impudence iranienne pour justifier une défaite libanaise
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Khairallah Khairallah
Publicado
août 5, 2026 - 16:28

Six ans après la catastrophe de l’explosion au port de Beyrouth, alors qu’il est plus que probable que le Hezbollah, avec la complicité d’autres acteurs, ait protégé le stockage du nitrate d’ammonium, le Liban continue de résister à son ennemi intérieur. Cet ennemi, c’est l’arsenal du Hezbollah, utilisé aussi bien à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur, notamment en Syrie, bien avant la «guerre de soutien à Gaza», laquelle a débouché sur une catastrophe pour la communauté chiite, mais qui constitue avant tout un désastre national pour le Liban. Les dernières déclarations du secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, en apportent une nouvelle illustration. Kassem a accusé les autorités libanaises d’avoir «servi Israël au lieu de servir le Liban», avant d’ajouter que «le président Joseph Aoun est devenu partie prenante au conflit, un facteur de division, ce qui est incompatible avec sa fonction». Ces propos ne sont qu’un épisode supplémentaire de la guerre que l’Iran mène contre l’État libanais et l’ensemble de ses institutions. Heureusement, l’impudence ne saurait masquer une défaite. Car il s’agit bien d’une défaite libanaise provoquée par le Hezbollah. À cause de cette défaite, dont le Hezbollah, autrement dit l’Iran, porte la responsabilité, le Liban est désormais contraint de combattre sur deux fronts, dans des circonstances particulièrement difficiles. Le premier front est celui de la guerre menée par l’Iran contre l’État libanais. Le second consiste à mettre fin à l’occupation israélienne afin de permettre le retour des déplacés dans leurs villes et leurs villages. À Rome, des négociations difficiles ont eu lieu avec Israël dans le but de parvenir à la fin de cette occupation. Tout ce que fait aujourd’hui le Hezbollah, avec le soutien de la République islamique d’Iran, revient en réalité à conforter la position israélienne. Comment le négociateur libanais peut-il répondre à son interlocuteur israélien lorsque celui-ci rappelle que les armes du Hezbollah ont servi à menacer les localités israéliennes de Galilée? C’est dans cette perspective que le Premier ministre Nawaf Salam a répondu avec une remarquable clarté au secrétaire général du Hezbollah, sans le nommer explicitement: «Nous voyons aujourd’hui certains accuser les autorités politiques d’avoir servi Israël au lieu de servir la souveraineté du Liban, avant d’appeler au dialogue et à l’unité comme si les Libanais étaient dépourvus de mémoire. «La vérité est que le plus grand service qu’on ait rendu à Israël l’a été par ceux qui ont unilatéralement entraîné le Liban dans les aventures absurdes des guerres dites de “soutien”, lui offrant ainsi les prétextes pour attaquer notre pays, piétiner sa souveraineté, détruire ses villes et ses villages, tuer ses habitants et en déplacer des centaines de milliers. «Celui qui s’est arrogé le monopole de la décision de guerre, qui cherche encore à confisquer la décision de l’État et à arrimer le Liban à des calculs et à des axes extérieurs, en méprisant les intérêts de son propre environnement comme ceux de l’ensemble des Libanais, n’a aucune légitimité pour distribuer des certificats de patriotisme, encore moins de souveraineté. «Il n’y aura de souveraineté pour le Liban qu’à travers une décision nationale unique et indépendante, portée par un État doté d’une seule armée exerçant seule son autorité sur l’ensemble du territoire. «Quant au dialogue et à l’unité, ils ne peuvent se construire qu’à travers le courage de reconnaître les faits, aussi amers soient-ils, et d’assumer la responsabilité de choix inconsidérés dont les Libanais continuent aujourd’hui encore à payer le prix.» Toutes les accusations formulées par Naïm Kassem trouvent ainsi leur réponse. Il exhorte les autorités libanaises à «défendre la souveraineté nationale, renforcer l’armée libanaise, obtenir le retrait de l’ennemi israélien, reconstruire le pays et faire toute la lumière sur l’affaire du port». Il affirme en outre que «les négociations directes n’ont apporté au Liban que honte, humiliation, déceptions et concessions successives». Il est même allé jusqu’à soutenir que «toutes les agressions contre le Liban se sont déroulées sous supervision, direction et approbation américaines», appelant les autorités libanaises à «mettre fin aux concessions gratuites, dialoguer avec la Résistance, redresser la situation intérieure et défendre la souveraineté». Il n’a pas non plus oublié de rendre hommage à l’Iran, estimant que celui-ci «avait veillé à ce que le Liban figure en tête du mémorandum d’entente avec les États-Unis et avait exigé l’arrêt de l’agression ainsi que le retrait israélien». Le secrétaire général du Hezbollah conclut en affirmant que «c’est le processus issu du mémorandum d’entente qui permettra le retrait israélien, et sans la résistance, rien n’aurait été obtenu». Il ajoute: «Nous sommes attachés à l’unité nationale. La grande unité entre le Hezbollah et Amal a constitué un rempart infranchissable contre l’agression israélo-américaine et contre les petits acteurs. Ensemble, en tant que peuple, résistance, avenir et vie, nous continuerons notre chemin.» Le moins que l’on puisse dire de cette allocution, qui défie toute logique, est que Naïm Kassem semble persuadé que les Libanais sont privés de mémoire. Y compris de celle des assassinats de Rafic Hariri, de ses compagnons, de tant de figures parmi les plus honorables du pays, jusqu’à Lokman Slim. Il semble également convaincu que les Libanais ignorent qui a ouvert le front sud sans le moindre respect pour la souveraineté nationale, même dans son acception la plus élémentaire. Il apparaît désormais clairement que le secrétaire général du Hezbollah considère les Libanais comme un troupeau incapable de soumettre ses positions au moindre examen critique. Il voudrait que l’État libanais assume les conséquences des crimes commis par son parti contre le pays, y compris le retour de l’occupation israélienne. Les déclarations de Naïm Kassem ne s’expliquent que par son mépris pour l’intelligence des Libanais et par la domination totale qu’exerce l’Iran sur le Hezbollah. La question demeure donc entière: comment le Liban peut-il sortir de cette crise? Doit-il attendre un changement majeur en Iran? La réponse est simple. Le Liban en est capable, à condition de comprendre que la véritable humiliation consiste à invoquer l’occupation pour justifier le maintien d’une arme illégale sur son territoire. Elle consiste aussi à refuser d’admettre qu’il est impossible de mettre fin à une occupation sans négociations directes avec celui qui occupe le territoire. Il y a un prix qu’il faudra inévitablement payer. Ceux qui refusent de l’assumer ne cherchent qu’à continuer d’exploiter le Liban-Sud et ses habitants indéfiniment, dans l’attente du Jour du Jugement de la République islamique. Autrement dit, du jour où l’Iran redeviendra un État normal, rien de plus. Un État qui n’aura plus besoin de recourir à l’impudence pour justifier sa défaite.

Mohammed VI laisse les chiffres parler
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Khairallah Khairallah
Publicado
juil. 31, 2026 - 15:05

Il est des succès qui en appellent d’autres. C’est le cas de ceux que le Maroc accumule depuis l’accession de Mohammed VI au trône, il y a vingt-sept ans. La première de ces réussites demeure la consolidation de la marocanité du Sahara, à laquelle sont venus s’ajouter de grands projets désormais devenus réalité. Il en va ainsi du port de Dakhla, appelé à devenir l’une des grandes portes atlantiques de l’Afrique, du gazoduc africain reliant le Nigeria au Maroc, ou encore de l’autoroute de plus de mille kilomètres entre Tiznit et Dakhla, qui porte désormais le nom de Donald Trump. Le souverain marocain n’avait guère besoin de revenir sur ces réalisations dans son discours annuel à l’occasion de la Fête du Trône, d’autant que la résolution 2797, adoptée le 31 octobre 2025 par le Conseil de sécurité des Nations unies, a constitué un tournant. Ce texte a consacré une reconnaissance internationale explicite de la marocanité du Sahara et confirmé que la seule solution réaliste demeure celle que le Maroc défend depuis 2007 : une autonomie élargie des provinces sahariennes dans le cadre de la souveraineté marocaine. Mohammed VI a préféré laisser les chiffres parler d’eux-mêmes. Il a toutefois tenu à rappeler à tous ceux qui veulent l’entendre que les progrès réalisés par le Royaume reposent sur des bases solides, parce que le Maroc est, selon ses propres termes, «un État-nation ancien». Il déclarait: «Le Maroc est un État ancien qui puise sa force dans des traditions profondément enracinées en tant qu’État-nation. Ses institutions remplissent pleinement leur rôle dans un esprit d’harmonie et de complémentarité. C’est ce qui donne à l’État l’efficacité nécessaire pour poursuivre les réalisations accomplies et relever les défis malgré les difficultés et les contraintes. Le Maroc en a donné la preuve à travers l’organisation exemplaire de manifestations continentales et internationales, qui lui ont valu l’admiration et l’estime à travers le monde, tout en suscitant parfois la jalousie de certains.» Il est naturel que le Maroc suscite la jalousie de certains. Les progrès accomplis ont fait du Royaume un pôle de stabilité dans une région qui aurait pourtant besoin d’un climat tout différent pour engager de véritables politiques de développement et d’intégration, loin des slogans, des promesses sans lendemain, des illusions et de l’instrumentalisation des peuples comme de leur avenir. À l’occasion du vingt-septième anniversaire de son accession au trône, Mohammed VI avait toutes les raisons de regarder l’avenir avec confiance. Son discours s’est tourné vers les perspectives du Maroc, un avenir prometteur qui ne relève plus de la simple ambition mais repose désormais sur des réalités solidement établies. Ces acquis sont le fruit, a-t-il souligné, «de la sécurité, de la stabilité et de l’efficacité des institutions». Ils se traduisent par «la multiplication des indicateurs positifs dans l’ensemble des secteurs, renforçant la dynamique de croissance économique et consolidant la souveraineté nationale». Revenant au langage des chiffres, autrement dit sur des faits incontestables, le souverain marocain a rappelé que «le taux de croissance a atteint près de 4,9 % en 2025 et devrait se maintenir à ce niveau, voire le dépasser, en 2026». Il a également souligné que, «sur le plan agricole, le Maroc a bénéficié de précipitations abondantes et d’une excellente campagne, ce qui a contribué à renforcer sa sécurité hydrique et alimentaire». Dans le même temps, le Royaume a conforté sa position de pôle d’investissement industriel, touristique et financier, comme en témoigne l’amélioration constante de ses indicateurs, en particulier dans le secteur industriel. Les industries automobile et aéronautique, les énergies renouvelables ainsi que les industries agroalimentaires constituent aujourd’hui les piliers de l’appareil productif national. Elles jouent un rôle déterminant, aussi bien pour attirer les investissements étrangers que pour créer de la richesse et des emplois. Le Maroc est désormais le premier exportateur d’automobiles du continent africain, avec une capacité de production avoisinant le million de véhicules par an. Les secteurs de l’automobile et de l’aéronautique représentent aujourd’hui plus de 40 % des exportations du Royaume, dépassant même celles du phosphate. Poursuivant cette même stratégie, Mohammed VI a rappelé avoir présidé, au début de l’année, la cérémonie de lancement de nouvelles unités industrielles qui ont permis au Maroc de rejoindre le cercle très fermé des pays disposant de grands centres de production de moteurs d’avion et de systèmes de train d’atterrissage. Le développement d’une filière intégrée de batteries électriques illustre également la capacité du Royaume à anticiper les mutations technologiques et à s’insérer dans les chaînes de production des industries stratégiques. Animé par le même esprit d’innovation et de modernisation, le Maroc poursuit la réalisation de grands projets destinés à faire des énergies renouvelables un pilier de sa sécurité énergétique et un levier d’attractivité pour les industries en quête d’une énergie compétitive et décarbonée. Dans le cadre de cette stratégie ambitieuse, le Royaume a lancé la mise en œuvre de son offre en matière d’hydrogène vert en autorisant une première série de grands projets. Tout cela ne représente qu’une infime partie des réalisations d’un pays qui accueille désormais vingt millions de touristes par an. Le discours prononcé cette année par Mohammed VI à l’occasion de la Fête du Trône était un message adressé à tous. À ceux qui veulent comprendre comme à ceux qui s’y refusent. Il rappelle qu’au Maroc existe une vision fondée sur la conviction que le capital humain du pays constitue sa première richesse et que l’on peut compter sur les Marocains pour poursuivre l’essor du Royaume et le hisser au rang des États capables d’exercer une influence positive, tant sur le plan régional qu’international, loin des affrontements idéologiques, des illusions et des surenchères stériles qui n’ouvrent de perspective ni politique, ni économique, ni civilisationnelle. Au fond, le message est d’une grande simplicité: le Maroc a pleinement pris acte du fait que le monde a changé. Il a changé plus profondément encore que nous ne l’imaginions il y a moins de cinq ans, avec le déclenchement de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, puis le déferlement de violence du 7 octobre 2023 et la guerre qui s’en est suivie au Moyen-Orient. Le monde a changé, et le Maroc est résolu à prendre place parmi les pays qui redessinent les chaînes d’approvisionnement mondiales, diversifient leur appareil productif et arriment leurs ressources nationales aux grands circuits de l’économie mondiale. Pour y parvenir, le Royaume entend s’appuyer sur ses infrastructures, ses richesses naturelles, la qualité de sa diplomatie, son savoir-faire politique et la préservation d’une stabilité qui constitue aujourd’hui l’un de ses principaux atouts, non seulement à l’échelle nationale, mais aussi régionale.

L’Irak incapable de retrouver son équilibre
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Khairallah Khairallah
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juil. 30, 2026 - 11:00

Les attaques lancées depuis le territoire irakien contre l’Arabie saoudite, le Koweït et le Royaume hachémite de Jordanie donnent la mesure de la fragilité d’un pays toujours incapable de retrouver son équilibre. La riposte saoudienne, qui a visé des positions du Hachd al-Chaabi , cette structure qui sert de couverture aux milices confessionnelles irakiennes inféodées au Corps des gardiens de la révolution islamique, confirme que la guerre régionale est entrée dans une nouvelle phase. Riyad a ainsi voulu signifier qu’il n’était plus disposé à se laisser soumettre indéfiniment au chantage iranien. La «République islamique» joue désormais toutes les cartes dont elle dispose afin d’intensifier le bras de fer qui l’oppose aux États-Unis. Elle est incapable d’admettre qu’elle n’est pas une superpuissance et qu’elle doit parvenir à une formule d’entente avec l’administration de Donald Trump qui lui permette de devenir un État normal, plutôt qu’une puissance hégémonique imposant sa volonté à ses voisins en utilisant l’Irak, le Yémen et le Liban comme instruments de sa politique. Téhéran peine à reconnaître que cette escalade ne lui apportera aucun bénéfice. Plus encore, elle révèle la réalité de la situation irakienne: l’Irak demeure incapable de s’affranchir de la tutelle iranienne et le gouvernement d’Ali al-Zaidi n’est, au fond, que le prolongement de celui de Mohammed Chia al-Soudani. Cela en dépit des efforts affichés par le Premier ministre, notamment lorsqu’il fixe un calendrier destiné à mettre fin à l’existence d’armes échappant au contrôle de l’État. Ali al-Zaidi s’est récemment rendu à Washington. Donald Trump l’a couvert d’éloges lors de leur rencontre dans le Bureau ovale. Quelques jours auront pourtant suffi pour démontrer que le pari du locataire de la Maison-Blanche sur le Premier ministre irakien était mal engagé et que celui-ci n’était pas en mesure de débarrasser son pays de l’influence directe de l’Iran. En définitive, il est vrai qu’Ali al-Zaidi a lancé une campagne presque réussie contre la corruption en Irak. Il est tout aussi vrai, cependant, que cette campagne ne s’est jamais attaquée aux véritables têtes du système, celles qui protègent un régime corrompu né en 2003, lorsque l’administration de George W. Bush remit l’Irak à l’Iran sur un plateau d’argent. Le lien entre la corruption en Irak et le rôle qu’y joue l’Iran apparaît avec une particulière évidence. Cette corruption ne sert pas seulement à financer les milices confessionnelles irakiennes liées au Corps des gardiens de la révolution islamique. Elle alimente également les caisses de la « République islamique » et de l’ensemble de ses relais dans la région. Il ne suffit pas que Donald Trump affirme que «nous donnerons une sévère leçon à l’Iran et envisageons de frapper ses relais». De telles déclarations restent de belles paroles tant qu’elles ne s’accompagnent pas d’une position claire sur la place de l’Irak. Une telle position, que Washington devrait assumer, consiste à reconnaître sans détour que le pays demeure sous tutelle iranienne et qu’il représente, dans le même temps, une menace pour ses voisins. Le Corps des gardiens de la révolution dispose de bases à la frontière irako-jordanienne, ainsi qu’à proximité de la Syrie. De surcroît, la plupart des drones lancés par l’Iran en direction du Koweït sont partis du territoire irakien. Le plus préoccupant est que les attaques iraniennes contre l’Arabie saoudite, menées depuis l’Irak, n’ont pas seulement mis en lumière les insuffisances du gouvernement d’Ali al-Zaidi. Elles ont aussi démontré que la «République islamique» ne respecte pas les accords qu’elle signe avec les autres États. Cela vaut notamment pour l’accord conclu avec l’Arabie saoudite à Pékin en 2023. Non contente de le violer par l’intermédiaire des Houthis au Yémen, l’Iran s’est également employé à rappeler que l’Irak demeurait dans son giron. Plus encore, la «République islamique» semble prête à utiliser l’Irak comme base dans la guerre qu’elle mène contre les États du Conseil de coopération du Golfe et la Jordanie. Les propos de Donald Trump affirmant que les frappes contre le Hachd al-Chaabi en Irak, menées conjointement par l’Arabie saoudite et le Commandement central américain (CENTCOM), «ont été coordonnées avec le gouvernement irakien» ne changent rien au fond du problème. Ils reviennent à détourner le regard d’une réalité dont il est impossible de faire abstraction. Cette réalité se résume à une question d’une grande simplicité: quelle est aujourd’hui la place de l’Irak dans l’équation régionale? Le pays peut-il être autre chose qu’un astre gravitant dans l’orbite iranienne? Le plus regrettable est que la recherche d’un équilibre par Ali al-Zaidi entre, d’un côté, les relations de son gouvernement avec l’Iran et, de l’autre, celles qu’il entretient avec ses voisins arabes, n’a débouché sur aucun résultat tangible. Le Premier ministre irakien s’est finalement vu contraint d’annoncer le report de sa visite à Riyad, du moins pour le moment. Un report logique, dans l’attente de savoir quelle place l’Irak entend occuper dans l’équation régionale et s’il lui sera réellement possible de s’extraire de la tutelle iranienne. Le Hachd al-Chaabi , qui fédère plusieurs milices, est le symbole même de cette emprise iranienne qui perdure depuis 2003. Les salaires de ses combattants sont financés par le budget de l’État irakien. Les déclarations de Donald Trump sur une prétendue « coordination » avec le gouvernement d’Ali al-Zaidi n’y changent rien. Elles éludent la véritable question, celle de son pari sur l’Irak, un pari voué à l’échec tant que les armes des milices continueront de dicter, en dernier ressort, les décisions du pays. Tout le reste n’est que détail, et ces détails sont dénués de toute portée.

Les Houthis révèlent la faiblesse de la «République islamique»
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Khairallah Khairallah
Publicado
juil. 23, 2026 - 03:35

Les menaces que les Houthis au Yémen profèrent contre le Royaume d’Arabie saoudite et contre le trafic maritime desservant ses ports n’ont aucun horizon, ni politique ni militaire. Il leur est tout simplement impossible de mettre à exécution leurs menaces d’imposer un blocus aux ports saoudiens. En réalité, par leurs déclarations grandiloquentes et dénuées de substance, les Houthis ont laissé passer l’occasion de devenir une composante à part entière du jeu politique yéménite, un jeu dont l’objectif est de parvenir à un règlement politique qui n’exclue aucune partie. En affichant ouvertement leur alignement sur la « République islamique », ils se sont eux-mêmes exclus de ce processus politique. Ils ont démontré, tout simplement, qu’ils étaient avant tout iraniens, et non yéménites, et que tout espoir de les voir retrouver un minimum de conscience nationale relevait de l’illusion. Ce pari n’aura été, en définitive, qu’une perte de temps. Au cours des dernières années, en particulier depuis la conclusion de l’accord saoudo-iranien sous médiation chinoise en mars 2023, les Houthis avaient observé une certaine retenue, affichant une neutralité de façade. Ils avaient cherché à poursuivre le dialogue avec Riyad, en évitant toute forme de provocation. Les échanges, parfois directs, parfois indirects, visaient à instaurer une formule de coexistence entre les deux parties. Puis, soudainement, lorsque la «République islamique» en Iran, ou plus précisément le Corps des gardiens de la révolution, a décidé de passer à l’escalade militaire, les Houthis, par la voix de leur chef Abdel Malek al-Houthi, ont révélé leur véritable nature: ils ne peuvent être autre chose qu’un instrument de l’Iran. Ils ont choisi de participer à l’offensive iranienne contre les États du Golfe arabe et contre la Jordanie, une offensive qui traduit une faillite iranienne sans précédent. Les Houthis ont ainsi démontré qu’ils ne sont rien de plus qu’une autre composante des Gardiens de la révolution, à l’image de ce qu’est le Hezbollah au Liban. Certes, ils peuvent perturber la navigation en mer Rouge et dans le golfe d’Aden en s’appuyant sur des pirates somaliens susceptibles d’être recrutés pour certaines opérations. Mais cela ne signifie en aucun cas qu’ils soient capables de fermer le détroit de Bab el-Mandeb, passage obligé vers la mer Rouge et le canal de Suez. La raison en est d’une grande simplicité: les Houthis ne contrôlent pas le port yéménite de Mokha, qui commande le trafic à Bab el-Mandeb. Ils l’ont perdu dès l’automne 2014, lorsque des forces yéménites les ont chassés du sud du pays, y compris de ce port stratégique. Il n’est un secret pour personne que ces forces locales, qui avaient également repris Aden, Mokha et plusieurs positions dans la province de Chabwa, bénéficiaient du soutien des Émirats arabes unis, dont la politique au Yémen visait clairement à empêcher les Houthis de prendre le contrôle de l’ensemble du pays, et plus particulièrement du Sud. Tôt ou tard, un retour de la communauté internationale et des puissances régionales au Yémen s’imposera, tant ce pays revêt une importance stratégique exceptionnelle, au moins pour deux raisons. La première tient au fait que le territoire yéménite pourrait servir de corridor pour des oléoducs permettant de contourner le détroit d’Ormuz. La seconde est qu’à défaut de pouvoir acheminer le pétrole par des pipelines traversant le Yémen jusqu’à la mer Rouge ou à la mer d’Arabie, ni les pays de la région ni le reste du monde ne pourront supporter durablement le maintien de l’Iran au Yémen. En d’autres termes, il est impossible d’accepter que l’Iran continue d’entraver la navigation en mer Rouge à partir du territoire yéménite. Il n’est un secret pour personne que la «République islamique» est déterminée, par l’intermédiaire des Houthis, à conserver son emprise sur le Yémen afin de l’utiliser pour fermer le détroit de Bab el-Mandeb et frapper les navires qui le franchissent en direction du canal de Suez. Telle est bien l’intention des Houthis. Mais leur perte du contrôle du port de Mokha les prive des moyens de mettre leurs menaces à exécution. Il convient également de rappeler que les Houthis contrôlent Sanaa et une partie importante du territoire yéménite depuis le 21 septembre 2014. Rien n’illustre mieux l’attachement de l’Iran à sa présence au Yémen que son insistance récente à violer l’interdiction imposée à l’aéroport de Sanaa. Téhéran y a envoyé un avion civil sous prétexte d’acheminer une délégation yéménite appelée à participer aux funérailles du «Guide suprême» défunt, Ali Khamenei. L’Iran ne s’est pas arrêté là. Les Houthis ont brusquement lancé une campagne contre le Royaume d’Arabie saoudite, assortie de menaces explicites, après une longue période d’accalmie et de dialogue avec Riyad. Cette phase avait pourtant permis aux Houthis d’obtenir certains avantages, soit directement, soit grâce à la médiation du Sultanat d’Oman. La question qui se pose aujourd’hui comporte deux volets. Le premier concerne la capacité réelle des Houthis à mettre leurs menaces contre l’Arabie saoudite et la navigation en mer Rouge à exécution. Le second porte sur la faillite du régime iranien. S’agissant du premier point, les Houthis demeurent en mesure de prendre pour cible des navires marchands et des pétroliers transitant par la mer Rouge, notamment parce qu’ils contrôlent le port de Hodeïda, d’une importance stratégique majeure sur cette façade maritime. Quant à l’Iran, il a choisi d’agresser les États arabes du Golfe et la Jordanie, faute de vouloir affronter directement les États-Unis ou Israël. Téhéran s’en prend au Koweït, à Bahreïn, aux Émirats arabes unis, au Qatar et au Sultanat d’Oman, tout en chargeant les Houthis de s’en prendre à l’Arabie saoudite. En revanche, il ne se risque pas à toucher le moindre bâtiment de guerre américain naviguant dans le Golfe. En définitive, les menaces des Houthis ne sont rien d’autre que le symptôme de la faillite d’un régime iranien dont il n’est plus possible de dissimuler l’épuisement. Elles révèlent, au détriment du Yémen et des Yéménites, que la fin de ce régime est désormais inéluctable. Ce n’est plus qu’une question de temps, depuis que les Houthis ont exposé au grand jour la faiblesse de la «République islamique» et l’étendue de sa faillite.

Trump et le pari irakien…
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Khairallah Khairallah
Publicado
juil. 17, 2026 - 09:19

Donald Trump aura-t-il davantage de succès avec l’Irak qu’avec l’Iran? La question se pose naturellement après l’accueil particulièrement chaleureux réservé par le président américain au Premier ministre irakien Ali al-Zaidi à Washington. Trump n’a ménagé aucun éloge à l’égard d’Al-Zaidi, faisant abstraction du fait que celui-ci dirigeait encore, il y a peu, une banque placée sous sanctions américaines pour blanchiment d’argent au profit des Corps des gardiens de la révolution islamique. Le président américain a reçu le chef du gouvernement irakien à la Maison-Blanche alors que des affrontements intermittents opposent de nouveau les États-Unis et l’Iran, avec une attention particulière portée au détroit d’Ormuz. Donald Trump a découvert, tardivement, que le mémorandum d’entente signé avec le président iranien Massoud Pezechkian ne signifiait, en réalité, pas grand-chose. Un fossé considérable continue de séparer Washington de Téhéran. Chacun campe sur sa propre lecture de cet accord, négocié côté américain par le vice-président J. D. Vance, accompagné des émissaires Steve Witkoff et Jared Kushner. La reprise des affrontements entre Washington et Téhéran n’est finalement que l’expression de la profonde déception de Trump face aux résultats du processus d’Islamabad et de l’échec du rôle de médiation assumé par le Pakistan. Ali al-Zaidi est parvenu à se réhabiliter politiquement et à accéder au poste de Premier ministre, la fonction la plus importante d’Irak, après le veto opposé par le président américain à Nouri al-Maliki, ancien chef du gouvernement et principale figure chiite de ce que l’on appelle le «Cadre de coordination». Jusqu’à présent, Ali al-Zaidi a fait preuve d’un réel sérieux à travers la campagne de lutte contre la corruption menée par son gouvernement. Cette campagne reste toutefois incomplète, car elle n’a pas encore atteint les véritables têtes du système, celles qui sont à l’origine de la corruption depuis 2003, année où les États-Unis ont renversé le régime de Saddam Hussein, avec tous ses travers, avant de livrer ce pays stratégique à la République islamique d’Iran. Ce que l’on attend aujourd’hui de l’Irak, sous le gouvernement d’Ali al-Zaidi, c’est qu’il dissocie enfin sa trajectoire de celle de l’Iran. Or rien ne laisse penser qu’un tel objectif soit réalisable, pour une raison simple : les Gardiens de la révolution continuent de contrôler les principaux leviers du pouvoir. La preuve la plus évidente en est le maintien des Forces de mobilisation populaire ( al-Hachd al-Chaabi ), qui rassemblent plusieurs milices confessionnelles fidèles à Téhéran et constituent encore l’un des principaux centres de gravité de la vie politique irakienne. Ces forces ont notamment assuré une mission sécuritaire lors des funérailles du «Guide suprême» Ali Khamenei à Kerbala et Nadjaf, en présence de personnalités influentes telles que Nouri al-Maliki, Hadi al-Ameri et Qais al-Khazali. Plus révélateur encore, le jour des funérailles de Khamenei a été décrété jour férié officiel en Irak. Tôt ou tard, l’Irak devra affronter l’échéance qui l’attend. Il ne s’agit pas seulement de poursuivre une campagne contre la corruption dont on peine à imaginer qu’elle puisse aller beaucoup plus loin qu’aujourd’hui. La véritable question est celle des armes détenues par les différentes factions du Hachd al-Chaabi ainsi que par d’autres milices irakiennes également liées aux Gardiens de la révolution iraniens. Contrairement à ce que semble croire le président Trump, ni Ali al-Zaidi ni aucun autre dirigeant irakien ne pourront aisément se défaire de l’emprise iranienne, tant que Téhéran continuera de détenir les véritables clés du pouvoir à Bagdad. Comment Ali al-Zaidi explique-t-il le lancement de drones depuis le territoire irakien en direction du Koweït? Comment justifie-t-il la poursuite des attaques contre le consulat koweïtien à Bassora, alors que la République islamique continue de s’en prendre aux États du Golfe arabe ainsi qu’à la Jordanie, au prétexte qu’il s’agirait d’une riposte aux frappes américaines? La saisie, par les autorités syriennes à la frontière irakienne, d’une importante cargaison d’armes, comprenant notamment cent cinquante drones et des missiles, en route vers Banias, où se trouve une raffinerie de pétrole, est également révélatrice. Ces armes étaient destinées au Hezbollah, qualifié de «terroriste» par les autorités syriennes. Qui les a soigneusement préparées en Irak avant de les acheminer vers le Hezbollah et le Liban via la Syrie? Suffit-il de constituer une commission d’enquête irakienne pour faire disparaître les sympathies dont bénéficie encore le Hezbollah en Irak? Il ne fait aucun doute que la décision du gouvernement irakien d’inscrire le Hezbollah libanais sur la liste des organisations terroristes constitue une étape d’une importance majeure. Reste cependant une réalité essentielle: jusqu’à présent, le gouvernement d’Ali al-Zaidi demeure incapable d’opérer une rupture totale avec le Hezbollah, lequel est parvenu à infiltrer plus d’une milice irakienne qui lui demeure acquise. Mais qui sait? Peut-être le gouvernement irakien cherche-t-il, à travers sa position à l’égard du Hezbollah libanais, à jeter de la poudre aux yeux plutôt qu’à s’attaquer réellement au problème du «Hezbollah irakien». Donald Trump a longuement insisté sur l’importance du pétrole irakien et sur ce qu’il représente pour les entreprises américaines. On peut toutefois craindre que le pari irakien ne connaisse pas un sort meilleur que celui qu’il a fait sur l’Iran et sur le mémorandum d’entente auquel une partie de son administration est parvenue avec la République islamique. Une telle interrogation continuera de planer tant qu’un changement majeur ne se produira pas en Iran. Ce changement peut advenir… ou ne jamais advenir. D’ici là, l’ensemble de la région, Irak compris, demeurera en quelque sorte l’otage de cette évolution, qu’Ali al-Zaidi soit au pouvoir… ou non.

Le contournement d'Ormuz explique la folie iranienne
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Khairallah Khairallah
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juil. 9, 2026 - 21:36

En profondeur, une question s’impose: qu’est-ce qui a conduit l’Iran à violer de façon aussi flagrante le protocole d’accord conclu avec les États-Unis à l’issue des négociations menées en Suisse avec une délégation américaine conduite par le vice-président J. D. Vance? Les raisons susceptibles d’expliquer un comportement iranien aussi étrange, proche de la folie, sont nombreuses. Donald Trump est allé jusqu’à qualifier les responsables iraniens de «malades» et de «menteurs» avec lesquels aucun dialogue n’est possible. Il est même allé plus loin encore, employant des termes qui traduisaient sa profonde déception envers les dirigeants iraniens avant d’annoncer la fin du protocole d’accord. La principale explication de cette dérive tient toutefois à la volonté des pays de la région de trouver des moyens de contourner le détroit d’Ormuz, que ce soit par la mer Rouge ou par la Méditerranée. Une telle évolution suppose des ententes avec la Jordanie et la Syrie, ou avec l’Irak et la Turquie, afin d’acheminer le pétrole et le gaz vers des ports permettant leur exportation vers l’Europe et d’autres régions du monde, sans dépendre du bon vouloir de l’Iran. Téhéran a tout simplement compris que le temps sur lequel il comptait ne jouait plus en faveur de sa stratégie et que des efforts concrets étaient engagés pour se passer du détroit d’Ormuz, qu’il considérait comme son principal levier face aux États-Unis. La recherche, par les États du Golfe, de nouveaux itinéraires pour les oléoducs et les gazoducs a ainsi privé la «République islamique» de son principal atout, celui-là même qui avait conduit l’administration américaine à conclure ce protocole d’accord avec l’Iran, sans mesurer qu’elle avait affaire à un régime d’une nature particulière, étranger à toute valeur liée au droit international et au respect de la souveraineté des autres États. Depuis son instauration en 1979, une seule politique caractérise véritablement le régime iranien: le chantage. Quoi qu’il en soit, le recours des États-Unis à des frappes militaires en réponse aux attaques menées par les Gardiens de la révolution contre plusieurs pétroliers, dont un qatari et un saoudien qui traversaient le détroit d’Ormuz, traduit la découverte, bien tardive, par le président américain de la véritable nature des dirigeants iraniens et du régime lui-même. Que Donald Trump découvre enfin la réalité du régime iranien, même tardivement, vaut toujours mieux que de ne jamais la découvrir. Il n’aura pourtant pas fallu autant de temps pour comprendre avec qui il traitait et constater que le régime iranien n’a jamais changé. Il n’a jamais respecté ni le droit international ni les valeurs les plus élémentaires de l’humanité. La tragédie du Liban-Sud, provoquée par la «République islamique», en apporte une démonstration éclatante. Aux yeux des dirigeants iraniens, le protocole d’accord conclu avec l’administration américaine n’était qu’une occasion de gagner du temps. Ils n’en ont d’ailleurs pas respecté la clause essentielle, celle qui, dans la conception américaine, garantissait la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz. Le maintien d’Ormuz ouvert constituait un enjeu central pour Donald Trump lui-même, qui voyait dans la baisse des prix du pétrole un succès majeur à faire valoir auprès de l’opinion américaine. Il avait besoin de cet argument politique pour conforter sa position auprès du citoyen américain ordinaire. Sa colère a donc été immense lorsque les Gardiens de la révolution ont recommencé à entraver la navigation dans le détroit d’Ormuz. Entre-temps, l’Iran avait mesuré le sérieux avec lequel les pays de la région s’employaient à réduire leur dépendance au détroit. C’est ce qui explique le retour de l’attention iranienne vers le Yémen et les Houthis, qui ont repris leurs menaces contre l’Arabie saoudite après avoir observé, durant une longue période, une forme d’accalmie à son égard. Pour l’Iran, les Houthis peuvent jouer un rôle déterminant en perturbant la navigation en mer Rouge et en empêchant le passage des pétroliers. Ce n’est pas un hasard si la «République islamique» a violé l’interdiction internationale frappant l’aéroport de Sanaa, afin de rappeler que les Houthis demeurent l’une de ses cartes maîtresses et qu’ils ne sont pas en mesure de s’affranchir de la discipline imposée par Téhéran. Un autre élément revêt une importance capitale. Donald Trump n’est pas le seul à avoir redécouvert la véritable nature des Iraniens et du régime de Téhéran. Le Pakistan lui-même a fini par constater, tout simplement, que sa médiation entre les États-Unis et l’Iran ne servait à rien. Tout ce qu’il peut réellement faire, c’est demeurer une carte entre les mains de l’Iran, rien de plus. La «République islamique» a exploité le Pakistan jusqu’à l’extrême limite. Islamabad a contribué à convaincre l’administration Trump qu’un accord équilibré avec l’Iran demeurait possible, à condition de garantir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz. La stratégie iranienne consistant à gagner du temps s’est finalement retournée contre elle. Avant tous les autres, les pays de la région refusent désormais de rester prisonniers du détroit d’Ormuz. C’est ce qui explique cette fuite en avant de l’Iran, qui n’avait manifestement pas anticipé que Donald Trump perdrait patience et reviendrait à une logique de rapport de force. La guerre est-elle de retour? La question reste entière, et il est encore trop tôt pour y répondre. Une certitude demeure toutefois: priver la «République islamique» de la carte que représentait le détroit d’Ormuz et travailler à le contourner l’ont conduite à compromettre le protocole d’accord conclu avec les États-Unis. Car que vaut encore un tel accord lorsque l’Iran ne dispose plus de la carte d’Ormuz pour faire pression sur le monde et peser sur les prix du pétrole et du gaz? Le détroit constituait le principal atout de Téhéran. C’est grâce à lui que l’Iran avait obtenu un protocole d’accord dans lequel les États-Unis avaient consenti d’importantes concessions, allant jusqu’à associer la République islamique au règlement de la question libanaise. Le contournement du détroit, auquel travaillent aujourd’hui les pays de la région, ressemble à un enfant auquel on retire son jouet préféré. Le comportement des Gardiens de la révolution n’est finalement que celui d’un enfant à qui l’on vient d’arracher son jouet préféré.

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