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Mille plateaux

France: génération sacrifiée… au nom de quoi?
Por
Michel Hajji Georgiou
Publicado
oct. 17, 2026 - 23:54

Le texte qui suit est long, mais il forme un tout qu’il serait artificiel de découper. Que le lecteur veuille bien nous pardonner. Né des manifestations lycéennes en France, il prend l’événement comme point de départ d’une réflexion plus vaste sur la société, le monde, le politique et l’avenir des générations qui viennent. Il ne prétend pas apporter des réponses définitives, mais cherche avant tout, humblement, à soulever des questions et susciter des interrogations et une réflexion. «You who build the altars now to sacrifice your children, you must not do it any more.» En 1969, parmi les chansons de son deuxième album, Songs from a Room , le poète canadien Leonard Cohen livrait au monde Story of Isaac , une chanson inspirée du récit d’Isaac, qu’Abraham s’apprête à sacrifier pour obéir à la volonté divine.

Mohammad Hussein Chamseddine, le amélite qui oeuvra pour «un autre Liban»
Por
Michel Hajji Georgiou
Publicado
mai 16, 2026 - 11:11

Le texte qui suit est la traduction d’une allocution en langue arabe prononcée par notre collègue Michel Hajji Georgiou lors d’une table-ronde organisée le vendredi 15 mai à Beyrouth par le site d’informations et d’analyses Janoubiya , en hommage à la mémoire de l’écrivain et politologue Mohammad Hussein Chamseddine, avec la participation de notre confrère Ali Mohammad Hassan el-Amine, directeur de Janoubiya , de l’ancien ministre Ibrahim Mohammad Mahdi Chamseddine, de notre collaborateur Hisham Dibsi, politologue, et de l’écrivain et politologue Hassan Bazih. L’objectif du texte est de replacer la pensée et l’oeuvre de Chamseddine dans la continuité de l’héritage historique politique et moral libaniste et étatiste des ulémas du Jabal Amel.

Raymond Eddé ou l’éloge de la « défaite »
Por
Michel Hajji Georgiou
Publicado
mai 14, 2026 - 03:29

Le 10 mai 2000 disparaissait Raymond Eddé, au terme d’un exil de plus de deux décennies à Paris. Eddé fut, dans le panorama politique libanais, une personnalité tout à fait atypique. Une certaine histoire retient de lui aujourd’hui une figure idéaliste et obstinée, coupée de la réalité, puisqu’il refusa tous les compromis politiques qui cherchaient un colmatage temporaire des brèches par réflexe de survie immédiate aux dépens des valeurs fondamentales de la République et des fondements élémentaires de l’État, de l’accord du Caire à l’accord de Taëf. Irréductible, le Amid ? Pourtant, paradoxe anachronique, c’est le contraire qu’on lui reprocha au sein de sa communauté. À savoir le fait de ne pas se laisser entraîner dans les flots de testostérone identitaire et de refuser d’écouter les doux chants des sirènes et de la mitraille, contrairement aux partis populaires et aux organisations armées de l’époque.

Écartèlements
Por
Michel Hajji Georgiou
Publicado
mai 8, 2026 - 21:28

Que les différents camps au Liban soient directement concernés par la bataille existentielle qui se livre actuellement au Liban est tout à fait naturel. Le contraire serait malsain. Cependant, entre apathie et enthousiasme débordant, voire embrigadement aveugle, il existe tout un spectre émotionnel qui, comme d’habitude, est occulté à la faveur d’alignements mortels pour le pays sur un conflit qui l’habite, mais qui le dépasse totalement. Comme c’est le cas depuis toujours, du reste. Le corps libanais est immunodéficitaire. Il attire tous les virus et toutes les maladies. D’où sa propension à flirter en permanence avec la mort.

Ennemi utile, ennemi réel
Por
Michel Hajji Georgiou
Publicado
mai 5, 2026 - 17:29

Il faut savoir gré à Naïm Kassem de ne posséder ni le charisme, ni l'éloquence, ni la virtù de son prédécesseur, Hassan Nasrallah. Au fil des années, et sans doute jusqu'à son dérapage syrien, Nasrallah incarna dans l'esprit arabo-musulman une certaine idée de l'irréductibilité face à Israël. Ses talents de rhéteur avaient réussi un tour de maître, en l'occurrence faire oublier que sous ses harangues anti-impérialistes de « résistance », il constituait lui-même rien moins que le fer de lance d'un projet impérialiste iranien, érigé sur le sang de ses concitoyens libanais, de la gauche libanaise aux piliers du 14 Mars.

L’éternel retour de la tragédie?
Por
Michel Hajji Georgiou
Publicado
avr. 19, 2026 - 21:50

Il y a dans le cessez-le-feu libano-israélien conclu sous l'égide américaine une promesse. Mais cette promesse est à la fois ténue et tendue, si fragile, comme le fil des Parques, qu'elle semble capable d'être rompue à tout moment. Le Liban a appris depuis longtemps à vivre de peu et à transformer les miettes de stabilité en matière de survie. Aussi accueille-t-il cette trêve comme une rémission — mais dont on sait, d'expérience, qu'elle peut n'être en réalité que le prélude à une rechute. C'est là toute la tragédie libanaise dans ce qu'elle a de plus lancinant. L'inéluctable récurrence du malheur, et son retour cyclique que la mémoire collective n'a jamais vraiment cessé d'anticiper.

Liban: quadrature du cercle?
Por
Michel Hajji Georgiou
Publicado
avr. 12, 2026 - 23:20

Pendant que les négociateurs américains et iraniens s’éloignent de la table des pourparlers, les milieux du Hezbollah, en dépit des contradictions manifestes au sein de leur directoire, se font une joie de lancer des accusations de trahison à l’emporte-pièce à l’encontre de Joseph Aoun et de Nawaf Salam. Le timing de ces attaques n’est pas fortuit. Il n’est pas sans révéler une panique que l’on s’efforce de masquer sous les habits habituels de la rhétorique résistancielle. Car pour la première fois depuis les années 1990, la carte libanaise échappe au Hezbollah — et, partant, à Téhéran. Ce qui n’est pas une bonne nouvelle pour le Hezb. Certes, il possède la faculté de déclencher des hostilités dans les rues du pays, mais il est de plus en plus isolé. En 2006, après le 14 mars 2005, il avait eu recours à une guerre, puis à un coup de force pour combler ce handicap. Mais nous ne sommes plus en 2005, et, cette fois, le Hezb prendrait un risque en s’enlisant à l’intérieur. Le résultat sera de plonger le Liban dans la violence. La logique pacifiste du 14 Mars a disparu, et, malheureusement, le parti se heurtera à des tensions graves. Peut-être même le recherche-t-il. Mais personne ne ressort jamais gagnant d’un tel jeu avec le feu.

Liban, l’urbicide des martyropathes
Por
Michel Hajji Georgiou
Publicado
avr. 8, 2026 - 13:46

Les «débordements» récents de la guerre hors des zones du conflit délimitées territorialement depuis le début de la guerre, avec son lot de victimes, nous interpellent. La Guerre de guérilla d'Ernesto «Che» Guevara, ou encore Révolution dans la révolution? de Régis Debray, pour ne citer que ces deux livres-là, ont longuement analysé, dans la foulée de l'âge d'or révolutionnaire des années 1960, comment la guerre irrégulière, loin de se réduire à une simple tactique de harcèlement menée par des forces faibles contre un adversaire supérieur, prend la forme d'une entreprise plus subtile et plus inquiétante, où la population civile ne constitue plus seulement un refuge ou un relais logistique, mais devient progressivement l'enjeu même de la confrontation, et où la dynamique de la violence ne cesse de travailler et de recomposer au gré de ses propres logiques.

Tel-Aviv–Téhéran: mimétismes sanglants et «double ennemi» (2/2)
Por
Michel Hajji Georgiou
Publicado
mars 31, 2026 - 12:20

Le Liban subit depuis des années une double logique de la violence et de l’exclusion, cette fameuse «montée aux extrêmes» – pour reprendre l’expression de René Girard inspirée de Clausewitz – mâtinée de moments de collusion objective, de détente dans l’animosité. Il est le seul pays à payer le prix d’une confrontation avec Israël, et même plus au service d’une cause arabe, la cause palestinienne juste et légitime, mais pour les beaux yeux des mollahs de Téhéran. Dans ce sens, on ne peut légitimer le comportement du Hezbollah, qui a déclenché trois guerres destructrices en 2006, 2024 et 2026, par le souci de la confrontation avec l’État hébreu. Oui, d’aucuns useront du prétexte des hameaux de Chebaa et des collines de Kfarchouba, pour justifier le maintien de la résistance, mais cet argument a été démonté, cartes à l’appui, depuis 2006, comme étant une fabrication visant à légitimer la poursuite du projet Hezbollah, et, à l’époque, de prétexte visant à justifier le maintien de l’occupation syrienne du Liban – à savoir la lutte contre Israël.

Tel-Aviv-Téhéran: mimétismes sanglants et «double ennemi» (1/2)
Por
Michel Hajji Georgiou
Publicado
mars 31, 2026 - 12:01

Le conflit actuel qui se déroule sous nos yeux au Liban oppose bel et bien Israël et l’Iran, et plus spécifiquement Israël et le Hezbollah. En dehors de toute volonté de diabolisation du Hezbollah – et, pourtant, il existe un florilège de raisons valables pour le diaboliser, entre les assassinats politiques, enlèvements, exécutions manu militari, coups de force miliciens, humiliations de l’armée, transformation du Liban en plaque tournante régionale du blanchiment d’argent et de la drogue, ou encore contribution massive à la corruption, et la liste est très longue… – le Hezbollah est, par sa nature, une ramification des Gardiens de la révolution iranienne venue se greffer depuis 1982 sur une communauté chiite marginalisée, abandonnée par l’État libanais.

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