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Décryptage

L’Iran mise sur la Chine, son alliée de la dernière chance
Par
LevantTime .
Publié
août 29, 2026 - 23:17

Alors que les États-Unis ont promis un «D-Day économique» à l’Iran, cette stratégie ne peut devenir entièrement efficace qu'avec la coopération de la Chine, premier importateur de pétrole iranien et premier fournisseur de technologies militaires au régime des mollahs. Après six mois de guerre au Moyen-Orient, Washington a de quoi s’inquiéter de l’enlisement de ce conflit censé durer quelques semaines. Faute d’une solution militaire expéditive, l’administration Trump a choisi d’asphyxier le régime iranien en présentant de nouvelles sanctions touchant non pas Téhéran directement mais ses partenaires commerciaux, afin d'isoler l'économie iranienne. Des entités chinoises sont notamment concernées par ce grand plan du ministre américain des Finances, Scott Bessent, qui a sommé Pékin de s'y rallier. Le sommet de Shanghai Une situation tellement urgente qu’elle a transformé le sommet marquant le 25e anniversaire de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) en une réunion de la dernière chance pour les Iraniens. Les dirigeants russe, chinois, iranien et indien sont en effet attendus lundi et mardi à Bichkek, la capitale du Kirghizstan, ainsi que six autres pays d’Asie centrale. Parmi eux, Vladimir Poutine et Xi Jinping, mais aussi le président iranien Massoud Pezeshkian et le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif. Si la Chine est nettement concernée par le nouveau système des sanctions américaines, Pékin a balayé ces menaces, assurant au contraire qu'elle défendra fermement ses intérêts et sa coopération avec l'Iran dont elle est un partenaire majeur. Ce bras de fer risque d'aggraver encore les tensions entre Pékin et Washington, à l'approche de la visite du dirigeant chinois Xi Jinping prévue dans la capitale américaine en septembre. L'Iran résiste aux sanctions qui le visent depuis des décennies en mobilisant des réseaux financiers internationaux complexes pour les contourner. Pékin est un grand acheteur de pétrole iranien. Elle règle souvent ses factures en yuan renminbi (la monnaie chinoise), et celle-ci échappe aux sanctions américaines. Par ailleurs, même si le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz est verrouillé, la Chine peut continuer à recevoir du brut iranien par les routes et voies ferrées d'Asie centrale. Coûts v/s avantages Ainsi, les achats chinois ont certes diminué, mais c’est ce qui reste pour Téhéran afin de survivre à une asphyxie totale. Selon des experts interrogés par l’AFP, les nouvelles sanctions annoncées lundi visent certaines entités chinoises accusées d'aider Téhéran à se procurer des technologies cruciales. Toutefois, les Etats-Unis se sont jusqu'à présent abstenus de sanctionner les grandes institutions financières du pays asiatique. Pékin et Washington ont passé une grande partie de l'année dernière englués dans une guerre commerciale grandissante, jusqu'au fragile répit apporté par la rencontre de Xi Jinping et Donald Trump en octobre 2025. Pour que sa campagne contre l'Iran soit suivie d'effets, Washington devra peut-être «proposer des incitations» à Pékin afin d'encourager le géant asiatique à se ranger de son côté, estime Lim Tai Wei, professeur spécialiste de l'Asie de l'Est à l'université japonaise de Soka, cité par l’AFP. Ainsi, la Chine ne songera à coopérer avec les Etats-Unis que «si les coûts liés au soutien de l'Iran devenaient nettement plus élevés que les avantages stratégiques et économiques» à continuer de commercer avec ce pays. Trump multiplie les diversions Entre temps, à Washington, le président Donald Trump assiste, impuissant, à une série de déconvenues faisant peser des menaces sur les élections des midterm en novembre prochain. Un lac rebaptisé, des publications choquantes sur Internet, des échanges réduits au minimum avec la presse… Trump ne veut plus avoir à parler de l'Iran ni de l'inflation, les deux sujets qui plombent son mandat. Sa cote de popularité est au plus bas et le parti Républicain redoute une sévère défaite en novembre lors d'élections qui décideront du contrôle du Congrès - à majorité conservatrice jusqu'ici. Le républicain de 80 ans met en effet en œuvre une stratégie qu'il a souvent employée: créer le vacarme pour tenter de couvrir un bruit de fond défavorable - ici, la succession de sondages plus négatifs les uns que les autres sur son bilan. Cette semaine, Donald Trump a accaparé momentanément l'attention médiatique en annonçant qu'il rebaptisait le lac Ontario, à la frontière américano-canadienne, en «lac Amérique», ce qui a ulcéré le Canada. Un influenceur de droite radicale, Matt Walsh, a aussi jugé l'idée «politiquement stupide», y voyant un «cadeau» pour la gauche américaine. Force est de relever, toutefois, dans ce contexte que la politique anti-immigration reste l'une des rares à suivre le cap fixé par le président républicain. Le gouvernement communique abondamment sur sa campagne d'expulsions massives, menée dans des conditions souvent jugées cruelles par l'opposition démocrate. Le ministère de la Sécurité intérieure a par exemple diffusé jeudi un clip montrant l'embarquement dans un avion de citoyens haïtiens entravés, après que Washington a supprimé un statut qui leur avait permis d'entrer légalement dans le pays. Le montage, sur fond musical, a été jugé dégradant et raciste par des opposants à Donald Trump. Pour le reste, le conflit en Iran dure depuis bien plus longtemps que les quelques semaines promises par le locataire de la Maison Blanche, et surtout, les Américains attendent toujours que le coût de la vie baisse, comme il le leur avait garanti. «Le meilleur président» Son gouvernement empile les mesures d'urgence à l'approche des élections, dans divers domaines: importations massives de bœuf étranger pour faire baisser les prix; rachats de titres de dette américaine pour rassurer les marchés; mission express du patron de la CIA pour tenter de dissuader la Russie de s'en prendre à un pays de l'Otan, selon la presse américaine. Donald Trump, si friand d'échanges improvisés avec des groupes de journalistes, en a moins, ou alors y met fin rapidement. Au début de son second mandat, il donnait facilement des conférences de presse impromptues d'une heure, parfois tous les jours. Il préfère désormais accorder, comme cette semaine, une longue interview à un animateur de la sphère MAGA, dans laquelle il n'est pas bousculé. Le républicain continue toutefois de beaucoup s'exprimer sur sa plateforme Truth Social, sur le mode du «trolling» - des provocations gratuites destinées à créer une réaction virale. Cette semaine, il a mis en ligne un «classement» de plusieurs présidents américains qui a hérissé ses opposants. Lincoln ou Washington y sont jugés «très bons», Clinton est «moyen», Biden, Obama et Carter sont «des échecs». Lui, sans surprise, figure tout en haut et seul, comme étant le «plus grand» président.

Les opposants iraniens exécutés «à une échelle jamais vue», dénonce Trump

Le président Donald Trump a pointé du doigt, mardi, fort à propos, un aspect de la guerre iranienne malheureusement totalement occulté par certains responsables politiques et médias occidentaux: le volet humanitaire de la crise iranienne, d’une manière générale, et plus précisément le comportement meurtrier et ignoble de certains pôles du pouvoir en place à Téhéran qui adoptent comme stratégie de répression et de coercition d’exécuter et de pendre à des grues, quasi quotidiennement, des écoliers, des adolescents de moins de 18 ans, et des jeunes universitaires dans une tentative de terroriser la population et de créer un climat visant à couper court à toute velléité de soulèvement populaire. «La République islamique, en plein déclin, ne paie pas une grande partie de ses militaires tout en tuant des manifestants, y compris lorsqu’ils ne manifestent pas, à une échelle jamais vue auparavant. Il s’agit d’une crise humanitaire d’une ampleur exceptionnelle», a souligné sans détours le président Trump. Ce sont ces exécutions d’adolescents et de jeunes «à une échelle jamais vue auparavant» que certains responsables politiques et médias occidentaux «bien-pensants» se refusent à voir et à admettre, banalisant de ce fait cette pratique ignominieuse consistant à pendre à des grues ou aussi à enlever des adolescents – plusieurs cas d’enlèvements et de disparitions d’enfants ont été signalés ces derniers jours – afin de créer un climat coercitif de terreur avant que la situation ne dérape dans les rues sous le poids de l’effondrement socio-économique qui s’accroît de façon exponentielle. Pas encore de réactions au D-Day économique Sur le plan pratique, les milieux politiques et économiques au niveau international scrutent l’impact qu’aura concrètement la véritable guerre économique – sous le slogan du D-Day économique – lancée officiellement et de manière spectaculaire, lundi, par le Secrétaire au Trésor Scott Bessent. Les réactions des pays européens et arabes se font attendre à cet égard, notamment pour ce qui a trait à l’application des mesures annoncées par le ministre Bessent. Dans l’attente que les retombées de ce D-Day économique se précisent et se décantent, c’est encore une fois le dossier incontournable du détroit d’Ormuz qui revient sur le tapis, cristallisant du même coup le profond clivage qui sépare encore Washington et Téhéran. Le président Trump a ainsi indiqué ce mardi que la Marine US lui a annoncé que toutes les mines qui menaçaient le trafic au détroit d’Ormuz ont été détruites ou retirées. Des responsables US, cités par le site Axios , ont précisé qu’au cours des derniers mois, des drones sous-marins ont inspecté le détroit et ont repéré une centaine de mines qui ont été par la suite détruites ou retirées par des sociétés privées. Les responsables susmentionnés indiquent que la neutralisation de ces mines a pour conséquence de faciliter la circulation de navires le long du détroit «ce qui permet d’accroître l’exportation de pétrole vers les marchés internationaux». Dans ce cadre, le chef de la Maison Blanche a précisé que la République islamique a été avertie que toute embarcation qui essaierait de poser de nouvelles mines serait détruite sans délai. Le président Trump en a profité pour faire état d’une surveillance minutieuse et pointilleuse par satellite de toute l’étendue du détroit mais aussi – et c’est là l’essentiel – des trois sites nucléaires détruits par l’aviation US en juin 2025 et, surtout, du site nucléaire souterrain de Pickaxe Mountain (montagne de la Pioche), construit en profondeur dans une montagne rocheuse en granit (dur) près du complexe nucléaire de Natanz. Ce site de Pickaxe Mountain est difficilement atteignable par l’aviation US et selon diverses sources occidentales, les Iraniens s’y livreraient de manière clandestine à des travaux d’enrichissement de l’uranium et d’assemblage de missiles balistiques de longue portée. Le régime iranien reprend ses manœuvres dilatoires Face à l’escalade US contre la République islamique, le régime des mollahs a réagi mardi en relançant ses traditionnelles manœuvres dilatoires visant à gagner manifestement du temps, comme il le fait d’ailleurs depuis plus de vingt ans, depuis que l’affaire de l’enrichissement clandestin de l’uranium par Téhéran a éclaté au grand jour au début des années 2000. Sous l’impulsion, vraisemblablement, du pouvoir des mollahs, les ministres iranien et omanais des Affaires étrangères ont tenu mardi à Téhéran une réunion qualifiée par le régime iranien de «constructive». Un communiqué commun a été publié à l’issue de ces concertations, soulignant la nécessité de reprendre la navigation dans le détroit d’Ormuz «en préservant la souveraineté et les droits des deux pays». Le communiqué relance sur ce plan le projet iranien, maintes fois avancé par Téhéran, consistant à créer «un corridor temporaire commun à travers le détroit, parallèlement à une opération conjointe de déminage». Une façon pour le pouvoir des mollahs d’entretenir la perception qu’il contrôle le détroit et qu’il est seul maître de sa gestion… En Syrie, les forces et organismes kurdes rejoignent l’État Sur un tout autre plan, la journée de ce mardi 25 août a été marquée par un développement majeur ayant une grande portée historique et symbolique. Le chef des forces kurdes, Mazloum Abdi, a annoncé en fin de journée la dissolution de la milice kurde «Kassd», qui était encadrée et soutenue par les États-Unis pour lutter contre L’État islamique . Abdi a indiqué dans le même temps la dissolution de l’administration autonome et de tous les organismes kurdes qui y sont rattachés et qui seront intégrés aux institutions de l’État syrien. Cette intégration des forces et des structures kurdes à l’État a été consacrée de manière solennelle au cours d’une réunion qui a groupé le président Ahmed el-Chareh à Mazloum Abdi. La page du conflit latent entre l’ancien régime Assad et la minorité kurde, largement ostracisée par les présidents Assad, père et fils, semble être ainsi tournée… Reste à concrétiser dans les faits et à bétonner ce saut qualitatif.

L’Iran pourra-t-il résister au D-Day économique lancé par Washington?
Par
Tilda Abou Rizk
Publié
août 25, 2026 - 01:17

Deux événements majeurs marquent le début de cette semaine: la phénoménale charge économico-financière américaine contre l’Iran – baptisée D-Day économique – et, au Liban, la résurgence de l’affaire de l’ambassadeur désigné, mais non accrédité, d’Iran à Beyrouth, Mohammad Reza Chibani. L’importance de la salve de sanctions annoncées lundi par Washington réside dans ses conséquences multidimensionnelles directes, à court et à moyen termes, sur l’économie iranienne, la survie du régime des mollahs, les équilibres régionaux, voire les rapports internationaux, notamment avec la Chine. L’affaire Mohammad Chibani, sans commune mesure avec la D-Day économique bien entendu, met surtout à l’épreuve la capacité des autorités libanaises à maintenir une cohérence entre leurs discours et leurs actes. Elle intéresse parce qu’elle représente un nouveau test pour un État libanais qui a toujours du mal à imposer son autorité. En ce lundi 24 août, le Liban officiel a de nouveau raté le test. L’annonce des mesures envisagées dans le cadre du D-Day économique est en tous points inédite. Dans la forme et sur le fond, dans la mesure où c’est toute l’économie internationale qu’elle secoue en même temps qu’elle asphyxie à fond le régime iranien. Les sanctions touchent tous les secteurs, l’or, la technologie, les actifs numériques, le pétrole, le système bancaire, l’aviation et le transport maritime. L’ultimatum posé par le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, est sans ambiguïté: les pays qui traitent avec l’Iran doivent s’y conformer ou risquer d’être à leur tour isolés. Pire encore: ils risquent d’être expulsés du système dollar, selon ses explications. «Personne ne devrait tester notre volonté», a averti Scott Bressent, pour qui «les zones grises n’existent plus». «Les dirigeants du monde doivent choisir entre l’Iran et les États-Unis, la paix et le terrorisme», a-t-il lancé. Pas d’exception, surtout pas pour la Chine, partenaire stratégique de Téhéran, avec qui Donald Trump a pourtant ouvert une nouvelle page et qui se retrouve aujourd’hui de nouveau dans le viseur américain. Pékin avait récemment manifesté son mécontentement vis-à-vis de la nouvelle stratégie américaine contre l’Iran. Scott Bessent a répondu sans ambages à une question à ce sujet: «Si Pékin facilite des transactions iraniennes, il sera ciblé.» Pour le responsable américain, ces transactions, quelles qu’elles soient, relèvent du «blanchiment d’argent pour le compte de l’Iran». Le Secrétaire au Trésor a dit «s’attendre à ce qu’une importante institution soit sanctionnée cette semaine», sans donner davantage de précision, mais en faisant savoir que pendant qu’il s’exprimait, «une soixantaine d’entités qui entretiennent des relations avec Téhéran venaient d’être sanctionnées». La banque iranienne Melli, ainsi que d’autres établissements, ont été sommés de «fermer toutes leurs branches dans le monde». Selon lui, l’Iran «fait face à un choix très clair, avec seulement deux chemins possibles: totale isolation et une économie de subsistance, ou un retour vers la normalité avec l’opportunité de rejoindre l’économie mondiale», a lâché Scott Bessent, qui a appelé les soldats iraniens à déposer leurs armes. «Rappelez-vous que le mur de Berlin est tombé lorsque des soldats ordinaires ont décidé de ne pas tirer sur leurs compatriotes», leur a-t-il lancé. Dans une première réaction à chaud, l’agence Tasnim, proche des Gardiens de la révolution islamique, a essayé de minimiser l’importance du nouveau train sans précédent de sanctions «alors que le médiateur pakistanais se trouve à Téhéran». Elle l’a mis sur le compte des «opérations médiatiques et psychologiques répétées de Donald Trump», en citant une source officielle iranienne. Selon cette même source, «rien ne changera sur le terrain». Un discours destiné essentiellement à la consommation interne, car justement sur le terrain, la situation ne sera plus la même. Affolement à Téhéran Annoncé mercredi par le président américain Donald Trump, le D-Day économique (en allusion au débarquement allié de juin 1944 en Normandie, lequel avait accéléré la chute du régime nazi en Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale) est de nature à porter le coup de grâce à l’Iran s’il est appliqué à la lettre et maintenu, en l’absence de percées diplomatiques. Le choix du nom accordé aux mesures draconiennes que Washington compte imposer à la République islamique et à ses partenaires récalcitrants n’est pas anodin. Les sanctions que le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, présente comme la «plus grande offensive financière jamais menée» marqueraient l’ultime épisode d’une guerre qui dure depuis le 28 février dernier, sous différentes formes. Et cela, les Iraniens en sont conscients, comme en témoigne la chute brutale du rial, échangé lundi à plus de 2 millions pour un dollar et, surtout, l’affolement manifeste dans les rangs du pouvoir. Depuis dimanche, les déclarations et commentaires officiels se succèdent à un rythme effréné dans un Iran où l’on continue d’envoyer des signes contradictoires, allant de menaces directes contre les États-Unis et les pays qui adhéreraient au nouveau régime de sanctions, jusqu’aux appels de phares pour une solution politique au conflit, en passant par les envolées lyriques sur la résilience ou les capacités militaires iraniennes. À tel point que le président Massoud Pezeshkian s’est vu obligé d’appeler à une «unité de positions face aux menaces américaines». Grand absent dans ce concert de déclarations, le guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei. Les Iraniens pourront-ils résister au coup de massue américain? Impossible au vu de la sévérité des sanctions américaines et de l’ampleur de la crise financière et inflationniste qui affecte leur pays depuis plusieurs mois et qui a été aggravée par le blocus naval américain. Il suffit de suivre l’évolution des exportations iraniennes de pétrole pour mesurer l’ampleur de la crise financière dans laquelle est plongé le régime des mollahs. De près de deux millions de barils par jour avant la guerre de février, elles sont tombées à environ 400.000 à la mi-août. En tout état de cause, face à ce D-Day économique, les autorités iraniennes affirmaient lundi soir qu’elles ont élaboré un plan «étalé sur deux ans» (soit jusqu’à la fin du mandat du président Donald Trump…) pour affronter cette guerre économique. Quel rôle pour la diplomatie? En dépit des pressions auxquelles il est confronté, Téhéran refuse toujours de céder sur ce qu’il appelle son droit de contrôler le détroit d’Ormuz. Du moins publiquement, puisque le Pakistan a remis en marche sa machine diplomatique dans l’espoir d’une percée qui ramènerait l’Iran et les États-Unis à la table des négociations et réduirait les tensions sur le terrain. La milice yéménite des Houthis, soit dit en passant, continuait lundi de cibler des objectifs saoudiens, notamment en mer Rouge. Le chef de l’armée pakistanaise, le maréchal Asim Munir, se trouve actuellement à Téhéran pour des discussions avec les officiels iraniens. Selon Reuters, il avait eu un entretien téléphonique avec Donald Trump la semaine dernière. Le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr el-Busaidi, doit le suivre mardi dans la capitale iranienne pour des discussions autour du détroit d’Ormuz. La triste affaire Chibani Quoi qu’il en soit, s’il perdure sans percée diplomatique, le D-Day économique aura incontestablement un impact sur les pays de la région où Téhéran maintient une influence à travers ses bras armés, comme le Hezbollah au Liban, les factions armées en Irak et les Houthis au Yémen. Deux faits significatifs sont à relever dans ce contexte: Bagdad a repoussé le calendrier prévu pour le désarmement des groupes armés pro-iraniens, sans expliquer ce changement de calendrier et sans fixer de nouvelle échéance. Lancé au mois de juin, ce processus était supposé se terminer le 30 septembre, date à laquelle prend fin la mission de la coalition internationale dirigée par les États-Unis contre le groupe État islamique en Irak. Sous pression de l’Iran, certains groupes ont cependant refusé de déposer les armes, considérant qu’un tel geste profiterait aux États-Unis et à Israël. Voulant éviter des confrontations armées et privilégiant le dialogue, les autorités irakiennes ont apporté des ajustements à leur calendrier, mais sans jamais modifier l’échéance fixée. La décision irakienne d’abandonner celle-ci ne peut être expliquée que par des pressions iraniennes accrues qui ont poussé le gouvernement de Ali el-Zaidi à freiner le processus engagé. Idem au Liban où l’ambassadeur iranien désigné mais non accrédité, Mohammad Reza Chibani, s’accroche à son poste, quand bien même il a été déclaré persona non grata et sommé par le ministère des Affaires étrangères de quitter le pays, en mars dernier. Concrètement, Chibani est en situation irrégulière au Liban, depuis le 24 mars, puisque son visa n’est plus considéré valable à partir du moment où il a été jugé persona non grata . Il n’en demeure pas moins que les autorités n’ont rien entrepris pour faire exécuter la décision qu’elles ont prise, ratant ainsi un premier test pour leur autorité. Lundi, ils ont raté une seconde chance pour prouver leur crédibilité, puisque le représentant de l’Iran a réussi à obtenir un permis de séjour de six mois de la Sûreté générale, en sa qualité d’ancien ambassadeur ayant servi au Liban entre 2006 et 2009. Cette entourloupe est cependant loin de dissimuler l’énorme fossé qui existe entre les déclarations des officiels sur leur volonté de soustraire le Liban aux influences étrangères et leurs actions qui vont à l’encontre des intentions annoncées. Seul le ministre des Affaires étrangères, Joe Raggi, est resté conséquent avec lui-même, en affirmant il y a quelques jours, dans une interview au an-Nahar , qu’il n’est pas question de revenir sur les décisions de mars dernier. Le renouvellement du permis de séjour de Chibani est un camouflet pour les autorités qui prouvent ainsi qu’elles n’ont pas le courage de leurs décisions, quels que soient les prétextes avancés, d’autant que le Hezb, qui relève directement de l’Iran, continue de les défier. La preuve a été encore une fois donnée par un des députés de ce groupe, Hassan Fadlallah, qui, lors d’un entretien à Téhéran, avec le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, s’est exprimé comme s’il représentait le Liban, allant même jusqu’à réclamer une «action concertée» avec la République islamique pour faire face aux opérations militaires israéliennes continues au Liban. La Syrie retirée de la liste terroriste Reste à relever dans un tel contexte explosif un développement d’une importance capitale et dont la portée symbolique et le timing n’échappent à personne. Le Secrétaire d’État Marco Rubio a annoncé lundi soir la levée officielle de la Syrie de la liste des États soutenant le terrorisme international. Par la même occasion, l’organisation «Heyaat Tahrir el-Sham» (qui était dirigée par le président Ahmed el-Chareh, sous le nom de guerre «al-Joulani»), a également été retirée de la liste des organisations terroristes internationales. Cette double décision aura pour impact stratégique d’ouvrir la voie aux investissements privés en Syrie, de relancer, de ce fait, l’économie syrienne et de permettre à la Syrie post-Assad de réintégrer les circuits de l’économie mondiale.

Ormuz: l'Iran veut imposer ses règles du jeu à Trump
Par
Michel Touma
Publié
août 6, 2026 - 00:03

Le régime iranien des mollahs, plus spécifiquement le courant radical représenté par les Gardiens de la Révolution islamique, continue de vouloir gérer la crise du détroit d’Ormuz en imposant ses conditions et en mettant à l’écart les Etats-Unis dans les tractations entreprises, voire en déniant tout rôle de Washington dans la solution en gestation. Afin d’atteindre cet objectif, les décideurs à Téhéran ont négocié le projet de règlement exclusivement avec le sultanat d’Oman en prenant bien soin d’affirmer qu’aucun dialogue n’a lieu avec les USA. Pire encore : poussant toujours plus loin son arrogance et son mépris affiché à l’égard du président américain, le régime iranien devait souligner dans la matinée de mercredi que «l’accord avec Oman a été ajourné en raison des menaces proférées par les Etats-Unis». Téhéran agit ainsi avec l’Administration US en «vainqueur» qui non seulement cherche à imposer ses règle du jeu, mais traite surtout son «ennemi» de manière délibérément humiliante, en interprétant les hésitations et les louvoiements du président Donald Trump comme un signe de faiblesse dont il cherche à tirer profit. Dans ce cadre, le site local al-Janoubiya , reflétant la mouvance de l’opposition chiite libanaise hostile au Hezbollah, rapporte des informations puisées dans la presse iranienne qui confirment, certes, une fois de plus, l’existence d’une fracture au sein du régime iranien, mais qui relèvent surtout une mise à l’écart du chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi dans les négociations en cours. De fait, une source responsable au ministère iranien des A.E. a indiqué mercredi qu’«aucune visite du ministre des A.E. ou du président du Parlement (principaux négociateurs iraniens) n’est prévue au Pakistan ou au Qatar» (principaux médiateurs entre les USA et l’Iran). Dans le même temps, la Janoubiya rapporte également qu’un haut responsable de la mouvance radicale au sein du régime aurait déclaré que si le président iranien Massoud Pezechkian présente, une fois de plus, sa démission, celle-ci sera immédiatement acceptée. Ce climat iranien qui entoure les tractations sur la gestion du détroit d’Ormuz et l’obstination iranienne à tenir les USA à l’écart de toute solution laissent planer un sérieux doute sur la solidité et la crédibilité de l’accord négocié par le régime avec Oman. Une source autorisée iranienne a d’ailleurs tenu à souligner mercredi soir que l’accord irano-omanais «ne signifie pas que le détroit d’Ormuz deviendra sûr» et ne «signifie pas la réouverture complète du détroit»! Dans la pratique, le vice-ministre iranien des AE, Kazem Gharibabadi, devait indiquer en soirée que l’accord négocié avec Oman implique «un modèle de gestion différent de celui mis en application depuis soixante ans». Et le porte-parole de préciser qu’à la demande de Téhéran le sultanat est disposé à changer «les couloirs d’entrée et de sortie des navires commerciaux». Reste à savoir, dans un tel contexte, si le président Trump acceptera les règles de jeu ainsi définies par l’aile radicale du régime, d’autant que dans le même temps, l’allié yéménite des Pasdarans, la milice des Houthis, poursuit son escalade en mer Rouge contre l’Arabie saoudite. Le porte-parole des Houthis a ainsi indiqué en soirée que la milice a pris pour cible «un pétrolier saoudien dans le golfe d’Aden à l’aide d’un missile balistique». Auparavant dans la journée, une source britannique avait fait état également d’une attaque au large du Yémen contre un navire commercial. Ces attaques sont intervenues alors que le président Trump avait déclaré dans l’après-midi qu’il ferait assumer à l’Iran toute attaque des Houthis contre des navires saoudiens. En tout état de cause, le ministre Araghchi a souligné dans le contexte des pourparlers avec Oman que tout accord avec le sultanat au sujet d’Ormuz devra être avalisé par le Guide suprême, Mojtaba Khamenei. Sauf que le président iranien a déclaré en fin de soirée que «le contact avec le Guide suprême est extrêmement difficile au stade actuel»… Le dossier libanais C’est dans ce contexte particulièrement trouble et lourd de conséquences imprévisibles que s’est tenue mercredi la deuxième journée du septième round de négociations directes entre le Liban et Israël, dans une atmosphère plus positive que la veille. C’est ce qu’ont annoncé en fin de journée des sources proches de Baabda qui ont indiqué sur ce plan que les discussions ont abouti à la formation de trois commissions chargées des dossiers politique, militaire et en rapport avec la délimitation des frontières internationales entre les deux pays. C’est sur ce dernier point que les progrès les plus notables ont été enregistrés. Les sources de Baabda précisent que la délégation libanaise a présenté une étude détaillée et bien documentée sur le sujet, et le représentant américain devait rendre hommage à la position définie par la partie libanaise à cet égard. L’autre sujet qui a fait l’objet de pourparlers entre les délégations libanaise et israélienne est la détermination de la tierce partie qui serait chargée de s’assurer de l’absence de toute présence milicienne du Hezbollah dans les zones-pilotes évacuées par Tsahal et prises en charge par l’armée libanaise. L’Etat hébreu s’opposerait à un rôle de la France à ce propos. Par contre, les observateurs relèvent que le ministre italien des Affaires étrangères a eu un entretien téléphonique avec son homologue iranien et parallèlement, un officier supérieur italien a tenu à Beyrouth une réunion avec le chef d’état-major de l’armée libanaise, ce qui a entretenu des spéculations sur le choix de l’Italie comme tierce partie qui serait chargée de s’assurer de l’application rigoureuse des termes de l’accord-cadre entre le Liban et Israël. En tout état de cause, la séance de mercredi après-midi a été levée avant l’heure prévue, à la demande de la délégation américaine, «en raison de développements sur le terrain», a indiqué en début de soirée un responsable au Département d’Etat. Appui de Bkerké aux négociations avec Israël Notons pour clore ce volet diplomatique qu’à l’issue de sa réunion mensuelle tenue à Bkerké – comme à l’accoutumée chaque premier mercredi du mois – l’assemblée des évêques maronites a publié un communiqué dans lequel les prélats apportent leur appui total aux négociations entre le Liban et Israël, sous l’égide des Etats-Unis, dans le but d’obtenir un «retrait total de l’armée israélienne du Liban-Sud et le retour des habitants dans leurs villages (…)». Fait significatif: le communiqué de Bkerké souligne explicitement que la voie des négociations avec Israël suivie ainsi par le pouvoir libanais doit se poursuivre «loin des tentatives visant à lier ce processus à des agendas étrangers», dans une allusion à peine voilée à la volonté du régime iranien de prendre le contrôle de la carte du Liban-Sud. Sur le terrain, au Liban-Sud, la journée de ce mercredi 6 août 2026 a été lourde en termes de pertes en vies humaines. La journée a commencé par l’explosion d’un engin artisanal dans le village de Majdel Zoun, dans le caza de Tyr. L’explosion a fait deux tués et 7 blessés, dont l’un grièvement atteint, dans les rangs de l’armée israélienne. A la suite de cette explosion, Tsahal a publié un communiqué accusant, en des termes sévères, le Hezbollah d’avoir violé le cessez-le-feu au Liban et annonçant que des raids de représailles seraient effectués au Sud. De fait, une attaque au drone a été menée contre la localité de Tebnine, faisant un tué et 12 blessés. Parallèlement, les forces de l’Etat hébreu ont annoncé avoir détruit une infrastructure souterraine relevant du Hezbollah dans le village de Srebbine (caza de Bint Jbeil) où d’importants lots d’armes et de munitions ont été saisis.

Face aux Cèdres du Liban, l’État hébreu en «déficit moral»
Par
Fady Noun
Publié
mai 12, 2026 - 19:56

Que répondre à Israël Katz, le ministre israélien de la Défense, quand il défie le Liban et affirme que «bientôt le feu dévorera ses cèdres»? Que répondre à Bezalel Smotrich, ministre israélien des Finances, qui raille le Liban et affirme que son fils lui demande «de lui laisser quelque chose à détruire»? Les responsables israéliens devraient mieux contrôler leur langue. Les mots entraînent des conséquences. Israël Katz cite le Livre de Zacharie : «Ouvre tes portes Liban, et que le feu dévore tes cèdres (...). Gémissez, chênes du Bashân, car elle est tombée la forêt inaccessible, on entend les gémissements des pasteurs, ils sont ruinés leurs splendides pâturages. On entend le rugissement des lionceaux, elle est ruinée la luxuriance du Jourdain» (Za 11:1-3,). Dans ce passage, menacer les cèdres, c’est menacer symboliquement tout un pays et son patrimoine culturel et historique. C’est un peu vite dit pour une nation de si long héritage comme le Liban. On l’a dit, ces références bibliques sont là pour normaliser la guerre dans l’opinion israélienne, la légitimer, faire croire qu’elle est prophétisée. C’est justement la raison pour laquelle il est crucial de répondre à Israël Katz sur un autre registre. L’expérience a prouvé en effet que les discours belliqueux ne font que renforcer le cycle de la violence et ne construisent ni justice ni paix durable. Ils risquent au contraire de nourrir l’escalade et l’animosité entre les populations, à l’heure même où s’entament des pourparlers destinés à, au moins, une cessation définitive des hostilités. Une réponse diplomatique, qui rappelle le droit international, la souveraineté nationale et la nécessité du dialogue, constitue donc la voie à la fois la plus juste et la plus pragmatique, pour protéger les générations à venir et la stabilité régionale, en évitant le piège de la provocation réciproque. L’enjeu moral de la parole Sur le plan éthique, il est également utile de rappeler que la violence ou les menaces dirigées contre autrui ne sont jamais un héritage à transmettre. Lorsqu’une figure publique affirme que son fils lui demande de lui laisser «quelque chose à détruire», elle se pose en éducatrice de haine et de violence. Les paroles du ministre israélien sont la dernière chose qu’un père doit répéter devant son fils, gravement blessé au Liban. Bien au contraire, les responsables politiques israéliens ont le devoir de protéger, d’éduquer et de transmettre des principes de justice, de responsabilité et de respect mutuel à leur peuple, et non de jeter de l’huile sur le feu. Défense de rire du malheur d’autrui Il est à peine besoin de dire combien il est immoral de rire du malheur d’autrui. Dans notre jeune âge, nos aînés nous reprenaient quand nous nous moquions d’un défaut physique chez autrui comme une bosse ou une autre anomalie, comme un défaut de prononciation. Pour nous apprendre le respect, on nous assurait que Dieu nous affligerait de la bosse ou du travers dont nous nous étions moqués. Nous apprenions ainsi qu’il existe une justice invisible, immanente à la création, qui refait les équilibres humains quand ils sont rompus. De façon assez surprenante, nous retrouvons cette subtile loi de justice, ou disons d’équilibre, au Livre des Proverbes , l’un des plus cités de la Bible: «Ne te réjouis pas de la chute de ton ennemi, et que ton cœur ne soit pas dans l’allégresse quand il chancelle», met en garde le Livre des Proverbes, «de peur que voyant cela (encore traduit «ta méchanceté»), Dieu ne change d’avis» (Chapitre 24). Le Livre des Proverbes est peut-être l’une des sources de notre savoir-vivre commun. Dans la civilisation commune à tous les peuples sémites de la région, la parole a des conséquences. Cette idée est, par exemple, très présente dans les Psaumes , où il est dit que ceux qui cherchent à nuire à autrui se retrouveront pris dans leurs propres machinations. Au Psaume 7, il est dit que «celui qui creuse une fosse y tombera. Et son ouvrage tombera sur sa propre tête.» L’image correspond à l’idée que la menace ou la violence se retourne contre l’agresseur. Au Psaume 37, il est recommandé: «Ne t’irrite pas à cause des méchants, ne sois pas jaloux de ceux qui font le mal (…). Les méchants tirent l’épée et tendent l’arc, pour abattre le pauvre et l’indigent (…). Leurs épées entreront dans leur propre cœur, et leurs arcs seront brisés.» C’est une façon poétique et morale de rappeler que la violence injuste ne triomphe pas durablement. Le langage imagé de ces maximes de sagesse pratique rappelle que la méchanceté, la violence et la destruction se retournent souvent contre ceux qui les fomentent. Les Psaumes combinent souvent ces deux motifs: la menace qui se retourne contre l’agresseur et la protection et/ou la récompense du juste. La mémoire des villages Par ailleurs, au-delà des symboles, le Liban porte en lui la mémoire multiséculaire des villages du Liban-Sud que les bulldozers israéliens détruisent. Ce Liban-Sud fait partie de la terre foulée par les pieds du Christ et vaut, aux yeux des Libanais, en particulier des chrétiens, ce que valent tous les autres trésors du Liban réunis, y compris la Vallée sainte et les Cèdres, Baalbeck et Beiteddine. Chaque Libanais ressent face aux villages disparus une douleur intime, mais aussi un appel à la résilience et une confiance dans le destin de son pays. Venir en hôte, chez un Libanais, c’est venir chez soi, mais y venir en ennemi c’est se condamner soi-même au malheur. Le pays a surgi comme État indépendant après des siècles de migrations, d’invasions, de dominations et de pressions externes et internes. Il continue aujourd’hui de protéger une souveraineté et une intégrité territoriale durement acquises. Menacer son peuple ou ses symboles nationaux ne le paralysera pas. Au contraire, de tels propos renforcent sa détermination, ainsi que celle de ses amis et partenaires, de continuer en toute assurance à privilégier ce qui fait sa force: le dialogue, la diplomatie et la responsabilité collective. Pour reprendre les images du prophète Zacharie, viendront plus tard les comptes à demander aux mauvais pasteurs qui ont gardé sans défense l’enclos des brebis, c’est-à-dire les frontières du pays. Liberté et pluralisme Face aux menaces et aux provocations, il faut donc des réponses enracinées dans notre culture profonde. La diplomatie, la prudence, la circonspection et une bonne connaissance de nos dossiers ainsi que de l’adversaire du moment, comme le rappel des principes éthiques et l’affirmation des droits souverains, constituent la meilleure réponse aux paroles incendiaires lancées dans notre direction. Ainsi, la véritable force des Libanais résidera dans leur capacité à résister aux provocations, à défendre la justice, y compris celui du droit des Palestiniens à un État indépendant, en étroite entente avec tous les États de la Ligue arabe, et à transmettre urbi et orbi les valeurs de liberté, de pluralisme et de dialogue au cœur de la mission historique du Liban. La synagogue de Beyrouth Dans un entretien récent accordé au quotidien La Croix (20 avril), Avraham Burg, ancien président travailliste de la Knesset, de l’Agence juive et de l’Organisation sioniste mondiale, ne craint pas d’évoquer «la faillite morale» d’Israël, dont les soldats rasent nos villages, pillent nos foyers et dessacrent nos symboles religieux. «Israël est actuellement complètement corrompu sur le plan moral», dit-il, s’indignant en particulier de la loi sur la peine de mort applicable sélectivement aux Palestiniens jugés coupables de «terrorisme». «Plus largement, poursuit-il, le gouvernement a compromis le judaïsme, l’universalité de la justice et toutes les valeurs selon lesquelles Israël prétendait fonctionner.» «D’une manière très surprenante, ajoute l’ancien responsable travailliste, la seule voix en faveur d’une humanité sensible et responsable est celle du pape. Léon XIV a évité la politique autant que possible, mais il lui est impossible de le faire davantage. Et c’est pourquoi d’une manière très dialectique, il représente ma spiritualité et mon système de valeurs, et pas les rabbins.» On est tenté d’en dire autant dans ce Liban dont la Constitution fait de la place à la communauté juive au même titre qu’aux dix-sept autres composantes communautaires du pays, et où la synagogue détruite durant la guerre a été restaurée et occupe une place de choix dans le vieux centre historique de Beyrouth.

Lorsque des activistes instrumentalisent Pâques à des fins de propagande

La désinformation et la déformation des faits historiques n’ont décidément pas de limites pour certains milieux. A l’occasion de la Pâques catholique, le 5 avril dernier, un cadre du Hezbollah, Hassan Dorr, a publié sur X (anciennement Twitter) le message suivant : https://x.com/HasanDorr/status/2040735419952718037?s=20 « À l’appel de ô Sainte Marie: La « Résistance » adresse ses salutations à nos frères chrétiens à l’occasion de #Pâques en prenant pour cible la base « Stella Maris », appartenant aux meurtriers de Jésus-Christ (que la paix soit sur lui), en #Palestine occupée ». L’activiste hezbollahi a accompagné son message d’une vidéo de l’opération. D’après les éléments visuels affichés à l’écran, la vidéo semble être un enregistrement d’une diffusion en direct d’Al-Mayadeen, chaîne d’information panarabe par satellite alignée sur le Hezbollah, avec un bandeau indiquant: «Images de la Résistance islamique au Liban ». La vidéo de l’opération porte également le logo de « l’appareil de guerre médiatique du Hezbollah». Alors que M. Dorr a rattaché l’opération au dimanche de Pâques, la chaîne de télévision du Hezbollah, Al-Manar, avait publié ce qui suit sur son site internet en langue anglaise le 31 mars 2026 à 20h59, heure de Beyrouth : «La Résistance islamique a pris pour cible la base Stella Maris (une base stratégique de surveillance et de contrôle maritimes le long de la côte nord d’Israël) à 20h00, le mardi 31 mars 2026, par une salve de roquettes avancées: communiqué n° 22. » (Traduction diplomatique) En outre, la vidéo intégrale de l’opération à laquelle DORR fait référence sur X se trouve à l’adresse suivante, datée du 31 mars 2026 : https://x.com/OSINTWarfare/status/2040856427963494574?s=20 , et sur le site internet d’Al-Manar : https://www.almanartv.com.lb/article/724772/ , toujours marquée de la date du 31 mars 2026. Cela montre que l’opération n’avait aucun lien avec Pâques, si ce n’est dans la mise en scène de Dorr, qui instrumentalise les célébrations chrétiennes pour attiser les tensions religieuses entre Juifs, Chrétiens et Musulmans. Décryptage Dorr reprend l’allégation ancienne et discréditée du déicide imputé aux Juifs. Cette thèse soutient que le peuple juif porterait une responsabilité collective dans la mort de Jésus, y compris à travers les générations qui ont suivi sa crucifixion. Cependant, l’Église catholique rejette l’accusation de déicide depuis le concile de Trente, au milieu du XVIe siècle. Dans le catéchisme issu de ce concile, l’Église catholique enseignait que l’humanité pécheresse dans son ensemble portait la responsabilité de la mort de Jésus, les Chrétiens ayant à cet égard une responsabilité particulière. Lors du concile Vatican II (1962–1965), le pape Paul VI a promulgué la déclaration Nostra Aetate, qui a rejeté l’idée d’une culpabilité juive collective et transgénérationnelle dans la crucifixion de Jésus. La déclaration précisait que « ce qui a été commis durant sa Passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps.» Le pape Benoît XVI a lui aussi rejeté l’accusation de déicide portée contre les Juifs dans son livre Jésus de Nazareth, publié en 2011, en soulignant qu’elle ne reposait sur aucun fondement scripturaire. En résumé, le concile de Trente a élargi la responsabilité à l’humanité pécheresse dans son ensemble, Vatican II a explicitement rejeté toute culpabilité juive collective, et les sources catholiques et chrétiennes contemporaines présentent couramment l’accusation de déicide comme un trope antisémite ou antijuif fondé sur une culpabilité collective, tout en mettant récemment en garde contre son emploi durant la Semaine sainte. Manipulation Le message manipulateur de Dorr comporte plusieurs dimensions Premièrement, il s’agit d’une allégation sans fondement, écartée sur le plan liturgique par les autorités chrétiennes. Deuxièmement, il instrumentalise la Crucifixion, commémoration fondamentale du christianisme. Son affirmation cherche à attiser des tensions religieuses chez certains chrétiens, qui seraient alors enclins à soutenir les actions du Hezbollah contre Israël (entendu ici comme les Juifs) afin de «venger la mort de Jésus», alors même que la « vengeance » va à l’encontre des enseignements chrétiens les plus élémentaires. Cette tentative de rallier un soutien transconfessionnel au camp du Hezbollah permet aux propagandistes de soutenir que les actions du Hezbollah servent l’ensemble du Liban, avec une base d’appui qui dépasserait la seule communauté chiite. Une communauté qui a d’ailleurs fini par rejoindre les autres confessions libanaises en dénonçant et en rejetant haut et fort, publiquement, les actions du Hezbollah. Aujourd’hui, la dissidence chiite atteint son niveau le plus élevé jamais observé, en raison du déplacement des populations chiites et de la destruction de leurs habitations causés par les activités militaires du Hezbollah et les représailles israéliennes. En présentant le Hezbollah, groupe se définissant lui-même comme une résistance islamique, comme le muscle qui frappe les Juifs pour rendre justice aux chrétiens et à Jésus lui-même, Dorr implique à la fois l’Islam et les musulmans dans des guerres de religion. Troisièmement, et surtout, Dorr passe à côté de l’essentiel: Pâques est le passage de la mort à la vie; c’est une célébration de la résurrection, de la vie éternelle. Le message incendiaire de Dorr arrive avec trois jours, cinq siècles et deux mille ans de retard, et il est erroné.

Le détroit d’Ormuz et la Convention de Montego Bay
Par
Jean-Patrick Dayras
Publié
avr. 10, 2026 - 13:15

Les termes de l’accord de cessez-le-feu – prévu pour une durée limitée de deux semaines – sont, tels que présentés officieusement, ambigus. L’Iran aurait accepté la réouverture du détroit d’Ormuz, présentée comme une contrepartie majeure au cessez-le-feu. Ce détroit répond aux critères définis par la Convention de Montego Bay de 1982, s’agissant d’un détroit international. Cette Convention précise, dans la section 2, la définition de l’utilisation d’un détroit international et la façon pour les navires navigant dans ses eaux et les aéronefs le survolant de s’y comporter. Article 37 «La présente section s’applique aux détroits qui servent à la navigation internationale entre une partie de la haute mer ou une zone économique exclusive et une autre partie de la haute mer ou une zone économique exclusive.» Article 38 – Droit de passage en transit «1 – Dans les détroits visés à l’article 37, tous les navires et aéronefs jouissent du droit de passage en transit sans entrave (…). «2 – On entend par ‘passage en transit’ l’exercice, conformément à la présente partie, de la liberté de navigation et de survol à seule fin d’un transit continu et rapide par le détroit entre une partie de la haute mer ou une zone économique exclusive et une autre partie de la haute mer ou une zone économique exclusive…» Le terme de «réouverture» pourrait avoir des conséquences fâcheuses pour l’avenir de la navigation et le passage dans ce détroit pour tous les navires non iraniens ou omanais. Ce terme laisse croire que le détroit a été fermé et sera rouvert par l’Iran. Dit en d’autres termes, le détroit appartient à l’Iran qui le ferme et l’ouvre selon son gré – ou en partageant la gestion et les responsabilités avec Oman. Ce serait une autre façon de dire que le détroit d’Ormuz n’est plus un détroit international et que son utilisation sera soumise à des obligations, parmi lesquelles celle de s’acquitter d’un droit de passage ce qui aurait des conséquences importantes sur le coût du transport maritime dans le golfe arabo-persique. Une telle situation pourrait alors se multiplier: Bab-el-Mandeb, Malacca, Lombok, la Sonde, Gibraltar, pourquoi pas, ainsi que les Dardanelles, puis la Manche, la côte nord de la Russie, ce qui est déjà envisagé – prévu? – par ce pays; ensuite, le passage du Nord-Ouest, etc. Autant de détroits et de passages internationaux obligatoires pour le commerce et les échanges maritimes. N’aurait-il pas été plus sage d’utiliser une autre terminologie telle que «cesser le blocage du détroit d’Ormuz» ou «interrompre les menaces de blocage du détroit d’Ormuz», ou toute autre formulation tendant à préciser que l’Iran avait pris des mesures à l’encontre de la Convention et de la définition d’un détroit international? Si les négociateurs ont employé ce qu’il est actuellement annoncé – en espérant que ce ne soit pas le cas – c’est sans doute que les Iraniens, plus lucides que leurs vis-à-vis, ont une idée à moyen/long terme. Nous ne le souhaitons pas. * Jean-Patrick Dayras: Contre-amiral dans la marine française; pilote de l’aéronautique navale; spécialisé dans les opérations aéromaritimes et d’intervention de commandos; ancien expert auprès de l’Organisation maritime internationale (OMI).

La réponse de Haykal au sénateur Graham: tout est relatif
Par
Jawad Pakradouni
Publié
févr. 6, 2026 - 19:20

Les Américains sont connus pour être « cash », surtout dans les questions qu’ils posent à leurs interlocuteurs, s’attendant à une réponse automatique, manichéenne : oui/non, blanc/noir. Kash Patel, directeur du FBI, lors de son audition par le Sénat, s’est vu matraquer par le sénateur Eric Swalwell avec la même question : « Avez-vous informé le ministre de la Justice de la mention du nom de Donald Trump dans le dossier Epstein, oui ou non ? », question à laquelle Patel n’a pas donné la réponse catégorique attendue. Si la réponse à cette question est pourtant simple, puisqu’il s’agit d’un fait, celle posée par le sénateur Lindsay Graham, à Washington, au commandant en chef de l’armée, le général Rodolphe Haykal, est, en revanche, nettement plus complexe, puisqu’il s’agit d’une opinion, voire d’un positionnement politique. « Considérez-vous le Hezbollah comme une organisation terroriste ? » est la question par excellence à laquelle le commandant de l’armée ne pouvait certainement pas répondre par une simple affirmation ou une négation. Sa réplique « Non, dans le contexte libanais » n’est pas habile, mais elle n’est pas fausse non plus. Il aurait pu dire que, tant que le gouvernement libanais n’a pas officiellement banni cette organisation, il n’est pas en mesure de se prononcer sur la question, étant lui-même un militaire exécutant les instructions que lui donne le pouvoir politique. Cependant, et au risque que les propos qui suivent choquent, le Hezbollah n’est pas (encore) considéré au Liban comme une organisation hors-la-loi, d’autant qu’il est représenté au sein même du gouvernement et du Parlement. À la différence de l’IRA, qui avait eu l’idée de séparer sa branche paramilitaire de sa branche politique (le Sinn Fein), laquelle, grâce à des leaders comme Gerry Adams, a réussi à prendre le dessus sur la milice, la branche militaire du Hezbollah est celle qui domine la branche politique, ainsi que l’ensemble du système libanais. Les députés hezbollahis posent en habit milicien, défendent toutes les prises de position de même que les déclenchements des guerres et des hostilités qui ont dévasté le pays. Le plus navrant est que d’autres factions politiques, par arrivisme ou, pire encore, par conviction, défendent le Hezbollah, lequel a réussi, durant ses trente glorieuses (de 1994 à 2024), à étendre sa toile dans toute l’administration libanaise, armée incluse. Il est indéniable que, depuis le 27 septembre 2024, le déclin de la milice a été amorcé. Toutefois, demander à des subordonnés de changer le fusil d’épaule (c’est le cas de le dire dans l’espèce), est utopique. L’épisode de l’illumination de la grotte de Raouché en est l’exemple le plus flagrant. Il faut donner du temps au temps, comme l’écrivait Cervantès, même si nos institutions politiques et/ou militaires font preuve d’un certain donquichotisme en évitant de voir « l’éléphant dans la pièce » et en s’attaquant à d’autres problèmes qui ne seront jamais réellement réglés tant que le Hezbollah n’aura pas été définitivement démilitarisé. Mais, voilà : le temps presse et nous n’avons pas le luxe d’attendre. De ce fait, la réponse de Rodolphe Haykal n’est pas erronée : tout est relatif, tout est une question de perception. Au moment où la question lui a été posée, le Hezbollah n’est pas une organisation terroriste aux yeux de l’État. Dans le cas contraire, cela signifierait que les ministres Chéhadé, Issa el Khoury, Nassar, Raggi et Saddi, ainsi que tous les députés souverainistes, côtoient et palabrent avec des criminels, et dans un certain sens, le sont eux-mêmes. On pourra toujours dire pour leur défense que Judas avait des amis irréprochables, mais cela n’en reste pas moins une vision simpliste de la situation. Par conséquent, et très objectivement, le fait que le général Haykal ait donné une réponse qui ne corresponde pas nécessairement aux aspirations d’une majorité de Libanais n’est pas particulièrement répréhensible. En revanche, ce qui est malheureux, c’est que le camp lobotomisé du Hezbollah, leurs cerbères et autres malades frappés du syndrome de Mar Mikhaël, bien plus puissant que celui de Stockholm, qui a célébré ses vingt ans, ont d’ores et déjà usé et abusé, d’une manière épsteinienne, des propos du général Haykal pour ressusciter le triptyque « armée, peuple et résistance », véritable triolisme que le pays et toute sa population ont subi durant des décennies. Reste à espérer que le président n’accordera pas, au retour de Rodolphe Haykal, une nouvelle décoration, d’autant que celle qu’il reçut précédemment (après Raouché) était la plus haute distinction. A moins d’envisager une nouvelle catégorie : celle du mérite relatif, une médaille pour services rendus à la confusion nationale, remise avec les honneurs par un État qui préfère décorer ses contradictions plutôt que d’affronter sa réalité….

Nouri al-Maliki : retour d’un homme ou régression d’un projet ?
Par
Jad Akhawi
Publié
janv. 26, 2026 - 06:49

Le retour de Nouri al-Maliki au pouvoir — ou même à une position clé au sein du centre de décision irakien — ne peut être perçu comme un simple événement politique, ni comme la réhabilitation d’une figure du passé. Du fait de ce qu’il incarne et du bilan de son action, l’homme est devenu le symbole d’un modèle de gouvernance exhaustive à part entière, associé à une phase charnière de l’histoire de l’Irak post-2003, avec son lot d’échecs, de divisions et de transformations structurelles de l’État. Dès lors, toute éventuelle réapparition de M. al-Maliki signifie, dans les faits, le retour d’une orientation politique globale — sur les plans intérieur, régional et international — avec toutes les répercussions que cela implique. Sur le plan intérieur – le retour de « l’État politisé » 1. Centralisation accrue et érosion des équilibres Durant ses deux mandats, entre 2006 et 2014, Nouri al-Maliki a été associé à la prééminence du pouvoir exécutif sur les autres institutions, sous les slogans du « rétablissement de l’autorité de l’État » et de la « lutte contre le terrorisme ». Dans la pratique, cela s’est traduit par une politisation progressive des rouages de l’État, de la justice aux appareils sécuritaires, jusqu’aux médias publics. Cette approche a vidé de sa substance le principe de la séparation des pouvoirs, transformant l’État en instrument au service de l’autorité politique plutôt que d’être un cadre régulateur de l’autorité politique. Toute perspective de retour d’al-Maliki est aujourd’hui perçue comme la reproduction de ce modèle : centralisation rigide, restriction de l’action de l’opposition et affaiblissement systématique de tout contre-pouvoir susceptible de limiter l’emprise de l’exécutif. Dans un pays aux identités multiples comme l’Irak, cette centralisation ne produit pas la stabilité, mais accumule les tensions latentes. 2. Aggravation des divisions confessionnelles Malgré un discours nationaliste affiché à certaines étapes de son pouvoir, l’expérience d’al-Maliki a été concrètement marquée par la détérioration des relations entre les composantes irakiennes, en particulier avec les sunnites et les Kurdes. Les politiques d’exclusion, le recours excessif aux outils sécuritaires, les arrestations et les poursuites judiciaires ont largement contribué à saper la confiance entre l’État et de larges factions de la société. Ces choix n’étaient pas marginaux : ils ont constitué l’un des facteurs structurels ayant conduit à l’explosion de la crise avec l’expansion de l’organisation « État islamique » en 2014. Dans ce contexte, un retour d’al-Maliki ravive le souvenir de cette étape et ouvre la voie à une relance des divisions plutôt qu’à leur résorption, à un moment où le tissu national demeure fragile. 3. Affaiblissement du processus de réforme et torpillage des revendications de changement Les manifestations d’octobre 2019 ont marqué un tournant dans la conscience politique irakienne. Elles ont exprimé un rejet transcommunautaire du système de gouvernance en place et elles ont appelé à un État fondé sur la citoyenneté, à une lutte sérieuse contre la corruption et à la fin de la logique du partage confessionnel du pouvoir et des armes hors contrôle. Dans ce cadre, le retour d’al-Maliki est perçu comme un message diamétralement opposé : la victoire de l’ancien système sur les aspirations au changement, et le recyclage de la même élite que la rue tient pour responsable de l’effondrement politique et économique. Sur le plan sécuritaire – la prépondérance de « l’État parallèle » 1. Renforcement de l’influence des factions armées Nouri al-Maliki est largement considéré comme l’une des principales couvertures politiques des Hachd al-Chaabi et des factions qui leur sont liées. Durant son mandat, aucun projet réel n’a été avancé pour intégrer ces forces dans les institutions de l’État, selon le principe du monopole de la violence légitime ; au contraire, la dualité de la décision sécuritaire a été consacrée. Son retour signifierait, de facto, l’enracinement de cette dualité : un État officiel aux capacités limitées, face à une force armée parallèle dotée d’une influence politique, sécuritaire et économique. Un tel modèle ne produit pas un État fort, mais un État affaibli entouré de forces plus puissantes que lui. 2. Tensions avec l’institution militaire L’expérience passée d’al-Maliki a mis en évidence une instrumentalisation politique directe de l’institution militaire, que ce soit à travers les nominations ou la gestion des opérations sécuritaires. Cette approche a affaibli le professionnalisme militaire et créé des loyautés croisées au sein de l’armée. Dans tout scénario de retour au pouvoir, la crainte est de voir se répéter cette dynamique, sapant l’idée d’une armée nationale unificatrice, la transformant en un outil dans un conflit politique plus large. Sur le plan régional – le retour de l’axe iranien 1. Un signal clair d’allégeance à Téhéran Al-Maliki n’est pas un allié conjoncturel de l’Iran, mais l’une des figures politiques irakiennes les plus constantes dans ce choix stratégique. Son retour signifie, du point de vue régional, la réintégration de l’Irak dans une position avancée dans le projet d’influence iranien, à un moment où la région tente de redéfinir ses équilibres. Ce positionnement ne se limite pas à la politique étrangère : il se reflète à l’intérieur du pays par le renforcement des forces liées à l’axe de Téhéran au détriment de la logique de l’État national. 2. Escalade potentielle avec le Golfe Depuis 2021, l’Irak a amorcé une ouverture progressive vers son environnement arabe, notamment le Golfe, dans une tentative de rééquilibrage de ses relations régionales. Le retour d’al-Maliki menace ce processus, tant par le discours politique que par les politiques du fait accompli, ce qui pourrait entraîner un refroidissement, voire un recul, dans les relations arabes. 3. Répercussions libanaises L’impact d’un retour d’al-Maliki dépasse les frontières irakiennes. Il offre un modèle renouvelé de « l’État faible face à la milice forte », un schéma sur lequel s’appuient des forces alliées à l’Iran au Liban pour justifier le maintien des armes en dehors du cadre étatique. Ainsi, toute consolidation de ce modèle à Bagdad se traduit par un renforcement d’une rhétorique similaire à Beyrouth. Sur le plan international – isolement et pressions 1. Tensions avec Washington et l’Occident Les capitales occidentales, à commencer par Washington, gardent un souvenir négatif de l’expérience d’al-Maliki, que ce soit en matière de gouvernance, de gestion du dossier sécuritaire ou de relations avec les factions armées. Son retour n’est pas perçu comme un facteur positif, mais comme une source d’inquiétude, même s’il devait être abordé avec pragmatisme. 2. Inquiétude des investisseurs et recul de la confiance À l’heure de la reconstruction et de la diversification économique, l’Irak a besoin d’un environnement stable et de règles claires. Or le retour du modèle de gouvernance associé à al-Maliki affaiblit la confiance dans la stabilité politique et juridique, ce qui affecte directement les investissements et maintient l’économie prisonnière de la rente et de la corruption. Retour à l’avant-2014 En définitive, le retour de Nouri al-Maliki — ou même le renforcement de son rôle — équivaut à un retour de l’Irak à la situation d’avant 2014 : un État moins équilibré, une influence régionale plus lourde, des armes hors du contrôle de l’État et un processus de réforme paralysé. Il ne s’agit pas du retour d’un homme, mais de celui d’un modèle de gouvernance qui a démontré, par expérience, son incapacité à bâtir un État inclusif et efficace. Entre une stabilité sécuritaire fragile et un cumul des tensions politiques, la question demeure ouverte : l’Irak peut-il supporter le coût de la répétition de la même expérience, ou bien l’élan de changement exprimé par les protestations reste-t-il latent, dans l’attente d’une nouvelle occasion ?