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Perspective

Iran: révélations capitales sur le nucléaire et l’impact du blocus naval (1/2)
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Michel Touma
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juil. 4, 2026 - 23:59

Le Liban et la région sont pratiquement en mode «pause». Le président Donald Trump a indiqué en ce début de week-end qu’il avait accordé un répit d’une semaine à l’Iran, comme geste de bonne volonté durant les funérailles de l’ancien Guide suprême de la République Ali Khamenei, tué dans le bombardement massif américano-israélien qui avait donné le coup d’envoi de la guerre lancée contre le régime iranien, le 28 février dernier. La pause s’achèvera le 11 juillet prochain, date annoncée samedi pour la reprise des pourparlers entre Washington et Téhéran qui se dérouleront à Islamabad. À l’ordre du jour: les sanctions, les avoirs iraniens gelés et le dossier nucléaire. La relance de ces négociations intervient alors que plusieurs indices entretiennent l’incertitude quant à un possible aboutissement constructif du processus de «négociations» initié par le mémorandum d’entente signé par les Etats-Unis et la République islamique. Parmi ces indices, qui pourraient jouer en défaveur du régime iranien: l’évolution des dossiers du Liban et du détroit d’Ormuz, et, surtout, l’émergence au Liban, en Syrie et en Irak de rhétoriques officielles convergentes qui tendent à confirmer que l’ensemble de la région s’engage dans une nouvelle phase de son Histoire, en déphasage total avec le projet idéologique khomeyniste. Concernant la scène libanaise, d’abord, des informations rapportées par le quotidien libanais Nidaa el-Watan (proche des milieux souverainistes) font état d’une décision américaine de dissoudre le «mechanism», le comité de surveillance du cessez-le-feu, formé à la suite de l’accord de cessation des hostilités de novembre 2024, pour mettre sur pied un comité sécuritaire tripartite libano-américano-israélien, présidé par un officier supérieur américain, l’ancien chef du «mechanism», le général Joseph Clearfield, lequel a déjà entamé sa mission par des entretiens, cette semaine, avec les dirigeants israéliens afin d’examiner les modalités pratiques de déploiement de l’armée libanaise dans les deux «zones-pilote» prévues par l’accord-cadre signé par le Liban et Israël, à Washington, sous l’égide du Secrétaire d’Etat Marco Rubio. Le lancement de la dynamique prévue dans cet accord-cadre aura sans conteste pour effet de couper court aux efforts désespérés de la République islamique de s’agripper à la carte libanaise. Révélations sur l’impact du blocus maritime US Quant au dossier du détroit d’Ormuz, les prétentions hégémoniques des Gardiens de la révolution, qui s’obstinent à vouloir imposer leur contrôle sur cette voie maritime, sont battues en brèche par la convergence des positions américaines et européennes sur ce plan. D’une manière générale, la communauté internationale refuse qu’un droit de passage soit imposé aux navires empruntant le détroit. Samedi, les dirigeants français et britanniques ont réaffirmé leur disposition à mettre sur pied une Force multinationale pour assurer la libre circulation maritime à Ormuz. Et dans ce cadre, un haut responsable britannique a rendu hommage à la position du sultanat d’Oman qui s’est déclaré prêt à garantir la sécurité des navires le long du couloir longeant son littoral. La République islamique tente depuis le début de cette guerre d’exploiter sa capacité de nuisance au détroit d’Ormuz afin de montrer qu’elle peut prendre l’économie mondiale en otage si sa volonté d’imposer son contrôle total sur cette zone n’est pas prise en considération. Or des informations rapportées en cette fin de semaine par le New York Times indiquent que le chantage à la fermeture du détroit d’Ormuz, exercé par les Pasdaran, a ses limites dans le contexte présent. Citant quatre hauts responsables iraniens, le quotidien US a ainsi indiqué que le président iranien ainsi que le Gouverneur de la Banque centrale iranienne avaient informé le Guide suprême, avant la signature du mémorandum d’entente avec Washington, que le blocus maritime américain avait paralysé dans une très large mesure toute l’économie iranienne. Ils avaient affirmé, de surcroît, que les réserves du pays en denrées alimentaires essentielles et en médicaments seront épuisées à la fin du mois d’août en raison du blocus. Le président iranien aurait menacé de démissionner si le régime ne donnait pas son feu vert à une entente avec les Etats-Unis, soulignant que la prolongation de la crise économique provoquée par le blocus «menaçait la stabilité du pays» et de ce fait «le gouvernement n’est plus en mesure de gérer la situation». C’est à la suite de cette double démarche urgente du président et du gouverneur de la Banque centrale que le Guide suprême aurait finalement donné son feu vert au processus de négociations avec Washington. Force est de relever dans ce contexte que l’efficacité ainsi avérée du blocus maritime imposé par l’Administration Trump et le lourd danger qu’il peut faire peser sur l’économie iranienne à court terme ont pour effet de contrebalancer et de neutraliser en quelque sorte le chantage auquel ont recours les Gardiens de la révolution pour imposer leur souveraineté sur le détroit d’Ormuz. La carte du contrôle de cette voie maritime que les Pasdarans affirment toujours détenir risque ainsi de se retourner contre le régime. Rapport alarmant sur une activité nucléaire iranienne Parallèlement à la menace d’un retour au blocus maritime, auquel Washington pourrait avoir à nouveau recours en cas de blocage des négociations bilatérales, le régime iranien pourrait être confronté sous peu à une autre source de tension et de litige en rapport avec le dossier nucléaire. Le média libanais en ligne al-Janoubiya (proche de l’opposition chiite, hostile au projet khomeyniste) indique en effet qu’un centre de recherche américain de grande renommée, basé à Washington, qui suit de près l’évolution du programme nucléaire de Téhéran («l’Institut des Sciences et de la Sécurité internationale», ISIS) a fait état d’une inquiétante activité persistante dans un important site nucléaire sous-terrain construit en profondeur dans une montagne rocheuse. Ce site clandestin très sécurisé, qui engloberait d’importantes installations et infrastructures souterraines, notamment pour l’enrichissement de l’uranium, n’a jamais été contrôlé par les inspecteurs de l’Agence internationale de l’Energie atomique. Connu sous le nom de «Montagne de la Pioche», il a été construit en profondeur dans la chaîne de montagne rocheuse de Zagros, à près d’un kilomètre du centre d’enrichissement de l’uranium de Natanz. La chaîne américaine Fox News souligne que la poursuite de l’activité au sein du site en question «fait planer des doutes sérieux au sujet du respect par l’Iran de ses engagements», prévus dans le mémorandum d’entente signé avec Washington. L’une des clauses de ce document stipule le gel de toute activité nucléaire durant la période des négociations, de 60 jours. S’il se confirme dans les faits que les travaux se poursuivent au centre de la «Montagne de la Pioche», comme l’affirme l’un des experts de l’ISIS, cela constituerait une grave violation du mémorandum d’entente… Et, surtout, un indice probant quant au manque de sérieux et de crédibilité des engagements pris par le régime des mollahs. Prochain article : Trois rhétoriques pour un même paradigme

Supercherie et poudre aux yeux…
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Michel Touma
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mai 26, 2026 - 08:54

«Même si un accord préliminaire est conclu, cela ne changera pas la vision que l’Iran se fait de l’Amérique»… En peu de mots, l’agence iranienne Tasnim , qui reflète les positions des Gardiens de la révolution islamique, a évoqué de manière indirecte la source du mal qui sous-tend la crise existentielle qui déstabilise les pays du Levant et menace certains États du Golfe depuis des décennies. Cette petite phrase illustre en effet un grave problème de fond: la dimension idéologique divine qui dicte la ligne de conduite du régime des mollahs et qui est constamment occultée, ou parfois méconnue, par certains dirigeants occidentaux. Dans la pratique, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a parfaitement mis en évidence, en ce début de semaine, l’une des manifestations de ce problème de fond, en l’occurrence la stratégie qui consiste à tergiverser, louvoyer, gagner du temps afin de permettre à la République islamique de se doter des instruments stratégiques militaires, sécuritaires, politiques, institutionnelles, économiques et financiers lui permettant de bien préparer sa bataille contre les puissances occidentales. Plus d’un responsable du pouvoir en place à Téhéran a ainsi souligné ces dernières semaines que le régime se préparait depuis plus d’une quinzaine d’années à cette guerre contre les États-Unis et Israël. L’on comprend mieux de ce fait la position affichée par le porte-parole de la diplomatie iranienne qui a souligné, lundi 25 mai, sans ambages: «Nous négocions pour mettre un terme à la guerre et nous ne discutons pas actuellement des questions nucléaires (…); l’Iran se réserve le droit de choisir le timing de sa réponse à ‘l’ennemi’. » Tout est dit… Cette précision, particulièrement explicite, nous ramène à ce que le président Donald Trump avait souligné, fort à propos, il y a quelques jours: «Depuis 47 ans (depuis la conquête du pouvoir par Khomeyni, en 1979), le régime iranien nous mène en bateau, il nous fait attendre, tue nos hommes (…), réprime brutalement les soulèvements populaires (…).» Il ne s’agit là, nullement, d’un procès d’intention. Le dossier du nucléaire et de l’enrichissement de l’uranium est soulevé par la communauté internationale, et non pas seulement par les États-Unis, depuis le début des années 2000. Le 31 juillet 2006, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté la résolution 1696 «exigeant la suspension immédiate de l’enrichissement de l’uranium». Le vote de cette résolution s’est fait avec l’aval (sans le veto) de la Russie et de la Chine. Le régime iranien n’a, évidemment, nullement tenu compte de la mise en demeure de l’ONU, de sorte que le 23 décembre 2006 le Conseil de sécurité adoptait la résolution 1737 imposant une première série de sanctions à la République islamique. En vain… Le Conseil de sécurité adoptait de ce fait (toujours sans le veto de la Russie et de la Chine) trois autres résolutions successives imposant à l’Iran des sanctions de plus en plus sévères: les résolutions 1747 du 24 mars 2007; 1803 du 3 mars 2008; 1929 du 9 juin 2010. Près de vingt ans plus tard, nous en sommes au même point et aujourd’hui, le porte-parole iranien des AE nous informe que les «pourparlers» sur ce même dossier nucléaire, discuté depuis 2006, et même avant, doivent être ajournés, la priorité devant être accordée à l’arrêt des hostilités… Cette stratégie de louvoiement ne devrait pas surprendre, d’autant qu’elle a constamment été accompagnée, au fil des ans, d’une attitude belliqueuse permanente à l’égard de plusieurs pays arabes et occidentaux, plus particulièrement les États-Unis, comme l’illustrent les nombreuses actions terroristes commanditées par ce régime, à commencer par l’occupation et la prise d’otages à l’ambassade américaine de Téhéran pendant 444 jours, en 1979. Une longue série d’actes hostiles a suivi depuis le début des années 1980: l’attaque au camion piégé qui a détruit le bâtiment de l’ambassade américaine à Aïn Mreissé, en avril 1983; le double attentat meurtrier d’octobre 1983, à Beyrouth, contre le quartier général des Marines US et contre le cantonnement des parachutistes français de la Force multinationale; l’attentat contre le centre juif à Buenos Aires en juillet 1994; l’implantation de cellules subversives à Chypre, en Bulgarie, en Allemagne, au Royaume Uni, au Koweït, à Bahreïn, aux Émirats, en Syrie… Il ne s’agit là que de quelques exemples, auxquels s’ajoutent évidemment l’assassinat de Rafic Hariri, les assassinats politiques lors de la Révolution du Cèdre, les guerres imposées au Liban et, surtout, la répression sauvage des mouvements de contestation menés par le peuple iranien. Un tel comportement, qui s’étend dans la durée, qui ne tient compte ni de l’espace ni du temps, obéit à une logique bien particulière: celle de l’idéologie divine, de la mission messianique dont se croient doter les Gardiens de la révolution. C’est cette dimension messianique en tous points irrationnelle qui est malencontreusement occultée par certains dirigeants et qui fait que toute recherche d’une issue à la crise actuelle sur base d’une approche purement cartésienne, faussement «diplomatique», ne tenant compte que d’intérêts économiques conjoncturels ou de réflexes nationaux réducteurs, ne fera qu’ajourner le problème et semer les germes d’une nouvelle guerre, d’une nouvelle crise existentielle, plus grave que les précédentes. Négocier une «solution» avec une faction dont le comportement idéologique «divin» est fondé sur la déraison, dont l’action continue ne s’encombre en aucune façon de considérations morales, éthiques, ou humanitaires, constitue une vaste supercherie, une approche fondamentalement trompeuse. Dans ce genre de situation, il devient impératif de s’attaquer à la source du mal, d’en arracher radicalement les profondes racines. Toute autre issue à la crise reviendrait à jeter dangereusement de la poudre aux yeux…

Halte, fausse route …
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Michel Touma
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mai 22, 2026 - 00:07

Dans l’actuel conflit qui décidera vraisemblablement du sort de la République islamique iranienne, il devient plus que jamais vital de faire preuve de transparence et de dire les choses comme elles sont, sans complaisance ni tergiversation: nombreux sont les hauts responsables politiques, experts, universitaires et journalistes qui font fausse route dans leur perception de l’enjeu véritable de cette crise existentielle qui secoue l’ensemble de la région et qui se répercute, par ricochet, sur le marché international. Le plus grave serait dans le contexte présent de se tromper de bataille. L’adversaire à combattre aujourd’hui n’est nullement le président Donald Trump, quels que soient les griefs que l’on pourrait retenir contre lui sur le plan du comportement, de l’attitude hautaine, de ses écarts de langage ou de ses rapports avec les dirigeants censés être ses alliés. Est-il nécessaire de rappeler à cet égard, pour illustrer notre propos, que ces mêmes défauts étaient reprochés à Winston Churchill durant la Seconde Guerre mondiale, mais le général de Gaulle, en plein conflit avec le régime nazi, n’avait pas pour autant focalisé tout son combat sur ses tiraillements et différends avec l’ancien Premier ministre britannique… Si de nombreux responsables et experts politiques font aujourd’hui fausse route dans leur perception du conflit iranien c’est essentiellement parce qu’ils se refusent d’admettre que les véritables enjeux de ce conflit ne se limitent pas à la seule libre circulation maritime au détroit d’Ormuz et à la sauvegarde de l’économie mondiale. L’enjeu ne porte nullement sur l’arrêt de l’escalade et des opérations militaires pour favoriser «la voie diplomatique» et la recherche d’une «solution négociée acceptable par les deux parties»… De tels objectifs auraient été concevables et compréhensibles si l’on se trouvait en présence de factions, même rivales, ayant une ligne de conduite conforme aux normes rationnelles coutumières. Cela est loin d’être le cas des dirigeants de la République islamique iranienne, plus précisément de son épine dorsale, les Gardens de la Révolution. Les porte-étendards de la «voie diplomatique» et détracteurs de la méthode musclée mise en place par le président Trump occultent, par calcul égocentrique ou par angélisme mal placé, ce qui devrait être le véritable enjeu de ce conflit: l’éradication du régime iranien, ou tout au moins de son aile dure belliqueuse, représentée par les Pasdaran. Il ne s’agit là nullement d’un simple enjeu de pouvoir ou de l’imposition d’un quelconque équilibre de force, mais d’un enjeu fondamentalement existentiel dont il serait dangereux de négliger la dimension idéologique divine… Il est en effet grand temps d’admettre une réalité indéniable, confirmée par des faits tangibles: les Etats-Unis, l’Union européenne, le monde occidental en général, les Etats du Golfe, les pays du Levant sont confrontés depuis des décennies aux affres et agressions d’un pouvoir théocratique, dictatorial et sanguinaire iranien, qui se croit investi d’une mission messianique et qui s’est fixé une ligne de conduite fondée sur une vision obscurantiste et rétrograde du monde, de la société, de la vie et de la mort, de la place de l’Homme et de la Femme dans leur environnement… Ce projet de société khomeyniste (puisqu’il faut l’appeler par son nom) est bâti sur des pratiques, des coutumes, un mode de vie, des règles sociales d’un autre âge. Il est porté à bouts de bras par l’aile radicale du régime de Téhéran depuis l’arrivée au pouvoir de Khomeiny, en 1979. D’entrée de jeu, les Pasdaran ont adopté le slogan de l’exportation de la Révolution islamique et ils l’ont mis en pratique en implantant des milices vassales au Liban, en Irak, au Yémen, en Syrie, à Gaza, et en se livrant à une politique expansionniste et déstabilisatrice dans nombre de zones de la région, plus particulièrement dans plusieurs pays du Golfe. Pour préserver leur pouvoir et le régime khomeyniste dans son ensemble, les «gardiens du temple» – les Pasdaran – ne reculent devant rien et ne s’encombrent en aucune façon de quelconques considérations d’ordre humanitaire. Dernier exemple en date: les pendaisons en masse d’adolescents, de jeunes à la fleur de l’âge, d’étudiants universitaires, de cadres supérieurs, accusés d’avoir participé à des manifestations pacifiques (600 pendaisons depuis le début de l’année et plus de 2100 en 2025, sans que les «intellectuels» et les «bien-pensants» ne s’en émeuvent outre mesure). Peut-on oublier que lors des dernières manifestations de masse dans la plupart des régions iraniennes, l’appareil répressif du régime a massacré en deux jours, les 8 et 9 janvier 2026, plus de 40 000 civils! Est-il besoin de rappeler le soulèvement de 2009 (le «Mouvement vert») provoqué par la réélection frauduleuse d’Ahmadinejad et sauvagement réprimé par les Pasdaran, ou encore le «Novembre sanglant» de 2019 qui a fait non moins de 300 morts, et surtout la vaste contestation «Femme, vie, liberté» de 2022, déclenchée par la mort en détention de la jeune fille d’origine kurde Mahsa Amini et qui a été réprimée dans le sang par des tirs à balles réelles, par des milliers d’arrestations et des cas de torture innommables… Mais l’apogée de l’atrocité a été atteinte lors de la guerre contre l’Irak, lorsque le régime a envoyé des centaines d’enfants se faire tuer sur des champs de mines pour ouvrir la voie aux forces régulières! En dépit de ce sinistre passé, sur lequel il est possible de s’attarder longuement en exposant moult détails sur les répressions et méfaits du régime, nombre de pays occidentaux et d’Etats arabes continuent de prôner le «dialogue» et une solution «diplomatique» pour mettre un terme au présent conflit armé et trouver une issue au problème du programme nucléaire iranien et de l’enrichissement de l’uranium. Ces pays feignent à cet égard d’oublier que cela fait plus de … vingt ans (!), depuis le début des années 2000, que ces dossiers du nucléaire et de l’enrichissement de l’uranium sont discutés, négociés, débattus, examinés, scrutés, renégociés de multiples fois au fil des ans, en long et en large. Plus de vingt ans de discussions stériles qui ont permis au régime des mollahs de gagner du temps pour développer sans cesse son programme nucléaire et accélérer l’enrichissement de son uranium, jusqu’à atteindre le seuil de 60 pour cent et plus. Le président Trump a mis récemment le doigt sur la plaie en relevant, à juste titre, ce que d’autres dirigeants s’obstinent à ne pas reconnaitre: «Depuis 47 ans (depuis 1979), le régime iranien nous mène en bateau; il nous fait attendre, tue nos hommes au moyen de bombes artisanales plantées en bordure de route, réprime brutalement les soulèvements populaires et récemment encore a massacré 42000 manifestants innocents sans défense » (…). Face à ce constat lugubre et cette réalité répugnante, qu’y a-t-il encore à négocier avec un tel régime assassin, mû par le culte du martyre, par une idéologie divine rétrograde qui n’a aucune considération pour la personne humaine, pour l’individu en tant que valeur absolue? Aurait-il été concevable, à titre de comparaison, de prôner en 1944-1945 le «dialogue» avec Hitler pour aboutir à une «solution diplomatique» avec le régime nazi?

Les oubliés de la guerre d’Iran
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Michel Touma
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avr. 7, 2026 - 10:32

Il s’appelait Amirhossein Hatami, il était musicien, guitariste talentueux, selon ses proches ; il avait 18 ans ; il a été pendu dans la cour de la prison iranienne de Ghezel Hesar, dans la banlieue de Téhéran … Il avait été accusé «d’inimitié envers Dieu»… Mohammed Amin Beighari, 19 ans, a été autorisé la semaine dernière par ses geôliers à entrer en contact par téléphone avec son père pour l’informer (comble du sadisme et de la cruauté de la part du pouvoir…) qu’il sera pendu le lendemain matin ; l’exécution eut lieu comme prévu. Son «crime» : avoir participé aux dernières manifestations contre le régime des mollahs… Il s’appelait Saleh Mohammadi, catcheur professionnel, il avait participé à des compétitions de lutte sous la bannière de l’Iran ; il avait 19 ans ; il a été pendu il y a quelques jours pour s’être opposé à la dictature en place … Il s’agit de trois cas, pris au hasard, d’une longue liste – une très longue et sinistre liste – de milliers d’adolescents et de jeunes iraniens à la fleur de l’âge , ou au début de leur vie professionnelle, qui ont été pendus ou qui attendent leur exécution, en subissant toutes sortes de sévices dans leur lieu de détention. Ces «enfants de la guerre» – la guerre menée par le régime des mollahs contre le peuple iranien libre – sont les oubliés de ce conflit armé qui ébranle tout le Moyen-Orient et le Golfe depuis plus de cinq semaines. Les services répressifs de la République islamique profitent manifestement de l’attention de la communauté internationale braquée sur les opérations militaires et leurs retombées pour se livrer à des pendaisons de jeunes en série. Leur effarante besogne est loin d’être perturbée par le sort tragique subi par l’Iran comme conséquence directe de la stratégie suicidaire et belliqueuse suivie par le pouvoir khomeyniste pendant des décennies. Ces interminables séries de condamnations à mort et d’exécutions sommaires s’inscrivent depuis des années dans la «tradition» du pouvoir judiciaire iranien et font suite à des simulacres de «procès» expéditifs décriés par l’ensemble des organisations internationales. Elles illustrent une sombre réalité, en l’occurrence la nature fondamentalement sauvage, sanguinaire et dépourvue de toute humanité de l’aile radicale du régime des mollahs. Malencontreusement, ce courant extrémiste et jusqu’au-boutiste dans son bras de fer avec les États-Unis, et le monde occidental d’une manière générale, semble détenir désormais, seul, les rênes du pouvoir en Iran, profitant de l’élimination, suivie de la marginalisation évidente, du Guide suprême et de son successeur. Cette sombre situation est sciemment occultée par les « bien-pensants » et ceux qui se réclament d’un pseudo-gauchisme universaliste, qui s’obstinent à ne pas percevoir le profond et réel danger que représente, non seulement pour les peuples de la région mais également pour les sociétés libérales, le maintien au pouvoir des rescapés du régime des mollahs. Lorsqu’une plante dépérit, il ne servirait pas à grand-chose, si l’on désire s’en débarrasser, de se contenter d’élaguer la tige et les branches tout en préservant les racines, car elle ne tarderait pas alors à émerger à nouveau, plus forte encore qu’auparavant. De la même façon, accepter l’idée d’un « arrangement » ou d’un compromis avec les reliquats du régime des mollahs reviendrait à permettre la renaissance à brève échéance, et avec plus de hargne, d’un pouvoir dictatorial qui a élaboré pendant plus de vingt ans un programme d’enrichissement de l’uranium à des fins clairement militaires, qui a construit au fil des ans des milliers de missiles balistiques pouvant atteindre potentiellement les principales capitales européennes, qui a massacré de sang-froid, en deux jours, près de 40 000 jeunes manifestants pacifiques, qui n’hésite pas à tirer à balles réelles sur des manifestations de masse, qui n’a aucun scrupule à pendre des centaines, voire des milliers, d’adolescents et de jeunes, qui a entrepris pendant des années de financer et de développer le terrorisme international, qui a déstabilisé plusieurs pays du Moyen-Orient pour assouvir ses visées hégémoniques en calquant son comportement sur les funestes pratiques nazies, qui a créé des milices inféodées dans plusieurs capitales de la région, qui a formé des cellules subversives dans le Golfe et certains pays européens, qui s’est associé à des réseaux mondiaux de trafics de stupéfiants et de combines mafieuses… Là aussi, la liste est longue… La tragédie que vivent aujourd’hui la population iranienne et les peuples de la région est l’aboutissement direct de l’inqualifiable laxisme observé, pendant plus de 45 ans, par certains dirigeants et milieux occidentaux face à la stratégie belliqueuse et expansionniste patiemment mise en place par les Gardiens de la révolution islamique. Vouloir «composer» avec les rescapés d’un pouvoir qui reste imprégné d’une idéologie théocratique d’un autre âge et vouloir relancer le laxisme face à un tel pouvoir reviendrait à trahir les valeurs humanistes et universelles prônées et défendues par l’Occident. Lors de la dernière phase de la Seconde Guerre mondiale, il ne pouvait être question, sous prétexte d’arrêter les hostilités, d’envisager un «arrangement» avec les survivants du régime nazi. Il était impératif d’éradiquer totalement tout ce régime dans son ensemble afin de l’empêcher d’émerger à nouveau. De la même manière, maintenir les racines du projet khomeyniste reviendrait à lui accorder une nouvelle vie et à condamner les pays de la région à subir une fois de plus, dans pas très longtemps, les affres d’une autre guerre destructrice aux retombées économiques qui dépasseraient, à n’en point douter, le cadre étroit de la seule zone du Moyen-Orient.

Face au tyran, «nouveau Hitler» du Moyen-Orient
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Michel Touma
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mars 28, 2026 - 10:58

Dans une récente interview accordée à une chaîne de télévision anglophone, le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, n’a pas été par quatre chemins en qualifiant feu l’ayatollah Ali Khamenei, et donc, par ricochet, le régime des mollahs en général, de « nouveau Hitler du Moyen-Orient »… Se livrant à une lecture particulièrement lucide du contexte géopolitique du conflit actuel, le prince héritier a relevé sans détour que le pouvoir iranien adopte clairement une posture expansionniste et cherche à étendre « son propre projet au Moyen-Orient, de la même manière que Hitler l’avait fait » en Europe. « Plusieurs pays n’avaient pas réalisé à quel point Hitler était dangereux, jusqu’au moment où ce fut trop tard », a souligné MBS qui a ajouté, en mettant le doigt sur la plaie : « Je ne voudrais pas que cela se produise ici ». En schématisant à outrance, le parallèle avec Hitler présente effectivement quelques similitudes, mais simplement au niveau de la forme, du comportement, perceptible sur plus d’un plan : stratégie expansionniste régionale visant à imposer à d’autres populations une hégémonie basée sur une idéologie fascisante, de surcroit théocratique dans le cas iranien ; extension de « l’occupation », indirecte , de territoires à plusieurs pays, en contrôlant des pouvoirs locaux inféodés à la puissante colonisatrice ; mise en place dans chaque pays d’organisations miliciennes vassales (similaires à la Gestapo) chargées de réprimer toute contestation et de maintenir sans relâche un climat de terreur et d’oppression. Mais bien au-delà de ces manifestations d’impérialisme à caractère sectaire et des pratiques miliciennes fascistes auxquelles se livrent ceux qu’il est convenu d’appeler les proxys iraniens, le projet khomeyniste dont pâtit le Moyen-Orient revêt un danger d’une toute autre dimension. Il constitue une menace d’ordre fondamentalement existentiel qui se pose non seulement au Liban, mais à l’ensemble des pays de la région, États du Golfe inclus. Ce projet politique, par essence transnational, prône l’édification d’une société guerrière (en permanence « guerrière ») ayant pour fondements des valeurs, une culture, une structure de pensée, des coutumes sociales, un mode de vie, totalement étrangers aux populations de la région. Pire encore : un lavage de cerveau est pratiqué dans ce cadre idéologique obtus dès la plus tendre enfance, comme l’illustre le programme scolaire appliqué dans les écoles partisanes du Hezbollah, à partir du cycle primaire. Le cursus imposé aux élèves de ces établissements est calqué sur l’idéologie khomeyniste qui « enseigne » aux enfants en bas âge le culte du martyre. Rien d’étonnant de ce fait, pour ne rapporter que cet exemple, que les Gardiens de la révolution à Téhéran aient fixé il y a quelques jours l’âge de recrutement dans leurs rangs à… 12 ans ! Mais dans ce genre de situation, l’idéologie autocratique qui sous-tend une politique expansionniste s’accompagne de l’édification d’un appareil militaire qui cache mal une posture belliqueuse à l’égard des pays ou des populations classés dans la catégorie des « ennemis », parce qu’ils ne partagent pas les mêmes valeurs et les mêmes bases civilisationnelles que la puissance « mère ». À titre d’illustration à ce propos, les opérations militaires qui se déroulent depuis le 28 février ont dévoilé au grand jour l’ampleur de l’arsenal nucléaire et balistique que le régime des mollahs a développé avec assiduité pendant des décennies entières. L’obstination maladive à vouloir enrichir l’uranium à plus de 60 pour cent, à construire des missiles balistiques ayant une portée de 4000 kilomètres – capables d’atteindre les capitales européennes –, à verser des investissements monumentaux pour déstabiliser les pays de la région par le biais de milices paraétatiques inféodées aux Pasdaran, ne peut s’expliquer que par la volonté d’appliquer une stratégie de conquête, non seulement au niveau géopolitique, mais surtout sur le plan socio-culturel et de l’imposition de valeurs « divines » en tous points réductrices, obscurantistes et rétrogrades. Le président Donald Trump a qualifié vendredi soir le régime des mollahs de « tyran du Moyen-Orient ». Un « nouveau Hitler », un tyran sanguinaire semant la terreur dans la région, ne devrait en aucune façon bénéficier d’une quelconque attitude complaisante et conciliante. Il faut impérativement l’éliminer de la scène. Toute demi-mesure dans ce cadre serait une grosse erreur stratégique. S’abstenir de mener à son terme, jusqu’au bout, une opération d’éradication radicale et totale du tyran régional ne ferait que semer les germes d’un nouveau conflit armé à brève échéance. À la fin de la Seconde Guerre mondiale si le régime hitlérien n’avait pas été totalement et définitivement rayé de la carte, le spectre du nazisme aurait refait surface sans tarder. En pareilles circonstances, tout angélisme primaire, affiché par les «biens pensants» ou les wokistes pseudo-gauchissant, équivaudrait à un vaste et inqualifiable crime à l’encontre de peuples en danger.

L’enjeu, contrer non pas «des Libanais», mais le projet khomeyniste
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Michel Touma
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mars 15, 2026 - 14:27

On a souvent parlé, surtout avant la guerre, du « miracle libanais », du Liban comparé au phénix qui renaît de ses cendres. Belle image… Sauf qu’à force de renaitre de ses cendres sans discontinu pendant plus d’un demi-siècle, le pays du Cèdre est aujourd’hui à bout de souffle… D’autant qu’il est miné de l’intérieur par un parti qui ne se soucie en aucune façon de « l’intérêt du Liban et de la survie de son peuple », comme l’a souligné fort à propos le président Joseph Aoun dans son intervention, en ligne, à l’adresse des dirigeants de l’Union européenne. Le chef de l’Etat n’a pas hésité à mettre le doigt sur la plaie en accusant ouvertement le Hezbollah d’avoir réactivé le front du Liban-Sud pour « servir les intérêts iraniens », affirmant que l’objectif de la formation alliée aux Pasdaran est de provoquer « la chute de l’Etat libanais » pour prétendre par la suite qu’elle est, seule, capable d’affronter Israël. Tel est donc le véritable problème existentiel, dans toute l’acception du terme, auquel est confronté le Liban. Il s’agit là d’une lapalissade pour les partis et pôles d’influence souverainistes. Mais lorsque le président de la République – à qui certains milieux reprochent d’être trop complaisant à l’égard du Hezbollah – en vient à stigmatiser les égarements du parti pro-iranien devant des instances internationales, c’est que le danger sur ce plan a atteint un seuil particulièrement critique. Et pour cause : le comportement irraisonné, voire « irresponsable » du Hezb – comme l’a souligné mercredi l’ambassadeur de France à l’Onu – a dépassé tout entendement. C’est précisément ce danger que le commandant de l’armée, le général Rodolphe Haykal, a occulté en s’adressant il y a quelques jours aux officiers de la Grande Muette. Cherchant à justifier la passivité de la troupe face au déferlement milicien de la formation pro-iranienne, en violation flagrante des résolutions du Conseil des ministres à ce sujet, il a souligné que l’armée « doit demeurer à équidistance des Libanais ». En clair, Yarzé doit s’abstenir, selon lui, d’appliquer les décisions du gouvernement afin de ne pas entrer en confrontation avec une partie de la population. Mais il s’agit là d’un faux problème, ou une façon de poser le problème de manière totalement tronquée. Ce qui est requis n’est nullement d’affronter une partie des Libanais. Ce qui est demandé est de faire face à un projet politique dont le fondement idéologique, théocratique, transnational, est la négation de l’idée même du Liban , d’un Liban pluraliste, libéral, ouvert sur le monde, respectueux des spécificités de chacune de ses composantes sociales. Le projet khomeyniste (puisque c’est de lui qu’il s’agit) est idéologiquement aux antipodes de la raison d’être de l’entité libanaise dont il ne reconnait d’ailleurs pas l’existence, la percevant uniquement, et exclusivement, comme un simple terrain d’affrontement avec le monde occidental et une première ligne de « défense » contre Israël. La réouverture du front du Sud, le 2 mars, pour venger la mort du Guide suprême iranien, avec toutes les conséquences qui en découlent sur le plan libanais, n’est-il pas la preuve la plus éclatante du mépris total que les Pasdaran, et dans leur sillage le Hezbollah, ont pour la légalité libanaise, les intérêts les plus élémentaires du Liban et la volonté de survie de sa population? D’aucuns pourraient rétorquer qu’un face-à-face entre l’armée et la milice pro-iranienne serait très couteux en termes de vies humaines et de stabilité interne. Les conséquences inhumaines de cette cinquième guerre contre Israël au Sud, enclenchée le 2 mars par le Hezbollah, à la demande du Corps des Gardiens de la révolution, sont-elles moins couteuses ? Plus de huit cents morts en deux semaines, non moins de 600 000 habitants du Sud et de la banlieue forcés à l’exode, de nouveaux villages rasés par l’armée israélienne, des raids aériens ciblés par centaines avec leurs lots de destructions et de victimes, et, surtout, une nouvelle occupation qui semble poindre à l’horizon… Et cette fois-ci, en toute vraisemblance, l’Etat hébreu n’acceptera pas de se retirer avant d’imposer un accord qui fera regretter au Hezbollah et consorts l’accord du 17 Mai ou les termes du cessez-le-feu de novembre 2024. Mais qu’importe, l’important n’est-il pas la survie des Pasdaran et du régime tyrannique et sanguinaire des mollahs à Téhéran? A la lumière de telles réalités tangibles, ce serait non moins qu’une violation de la Constitution et un coup de Jarnac porté au Liban que de faire preuve de complaisance et de laxisme à l’égard d’un parti dont l’idéologie théocratique, l’action milicienne, le rôle régional et l’existence même sont l’antithèse et la négation des fondements du pays du Cèdre.

La crise du régime iranien: déraciner plutôt qu’élaguer…
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Michel Touma
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févr. 19, 2026 - 14:58

Dans des situations de guerre globale ou de crise existentielle aigue menaçant profondément le sort de toute une population, les positions frileuses, hésitantes, en demi-teintes, ne sont plus tolérables. Lorsqu’un pays est la cible des visées expansionnistes et hégémoniques d’une puissance sans foi ni loi, lorsqu’un régime tyrannique et sanguinaire se livre impunément à des massacres à grande échelle, perpétrés aveuglément contre des civils, des jeunes, des adolescents… dans de telles situations extrêmes, une attitude manichéenne, tranchée, s’impose, loin de tout louvoiement éhonté. C’est le cas à n’en point douter – on l’aura sans doute deviné – du pouvoir iranien en place. La nouvelle négociation (encore une; la énième en plusieurs décennies!) engagée entre négociateurs américains et iraniens n’est rien d’autre que pure chimère. Cela est devenu une lapalissade, comme l’illustrent les nombreuses expériences passées : les dirigeants de la République islamique sont passés maîtres dans l’art de « dialoguer » de manière stérile, d’induire la perception qu’ils sont ouverts aux discussions, au compromis ; mais leur objectif se limite en réalité à gagner du temps, à louvoyer, dans l’attente d’un changement de conjoncture. Les mollahs de Téhéran misent ainsi sur l’incontournable alternance dans l’exercice du pouvoir dans les sociétés occidentales afin de tirer profit d’un affaiblissement ou d’un changement de régime dans un pays qui «fâche». Cette classique manœuvre leur permet de rebondir et de relancer de plus belle leur campagne belliqueuse contre la partie adverse. Sauf que dans le même temps qu’ils se livrent à leur jeu favori de la « négociation » à la recherche d’un prétendu « deal » – qu’ils ne respecteront jamais – ces mollahs commanditent des tueries innommables et des rafles à la pelle, surtout dans les rangs des jeunes et des étudiants. Un membre de la commission de l’Éducation au sein du Parlement iranien a eu l’audace dans ce cadre d’indiquer il y a quelques jours que 28 pour cent des personnes emprisonnées au lendemain du soulèvement de janvier dernier ont moins de 20 ans… Pire encore : une association iranienne a rendu publique la liste des noms de 200 enfants tués au cours des dernières manifestations ! L’ampleur du massacre a poussé un politologue et conseiller libano-américain, proche des milieux républicains, Walid Phares, à exhorter les dirigeants à Washington, s’ils s’obstinent malgré tout à vouloir poursuivre le «dialogue», à imposer l’arrêt effectif et réel des tueries et des arrestations en masse, ainsi que la libération des prisonniers détenus depuis janvier, comme condition sine qua non à toute négociation avec les Iraniens. Le président Donald Trump ne s’y est pas trompé sur ce plan en relevant fort à propos, au cours de l’un de ses déplacements, que les hauts responsables de la République islamique ne cessent de donner l’impression depuis 47 ans qu’ils désirent « dialoguer » avec l’Occident lorsqu’ils se trouvent en difficulté, alors que d’une manière concomitante ils se livrent à des tueries intermittentes et des atrocités inqualifiables dont sont victimes des milliers de prisonniers politiques qui périssent en prison. Le caractère foncièrement stérile de toute négociation avec un régime tel que celui des mollahs a été habilement mis en évidence par le Secrétaire d’État Marco Rubio qui a rappelé que l’Iran est gouverné par des religieux chiites radicaux qui définissent leur attitude et leurs choix stratégiques sur base de considérations purement théologiques, loin de tout réalisme géopolitique. Mais ce sont les récents propos tenus par le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi qui ont surtout très clairement illustré cette propension trompeuse qu’a le régime des mollahs à engager constamment des discussions sans fin, en trouvant toujours effrontément le moyen de ne jamais respecter ses engagements écrits. Peu de temps après la dernière réunion de Genève avec la délégation américaine, il devait souligner sans ambages qu’il sera «difficile de rédiger le texte final d’un éventuel accord avec les États-Unis». En clair, Téhéran réduit de la sorte la portée de tout accord avec Washington à un exercice stylistique, à une phraséologie farcie de pièges linguistiques, délibérément ambiguë pour paver la voie à toute sorte d’interprétation du texte de manière à se dérober sournoisement aux dispositions concrètes prévues par l’accord qui aurait été signé avec la partie adverse. La situation à laquelle est parvenue aujourd’hui la République islamique pourrait être comparée quelque peu à celle d’une plante atteinte d’un état de dépérissement avancé. Il ne servirait à rien d’élaguer, de couper uniquement la tige et les branches flétries tout en conservant les racines enfouies sous la terre… Ces racines laissées intactes finiront en effet, au terme d’un laps de temps pas trop long, par faire repousser la plante de façon encore plus forte qu’avant le dépérissement… Tel serait le sort de tout deal boiteux, et piégé, qui serait conclu avec le régime des mollahs en s’abstenant d’arracher radicalement les racines profondes qui œuvrent patiemment et minutieusement dans l’ombre afin de redonner vie à une plante jadis putréfiée.

Gare à la banalisation des massacres en Iran
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Michel Touma
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févr. 6, 2026 - 13:14

Le secrétaire d'État Marco Rubio a mis le doigt sur la plaie, sans y aller par quatre chemins. Se montrant pour l’occasion paradoxalement peu « diplomate », il a fait preuve d’une magnifique franchise en résumant en quelques mots, en une petite phrase laconique, le fondement de la crise iranienne sous l’angle des rapports tendus entre Washington et la République islamique. « Le leadership en Iran n’est en rien le reflet de la population iranienne (…). Je ne suis pas sûr que l’on puisse aboutir à un deal avec ces gens-là »… Des propos qui recoupent ceux tenus dans le même registre par l’ancien ministre français des Affaires étrangères et de la Défense Jean-Yves Le Drian qui connait bien les pôles du pouvoir à Téhéran pour avoir traité avec eux. « Ils sont très forts dans l’art d’entourlouper (…), a-t-il souligné dans une interview télévisée. Leur seul souci est de gagner du temps et (d’assurer) la pérennité du régime ». Tout est dit… Mais, il apparait quand même vital, plus particulièrement dans le contexte présent, d’avoir constamment à l’esprit la dimension idéologique, les bases profondément (et dangereusement) théocratiques du régime des mollahs, surtout du Corps des Gardiens de la Révolution (les Pasdaran). C’est en étant pleinement conscient de cette dimension doctrinaire, en tous points obscurantiste, qu’il devient possible de percevoir à quel point les « pourparlers » américano-iraniens prévus ce vendredi 6 février, à Oman, risquent de ne constituer qu’une vaste supercherie… Ou, pire encore, une grave erreur stratégique et historique, voire morale. Après les massacres à grande échelle perpétrés en l’espace de quelques jours par les appareils sécuritaires du régime des mollahs, l’on ne pourra que stigmatiser tout « deal » qui serait conclu à Oman et qui serait au plus haut point politiquement amoral . Il représenterait en effet une réhabilitation honteuse, une réaffirmation de la prétendue légitimité d’un pouvoir qui a tué de sang-froid, en 48 heures (les 8 et 9 janvier), non moins de 30 000 jeunes et adolescents à la fleur de l’âge (beaucoup plus, même, selon diverses sources), dont certains ont été pendus à une grue, d’autres liquidés à bout portant sur leur lit d’hôpital après avoir été blessés par des tirs à balles réelles, d’autres encore froidement empoisonnés au mercure… Sans compter les arrestations de médecins accusés d’avoir soigné des manifestants (!), et les étudiants enlevés en plein campus universitaire. Banaliser, sous le couvert d’une cynique realpolitik , les atrocités immondes dont s’est rendu coupable le régime des mollahs, en toute impunité, aurait incontestablement pour effet – si une telle posture complaisante se confirme – de jeter un lourd discrédit sur ceux qui se posent en porte-étendard des valeurs démocratiques dans le monde et qui sont d’ores et déjà qualifiés, amèrement, de « lâcheurs » par nombre d’Iraniens. Parallèlement à ce volet moral, une réhabilitation du pouvoir en place par le biais d’un prétendu accord, même global, ne manquera pas de renforcer et d’enhardir l’aile radicale des Pasdaran, avec toutes les conséquences politiques déstabilisatrices (sur le plan régional) et destructrices (au niveau sécuritaire) qu’entrainerait un deal manifestement trompeur… Nul n’ignore, à cet égard, que les dirigeants de la République islamique ont érigé le mensonge et la takiya (la dissimulation des véritables desseins politiques) en système de gouvernance fondé sur une idéologie théocratique, laquelle impose, du fait de son caractère divin, d’assurer la pérennité du pouvoir par tous les moyens possibles. Dans cette optique, la violence aveugle, les tueries en masse, les bains de sang, la répression sauvage, les tortures, les condamnations à mort, les exécutions sommaires deviennent « légitimes » et constituent même un devoir religieux. La tromperie et la takiya, combinées au pouvoir politique absolu attribué au Guide suprême (le walih el-faqih ), l’imam Khamenei, en sa qualité de représentant divin de l’imam el-Mahdi disparu, expliquent que le régime des mollahs feint, sans discontinuer, de discuter du dossier nucléaire avec la communauté internationale, et plus particulièrement avec les puissances occidentales. Sauf que ces négociations durent depuis près de… 25 ans ! Et, lorsqu’un accord est conclu, Téhéran n’a aucun scrupule à ne pas respecter effrontément ses engagements. A chaque phase difficile que traverse la République islamique, le Guide suprême donne l’impression, trompeuse, qu’il souhaite « dialoguer » ; l’objectif réel recherché est toutefois de gagner du temps, dans l’attente d’un changement de pouvoir dans un pays décideur ou d’une évolution vers une conjoncture plus favorable qui permettrait de relancer de plus belle la politique hégémonique et expansionniste initiée, depuis 1979, par le Corps des Gardiens de la Révolution. Il y a un an, quasiment jour pour jour, le 9 février 2025, le président Donald Trump déclarait qu’il espérait que l’Iran modifierait sa ligne de conduite, soulignant qu’il souhaitait parvenir à un accord avec Téhéran au lieu de s’engager sur la voie militaire. C’était il y a un an… On connaît la suite. La réunion à Oman se tient aujourd’hui alors que le régime des mollahs n’a pas modifié d’un iota, depuis… 1979, sa ligne de conduite antioccidentale et foncièrement antiaméricaine affichée sans relâche durant 47 ans, comme l’illustre d’ailleurs la récente gesticulation médiatique des députés iraniens qui, déguisés en miliciens des Pasdaran, scandaient en chœur il y a quelques jours, en plein Parlement, « Mort à l’Amérique », tout en brûlant joyeusement un drapeau américain…

Iran : face au terrorisme d’État, halte à la complaisance
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Michel Touma
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janv. 28, 2026 - 13:14

Ainsi, après la « brillante » performance militaire (!) de la « guerre de soutien » au Hamas et à Gaza, voici que cheikh Naïm Kassem nous promet une nouvelle « guerre de soutien », mais cette fois-ci avec comme objectif de voler au secours d’un acteur régional encore plus lointain : l’ayatollah Khamenei et la République islamique iranienne. Le chef du Hezbollah a donc décidé, ou plutôt a annoncé (puisque ce n’est pas lui qui décide en la matière…), que les Libanais se doivent de faire preuve d’un don de soi aveugle, sans limite aucune, jusqu’au sacrifice ultime, pour « défendre » (?) une force étrangère… Pour tous ceux qui avaient encore quelques doutes à cet égard, ou qui refusaient de reconnaitre la vérité en face, cheikh Naïm Kassem vient de confirmer avec éclat ce qui était pourtant – pour les observateurs avertis – une lapalissade : le Hezbollah n’est pas un parti libanais. Ses membres sont certes libanais, mais sa décision politique, sa ligne de conduite, son projet politique, sont d’ordre transnational et ne tiennent nullement compte des réalités locales et des intérêts supérieurs du pays du Cèdre. De fait, dès sa formation au milieu des années 1980, le parti a très clairement indiqué dans sa charte politique que pour toutes les décisions à caractère stratégique, dont la décision de guerre et de paix, il fait acte d’allégeance envers le Guide suprême de la révolution islamique, en sa qualité de représentant divin, direct, du douzième imam chiite occulté, l’imam al-Mahdi. Le Hezbollah voue ainsi au Guide iranien, le walih el-faqih, une « obéissance religieuse » totale qui ne s’encombre pas outre mesure des contingences de ce monde, à caractère national, étatique, ou socio-économique. Dans l’optique de cette doctrine qui accorde au walih el-faqih un pouvoir absolu exercé au nom de l’imam occulté, l’existence d’une République islamique sur base de ces fondements définis en 1979 par l’ayatollah Khomeiny ainsi que la pérennité d’une « résistance armée – au service de ce projet – deviennent un devoir profondément religieux, d’autant plus dogmatique qu’il vise, tel un catalyseur, à paver la voie au retour de l’imam occulté. Afin de s’en tenir, quelles que soient les circonstances, au caractère sacré de cet édifice doctrinal, les comportements les plus irrationnels deviennent permis, en l’occurrence, à titre d’exemple : la répression, même dans le sang, et à grande échelle, de toute opposition, présentée comme une « atteinte à Dieu » (ce qui fournit le prétexte des verdicts expéditifs prononcés par les tribunaux islamiques iraniens contre les manifestants) ; l’obstruction systématique à toute tentative d’édification d’un Etat central fort et souverain, comme l’illustrent notamment le cas irakien ainsi que l’attitude présente du Hezbollah qui oppose une fin de non-recevoir à la remise de son arsenal militaire à l’armée ; la déstabilisation manu militari des pays du Levant par le biais de l’exportation de la révolution islamique, initiée dès 1979 par le Corps des gardiens de la Révolution. Dans le but de créer progressivement et minutieusement les conditions favorables à l’aboutissement de ce projet khomeyniste transnational, le régime des mollahs joue sur le facteur « temps »… La déconstruction de l’ordre établi ne peut se faire en effet que lentement et graduellement, tout en suscitant des blocages et en étendant des tentacules aux différents niveaux du pouvoir et des secteurs économiques. Lorsque les circonstances du moment ou l’équilibre de force ne sont pas favorables à ce projet théocratique, la stratégie suivie est claire : donner l’impression de vouloir « dialoguer » et « négocier » un accord avec la partie adverse. Mais il ne s’agit là que d’une perception trompeuse, le but véritable étant de gagner du temps, de tergiverser, dans l’attente que la conjoncture défavorable change ou évolue. Cela explique la notion de « patience stratégique », prônée par Khamenei et qui n’est qu’une version diplomatique de la taqiyya, laquelle consiste à dissimuler ses véritables desseins en attendant des jours meilleurs. Malencontreusement, certains hauts responsables, libanais et occidentaux, se laissent prendre naïvement à ce jeu. Les négociations sur le programme nucléaire iranien durent depuis plus de vingt ans ! Le pouvoir en place à Téhéran affichait durant toute cette période la perception qu’il cherchait une entente sur ce dossier, mais dans le même temps l’enrichissement de l’uranium se poursuivait de façon continue, loin des feux de la rampe. C’est aussi sur base de cette même approche pernicieuse que le Hezbollah ne cesse de souligner qu’il est disposé à « discuter » de son désarmement. Sauf que cette « discussion » dure, de manière épisodique, depuis … 2006, lorsque le président de la Chambre Nabih Berry avait organisé une conférence de dialogue qui avait planché longuement sur la question ! Les Libanais se souviennent-ils sur ce plan du nombre de fois où la prétendue « politique de défense » a été, depuis Taëf, au centre des débats et des « discussions » dans les plus hautes sphères du pouvoir ? Les bouleversements dramatiques de ces deniers mois, aussi bien à Gaza qu’au Liban, et tout récemment en Iran – avec le véritable bain de sang dont a été victime la population civile – illustrent la nécessité impérieuse de mettre enfin le holà à la naïveté, ou peut-être l’hypocrisie politique, dont font preuve certains dirigeants à l’ombre des manœuvres pernicieuses et meurtrières des idéologues qui se cramponnent à des méthodes moyenâgeuses, et surtout inhumaines, dans l’exercice du pouvoir. La faiblesse, la complaisance, et les comportements poltrons face au chantage milicien et aux campagnes d’intimidation à caractère mafieux ne peuvent avoir pour conséquence en définitive que de transposer le terrorisme d’État aux sociétés occidentales, comme le démontrent les menaces frontales proférées pas plus tard que mardi par le ministère iranien des Affaires étrangères contre les pays de l’Union européenne, « sommés » sans scrupule de ne pas inscrire les Pasdaran sur la liste des organisations terroristes.

Pour un retour au legs politique de Mohammed Mehdi Chamseddine
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Michel Touma
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janv. 19, 2026 - 13:42

Le Liban et, plus spécifiquement, la communauté chiite ont commémoré il y a quelques jours le 25e anniversaire du décès, le 10 janvier 2001, de l’ancien président du Conseil supérieur chiite (CSC), l’imam Mohammed Mehdi Chamseddine. Celui qui fut pendant plus de deux décennies le chef spirituel de la communauté chiite libanaise, succédant à l’imam Moussa Sadr – mystérieusement disparu lors d’une visite en Libye en 1978 – a laissé derrière lui un « testament » politique dont de nombreux Libanais et étrangers, notamment dans les milieux universitaires et journalistiques, ignorent (ou occultent…) l'existence et la véritable portée. La dimension historique et véritablement existentielle de ce legs est mise en relief par les développements dramatiques dont le Liban et la région sont actuellement le théâtre. Plus que jamais, le pays du Cèdre et le Levant ont besoin de l’apport dans la vie publique d’une personnalité combinant, à l’instar de l’imam Chamseddine, autorité morale, ouverture d’esprit et vision lucide des réalités socio-politiques du moment. A la fin de sa vie, et bien qu’affaibli par la maladie, il avait enregistré sur cassette ses mémoires et des recommandations quant à la ligne de conduite que devraient adopter les chiites du Liban et de la région. Il avait notamment exhorté ses coreligionnaires à ne pas avoir de « projet politique propre aux chiites » et à mener la lutte pour acquérir leurs droits « en s’intégrant à la société au sein de laquelle ils évoluent ». En clair, il rejetait d’une manière à peine voilée le principe de l’exportation de la Révolution islamique iranienne initié par les Pasdaran au lendemain de l’accession de Khomeiny au pouvoir en 1979. Il contestait surtout dans ce cadre le système mis en place par Khomeiny, fondé sur l’autorité du walih el-faqih, à savoir le Guide suprême de la révolution islamique iranienne – en l’occurrence lui-même et ses successeurs – doté, en sa qualité de descendant direct du Prophète, d’un pouvoir décisionnel absolu et sans appel pour les questions d’ordre stratégique, dont notamment la décision de guerre et de paix. En instaurant un tel système politique, l’ayatollah Khomeiny avait semé les germes d’une déstabilisation régionale chronique, fruit du comportement d’un pouvoir autocratique qui plongera l’ensemble du Moyen-Orient dans le chaos pendant plus de quatre décennies. Et pour cause : la wilayat el-faqih avait été conçue pour être une autorité de référence absolue non seulement pour les Iraniens, mais également pour tous les chiites. Sur le plan de la pratique religieuse, tout groupement ou individu chiite se doit en effet d’opter pour le chef spirituel de son choix. Or en s’octroyant un pouvoir fondé sur une « légitimité » divine (donc non discutable), le nouveau Guide de la République islamique (Khomeiny puis Khamenei, actuellement) se plaçait au-dessus de toute autre autorité religieuse, au service, de surcroît – et c’est là que le bât blesse – d’un projet politique transnational, expansionniste, hégémonique, répressif, sacralisant la violence comme mode d’action. Cette « greffe » khomeyniste opérée sur le corps socio-politico-religieux chiite ne pouvait être qu’une source de tension et de conflits dans le monde arabe, sous le poids de « l’exportation de la Révolution islamique » et du pouvoir divin octroyé au Guide suprême. En bon visionnaire, cheikh Mohammed Mehdi Chamseddine avait vu le danger poindre à l’horizon, prenant clairement ses distances à l’égard des fondements de la wilayet el-faqih et des ambitions expansionnistes des Pasdaran, à l’instar d’ailleurs du chef spirituel de la communauté chiite en Irak, l’ayatollah Sistani, de l’imam Moussa Sadr et même de cheikh Mohammed Hussein Fadlallah, que nombre d’observateurs occidentaux qualifiaient à tort de « guide spirituel du Hezbollah », alors que bien au contraire il contestait le pouvoir divin du walih el-faqih et exprimait, de ce fait, des réserves au sujet de la ligne de conduite du Hezbollah au Liban. Plus de vingt-cinq ans plus tard les événements ont illustré le caractère visionnaire du legs politique de cheikh Chamseddine. De fait, c’est sur base du « projet (transnational) propre aux chiites », dénoncé par l’ancien président du CSC, que le pouvoir iranien a eu recours à des miliciens de pays arabes pour réprimer sauvagement dans le sang, il y a quelques jours, son propre peuple. Le slogan « Ni Gaza, ni Hezbollah, nous donnons notre vie à l’Iran », lancé par les révolutionnaires iraniens, résume à lui seul toute la dimension historique et existentielle de la vision exprimée par l’imam Chamseddine. Il reflète surtout dans ce cadre le grave ressentiment à l’égard des populations arabes manifesté par une large partie de l’opinion iranienne qui ne comprend pas comment l’aile radicale du régime iranien a pu dépenser des dizaines de milliards de dollars pour entretenir des proxys dans les pays arabes alors que l’Iran fait face à une lourde crise socio-économique sans précédent. C’est également sur cette même base du « projet (transnational) propre aux chiites » que le secrétaire général du Hezbollah, cheikh Naïm Kassem, ne cesse de faire prévaloir l’intérêt supérieur du régime iranien au détriment des impératifs de l’édification d’un Etat libanais fort et souverain. Il ira jusqu’à proférer des menaces contre le ministre des Affaires étrangères Joe Raggi (jugé trop souverainiste !), sans oublier au passage de brandir le spectre de troubles internes si le gouvernement venait à mettre à exécution sa décision de désarmer le Hezbollah… Lors de l’une de ses récentes interventions publiques, le président Joseph Aoun a appelé le Hezbollah à « la raison », ce qui a ouvertement déplu à Naïm Kassem (intérêt supérieur de l’Iran des mollahs oblige !). Pour stopper une telle dérive suicidaire de la part de la formation pro-iranienne, une démarche impérative s’impose aujourd’hui, en toute urgence : l’alignement sur les recommandations, sur le legs politique prophétique, de Mohammed Mehdi Chamseddine. Même si cela doit passer inéluctablement – il faudra qu’ils l’admettent un jour – par une véritable « révolution culturelle » pour remodeler leur doctrine politique élaborée au milieu des années 1980…

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