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Analyse

Les prix Nobel et la quête d’une lueur dans le comportement humain
Par
Yakzan Takki
Publié
oct. 18, 2026 - 00:32

Ces dernières années, les prix Nobel s’inscrivent désormais dans les transformations politiques, sociales et culturelles. Ils offrent matière à une réflexion qui dépasse les réalisations scientifiques ou littéraires elles-mêmes, en tant que miroir du comportement humain dans un monde géopolitiquement troublé et instrument permettant de comprendre les rapports entre connaissance, pouvoir, politique et société. Cette lecture suppose de revenir à la dimension comportementale et humaine qu’incarnent les lauréats, ainsi qu’à la dimension géopolitique d’une distinction mondiale qui transcende les frontières sans pour autant se situer hors de l’histoire. La paix, l’économie, la littérature et les sciences évoluent dans un monde où les rapports de force, l’influence et les ressources sont inégalement répartis. Le choix d’un lauréat peut conférer une légitimité symbolique à une cause particulière, attirer l’attention sur un conflit ou une crise, ou ouvrir un débat sur les critères et les règles auxquels recourt la communauté internationale pour reconnaître une réalisation, ainsi que sur la distance entre la valeur et la réalité. Un prix peut être décerné pour la paix alors que les guerres se poursuivent. Le monde peut célébrer une découverte scientifique tandis que les inégalités d’accès à ses bienfaits se creusent entre les différentes couches de la société. Il peut encore distinguer un écrivain, connu ou inconnu, qui défend la liberté humaine dans un monde où les espaces d’expression se réduisent au sein même des démocraties les plus influentes! Il convient ici de distinguer les raisons officiellement avancées par le Comité Nobel pour justifier ses choix des conclusions politiques, sociales et économiques que l’on peut en tirer. Toute attribution ne constitue pas nécessairement une prise de position géopolitique délibérée, même si elle se prête à une interprétation géopolitique.

Iran: les exécutions de jeunes, instrument privilégié de la répression

Les pendaisons de jeunes, dont nombre d’adolescents, se succèdent en Iran à un rythme qui interpelle. Non moins de 532 personnes ont été exécutées entre le 1er janvier et le 31 août 2026, selon Iran Human Rights (IHRNGO), une ONG de défense des droits humains basée à Oslo, qui documente notamment les exécutions et les violations des droits humains en Iran. L’organisation affirme avoir reçu des informations sur plus de 500 autres exécutions, dont de très nombreux jeunes et étudiants universitaires, qui n’ont pas pu encore être vérifiées. A en croire cette même source, 270 des 532 personnes exécutées avaient été condamnées pour « meurtre » et 180 pour des « infractions liées aux stupéfiants ». Mais 71 ont été exécutées pour des accusations liées à la « sécurité nationale », dont 27 manifestants, 13 prisonniers politiques affiliés à des groupes d’opposition interdits et 14 personnes accusées d’« espionnage ou de collaboration avec des États étrangers ».

Un regard chinois sur l’effondrement libanais
Par
Mona Fayad
Publié
oct. 12, 2026 - 21:03

Lorsque la situation dans un pays dépasse les limites de la folie, on en vient à se demander: que faire pour renforcer sa capacité à supporter ce chaos et ces effondrements successifs? La sagesse chinoise nous offre souvent une approche différente, qui peut nous aider à retrouver un équilibre. Le Chinois Tchouang-tseu est l’un des philosophes du taoïsme. Il est considéré comme la deuxième grande figure chinoise de cette tradition, après Lao Tseu, son fondateur. Ma première rencontre avec Lao Tseu remonte à une phrase découverte dans le livre d’Edward Hall, La Dimension cachée, sur laquelle je me suis longuement arrêtée: «Le vide donne leur sens aux choses»! Lao Tseu considère que «l’être confère aux choses leurs propriétés, mais c’est le non-être (le vide) qui les rend utiles».

Explosifs de Dahr el-Baïdar: vers la fin de la complaisance?
Par
Jad Akhawi
Publié
oct. 12, 2026 - 16:14

Les Libanais n’ont pas besoin d’une nouvelle explosion pour se rappeler les dangers du transport d’explosifs entre les différentes régions du pays. La saisie d’une cargaison à un barrage de Dahr el-Baïdar suffit à faire resurgir les images de voitures calcinées, de façades détruites, de victimes et de questions restées sans réponse. Dans un pays qui a connu des assassinats et des tentatives d’assassinat à caractère politique, le transport de centaines de kilogrammes de matières explosives ne saurait être considéré comme une infraction ordinaire. Il s’agit d’une menace directe pour la sécurité nationale et d’une épreuve pour la capacité de l’État à protéger la population avant qu’un crime ne soit commis, plutôt que de se contenter d’en constater les conséquences après coup.

La modération libanaise a besoin d’un projet
Par
Rabih Dandachli
Publié
oct. 8, 2026 - 03:14

Au Liban, on fait appel à la modération chaque fois que le pays approche de l’explosion, puis sa présence recule dès que commence le partage du pouvoir. On demande aux modérés d’apaiser les esprits, d’arrondir les angles et de maintenir ouvertes les portes du dialogue, tandis qu’on laisse aux forces les plus capables de bloquer le système le soin de fixer les conditions du compromis. En ce sens, la modération se voit confier un rôle dans la contention des crises, sans disposer nécessairement de la capacité de modifier les conditions qui les produisent. C’est là que réside sa crise fondamentale. Une modération qui se contente d’empêcher le pire reste soumise à l’agenda des autres. Elle attend l’escalade pour appeler à l’apaisement, le blocage pour chercher une issue, la division pour proposer un espace commun. Ces rôles peuvent être nécessaires dans les moments de danger, mais ils ne suffisent pas à construire un avenir. Le Liban a besoin d’une modération qui ait une conception du gouvernement, qui sache prendre l’initiative, affronter les difficultés et s’organiser, et qui puisse expliquer aux citoyens ce qui changera dans leur vie s’ils lui accordent leur confiance.

Les cloches d’alarme sonnent autour de l'IA
Par
Yakzan Takki
Publié
oct. 8, 2026 - 02:58

Les avertissements se multiplient au sujet des risques liés au développement de l’intelligence artificielle et prennent, avec une urgence croissante, le pas sur toute autre menace évoquée dans l’actualité, qu’il s’agisse de la guerre, des inquiétudes environnementales et climatiques ou d’un effondrement financier. Les progrès dans ce domaine se font à un rythme si rapide qu’aucun retour en arrière ne semble possible: chaque jour sortent des laboratoires des machines capables de se déplacer, de travailler en équipe et de prendre des décisions complexes. Cette révolution technologique menace désormais de faire émerger une idéologie qui lui soit propre: un totalitarisme technologique porteur de promesses et de dangers immenses qu’il est impossible d’ignorer. Dernière image en date: celle de robots dans les rues échappant à tout contrôle et s’emparant du pouvoir de leurs concepteurs, faisant retentir l’alarme en plusieurs endroits. Comment un robot entraîné dans un laboratoire pourrait-il s’échapper pour tuer des êtres humains? N’est-il pas dangereux de continuer à fabriquer des robots équipés de canons toujours plus puissants, comme le «ThunderMax 9000», qui doit équiper le futur «Death-Machine-8», actuellement en phase de test? De même, les laboratoires doivent-ils réellement continuer à concevoir des systèmes de défense hautement performants, extrêmement autonomes et surarmés? Et les intérêts financiers devraient-ils jamais pouvoir l’emporter sur l’éthique de l’humanité?

L’Europe à la recherche de son âme: le message de Léon XIV
Par
Riccardo Cristiano
Publié
oct. 2, 2026 - 00:47

Bien que les principaux dirigeants européens n’aient pas accepté l’invitation du président français à assister au discours du pape sur l’Europe à Metz, je dirais que ce voyage s’adressait à l’Europe tout entière, ou aux Européens. À son retour au Vatican, Léon XIV a évoqué la croissance des groupes d’extrême droite en Allemagne et, plus largement, les formes extrêmes que prend le mécontentement en Europe et dans le monde. Il a notamment relevé l’apparition d’expressions associant certains points de vue d’extrême droite à une forme particulière de religion qui, selon lui, mais aussi selon les responsables des Églises catholique et protestantes d’Allemagne, «ne constitue pas une expression authentique du christianisme». Et il a ajouté: «Et là encore, nous revenons aux valeurs de l’Évangile». Le pape Léon n’avait pas besoin de se rendre en France pour s’élever contre les formes extrêmes prises par le mécontentement européen croissant: il l’avait déjà fait. Mais ce voyage a eu lieu, et il a été significatif, d’abord pour cela: «les valeurs de l’Évangile».

Reçu par Rubio, Salam prône un «partenariat renouvelé» avec les USA
Par
LevantTime .
Publié
sept. 28, 2026 - 23:16

L’étape américaine initiée par le pouvoir libanais dans le cadre de ses démarches visant à consolider son autorité souveraine, face à la stratégie «hezbollahie» de déconstruction de l’État central, touche à sa fin. Il était évident dès le départ que les multiples entretiens du Premier ministre Nawaf Salam et du chef de la diplomatie Joe Raggi en marge des travaux de l’assemblée plénière des Nations unies ne pouvaient nullement déboucher sur des résolutions concrètes ou des résultats pratiques. Il est de notoriété publique, en effet, que les réunions tenues par les différents dirigeants du monde à l’occasion du rendez-vous onusien traditionnel, en septembre de chaque année, ne dépassent pas le cadre des échanges et des concertations de pure forme.

Qui de la Turquie, du Pakistan ou d’Israël peut tirer les Saoudiens d’embarras?

«Tout peut arriver avec moi», clame le président Donald Trump. Et qui irait le nier? Mais la vraie question est de savoir quel intérêt les États-Unis tireraient d’une politique étrangère pour le moins erratique. Prêtons une oreille attentive au quotidien Le Monde qui en a pris acte en titrant: «La Chine ne peut que saluer la perte de crédibilité des États-Unis de Donald Trump auprès des alliés traditionnels de Washington». En effet, le président américain qui patauge du côté du golfe Persique, se désengage, le croiriez-vous, de la mer Rouge. Il ne s’est pas porté pas au secours de Mohammed ben Salmane, qui réclamait son appui imminent alors qu’on enregistrait, entre le 9 et le 11 septembre, une débandade des troupes yéménites loyalistes, troupes que Riyad soutenait, mais pas assez semble-t-il.

Suspension des vols des compagnies iraniennes: un double impact économique et politique

On est loin, bien loin de 2014, lorsque les dirigeants iraniens se vantaient publiquement d’avoir réussi à «rattacher» politiquement et militairement, «trois capitales à la révolution iranienne», en citant nommément Bagdad, Damas et Beyrouth, noyaux d’un «empire» qu’ils rêvaient de bâtir. Douze ans plus tard, la République islamique se retrouve en train de s’adonner à toutes sortes d’acrobaties pour essayer de préserver un minimum d’influence sur deux pays où ses instruments militaires ont pu être sensiblement affaiblis. Le troisième, la Syrie, a totalement échappé à son contrôle. Vendredi, Bagdad a emboîté le pas à Beyrouth, en fermant son espace aérien à l’aviation iranienne, assénant de la sorte un sévère coup à Téhéran qui considère l’Irak comme le prolongement naturel de son «empire».

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