
Ces dernières années, les prix Nobel s’inscrivent désormais dans les transformations politiques, sociales et culturelles. Ils offrent matière à une réflexion qui dépasse les réalisations scientifiques ou littéraires elles-mêmes, en tant que miroir du comportement humain dans un monde géopolitiquement troublé et instrument permettant de comprendre les rapports entre connaissance, pouvoir, politique et société. Cette lecture suppose de revenir à la dimension comportementale et humaine qu’incarnent les lauréats, ainsi qu’à la dimension géopolitique d’une distinction mondiale qui transcende les frontières sans pour autant se situer hors de l’histoire. La paix, l’économie, la littérature et les sciences évoluent dans un monde où les rapports de force, l’influence et les ressources sont inégalement répartis. Le choix d’un lauréat peut conférer une légitimité symbolique à une cause particulière, attirer l’attention sur un conflit ou une crise, ou ouvrir un débat sur les critères et les règles auxquels recourt la communauté internationale pour reconnaître une réalisation, ainsi que sur la distance entre la valeur et la réalité. Un prix peut être décerné pour la paix alors que les guerres se poursuivent. Le monde peut célébrer une découverte scientifique tandis que les inégalités d’accès à ses bienfaits se creusent entre les différentes couches de la société. Il peut encore distinguer un écrivain, connu ou inconnu, qui défend la liberté humaine dans un monde où les espaces d’expression se réduisent au sein même des démocraties les plus influentes! Il convient ici de distinguer les raisons officiellement avancées par le Comité Nobel pour justifier ses choix des conclusions politiques, sociales et économiques que l’on peut en tirer. Toute attribution ne constitue pas nécessairement une prise de position géopolitique délibérée, même si elle se prête à une interprétation géopolitique.















