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Analyse

De l’Ukraine à l’Iran: l'arme nucléaire comme unique police d’assurance?

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Par Samir Abdelmalak
Publié juin 19, 2026 - 13:36

L’arme nucléaire n’est plus un simple outil militaire. Elle est devenue le symbole d’une interrogation plus profonde, celle de la sécurité des États dans un monde où l’efficacité des garanties internationales ne cesse de s’éroder. La guerre en Ukraine, la tension persistante autour de l’Iran et la survie de la Corée du Nord malgré son isolement ramènent toutes la même question sur le devant de la scène: comment les États peuvent-ils encore se protéger dans un ordre international de plus en plus instable?

L’Ukraine, ou la leçon de l’abandon de la dissuasion

L’Ukraine constitue le cas le plus discuté. Après avoir renoncé à son arsenal nucléaire en échange de garanties de sécurité internationales, elle s’est retrouvée confrontée à l’invasion russe. Depuis lors, la question ressurgit avec d’autant plus de force: les garanties politiques suffisent-elles, à elles seules, à protéger les États face aux menaces majeures?

La Corée du Nord, la force de la dissuasion par-delà l’isolement

La Corée du Nord offre un modèle opposé. Malgré les sanctions et l’isolement économique qui pèsent sur elle, la possession de l’arme nucléaire a rendu le coût de toute frappe contre elle exorbitant. La dissuasion nucléaire s’est ainsi muée en garantie de survie pour le régime et pour l’État, quel qu’en soit le prix économique et politique.

L’Iran en quête d’un parapluie dissuasif

L’Iran, lui, se tient entre les deux modèles. Il n’a pas proclamé la possession de l’arme nucléaire, mais il cherche à renforcer sa position dissuasive dans un environnement régional agité. De son point de vue, le programme nucléaire s’inscrit dans une stratégie destinée à empêcher toute tentative d’imposer un changement par la force ou de menacer sa sécurité nationale.

Une dissuasion qui ne se limite plus au nucléaire

Les évolutions récentes montrent toutefois que la dissuasion ne se réduit plus à l’arme atomique. L’Iran détient une carte stratégique à travers sa capacité d’influer sur la circulation de l’énergie mondiale via le détroit d’Ormuz. La Corée du Nord, quant à elle, est parvenue à monnayer ses capacités militaires auprès de la Russie, en obtenant des gains économiques et technologiques. L’Ukraine, de son côté, a réussi à développer des technologies avancées dans les drones et la guerre électronique, technologies qui commencent désormais à susciter l’intérêt d’autres pays.

Le Moyen-Orient à la croisée des chemins

Au Moyen-Orient, cette réalité impose des questions difficiles quant à l’avenir de la sécurité régionale. Peut-on continuer de s’appuyer sur des alliances internationales mouvantes, ou la région s’achemine-t-elle plutôt vers un renforcement de ses propres capacités de dissuasion, sous des formes diverses, nucléaires et non nucléaires?

Liban: l’homme comme source de dissuasion

Au cœur de ce débat sur les instruments de la puissance et de la dissuasion, le Liban se distingue comme un cas à part. Sa véritable richesse n’a jamais résidé dans la possession de l’arme nucléaire, ni dans le contrôle de couloirs stratégiques, ni dans le développement d’arsenaux militaires sophistiqués, mais dans la possession d’une autre forme de puissance: celle de l’homme.

Les valeurs du vivre-ensemble, la capacité de solidarité dans l’épreuve, ainsi que l’énergie créatrice que les Libanais ont portée à travers le monde dans l’économie, la culture, la médecine, l’enseignement et les arts, ont toujours constitué un capital stratégique conférant au Liban une présence largement supérieure à son poids géographique et démographique.

Cette puissance douce, même si elle paraît moins retentissante que les missiles et les flottes, demeure l’un des éléments les plus essentiels à la survie du Liban et à son rôle dans une région qui a plus que jamais besoin de modèles de coexistence et d’ouverture, plutôt que de division et de conflit.

La question ouverte

La question essentielle n’est peut-être pas de savoir si l’arme nucléaire constitue l’unique police d’assurance des États, mais bien si le monde entre dans une ère où les formes de la dissuasion se multiplient, tandis que la confiance dans la capacité du droit international à lui seul à garantir la sécurité et la stabilité recule peu à peu.

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