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Opinion

Le nom que Nawaf Salam n’a pas osé prononcer

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Photo LEONARDO MUNOZ / AFP
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Par Makram Rabah
Publié sept. 26, 2026 - 20:27

Le Premier ministre libanais Nawaf Salam s’est rendu aux Nations unies et y a longuement parlé de souveraineté. Il a réclamé le retrait d’Israël du territoire libanais, réaffirmé le principe de l’exclusivité des armes entre les mains de l’État et celui selon lequel la décision de guerre et de paix relève de ses institutions constitutionnelles, et insisté sur le fait que nul n’a le droit de parler au nom du Liban ou de négocier en son nom en dehors de l’État libanais. Autant de principes que tout Premier ministre libanais se doit de défendre.

Mais un nom a été remarquablement absent de son discours: Hezbollah.

Pas une seule fois Salam n’a nommé l’organisation dont les armes rendent précisément nécessaire tout son discours sur leur exclusivité entre les mains de l’État. Il a parlé d’«armes en dehors des forces de l’État», d’une guerre que le Liban n’a pas choisie et de la nécessité de restaurer la décision nationale. Mais il a évité de nommer l’acteur qui possède ces armes, qui s’est à plusieurs reprises arrogé la décision de guerre et de paix et qui a lié la sécurité et le destin du Liban à la stratégie régionale de l’Iran.

Il ne s’agit pas d’une omission linguistique, mais d’un choix politique.

Salam est fondé à réclamer le retrait complet d’Israël du territoire libanais, et il est de son devoir de le faire. L’occupation israélienne et les attaques israéliennes contre le Liban doivent prendre fin. Mais toute approche sérieuse visant à restaurer la souveraineté libanaise doit aussi poser la question que le discours a tenté de contourner: comment le Liban en est-il arrivé là?

La présence militaire israélienne actuelle n’est pas apparue dans un vide historique. La souveraineté du Liban était déjà bafouée avant que les soldats israéliens ne pénètrent sur son territoire. Hezbollah disposait d’armes échappant à l’autorité de l’État, d’une infrastructure militaire indépendante de celui-ci et de la capacité d’entraîner le Liban dans la guerre sans l’accord de son gouvernement ni de ses institutions constitutionnelles.

Voilà pourquoi il ne suffit plus de dire que «les armes doivent être exclusivement entre les mains de l’État». Tout le monde sait de quelles armes il est question.

Le problème du discours de Salam ne réside donc pas dans ce qu’il a dit, mais dans ce qu’il s’est abstenu de dire. En ne nommant pas Hezbollah, il a transformé un problème politique et sécuritaire concret en un principe constitutionnel abstrait. Le Liban ne souffre pas d’une mystérieuse prolifération d’armes dont on ignorerait l’identité et l’origine. Il est confronté à une organisation armée bien précise, soutenue par l’Iran, qui s’est arrogé des prérogatives qui ne devraient appartenir qu’à l’armée et à l’État libanais.

Le discours comporte une autre contradiction. Salam a déclaré que «nul ne parle au nom du Liban» et que nul ne négocie en son nom en dehors de l’État. C’est juste. Mais la même logique doit s’appliquer à la guerre.

Si nul n’a le droit de négocier au nom du Liban, nul ne devrait davantage avoir le droit de faire la guerre en son nom, de tirer en son nom, de déterminer ses alliances militaires, d’édifier un appareil militaire parallèle ou de décider du moment où son territoire devient un champ de bataille.

Un État ne peut réclamer des autres qu’ils reconnaissent sa souveraineté à l’extérieur tout en négociant, chez lui, la signification même de cette souveraineté.

Salam a également inscrit le retrait israélien et l’extension de l’autorité de l’État dans un processus fondé sur la réciprocité et la progressivité. La formule peut sembler diplomatiquement équilibrée, mais elle comporte le risque de reproduire le cercle vicieux qui a protégé l’arsenal de Hezbollah pendant des décennies: les armes sont justifiées par l’occupation, puis l’occupation et l’escalade militaire deviennent à leur tour de nouvelles justifications au maintien de ces armes.

Ce cercle doit être brisé.

Le gouvernement libanais doit être capable d’énoncer deux vérités simultanément et sans détour: Israël doit se retirer du territoire libanais, et Hezbollah doit remettre ses armes à l’État libanais. Il n’existe aucune contradiction entre ces deux propositions. Ensemble, elles constituent au contraire le sens véritable de la souveraineté.

Nawaf Salam avait, aux Nations unies, l’occasion de le dire clairement. Il a préféré le langage de l’allusion.

Et le Liban n’a plus le luxe des allusions.

Les Libanais ont payé un prix trop lourd pour des décennies de formules ambiguës et de termes qui ne font que reporter la confrontation avec le problème: «résistance», «stratégie de défense nationale», «exclusivité des armes entre les mains de l’État», alors même que chacun sait quelle est la véritable question et quel est l’acteur visé.

Restaurer la souveraineté commence par rendre aux mots leur sens. Une occupation doit être appelée une occupation. Une violation israélienne doit être appelée une violation israélienne. Et une organisation armée qui agit en dehors de l’autorité de la République libanaise doit être appelée par son nom.

Ce nom est Hezbollah.

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