

Les analyses croisées d’experts arabes, américains, français et israéliens révèlent un consensus bien établi : l’impasse dans la formation d’un nouveau gouvernement, à la suite des élections législatives israéliennes, ne débouchera pas sur une désescalade au Liban, mais plutôt sur la poursuite de la pression militaire et sur un enlisement diplomatique pour Beyrouth.

Les commentateurs soulignent que les objectifs stratégiques fondamentaux d’Israël à l’égard du Liban transcendent largement les clivages politiques internes. L’éventuel statu quo politique en Israël maintiendrait Benjamin Netanyahu au poste de Premier ministre par intérim, ce qui impliquerait une intensification des opérations militaires de Tsahal dans le sud du Liban, afin de maintenir une image de fermeté et d’intransigeance durant les négociations pour la mise en place d’une coalition en vue de former le gouvernement.
De plus, la paralysie institutionnelle en Israël gèlerait l’application de l’accord-cadre trilatéral libano-américano-israélien du 26 juin 2026, plaçant le Liban dans un vide diplomatique instable, à moins que, par miracle, l’exécutif libanais ne passe à l’action, même par petits pas, si minimes soient-ils, pour le désarmement du Hezbollah. À défaut, le retrait de l’armée israélienne resterait suspendu jusqu’à ce que se concrétisent les facteurs suivants : la formation d’un gouvernement en Israël, la marge de manœuvre du président Donald Trump après les élections de mi-mandat et l’évolution de la crise entre Washington et Téhéran.
Il convient ici de rappeler qu’un éventuel gouvernement israélien présidé par Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major de Tsahal, ne modifierait en rien la stratégie israélienne au Liban. Eisenkot est lui-même le théoricien de la « doctrine Dahiyeh », qui préconise le recours à une force asymétrique décuplée en réponse aux opérations du Hezbollah. Cette doctrine se traduit par des frappes contre des infrastructures civiles au Liban afin de dissuader le parti pro-iranien et de faire pression sur le gouvernement libanais. Eisenkot incarne, tout autant que Netanyahu, une ligne intransigeante face au Hezbollah, considéré à l’unanimité en Israël comme une menace existentielle.
Dans les cercles de réflexion de Tel-Aviv, le débat ne porte plus sur le maintien d’une zone tampon dans le sud du Liban, mais sur la manière de consolider ce nouveau fait accompli. L’armée israélienne y développe déjà des infrastructures logistiques durables, perçues comme un moyen de pression destiné à imposer le désarmement total de la région frontalière et à garantir la sécurité des habitants du nord d’Israël.
Pendant ce temps, la destruction méthodique des villages frontaliers se poursuit. Une fois la future coalition gouvernementale formée, qu’elle soit dirigée par Netanyahu ou par Eisenkot, celle-ci chercherait à prouver sa légitimité par une nouvelle démonstration de force.
Entre-temps, les théoriciens du Hezbollah et ceux de l’axe de la résistance interpréteront le blocage israélien comme le signe d’une crise interne profonde, comme ils le font depuis le 7 octobre 2023, et même depuis quarante ans. Cette lecture justifie, à leurs yeux, le rejet ferme par le Hezbollah de toute concession ou de tout appel au désarmement.
À moins d’un réveil soudain, l’exécutif libanais continuera de s’en tenir à la rhétorique et à l’inaction. En somme, loin d’ouvrir la voie à une solution négociée, les résultats du scrutin israélien et la paralysie du pouvoir à Beyrouth condamnent le Liban à demeurer l’otage des tractations politiques de Tel-Aviv, du Corps des Gardiens de la Révolution iranienne et de l’instabilité au Moyen-Orient.























