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Décryptage

Explosifs de Dahr el-Baïdar: poursuites contre 13 membres du Hezb

Le parti pro-iranien dénonce une «atteinte aux droits de l’Homme»!

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Une cargaison d'explosif plastique C4 dans un camp d'entrainement américain au Koweït. (Dvids)
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Publié oct. 31, 2026 - 00:19

L’affaire des explosifs de Dahr el-Baïdar a connu, vendredi, un développement judiciaire majeur qui risque de relancer la polémique autour des armes et des activités paramilitaires du Hezbollah.

Le commissaire du gouvernement près le tribunal militaire, le juge Claude Ghanem, a engagé des poursuites contre treize membres de la formation pro-iranienne, impliqués à plusieurs niveaux dans le transport d’une importante cargaison d’explosifs, du TNT et du C4. Celle-ci avait été interceptée par les forces de l’ordre à Dahr el-Baydar, la voie qui relie la Békaa à Beyrouth, avant qu’une autre cargaison similaire soit découverte dans le secteur du Hermel, venant de Syrie.

Huit personnes sont identifiées dans l’acte d’accusation, mais six sont en fuite. Il s’agit de Haitham Amhaz et Ali el-Kurdi, arrêtés à bord de la camionnette chargée d’explosifs, d’Ibrahim Habib, surnommé «Sajed», de Bilal Sabouri, alias «Zoulfikar», Mohammad Ayoub, Mohammad Zeaiter, qui se trouvait à bord du véhicule accompagnant celui des deux convoyeurs, Mohammad Hazimeh, propriétaire du véhicule, ainsi que d’Iryna Krichinova, épouse d’Amhaz. Cinq autres personnes identifiées seulement par leurs surnoms font également l’objet de poursuites.

Les treize sont accusés d’atteinte à la sécurité de l’État, de constitution d’associations de malfaiteurs visant à porter atteinte à l’autorité et au prestige de l’État, de détention d’armes et d’explosifs et de violation des lois en vigueur et de décisions gouvernementales. Autant de crimes sanctionnés par le Code pénal, dont les articles correspondants ont été énumérés par le juge Ghanem dans son acte d’accusation. Le magistrat a requis des peines allant jusqu’à dix ans de prison contre les treize.

Le plus important reste que les articles en question, notamment le 335, ouvrent la voie à une transmission du dossier à la Cour de justice, la juridiction compétente en matière de crimes graves contre la sécurité de l’État et dont les verdicts sont sans appel. Une perspective à laquelle le tandem Amal-Hezbollah reste cependant farouchement opposé.

Reste maintenant à savoir quelles suites seront données à cette affaire, appelée à suivre son cours judiciaire, mais qui n’en demeure pas moins hautement politique, comme en témoigne la réaction «indignée» du Hezbollah.

L’un des députés de cette formation, Hussein Hajj Hassan, a poussé l’effronterie jusqu’à se prévaloir des «droits de l’homme» (!) pour décrier la décision du juge Ghanem. Selon lui, l’acte d’accusation «ne respecte même pas les principes les plus élémentaires du Pacte national, de la Déclaration universelle des droits de l’homme (!), de la Charte des Nations unies ni de nombreuses lois libanaises qui garantissent les droits légitimes de toute résistance face à l’occupation». En matière de n’importe quoi, il n’aurait pas pu faire mieux. Sauf que ses propos, notamment l’allusion au Pacte national, recèlent un danger, celui d’une instrumentalisation à outrance de cette affaire pour essayer de mobiliser la base hezbollahie contre le gouvernement.

Les convoyeurs des explosifs et leurs commanditaires «accomplissaient un devoir national en défendant leur pays et en protégeant le peuple libanais», a prétendu le député qui s’est permis d’accuser le magistrat de s’être «soumis à des injonctions politiques dans l’élaboration de son acte d’accusation».

Au delà du volet judiciaire, cette affaire constituera donc ainsi un nouveau test pour le gouvernement qui tiendra normalement le 5 novembre sa prochaine réunion. Le ministre de la Justice, Adel Nassar, et ses collègues des Forces libanaises comptent de nouveau exiger une transmission du dossier à la Cour de justice, sur base des conclusions de l’enquête du tribunal militaire.

Leur insistance sur ce point avait provoqué un vif débat au sein du gouvernement, lors de sa réunion du 22 octobre. M. Nassar notamment, soutenu par les ministres FL, avait défendu farouchement un transfert immédiat de l’affaire à cette juridiction, partant du principe que tous les éléments nécessaires pour conclure à une atteinte grave à la sécurité de l’État étaient réunis. Ils les avaient détaillés dans son exposé en expliquant les deux voies possibles de leur utilisation, à savoir des opérations militaires ou des actes sécuritaires intérieures, en allusion à d’éventuels attentats. Le ministre de la Justice avait insisté sur le fait que dans les deux cas, leur utilisation était criminelle et justifiait une transmission directe du dossier à la Cour de justice.

Mais le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam avaient préféré, sous l’impulsion du président de la Chambre, Nabih Berry, repousser la décision, en attendant les conclusions de l’enquête préliminaire. Le but était d’éviter une crise majeure au sein du gouvernement, lequel ne va pas pouvoir, cependant, ne pas en discuter de nouveau jeudi.

De fait, le ministre de la Justice avait réussi à obtenir que l’affaire, étant donné sa gravité, soit de facto inscrite à l’ordre du jour du Conseil des ministres, ont indiqué des sources ministérielles à Levant Time. En d’autres termes, elle peut être soulevée à chaque Conseil des ministres, ce que Nawaf Salam a accepté. Car la responsabilité du gouvernement est directement engagée: au cas où une opération sécuritaire déstabilisatrice serait menée dans le pays alors que l’Exécutif n’aurait pas pris les décisions qui s’imposent pour gérer le dossier des explosifs, c’est bien le gouvernement qui devrait en répondre, ont précisé les mêmes sources ministérielles à Levant Time.

Une étape charnière

La réunion du 5 novembre représentera ainsi une étape charnière dans le cadre d’un processus plus large portant sur le rétablissement de l’autorité de l’État et la mise à exécution de ses décisions sur ce plan. La principale de ces décisions reste l’interdiction des activités sécuritaires du Hezbollah, prise en mars 2026, et sous l’impulsion de laquelle des mesures judiciaires, impensables il y a quelques années, ont été prises.

Une transmission du dossier à la Cour de justice s’inscrit dans le même cadre, car à travers l’affaire des explosifs, c’est tout le dossier du Hezbollah et du tort que ses armes causent au pays qui sera ouvert. Une première depuis trente ans, souligne-t-on.

Vendredi, Nawaf Salam a réaffirmé la détermination de l’État à faire valoir sa souveraineté sur l’ensemble du territoire, en rappelant, lors du lancement des consultations autour du plan national de gestion des camps de réfugiés palestiniens, que ces derniers relevaient de la souveraineté libanaise et devaient être soumis aux lois nationales.

Il a également évoqué les dispositions de l’accord de Taëf relatives à l’extension de l’autorité de l’État et au démantèlement des milices, libanaises et étrangères. Une position qui renvoie directement à la question des armes du Hezbollah.

Selon les mêmes sources ministérielles, le processus de restauration de l’autorité de l’État, irréversible, progresse dans la bonne direction, même s’il avance au rythme d’une politique des petits pas.

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