
Présages d’une reprise des hostilités alors que «les Iraniens ont du mal à se nourrir»


Des déclarations belliqueuses de hauts responsables américains, suivies du déploiement d’importants moyens navals dans la région, auxquels s’ajoutent des avertissements adressés aux citoyens américains dans le Golfe, ainsi que l’état d’alerte élevé des forces israéliennes, dont l’aviation a effectué des « manœuvres » aux abords des frontières iraniennes… Les États-Unis semblent se préparer à reprendre des frappes de grande ampleur contre l’Iran.
Depuis plusieurs semaines, Washington et Téhéran s’affrontent surtout en mer: les États-Unis imposent un blocus des ports iraniens, tandis que la République islamique tente d’exercer son contrôle sur le détroit stratégique d’Ormuz.
Aucun des deux pays n’a mené d’attaque majeure contre des cibles terrestres depuis le début du mois de septembre, mais cela pourrait bientôt changer.
Une chose est sûre: une action militaire n’aura pas lieu avant les élections de mi-mandat, le 3 novembre prochain. Une telle opération ne pourrait être favorable, sur le plan électoral, au président Trump, dont la popularité diminue en raison de l’inflation provoquée par la hausse des prix du pétrole à la suite des blocages dans les détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb.
«Les Iraniens ont du mal à se nourrir», s’alarme Pezeshkian
Mais pourquoi donc une escalade paraît-elle inévitable?
Les belligérants ne sont pas parvenus à une solution diplomatique, malgré les énormes efforts de médiation déployés par des pays alliés comme le Pakistan.
En outre, le statu quo actuel n’est plus tenable : le blocus accroît la pression sur l’Iran, tandis que Washington mobilise d’importants moyens navals pour le maintenir. Chaque jour qui passe affaiblit davantage la position du président et des républicains auprès de leur électorat.
Côté iranien, le danger est existentiel: le président Massoud Pezeshkian a déclaré samedi que de nombreux Iraniens avaient du mal à se nourrir, en raison de l’intensification de la pression économique sur le pays. Téhéran « doit sortir de cette situation de ni guerre ni paix », a indiqué M. Pezeshkian, sans toutefois préciser comment.
Pour Jason Campbell, chercheur au Middle East Institute à Washington, interrogé par l’AFP, il y a « indéniablement des signes récents laissant penser à une reprise prochaine des frappes ». Il cite notamment l’arrivée prévue du porte-avions USS Theodore Roosevelt, l’envoi de renforts de Marines et une récente démonstration de force de l’aviation israélienne dans la région.
Il a également souligné que le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth, s’était rendu cette semaine en Israël pour rencontrer le Premier ministre Benjamin Netanyahu.
Selon lui, les options de Donald Trump sont plus limitées qu’au début du conflit, les dégâts subis par les bases américaines dans la région compliquant toute opération terrestre d’envergure.
Une autre experte, Suzanne Maloney, chercheuse à la Brookings Institution, un cercle de réflexion américain, également citée par l’AFP, souligne pour sa part que « la plupart des installations militaires conventionnelles (iraniennes) ont déjà été lourdement dégradées » par les frappes. Toute nouvelle campagne militaire impliquerait donc probablement « davantage de frappes contre des infrastructures civiles et des cibles ayant un impact direct sur la population iranienne ».
Mais certains doutent qu’une intensification des combats puisse mettre fin au conflit. « Il s’agit d’une guerre qui ne peut être terminée par une nouvelle escalade de part et d’autre », affirme Suzanne Maloney.
Jason Campbell partage cette analyse : « Je ne vois pas comment une reprise des frappes contre l’Iran, comparable à celle des cinquante premiers jours du conflit, pourrait modifier de manière significative les calculs stratégiques du régime iranien », estime-t-il, considérant que Téhéran a déjà démontré sa capacité à « absorber des dommages considérables » sans changer de cap.
La relance du terrorisme d’Etat?
En effet, la guerre a renforcé la mainmise de l’aile dure du régime, à savoir les responsables religieux et les Gardiens de la révolution, qui sont moins sensibles à la situation du peuple iranien que les responsables politiques élus.
Le danger est de voir le régime des mollahs miser de tout son poids sur la guerre hybride et recourir ainsi à ce qu’il maîtrise le mieux depuis près de cinq décennies: une guerre d’attrition utilisant l’arme du terrorisme.
Hier encore, le directeur du renseignement des États-Unis, Jay Clayton, a averti que l’Iran avait «considérablement intensifié» ses efforts pour prendre pour cible des Américains au Moyen-Orient et au-delà.
Dans une note adressée au secrétaire d’État, Marco Rubio, M. Clayton a indiqué, selon un responsable américain : « Les projets d’attaques meurtrières des Iraniens contre des citoyens américains ont atteint un stade avancé à la fois au Moyen-Orient et dans certains autres pays. » Cette note a été révélée pour la première fois par le média américain Axios.
Que la guerre soit imminente ou non, il faut rappeler que le but ultime de l’administration Trump est la disparition totale de l’industrie nucléaire iranienne. Quant au Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, que Donald Trump a publiquement adoubé en vue des législatives de mardi en Israël, il estime que « renverser » le pouvoir iranien est la seule option pour supprimer la menace de Téhéran.























