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Mer Rouge et Corne de l’Afrique: rivalités du Golfe, fragilités africaines (3/6)

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Un chœur orthodoxe défile lors des célébrations de la veille de la fête éthiopienne de Meskel, équivalente à la fête de la Croix dans les pays du Levant, à Addis-Abeba, la capitale de l’Éthiopie. (AFP)
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Publié oct. 29, 2026 - 01:42

La politique saoudienne répond à une contrainte fondamentale entre la Vision 2030 de MBS et les tensions régionales. La transformation intérieure portée par la Vision 2030 exige un environnement stable et suffisamment prévisible pour attirer les investissements, développer les infrastructures et diversifier les activités, alors que les tensions régionales affectent directement le calendrier et le financement des ambitions nationales. 



Dans ce cadre, Riyad cherche à limiter les risques d’escalade au Golfe et trouver une solution au Yémen, à préserver ses voies d’approvisionnement et d’exportation maritimes et aériennes, et à empêcher l’installation durable de menaces à proximité de ses frontières. 

La mer Rouge est centrale dans ce concept, puisqu’elle réunit des projets de développement, des installations portuaires et des routes commerciales essentielles. La sécurité de ses côtes devient donc indissociable de celle de la rive africaine.


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Une installation pétrolière d’Aramco ciblée par les frappes houthies au sud de Riyad. (AFP)

L’Arabie Saoudite privilégie généralement les relations avec les gouvernements reconnus et les cadres institutionnels. Son soutien à l’intégrité territoriale somalienne et son attachement au maintien d’un État soudanais unifié s’inscrivent dans cette logique. 

Cette préférence n’exclut ni les rapports de force ni les interventions militaires, mais traduit surtout la recherche d’interlocuteurs capables d’assumer durablement des engagements.



La reprise du conflit au Yémen en 2026 a radicalement transformé la donne pour Riyad, rendant caduque sa précédente stratégie d’apaisement régional. L'effondrement de la trêve de quatre ans (2022 – 2026) a laissé la place à une guerre où les Houthis, désormais mieux équipés et bénéficiant d'un soutien iranien accru, multiplient les frappes contre des infrastructures critiques au sein même du territoire saoudien.

Pour Riyad, le défi n'est plus seulement de soutenir le gouvernement légal yéménite ou de rechercher une sortie politique à moindre risque, mais de gérer une menace sécuritaire directe et systémique. 



La situation oblige l’Arabie Saoudite à réagir rapidement et à engager des moyens militaires coûteux, malgré sa volonté initiale de réduire son implication au Yémen. Cette guerre n’est plus seulement un conflit local, mais un foyer majeur de rivalités régionales, et la sécurité du Royaume dépend de sa capacité à contenir une confrontation que l’Iran utilise comme moyen de pression.



Les Émirats Arabes Unis : relier les ports pour élargir l’influence


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La stratégie émiratie s’appuie sur la construction d’un réseau de positions complémentaires (1), visant à faire d'Abou Dhabi un intermédiaire incontournable des échanges entre l’Asie, le Moyen-Orient et l’Afrique. Cette approche privilégie l'adaptabilité : au lieu de s'en remettre uniquement aux gouvernements centraux, les Émirats déploient des investissements, des partenariats sécuritaires et des accords de gestion portuaire avec des acteurs non gouvernementaux, créant une influence résiliente dans un environnement fragmenté, comme suit:



Le Somaliland et le pivot de Berbera. Situé sur la côte du Somaliland, au sud du golfe d’Aden, à l’est de Djibouti et face au Yémen, le port de Berbera constitue la pierre angulaire du dispositif émirati dans la région. Il est géré et exploité (à 51 %) par l'opérateur portuaire émirati DP World (basé à Dubaï), dans le cadre d'une concession de 30 ans signée en 2016. Il représente un nœud logistique stratégique permettant aux Émirats Arabes Unis d’ancrer durablement leur influence dans le golfe d’Aden, ainsi que leur présence militaire à travers une base navale, sans que cela implique une présence militaire permanente. 


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Ce partenariat comporte également une dimension sécuritaire : les autorités du Somaliland trouvent en Abou Dhabi un soutien important à la consolidation de leur autonomie de fait. Une éventuelle articulation avec les intérêts israéliens - Israël ayant reconnu le Somaliland indépendant en 2025 - ajouterait une dimension stratégique à ce dispositif, notamment en matière de surveillance des activités houthies et iraniennes dans la région.



Éthiopie : l'ancrage économique et le défi égyptien. La relation des Emirats avec l'Éthiopie constitue leur second pilier africain. Abou Dhabi a massivement investi dans l'agriculture et les infrastructures éthiopiennes, consolidant Addis-Abeba comme partenaire stratégique. Si ces investissements stimulent l'économie locale, ils exacerbent les tensions avec l'Égypte, qui perçoit ce rapprochement comme une menace existentielle. Le dossier du barrage de la Renaissance (Grand 



Ethiopian Renaissance Dam, ou GERD) (2) qui prive l’Egypte d’une partie des eaux du Nil, reste un point de crispation majeur : bien que les preuves formelles d'un financement émirati direct du barrage fassent défaut, l'ampleur des flux financiers émiratis vers Addis-Abeba est interprétée par Le Caire comme un soutien indirect renforçant la capacité de négociation éthiopienne dans le conflit autour des eaux du Nil.



Soudan et Érythrée : l'engagement sécuritaire au cœur des paradoxes. Dans le dossier soudanais, la posture émiratie est plus controversée. Abou Dhabi est largement considéré comme un soutien clé des Forces de Soutien Rapide (FSR) dans leur conflit contre les Forces Armées Soudanaise (SAF), cherchant à sécuriser des intérêts économiques et géopolitiques à travers le pays. Cette implication place les Émirats en opposition frontale avec l'Érythrée, qui soutient les SAF et dénonce une forme d'impérialisme portuaire des émirats, vu les ambitions de ces derniers sur les ports de la région, comme celui d’Assab (3), poussant l'Érythrée à se rapprocher de l’Egypte et de l’Arabie Saoudite pour contrer l'influence d’Abou Dhabi. 

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Le Grand barrage de la Renaissance, construit par l’Éthiopie sur le Nil Bleu, est une source d’inquiétude majeure pour l’Égypte. (AFP)

En somme, l'influence émiratie en mer Rouge repose sur une articulation complexe d'instruments économiques et sécuritaires, variant selon les sites. Cette stratégie permet à Abou Dhabi de naviguer entre les acteurs étatiques et non étatiques, mais elle cristallise simultanément une méfiance régionale profonde, où la frontière entre développement économique et projection de puissance militaire devient de plus en plus poreuse.



L’Égypte: articuler sécurité hydrique et sécurité maritime



L’Égypte aborde la région à travers deux préoccupations vitales : les eaux du Nil et le canal de Suez. La première concerne sa sécurité hydrique et agricole, et la seconde ses recettes et sa place dans le commerce mondial. La Corne de l’Afrique se situe au croisement de ces deux enjeux. Face au barrage de la Renaissance, Le Caire cherche des garanties sur les modalités de gestion du fleuve, notamment lors des périodes de sécheresse. Il serait toutefois excessif de présenter toute modification du débit comme un effet permanent et automatiquement établi du barrage. Les conséquences dépendent des conditions hydrologiques (pluies, sécheresse, évaporation … en Ethiopie aussi bien qu’en Egypte), des règles d’exploitation et de la coordination entre l’Ethiopie, le Soudan et l’Egypte.



La réponse égyptienne à ces défis associe adaptation intérieure et mobilisation diplomatique. À l’échelle nationale, elle passe par une gestion plus efficace de l’eau, le traitement des eaux usées et l’évolution des pratiques agricoles. À l’extérieur, elle repose sur le renforcement des relations avec le Soudan, notamment les SAF, la Somalie, l’Érythrée et Djibouti. Ces rapprochements sont perçus par Addis-Abeba comme un « encerclement » de l’Éthiopie. Toutefois, les objectifs égyptiens sont clairs et répondent aux intérêts propres du Caire, notamment la souveraineté somalienne, la préservation des institutions soudanaises et la sécurisation de la navigation, ce qui ne se réduit pas à la pression sur l’Éthiopie.

(à suivre)

(1) Abou Dhabi cherche à acquérir ou contrôler des points d'ancrage stratégiques (ports, aéroports, bases logistiques, zones franches) à l'étranger pour devenir le carrefour incontournable du commerce mondial

(2) Le Grand barrage de la Renaissance (GERD), construit par l’Éthiopie sur le Nil Bleu, suscite des tensions avec l’Égypte et le Soudan dont les économies dépendent grandement du fleuve. Son remplissage et sa gestion sans coordination avec Le Caire et Khartoum réduisent temporairement les débits des eaux du fleuve, particulièrement en périodes de sécheresse, menaçant l’approvisionnement égyptien et soudanais.

(3) Le port d'Assab est un port hautement stratégique au sud de l'Érythrée, sur la mer Rouge. Il se trouve à proximité immédiate du détroit de Bab-el-Mandeb. En 2015, les Émirats Arabes Unis ont loué et modernisé le port et l'aéroport d'Assab, le transformant en base aéronavale majeure pour leurs opérations militaires au Yémen. Cependant, leur présence militaire à Assab a fortement diminué, suite au retrait de leurs troupes du Yémen dès 2019. Les Émirats ont alors démantelé leurs infrastructures pour se réorienter vers le port de Berbera au Somaliland et l’ile de Socotra au Yémen, sur fond de frictions politiques avec le régime érythréen.


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