

Pleins feux sur les dossiers socio-économiques et financiers au Liban, où la Banque du Liban (BDL) a annoncé, jeudi, l’ouverture d’un compte spécial destiné à recueillir les fonds issus «de détournements ou de transactions illégales» et qui seraient récupérés à la suite «de décisions judiciaires, d’accords à l’amiable ou de toute autre procédure engagée à l’étranger». L’objectif de cette démarche est le suivant, selon la BDL : restituer aux déposants les fonds qui leur reviennent de droit.
Dans le même temps, le Premier ministre, Nawaf Salam, annonçait, dans un message adressé aux Libanais, une série de projets en cours ou envisagés dans des secteurs qui touchent directement à leur quotidien: électricité, transports, habitat et assainissement des finances publiques, à travers, entre autres, le recouvrement des arriérés dus à l’État. Un discours dont l’objectif est principalement de rassurer, mais aussi de défendre son projet de budget 2027, vivement critiqué par les Forces libanaises.
Le moment choisi pour cette intervention s’explique par deux développements qui ont récemment marqué l’actualité libanaise: la grogne populaire, qui a pris de l’ampleur ces dernières semaines face à la hausse vertigineuse des factures des générateurs privés, et la décision du ministre de l’Énergie, Joe Saddi, de suspendre sa participation aux réunions du Conseil des ministres, auquel il reproche de ne pas donner suite à ses demandes visant à améliorer la distribution du courant électrique sans alourdir davantage les charges pesant sur les contribuables.
Parmi ses principales demandes figure le règlement des sommes dues à Électricité du Liban (EDL) par les ministères et les institutions publiques, lesquelles s’élèveraient à près de 300 millions de dollars. Le déblocage de cette somme permettrait à EDL de financer l’achat de carburant et d’augmenter ainsi les heures d’alimentation en électricité, ce qui se répercuterait immanquablement sur les factures des générateurs privés.
Sauf que, là où l’ouverture du compte spécial à la BDL pour la restitution des dépôts s’inscrit dans le cadre de la politique mise en œuvre par le nouveau gouverneur, Karim Souaid, depuis sa nomination à la tête de cette institution, l’exposé de Nawaf Salam peine à convaincre, en l’absence d’un plan de redressement économique détaillé qui permettrait aux Libanais de suivre l’évolution de sa mise en œuvre.
Nul ne met en doute la volonté du gouvernement de s’attaquer aux problèmes qui peuvent être réglés, parmi ceux qui constituent le lourd héritage laissé par ses prédécesseurs, notamment dans le secteur de l’électricité, responsable à lui seul d’un déficit de près de 40 milliards de dollars. Dans la mesure de ses moyens, l’équipe de Nawaf Salam a lancé plusieurs chantiers de réforme et tenté de parer au plus urgent, dans un contexte très difficile, marqué par une guerre qui a été imposée au pays.
Il n’en demeure pas moins que le discours de M. Salam s’apparente à un énoncé d’intentions et de projets à venir, au même titre que la Déclaration ministérielle sur la base de laquelle il avait obtenu la confiance du Parlement. Il souhaitait de toute évidence balayer les rumeurs faisant état de tensions au sein du gouvernement.
Soucieux de la cohésion de son équipe, le chef du gouvernement s’est ainsi employé à envoyer trois messages à travers son intervention : au ministre Saddi, il a assuré que le gouvernement « œuvre pour une solution durable au problème de l’électricité », sans toutefois donner de précisions ni s’engager à donner suite aux demandes de ce dernier.
Aux contribuables, il a fait savoir que son équipe était consciente des charges qui les asphyxient et qu’elle était déterminée à récupérer les fonds dus à l’État. Aux bailleurs de fonds internationaux, il semblait vouloir donner l’assurance qu’il n’était pas question pour l’État d’engager de nouvelles dépenses sans disposer des ressources nécessaires pour les financer.
Comment? Tout le mystère est là. Car le dossier économique reste intimement lié au politique. Et l’État a jusque-là failli à ses obligations. Il faut rappeler que la communauté internationale, notamment les bailleurs de fonds, a été très claire sur un point: le Liban ne disposera d’une aide substantielle pour soutenir ses efforts de redressement que si les autorités reprennent sérieusement les commandes du pays, en désarmant le Hezbollah, devenu un État au sein de l’État, et si elles engagent des réformes substantielles.
Sur ces deux plans, le pouvoir a effectué de premiers pas, mais s’est arrêté à mi-chemin. Le désarmement du Hezbollah, bien que faisant l’objet d’une décision gouvernementale et d’une promesse dans le discours d’investiture du président, est resté un vœu pieux.
Quant aux réformes, des mesures importantes ont été mises en œuvre, sur la base d’un agenda qui s’est étoffé depuis 2025, avec notamment la mise en place de l’autorité de régulation du secteur de l’électricité.
Mais le chantier reste immense et demeure, en partie, tributaire d’une décision politique.
En d’autres termes, s’il est vrai que chaque ministère dispose d’un agenda s’inscrivant dans le prolongement des engagements pris dans le cadre de la Déclaration ministérielle, le gouvernement n’a toujours pas présenté aux Libanais un véritable plan national de redressement économique, fondé sur des chiffres et assorti d’un calendrier précis. Cela vaut surtout pour le secteur de l’électricité, où le sentiment général est que le gouvernement avance encore à l’aveuglette.