


Le plus dur vient de commencer pour l’Irak, où les États-Unis ont achevé, mercredi, un retrait total de ce pays avec leurs partenaires de la coalition internationale, en application d’une décision prise à cette fin avec Bagdad en septembre 2024, sous le mandat du président américain, Joe Biden.
Au cours de ses douze années de présence en Irak, la coalition dirigée par Washington avait formé les forces irakiennes aux moyens leur permettant d’œuvrer aux côtés du pouvoir politique pour protéger le pays contre les appétits iraniens et jihadistes.

Bien qu’il bénéficie du soutien sans failles de Washington, le gouvernement d’Ali al-Zaidi entre pratiquement dans une période de grande incertitude, en raison de défis de taille qui se posent devant sa volonté de rétablissement d’une souveraineté totale.
Le plus important concerne bien entendu le désarmement des factions armées pro-iraniennes. Un second se rapporte à la menace persistante d’une résurgence des forces affiliées au groupe État islamique (Daech). Bagdad réussira-t-il à combler le vide sécuritaire que laisse le départ de la coalition et à empêcher les milices pro-iraniennes ou les cellules dormantes de Daech de s’y faufiler ? La question se pose.
La réaction iranienne à la fin du retrait des forces de la coalition est d’ailleurs très éloquente. Les Gardiens de la révolution islamique se sont empressés, jeudi, de se féliciter d’une «victoire historique», en présentant ce retrait comme «une expulsion» qui marque, selon eux, le début d’un processus devant conduire au départ des forces américaines de l’ensemble de la région.
Pour les Pasdaran, le retrait américain est «le résultat de l’action des groupes de la Résistance» qui va permettre «au peuple irakien de prendre en charge lui-même sa sécurité».
Un discours qui n’est pas sans rappeler celui du Hezbollah au Liban où la «volonté populaire» qu’il met en avant régulièrement pour justifier ses actes, n’est en réalité que la manifestation de la mainmise iranienne.
Similitudes libano-irakiennes
La similitude à ce niveau, entre le Liban et l’Irak, n’est plus à démontrer. Les deux pays sont, du moins sur le plan du principe, engagés depuis le début de la guerre régionale dans un processus devant normalement déboucher à terme sur un désarmement des instruments militaires de l’Iran sur leur sol respectif. Là aussi, la ressemblance est frappante: Beyrouth et Bagdad ne disposent toujours pas d’une feuille de route claire pour atteindre cet objectif.

Un petit rappel s’impose: en août 2025, le gouvernement libanais avait fixé au 31 décembre de la même année la date limite pour le désarmement du Hezbollah et les groupes palestiniens armés. L’armée libanaise avait réclamé un délai supplémentaire et proposé un calendrier-programme par étapes pour «étendre la souveraineté de l’État sur l’ensemble du territoire». L’année 2026 touche à sa fin et le Hezbollah continue de rejeter farouchement l’idée même d’un désarmement.
En Irak, Ali el-Zaidi avait fixé au 30 septembre la date du désarmement des factions armées pour qu’elle coïncide avec la fin de la mission de la coalition internationale. Jeudi, il l’a repoussée au 30 juin, ce qui peut expliquer, en partie, le triomphalisme iranien.
Ayant perdu sensiblement son influence dans la région avec la guerre israélo-américaine lancée contre elle, surtout avec la chute du régime de Bachar el-Assad, en Syrie, la République islamique voit aujourd’hui grimper ses chances de resserrer de nouveau son emprise sur les deux pays, où elle dispose toujours d’alliés politiques, administratifs, sécuritaires et militaires.
Elle mise plus particulièrement sur l’érosion de la popularité du président américain, Donald Trump, à l’approche des élections partielles de novembre et sur l’émergence d’une coalition gouvernementale en Israël, après les législatives d’octobre.
Le retrait américain d’Irak, en particulier, supprime ainsi, aux yeux de Téhéran, un contrepoids militaire important et lui permettrait de mettre à profit le délai de neuf mois fixé par Ali-el-Zaïdi pour opérer un retour en force dans le pays à travers ses proxys. Le gouvernement irakien a été cependant clair quant à l’interdiction de toute attaque contre des pays de la région à partir de son territoire. Reste à voir de quelles marges il dispose pour faire respecter ses décisions et démanteler les groupes armés, surtout si le conflit régional devait reprendre.
La situation en Irak est plus compliquée qu’au Liban, dans la mesure où les groupes armés pro-iraniens sont représentés au sein même de l’appareil sécuritaire.
On cite notamment les Kataëb-Hezbollah ou de Harakat el-Noujaba, affiliées au Hachd el-Chaabi, qui avait contribué à repousser l’avancée des groupes de Daech et qui avaient été intégrés dans l’appareil sécuritaire irakien après la défaite de ces groupes, sur base d’une loi votée au Parlement.
Le dignitaire chiite Moqtada Sadr, qui avait annoncé en mai dernier la dissolution de sa faction armée, Saraya el-Salam, et son intégration à l'État, a réitéré jeudi son appel aux groupes armés pour lui emboîter le pas, mais son influence sur ces derniers est pratiquement nulle.
Compte-tenu des craintes liées, aussi bien en Irak qu’au Liban, à des mesures susceptibles de toucher à des équilibres en place depuis des décennies, la question qui se pose toujours est celle de savoir s’il est possible d’y neutraliser l’influence iranienne, sans qu’un contexte régional plus favorable ne le permette.