


La relance des négociations entre Libanais et Israéliens à Tampa, en Floride, après plus de deux mois de gel (la dernière session avait eu lieu début août à Rome), constitue sans conteste l’événement marquant de ce mardi. Dans la forme, cette réunion a lieu entre deux délégations militaires et civiles, dans un objectif déclaré de faire le bilan des maigres réalisations enregistrées jusque-là.
Une réunion de deux ou trois jours dont personne n’attend grand-chose, à l’exception d’un exposé des demandes des uns et des autres, jusque-là irréconciliables.
Selon la MTV, en ce premier jour, un bilan a été fait de l’expérience des «zones pilotes» et des défis rencontrés. Mercredi, la discussion portera sur les pays pouvant jouer le rôle d’observateurs après le départ de la Finul, afin de lever des recommandations aux gouvernements. La chaîne a parlé d’un troisième jour qui serait consacré à des réunions bilatérales entre les Américains et chacune des deux délégations.
Dans ce climat d’attentisme et de tensions avant les élections israéliennes, ces pourparlers reflètent une volonté de garder le processus vivant. La rencontre s’est déroulée dans un climat d’escalade verbale flagrante. Côté libanais, recevant samedi le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, le président libanais Joseph Aoun avait annoncé que les Libanais allaient clairement exiger la fin de l’escalade militaire israélienne au sud du Liban et dénoncer le non-respect de l’accord-cadre signé en juin avec les Israéliens.
De leur côté, les Israéliens multiplient les menaces contre le Liban, les liant au désarmement du Hezbollah. Dans leurs déclarations ces deux derniers jours, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Israel Katz ont assuré maintenir la présence de leur armée au sud du Liban. M. Katz a même spécifiquement menacé d’occuper des superficies supplémentaires à Nabatiyeh et même de pousser l’offensive jusqu’à la banlieue-sud de Beyrouth.
Mais l’attaque la plus violente contre l’armée libanaise est venue quelques heures avant la réunion: dans un tweet, la porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Ella Waweya, a décrit ce qu’elle a appelé «l’échec» de l’armée libanaise à en finir avec l’infrastructure du Hezbollah. Publiant avec son long texte une vidéo qu’elle dit être celle du bombardement d’un véhicule du Hezbollah qui pénètre dans une structure militaire du parti, elle a affirmé que ce site en particulier devait avoir été vidé par l’armée libanaise, mais qu’il était toujours occupé. Elle a même accusé «certains éléments» de l’armée d’être de connivence avec le parti chiite, lui donnant la chance de contourner les mesures contre lui.
Dans un tel climat, qu’attendre de cette session à Tampa? Et pourquoi tant de pression sur l’armée libanaise, à quelques mois seulement du retrait du seul observateur au sud, la Finul?
L’armée, et avec elle le gouvernement libanais, se trouvent actuellement entre deux feux, l’armée israélienne et le parti chiite.
Notons sur un tout autre plan, que l’enquête sur la saisie d’explosifs du Hezbollah, transportés de la Békaa vers Beyrouth il y a quelques jours, semble réellement sur la bonne voie, malgré le mécontentement du Hezbollah. Selon plusieurs sources médiatiques, le commanditaire et le récipiendaire de ces explosifs, qu’on ne connaît que par leurs surnoms de combat, auraient été identifiés par les forces de sécurité et seraient poursuivis.
Les autorités semblent faire définitivement preuve de fermeté, s’attirant les foudres du Hezbollah qui, lui aussi, par la voix de ses députés, menace de recourir à la rue. Une situation hautement explosive.
Soutien de Trump à Netanyahu
Le Hezbollah et l’Iran se sont par ailleurs invités dans la campagne électorale israélienne. Un événement majeur a eu lieu en début de semaine: le président américain Donald Trump a apporté son soutien sans ambiguïté à Benjamin Netanyahu. Mardi, le ministre américain de la Défense Pete Hegseth s’est entretenu avec le Premier ministre israélien loin des caméras, lors d’une réunion non-annoncée à l’avance, en Israël.
La première déclaration de M. Netanyahu après ces développements a été de parler d’«anéantissement de l’Iran», assurant que c’est la chute du régime de Téhéran qui entraînerait celle du Hezbollah.
Vers quoi se dirige la région après les deux échéances israélienne et américaine? Le bruit de bottes semble assourdissant et chacun affûte ses alliances dans un tel contexte.























