Levant Time logo
Back to Article
Décryptage

Le scrutin débouche sur une impasse, Netanyahu reste aux commandes

News feature image
Hassan Nasasra, candidat de la Liste unifiée, une coalition de partis arabes israéliens, serre la main d’un sympathisant dans un bureau de vote de la ville bédouine de Rahat, dans le sud d’Israël, le 27 octobre 2026, lors des élections législatives israéliennes. (AFP)
Author portrait
Published oct. 28, 2026 - 23:51

Au fil du dépouillement des bulletins de vote, les résultats des élections législatives israéliennes confirment le scénario redouté: aucun des deux blocs rivaux, celui du Premier ministre sortant, Benjamin Netanyahu, et celui du centriste Gadi Eisenkot, ne semble en mesure de réunir une majorité parlementaire pour gouverner.

Si cette tendance se confirme, Israël pourrait s'engager dans de longues et difficiles tractations. À l'issue du précédent scrutin, en 2022, il avait fallu 58 jours à Benjamin Netanyahu pour bâtir une coalition.

Le président israélien a appelé mercredi les partis politiques à «tout faire» pour former une coalition gouvernementale et éviter un retour aux urnes, au lendemain d'élections qui n'ont donc dégagé aucune majorité et ont été marquées par une percée spectaculaire des partis arabes.

Avec 85,6% des suffrages dépouillés, le bloc du Premier ministre Benjamin Netanyahu est crédité de 53 sièges, contre 48 pour celui de Gadi Eisenkot. Aucun des deux camps n'atteint les 61 sièges nécessaires pour obtenir la majorité à la Knesset, qui compte 120 députés.

Le dépouillement complet est attendu jeudi après-midi, tandis que les résultats officiels définitifs devraient être publiés le 4 novembre. Le président Isaac Herzog recevra ensuite les chefs des différents partis avant de désigner celui qui sera chargé de tenter de former un gouvernement.

Les partis arabes, faiseurs de rois honnis

Bêtes noires de Benjamin Netanyahu pendant la campagne, les partis arabes – Raam (Liste arabe unie, islamiste modéré) et la Liste unifiée (extrême gauche et nationalistes) – s'imposent comme de potentiels faiseurs de rois. Ils semblent en passe de remporter 19 sièges, un record historique, contre 10 dans la Knesset sortante.

Gadi Eisenkot, qui avait exclu cette option pendant la campagne, n'a pas réagi dans l'immédiat aux mains tendues des deux formations arabes.

Un tel partenariat est loin d'être évident dans un pays où la minorité arabe – près de 20% de la population, composée en grande partie de descendants des Palestiniens restés sur leurs terres après la création d'Israël en 1948 – est fortement discriminée, et où l'idée de gouverner avec ses représentants demeure inacceptable pour une partie de la population juive. L'attaque du Hamas du 7 octobre 2023 a accentué la méfiance et les craintes d'une partie de la majorité juive à l'égard de la minorité arabe.

Yaïr Golan, figure de proue de la gauche israélienne, aujourd'hui largement minoritaire, et membre du bloc de Gadi Eisenkot, a été le seul, à ce stade, à appeler de ses vœux une telle alliance.

Le Likoud a, de son côté, accusé les partis arabes, «qui soutiennent le terrorisme et l'anéantissement de l'État juif», selon lui, d'avoir «volé les élections», affirmant détenir des preuves de corruption, de menaces et d'autres violences. La Commission électorale n'a, pour sa part, constaté aucune irrégularité.

Quelles conséquences sur la politique étrangère?

L'issue du scrutin est suivie de près au-delà des frontières d'Israël, qui fait face à des critiques croissantes concernant la conduite de sa guerre dévastatrice à Gaza et la recrudescence des violences en Cisjordanie occupée.

Elle pourrait également avoir des répercussions sur la suite du conflit au Moyen-Orient, Benjamin Netanyahu ayant multiplié, ces derniers jours, les menaces d'une nouvelle campagne militaire contre l'Iran.

Pour l'heure, et malgré une participation électorale au plus haut depuis plus d'un quart de siècle, les résultats dessinent surtout un paysage politique profondément fracturé, laissant présager d'intenses tractations dans les semaines à venir.

En cas d'impasse après la proclamation des résultats définitifs, la situation profiterait, dans l'immédiat, à Benjamin Netanyahu, qui resterait Premier ministre par intérim jusqu'à la formation d'un nouveau gouvernement.

Un gouvernement d'union nationale?

L’hypothèse d’un gouvernement d’union nationale paraît peu probable, compte tenu de l'extrême polarisation de l'échiquier politique israélien. Mais l'idée d'une union des partis dits «sionistes», excluant les formations arabes et ultraorthodoxes, est régulièrement évoquée par les commentateurs.

Un sondage publié à la mi-octobre indique que 55% des personnes interrogées préféreraient un gouvernement d'union nationale à de nouvelles élections si le scrutin ne dégageait pas de majorité claire.

Ce scénario a un précédent récent. En 2020, Benjamin Netanyahu et le centriste Benny Gantz avaient, malgré leur profonde inimitié, conclu un accord de partage du pouvoir après trois scrutins en moins d'un an. Cet accord prévoyait notamment une rotation au poste de Premier ministre. Mais l'attelage s'était défait au bout d'un an, entraînant un nouveau scrutin.

Des médias ont affirmé ces derniers jours que le président Isaac Herzog œuvrait en coulisses à un rapprochement entre Benjamin Netanyahu et Gadi Eisenkot afin de réitérer l'expérience en cas de paralysie politique.

Mais cette hypothèse se heurterait à un fort rejet dans les deux camps, notamment au sein de l'opposition, qui a fait de ce scrutin un référendum contre le Premier ministre sortant.

L'impasse et le spectre de nouvelles élections

Si aucun candidat ne parvient à former un gouvernement, les Israéliens devront retourner aux urnes.

Le pays a déjà connu quatre élections entre avril 2019 et mars 2021, en raison de l'incapacité des forces politiques à s'entendre sur un projet commun durable.

Le candidat désigné par le président disposera, en principe, de 28 jours pour former une coalition, avec une prolongation possible de 14 jours. En cas d'échec, d'autres procédures pourront être engagées avant une éventuelle dissolution de la Knesset.

Une nouvelle campagne électorale prolongerait l'instabilité politique dans un pays encore marqué par les conséquences du 7-Octobre et par les conflits régionaux.

En attendant, Benjamin Netanyahu resterait à la tête du gouvernement, même sans majorité parlementaire.

Related Articles
View All

Israël: scrutin indécis, cap stratégique inchangé

By Michel Touma
Published oct. 28, 2026 - 01:16
Updated oct. 29, 2026 - 00:12

La réunion de Téhéran: une tentative iranienne de désamorcer l’escalade

By Taline Becharraoui
Published oct. 27, 2026 - 00:00
Updated oct. 28, 2026 - 01:20

États-Unis - Iran, la guerre de la dernière chance?

By LevantTime .
Published oct. 24, 2026 - 23:25
Updated oct. 25, 2026 - 23:24

L’attaque d’Hébron, une aubaine pour Netanyahu?

By LevantTime .
Published oct. 24, 2026 - 01:10
Updated oct. 25, 2026 - 16:04

Relance, à Tampa, des négociations libano-israéliennes sous haute tension

By Taline Becharraoui
Published oct. 20, 2026 - 23:42
Updated oct. 24, 2026 - 02:44

More from LevantTime .

View All

More in Décryptage

View All

Latest from Levant Time

View All