


Le président syrien Ahmad el-Chareh se trouvait mardi à Riyad où il a été reçu à son arrivée par le prince héritier Mohammad Ben Salmane, pour des discussions axées sur l’actualité régionale et les relations bilatérales.
Il s’agit de la troisième visite de M. Chareh en Arabie saoudite, premier pays qu’il a visité, en février 2025, après avoir renversé Bachar el-Assad, et où il s’est rendu de nouveau en avril de la même année, dans le cadre d’une tournée auprès des pays du Golfe. L’objectif de cette tournée qui avait englobé, en plus de Riyad, le Qatar, les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Koweït, la Turquie, la Jordanie et l’Égypte, était de réintégrer la Syrie dans son environnement naturel arabe.
Sa visite mardi à Riyad intervient alors que l’Arabie saoudite est engagée dans une guerre ouverte contre les Houthis au Yémen. Le déplacement de M. Chareh n’est certes pas lié à ce conflit mais, dans le même temps, il ne peut pas en être totalement dissocié.
Sa visite, il faut le préciser, se déroule au milieu de transformations géostratégiques régionales et d’un rééquilibrage des rapports de force contre lesquels l’Iran est justement en train de lutter. À travers les Houthis, la République islamique joue son avenir en tant que puissance régionale qui voit son influence régresser sensiblement, après avoir réussi, au sein d’un environnement majoritairement sunnite, à établir un réseau de proxys chiites ayant contribué à nourrir cette puissance.
Au Yémen, l’Iran joue donc le tout pour le tout. Sur le terrain, les forces gouvernementales yéménites, soutenues par Riyad qui a mobilisé des centaines d’avions à cet effet, disent avancer. Elles ont affirmé mardi avoir reconquis des points stratégiques au niveau du détroit stratégique de Bab el-Mandeb, sur la mer Rouge, que les Houthis avaient réussi à contrôler, fin septembre.
Les informations à ce sujet restent cependant contradictoires. Le groupe pro-iranien a démenti l’annonce des forces yéménites. Son porte-parole a annoncé avoir repoussé «plusieurs tentatives saoudiennes d’avancer vers Bab el-Mandeb». Il a également revendiqué une frappe sur l’aéroport de Riyad, à l’aide de drones, de missiles balistiques et de croisière. Dans la nuit de lundi à mardi, les Houthis avaient ciblé trois autres aéroports au sud du royaume.
L’Autorité générale saoudienne de l’aviation civile est restée silencieuse sur l’attaque ayant visé l’aéroport de Riyad, mais elle a fait état desfrappes sur les trois autres aéroports, signalant trois blessés légers et des dégâts matériels.
Les Houthis ont également prévenu les compagnies aériennes que l’espace aérien saoudien n’était «pas sûr».
Une coalition sunnite élargie?
Bien qu’ils aient pu infliger au groupe pro-iranien des pertes importantes, les forces gouvernementales et Riyad ont des difficultés à imposer une suprématie militaire, sans une aide internationale qui leur a été refusée. Le président Donald Trump, qui a de nouveau manifesté mardi son soutien à l’Arabie saoudite dans sa guerre contre les alliés de l’Iran, ne veut pas s’engager dans un conflit qui risque de dégénérer.
En revanche, la Turquie, le Pakistan et l’Arabie saoudite se sont mis d’accord pour passer «immédiatement à la mise en pratique de l’accord de défense mutuelle», signé en août à La Mecque. Lundi, Ankara et Islamabad ont annoncé vouloir fournir à Riyad, «les forces et moyens militaires convenus, et les déployer rapidement dans le royaume».
Mais cette annonce suggère surtout «un déploiement à caractère défensif», visant à intercepter les missiles et drones houthis, a commenté Hamish Kinnear, du cabinet Verisk Maplecroft, cité par l’AFP. Car Ankara et Islamabad restent «peu enclins à se laisser entraîner dans une guerre contre l’Iran et soucieux de conserver leur rôle de médiateurs entre Washington et Téhéran», souligne-t-il.
La tiédeur des deux alliés de Riyad peut être considérée comme une aubaine pour un Iran déterminé à maintenir son emprise sur le Yémen qui partage ses frontières avec l’Arabie saoudite, et à maintenir sa pression aussi bien sur Riyad que sur le commerce maritime au niveau de la mer Rouge, sans intervenir directement dans le conflit.
La question reste de savoir si, à la lumière du rééquilibrage des rapports de force dans la région, la stratégie iranienne est viable. Elle risque en effet d’avoir l’effet inverse et d’accélérer le processus lancé par Washington lorsqu’il a déclenché sa guerre contre la République islamique: neutraliser la puissance militaire de Téhéran et affaiblir son influence. Elle favoriserait dans le même temps une consolidation, voire un élargissement de la coalition sunnite autour de l’Arabie saoudite. Le rapprochement récent entre Riyad et Abou Dhabi, après une période de tensions, va dans ce sens.
La République islamique n’a plus d’emprise aujourd’hui sur la Syrie. Elle est affaiblie au Liban où la puissance de son bras militaire, le Hezbollah, se limite à des joutes verbales et des menaces de représailles, comme le montre encore une fois, le discours prononcé par son chef, Naïm Kassem, mardi. En Irak aussi, où le processus de désarmement des factions armées pro-iraniennes est en cours, en dépit des gesticulations de certaines parmi elles.