


Rebondissement inattendu en Israël au lendemain des élections dont les résultats, consolidés jeudi par le dépouillement des «doubles enveloppes» - consacrées, notamment, aux militaires et aux diplomates - confirment une impasse politique que les médias israéliens qualifient de «totale»: le Qatar et la Turquie sont soupçonnés par Tel Aviv d’avoir fait parvenir de larges fonds aux partis arabes israéliens pour mobiliser leurs électeurs et influencer de la sorte le scrutin.
Ra’am, un parti arabe israélien issu de la mouvance islamique, est parallèlement soupçonné d’achat de voix, alors qu’il se retrouve au cœur des tractations en vue de la formation d’un nouveau gouvernement.
Le Qatar a vigoureusement rejeté les accusations d’ingérence, les qualifiant de «ridicules et dangereuses», pendant que le service des renseignements israéliens, le Shin Beth, qui dit disposer d’éléments confirmant ces soupçons, a ouvert une enquête, suite à une plainte officielle du Likoud. Le texte de cette plainte ne nomme cependant pas le Qatar ou la Turquie, pointés du doigt par le biais de «fuites sécuritaires».
Dans une mise au point publiée dans la journée, le Shin Beth a précisé que les informations relatives à une possible ingérence étrangère dans les élections ont été obtenues «grâce au travail de renseignement mené pour détecter une éventuelle influence étrangère, et non auprès du Likoud, de l’opposition ou de toute autre organisation politique». Il a expliqué que l’enquête se poursuit et que seul le président de la commission électorale centrale, Noam Sohlberg, en a été informé avant la fin du scrutin. Les chefs des blocs n’ont eu accès à ces informations qu’une fois les bureaux de vote fermés.
Le Shin Beth a insisté sur le fait que l’enquête est «ciblée» et qu’elle ne doit pas être «exploitée pour discréditer toute une communauté qui a participé démocratiquement aux élections», dans une allusion à la collectivité des Israéliens arabes.
Cette même idée a été reprise par le président israélien, Isaac Herzog, qui a dit suivre de près les investigations en cours, affirmant que «l’intégrité des élections est une valeur fondamentale dans toute démocratie».
Il n’en demeure pas moins que cette affaire pourrait profiter grandement à Benjamin Netanyahu, alors que le Premier ministre israélien est en difficulté et que son maintien à la tête d’un gouvernement de coalition demeure incertain. Son parti, qui a commencé à contester les résultats obtenus par les partis arabes, souhaite empêcher ainsi l’opposition de former une coalition, dans le cadre des tractations en vue de la formation d’un gouvernement. Dans une première réaction, suivie d’autres plus violentes, le Likoud a estimé que les élections ont été «volées».
Le ministre d’extrême droite Bezalel Smotrich, qui est vite monté aux créneaux, a demandé que les représentants des formations arabes soient entendus par les services de sécurité.
D’autres responsables israéliens ont évoqué la possibilité de remettre en cause les résultats des suffrages, en raison d’une enquête distincte sur de possibles achats de voix en faveur de Ra’am.
Selon la presse israélienne, des suspects ont été interpellés dans le Néguev, dans le cadre de l’enquête sur un éventuel achat de voix pour le compte de Ra’am qui a cependant nié tout lien avec cette affaire et promis de coopérer avec la justice. Les investigations ont été lancées après la découverte d’argent liquide et de bulletins de vote, lors de perquisitions.
Lors du scrutin du 27 octobre, les partis arabes avaient obtenu 19 sièges sur les 120 que compte la Knesset. Une première en Israël qui voit ainsi se compliquer davantage le paysage politique entourant les négociations autour de la formation d’un nouveau gouvernement.
Jeudi en fin d’après-midi, le dépouillement des bulletins de vote a confirmé les résultats de mardi. Aucun des deux blocs de droite et de l’opposition n’a réussi à obtenir la majorité de 61 sièges, requise au Parlement.
Le bloc de Benjamin Netanyahu conserve ainsi 53 sièges, contre 48 pour celui de l'opposition de Gadi Eisenkot et de ses alliés.
Les partis arabes maintiennent les 19 sièges avec 8 pour le Ra’am et 11 pour la Liste commune. La question de leur éventuelle participation au gouvernement devient incontournable, sans être évidente. La question reste au coeur d’une polémique entre les partis de droite et l’opposition. Figure de proue de la droite nationaliste, Avigdor Lieberman a exclu fermement toute représentation des partis arabes au sein d’un gouvernement de coalition, au moment où Yaïr Golan, chef du parti Les Démocrates (gauche) affirmait être disposé à participer à un gouvernement qui inclurait des Arabes parmi ses membres. Il s’agit de la seule personnalité du camp sioniste à évoquer ouvertement une cohabitation avec le Ra'am et la Liste commune au sein de l’Exécutif.
Une perspective que les Israéliens ne seraient pas près d’accepter, notamment à la lumière des massacres du 7 Octobre, surtout que les deux formations arabes en question sont issues de la mouvance islamique. On imagine dès lors l’embarras dans lequel de telles affirmations mettent les partis de l’opposition qui souhaitent former une coalition face à Netanyahu. Ce dernier ne manquera pas d’exploiter à fond l’affaire du soutien financier externe aux partis arabes afin d’affaiblir l’opposition et de se maintenir au pouvoir.























