
Vance adresse une lettre à l’ex-dirigeant des Pasdaran pour relancer les négociations


Une enquête de Reuters révèle l’existence de milliers de structures utilisées par Téhéran pour financer et importer des équipements destinés, notamment, à ses programmes de missiles et de drones.

Le président américain Donald Trump a nié, dans ce message posté sur Truth Social le 12 octobre 2026, que la Chine ou la Russie apportent leur aide à l’effort de guerre iranien. Mais l’enquête menée par Reuters montre des données relatives aux importations et des documents montrent que l’armée iranienne a importé du matériel acheminé par cargos depuis la Russie via la mer Caspienne, par avion depuis la Chine et par camion depuis l’Asie centrale.
Court-circuitant les sanctions occidentales et le blocus naval américain, l’Iran aurait bâti un système d’approvisionnement militaire d’une ampleur insoupçonnée. Dans une enquête fondée sur des documents bancaires, douaniers et commerciaux, l’agence Reuters révèle l’existence de plus de 5000 organismes qui permettent à la République islamique de poursuivre ses achats à l’étranger, y compris en pleine guerre.
Ces organismes portent des noms commençant par «MOD», pour ministère de la Défense, suivis d’un numéro. Selon Reuters, ils partagent l’adresse du ministère iranien de la Défense et du Soutien logistique des forces armées, à Téhéran. Officiellement enregistrés à la date symbolique du 11 février 1979, beaucoup auraient en réalité été créés en 2013, au moment où les sanctions internationales pesaient lourdement sur l’économie iranienne.
Un cabinet israélo-américain
L’enquête, menée avec le cabinet israélo-américain 240 Analytics, montre comment ce dispositif fonctionne. Des prête-noms et des sociétés-écrans implantés à l’étranger utilisent notamment les revenus de ventes clandestines de pétrole pour acheter du matériel. Les fonds ne sont généralement pas transférés directement vers l’Iran: d’après les données analysées par Reuters, 97% des cargaisons examinées ont été réglées sans transfert transfrontalier de devises, ce qui réduit les risques de détection.
Une entité attire particulièrement l’attention: MOD 346428. À elle seule, elle aurait importé pour 2,3 milliards de dollars de matériel militaire entre janvier 2025 et juin 2026. Parmi les marchandises recensées figurent des produits chimiques susceptibles d’entrer dans la fabrication de propergols, des composants aéronautiques, des équipements électroniques et des véhicules lourds pouvant servir de lanceurs mobiles.
Reuters rapporte notamment l’arrivée, début 2025, de 886 tonnes de produits chimiques au port de Bandar Abbas, enregistrés comme provenant de Chine. Une explosion dévastatrice y a fait au moins 70 morts en avril 2025. Si des témoignages évoquent l’inflammation de perchlorate, l’agence précise n’avoir pas pu établir que la dernière cargaison examinée était à l’origine de la catastrophe.
Russie et Chine: des liaisons dangereuses
Le réseau aurait également facilité l’entrée de centaines de camions Iveco et de milliers de véhicules Toyota, dont certains modèles peuvent être adaptés à des usages militaires. Selon Reuters, MOD 346428 a importé 435 camions Iveco entre janvier 2025 et juin 2026. Le constructeur italien assure ne pas avoir autorisé de ventes vers des destinations interdites et affirme ne pas contrôler les réexportations réalisées par des tiers. Toyota dit, de son côté, n’avoir aucune activité commerciale en Iran.
La guerre déclenchée le 28 février n’a pas interrompu ces flux. Malgré une chute initiale des achats, les importations militaires recensées sont remontées à 77 millions de dollars en mai, selon Reuters. Les itinéraires identifiés passent par la mer Caspienne depuis la Russie, l’Asie centrale par la route et les liaisons aériennes avec la Chine. Des livraisons enregistrées comme provenant de pays de l’Union européenne et des Émirats arabes unis apparaissent aussi dans les documents. L’origine déclarée des produits ne prouve toutefois pas une implication des gouvernements concernés.
Les ramifications dépassent l’armement. D’après Reuters, certains organismes sont liés aux «bonyads », ces puissantes fondations économiques proches du pouvoir, et à des responsables des Gardiens de la révolution. Les comptes de 91 entités comporteraient des coordonnées téléphoniques également associées à des membres de cette force dans les archives de la banque Sepah (le nom persan des Gardiens).
L’un des constats les plus frappants est l’angle mort des sanctions: Reuters n’a trouvé aucune preuve que ces organismes numérotés aient été individuellement inscrits sur les listes de sanctions occidentales. L’agence souligne néanmoins que plusieurs marchandises sont à double usage et que certaines descriptions douanières n’ont pas pu être vérifiées indépendamment. La Chine conteste toute tentative de la mettre en cause; les autorités iraniennes sollicitées n’ont pas répondu.
Vance contacte un sbire-en-chef du régime

Mohsen Rezaï est resté 16 ans à la tête des Pasadaran.
Sur un autre plan, le Wall Street Journal a rapporté que le vice-président américain JD Vance a adressé une lettre à Mohsen Rezaï, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, afin de tenter de relancer les négociations avec Téhéran et d'éviter de nouvelles frappes américaines.
Le choix de cet interlocuteur est particulièrement sensible puisque Rezaï, ancien commandant des Gardiens de la révolution pendant seize ans, est une figure de la ligne dure du régime iranien, au passé controversé. Durant la guerre Iran-Irak, il a dirigé des offensives particulièrement meurtrières, qui lui ont valu de sévères critiques.

Rezaï est également poursuivi par la justice argentine pour son rôle présumé dans l'attentat de 1994 contre le centre communautaire juif AMIA, à Buenos Aires, qui avait fait 85 morts. Il fait l'objet d'une notice rouge d'Interpol, mais n'a pas été condamné dans cette affaire.
Plus récemment, il a menacé de frapper les Émirats arabes unis ainsi que des centres de données et des câbles Internet dans la région.
Selon le Wall Street Journal, les contacts engagés par Vance ne portent pas encore sur un accord de paix, mais sur un éventuel cadre de négociations. Téhéran a confirmé jeudi avoir reçu la lettre, sans y avoir répondu.
Une source du quotidien affirme que cette initiative a été prise sur instruction de Donald Trump. Celui-ci assure cependant avoir simplement donné son accord à une démarche concernant, selon lui, l'acheminement de fournitures médicales.
Ces échanges interviennent alors que Washington menace de reprendre les frappes contre l'Iran après les élections américaines de mi-mandat du 3 novembre. Dimanche, Rezaï avait pourtant accueilli à Téhéran les responsables de la sécurité saoudienne, pakistanaise et turque pour discuter de désescalade régionale.
Levant Time, avec Reuters pour l’enquête de Gavin Finch, Maggie Michael, Allison Martell et Marine Delrue ; le Wall Street Journal et l’AFP.















