


Si un prix de la mythomanie et de la manipulation existait, il serait sans hésitation décerné au Hezbollah, passé maître dans l’art de déformer les réalités et de manipuler sa base.
Cette formation, à qui le Liban doit l’occupation par Israël d’une grande surface de sa partie sud, la destruction de nombreux villages et de surfaces agricoles, des milliers de morts et de déplacés pour une guerre qui leur a été imposée – tantôt en soutien au Hamas, tantôt pour venger un ayatollah iranien –, se pose de nouveau comme un sauveur de ses propres victimes, parmi les Sudistes et les habitants de la banlieue sud de Beyrouth.
Mais qu’on ne s’y trompe pas. L’annonce, mardi, d’un programme d’aide financière aux déplacés dont les habitations ont été détruites vise surtout à calmer une base populaire qui commence à manifester des signes de mécontentement et de ras-le-bol.
Le montant maximal de ces aides est de 14.000 dollars pour les logements situés à Beyrouth et dans sa banlieue sud, et de 12.000 dollars s’ils sont situés ailleurs.
Cette enveloppe comprend aussi une aide à l’ameublement de 8.000 dollars, identique dans toutes les régions, et une aide au loyer de 6.000 dollars dans la capitale et sa banlieue sud, contre 4.000 dollars dans les autres régions.
Ces montants correspondent à ceux qui avaient été fixés pour l’aide au logement après la funeste guerre menée en soutien au Hamas palestinien, en 2024. La somme accordée à chaque bénéficiaire sera versée en quatre fois, sur un an.
L’annonce, faite par le président du conseil exécutif du Hezbollah, cheikh Ali Daamouche, au cours d’une conférence de presse dans la banlieue sud, soulève toutefois une série d’interrogations liées surtout à une éventuelle reconstruction des capacités financières et paramilitaires de cette formation qui obéit aux seuls ordres de l’Iran.
Elle intervient quelques jours après les informations dévoilées par Reuters sur un transfert, par Téhéran, de 200 millions de dollars à son bras militaire libanais. Si Washington, engagé dans un processus d’assèchement des sources de financement du Hezb et de Téhéran, a mis en doute ces informations, l’annonce de l’aide au logement semble les confirmer. Elle relance en même temps la question de l’ampleur des ressources dont dispose ce groupe. Cheikh Daamouche n’a pas dévoilé la source des fonds qui seront débloqués, ni précisé le budget global prévu, mais on verrait mal sa formation se lancer dans des promesses qu’elle ne peut pas tenir alors qu’elle commence à faire face à une fronde au sein de sa base.
D’autres questions se posent. Par quels circuits, ces aides seront débloquées? Par le biais du Qard el-Hassan, l’institution financière illégale du Hezb que l’État était censé avoir fermé depuis longtemps et qui fait l’objet de sanctions américaines?
Comment l’argent destiné à financer ce programme a-t-il pu être acheminé au Hezb? Par les mêmes réseaux clandestins et chemins de contrebande utilisés pour lui parvenir des centaines de tonnes d’explosifs? La question mérite d’autant plus d’être posée que cette annonce coïncide, à deux jours d’intervalle, avec la saisie de près d’une tonne de TNT, de C4 et d’autres matières explosives à Dahr el-Baïdar et dans la région de Hermel, à la frontière avec la Syrie? Cette concomitance ne suffit peut-être pas à établir un lien entre les deux événements, mais elle souligne l’importance des interrogations auxquelles les autorités devraient normalement pouvoir répondre.
Autant de défis à un État que cheikh Daamouche s’est employé à dénigrer, à coups de critiques infondées et de menaces intempestives, au cours de sa conférence de presse. Il lui a ainsi reproché son «échec à préserver la souveraineté libanaise» que son parti foule au pied au quotidien, à cause de son allégeance à Téhéran.























