Logo Levant Time
Retour à l’article
Décryptage

Trafic d’explosifs: le Hezbollah persiste… et confirme

Image d'actualité
Une charge de plastic C-4, utilisé notamment dans des opérations militaires et de démolition. Le C-4, comme tous les explosifs dits plastiques, est commercialisé sous forme de pâte à modeler malléable et collante. (Photo US Navy/Commons)
Portrait de l'auteur
Publié oct. 16, 2026 - 00:16

Le parti libanais pro-iranien Hezbollah a reconnu jeudi, par la voix de son député Hassan Fadlallah, que la cargaison d'une demi-tonne d'explosifs saisie la semaine dernière par les autorités libanaises lui appartenait, affirmant que ces explosifs étaient destinés à la «résistance» contre Israël…

Fadlallah a ajouté que le Hezbollah avait demandé «la libération immédiate des personnes interpellées» et «la restitution du véhicule et de son contenu», car il s'agit de «capacités» que le parti utilise contre Israël.

Si cet aveu est en lui-même une chose rare, il constitue en outre un nouveau défi lancé à l'État libanais qui mobilise ses forces pour mettre fin à la présence d'organisations armées échappant à son contrôle. Au nom de la «résistance» à Israël, le Hezbollah a en effet entraîné le pays dans plusieurs guerres destructrices avec Israël et s'oppose à la décision des autorités de le désarmer.

Les explosifs avaient été saisis sur la route reliant l'est du pays, frontalier de la Syrie, à Beyrouth, au niveau du passage de Dahr el-Baïdar. Le Premier ministre, Nawaf Salam, avait déclaré que l'État ne tolérerait plus «d'armes illégales».

Le véhicule saisi transportait 250 kg de TNT et 250 kg de C-4, un explosif plastique particulièrement puissant.

Salam avait ajouté que son gouvernement «ferait preuve de la fermeté requise à l'égard de toutes les armes échappant au contrôle» des autorités, soulignant comprendre «l'inquiétude des Libanais», d'autant que «le C-4 a été utilisé dans plusieurs assassinats politiques tristement célèbres de l'histoire récente du Liban».

Le Premier ministre avait affirmé que les autorités allaient «déterminer l'identité de toutes les personnes impliquées dans cette opération criminelle et de leurs commanditaires».

Fadlallah n'a pas manqué de réagir aux déclarations de Salam, affirmant que «la précipitation du Premier ministre à inscrire les événements dans le cadre de préparatifs d'assassinats constitue une campagne visant à semer la discorde et à accentuer les divisions entre les Libanais»!

«La résistance, avec toutes ses armes, est exclusivement dirigée contre l'ennemi israélien», a-t-il affirmé.

Pour rappel, le Hezbollah a été accusé d'être impliqué dans plusieurs assassinats politiques au Liban. Un tribunal international avait condamné plusieurs membres du parti pro-iranien pour leur rôle dans l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, en 2005, au moyen d'une énorme charge explosive.

Quel usage final?

La saisie des explosifs soulève par ailleurs plusieurs questions. Le Hezbollah serait-il en rupture de stock au niveau local, et donc contraint de se ravitailler, avec tous les risques que le transport d'explosifs implique pour cette milice?

Ces explosifs peuvent servir soit à la fabrication d'engins, comme des roquettes et des mines, alors que la milice est censée disposer de stocks de ces armes, soit à la préparation d'attentats…

Sur ce dernier point, le C-4, un explosif plastique composé principalement de RDX, est fabriqué aux États-Unis, ainsi que dans plusieurs autres pays.

Plusieurs sources documentent la fabrication de C-4 sur le territoire iranien et sa présence dans des cargaisons d'armes destinées à des groupes armés de la région.

Un rapport présenté au Congrès américain en 2007 indique explicitement que des variantes du C-4 sont fabriquées en Iran, ainsi qu'aux États-Unis et dans d'autres pays.

En février 2007, des officiers américains ont déclaré avoir découvert, dans la région de Hilla, au sud de Bagdad, des explosifs C-4 de fabrication iranienne, aux côtés d'autres matériels militaires.

Ces découvertes s'inscrivaient dans le contexte des accusations américaines portant sur le soutien de Téhéran aux milices chiites irakiennes, selon le Los Angeles Times.

Traçabilité

Un autre rapport, publié en 2020 par l'Atlantic Council sur les transferts illicites d'armes iraniennes dans le Golfe, présente des éléments matériels particulièrement intéressants.

Le rapport fait état de blocs de C-4 retrouvés à Bahreïn, dans des emballages correspondant à du C-4 M112 de fabrication iranienne. Certains portaient des marquages de lots datés de 2006 et 2010. Des emballages identiques avaient été retrouvés dans une cargaison interceptée au Yémen.

Il n'en reste pas moins que ce genre d'explosif peut faire l'objet d'analyses chimiques, tandis que l'examen des éventuels marquages ou emballages pourrait apporter des éléments permettant d'en déterminer l'origine.

Avant que le C-4 ne retienne l'attention dans plusieurs affaires régionales, un autre explosif plastique, le Semtex tchécoslovaque, avait acquis une sinistre réputation en raison de son utilisation par des organisations terroristes durant la guerre froide.

Fabriqué en Tchécoslovaquie, cet explosif avait notamment été exporté vers la Libye, où le régime du colonel Kadhafi en aurait acquis près de 1000 tonnes, selon les révélations faites en 1990 par le président tchécoslovaque Václav Havel.

Une partie de ces stocks avait ensuite été transférée à des organisations armées, notamment à l'Armée républicaine irlandaise provisoire (IRA).

L'attentat de Lockerbie, commis le 21 décembre 1988 contre un avion de la Pan Am au-dessus de l'Écosse, reste l'un des exemples les plus tristement célèbres de l'utilisation du Semtex dans le terrorisme international.

Plus largement, durant la guerre froide, l'URSS et plusieurs pays du bloc de l'Est ont fourni un soutien militaire à diverses organisations armées, notamment à des mouvements palestiniens comme l'OLP et le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP).

D'autres organisations, comme la Fraction armée rouge allemande (bande à Baader), ont bénéficié de soutiens dans certains pays du bloc communiste.

Toutefois, même si des auteurs ont fait état de fourniture de cet explosif, toutes ces relations ne correspondent pas nécessairement à des livraisons documentées de Semtex.

Frontière poreuse

Début octobre, l'armée libanaise avait annoncé avoir saisi près de 250 kg d'explosifs, ainsi que «quatre engins explosifs, huit détonateurs et des fils électriques spécifiques aux détonateurs», acheminés de la Syrie voisine vers le Liban, sans toutefois parvenir à arrêter les contrebandiers.

Le Liban et la Syrie partagent une frontière de 330 km, réputée pour sa porosité. Depuis la chute du régime de Bachar al-Assad en Syrie, fin 2024, les autorités libanaises et syriennes s'emploient à lutter contre la contrebande terrestre, notamment le trafic d'armes et de Captagon, le long de cette frontière.

Le nouveau pouvoir syrien a affirmé à plusieurs reprises que des cellules du Hezbollah étaient toujours présentes en Syrie, tandis que d'autres voies permettraient l'acheminement d'armes depuis l'Irak, où l'Iran dispose de plusieurs groupes armés qui lui sont affiliés.

Articles liés
Voir tout

Le Hezbollah, ce pompier pyromane

Par LevantTime .
Publié oct. 13, 2026 - 20:15
Mis à jour oct. 16, 2026 - 00:22

L’Europe au secours d’un État qui hésite à s’affirmer

Par LevantTime .
Publié oct. 12, 2026 - 22:14
Mis à jour oct. 16, 2026 - 00:22

Salam défend sa politique, mais sans plan clair

Par Tilda Abou Rizk
Publié oct. 8, 2026 - 22:37
Mis à jour oct. 10, 2026 - 10:29

Trois ans après le 7 Octobre, quel nouvel ordre régional?

Par Tilda Abou Rizk
Publié oct. 7, 2026 - 21:49
Mis à jour oct. 11, 2026 - 20:27

Yémen: un conflit militaire aux issues incertaines

Par LevantTime .
Publié oct. 6, 2026 - 21:39
Mis à jour oct. 7, 2026 - 22:22

Plus de LevantTime .

Voir tout

À lire aussi dans Décryptage

Voir tout

Les derniers articles de Levant Time

Voir tout