


Le climat médiatique de cette semaine au Moyen-Orient a été marqué par des rumeurs et des informations filtrées à la presse faisant état d’une nouvelle grande guerre qui serait lancée dans un très proche avenir contre l’Iran. Une éventualité qui s’est invitée dans la campagne électorale israélienne. Entre-temps, deux attentats ont secoué la région en 24 heures, l’un en Israël et l’autre en Jordanie.
Les préparatifs d’une nouvelle guerre dirigée contre l’Iran vont bon train au Moyen-Orient, dans un contexte marqué par l’imminence des élections israéliennes, le 27 octobre, parallèlement aux élections de mi-mandat aux Etats-Unis, le 3 novembre.
Dans cet entre-deux, c’est le langage de l’escalade qui a prévalu, sans pour autant s’accompagner d’actions. Les déclarations américaines, israéliennes et iraniennes sur les préparatifs de guerre se sont succédé toute la semaine, notamment de la part du président US Donald Trump. «Nous allons les démolir», a-t-il dit lors d’un meeting en Alaska.
Sans vraiment fermer la porte à la diplomatie, il a privilégié à plus d’une reprise l’option militaire.
Dans les faits, les Etats-Unis continuent de renforcer leur présence militaire au Moyen-Orient, notamment par le déplacement de leurs porte-avions, et par le rapatriement du personnel non-essentiel dans leurs ambassades et leurs bases dans plus d’un pays arabe.
Par ailleurs, sous pression américaine, l’Irak a fermé, le mercredi 21 octobre, un point de passage avec l’Iran, de même que le Pakistan a suspendu le trafic commercial et a bouclé ses frontières avec la République islamique presqu’à la même date. Une claire indication de la volonté américaine de laisser s’asphyxier le régime des Gardiens de la Révolution iraniens.
De leur côté, les responsables iraniens ont affiché leur détermination à ne pas capituler, comme il ressort des déclarations des deux principaux négociateurs avec les Etats-Unis, le chef du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf, et le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi.
Une rhétorique belliqueuse qui s’est accompagnée d’informations de presse concernant une production accrue de missiles balistiques et de drones en Iran, et des manœuvres militaires opérées par les Gardiens.
Par ailleurs, pour contrer l’isolement qui leur est imposé, les Iraniens ont bénéficiéé d’une visite du chef de la diplomatie russe, Sergeï Lavrov, cette semaine. « Les relations irano-russes n’ont jamais été meilleures », a assuré en substance M. Araghchi.
Mais les déclarations les plus virulentes cette semaine sont venues d’Israël, pays secoué par les dissensions politiques à la veille d’une élection décisive. Sans surprise, l’actuel Premier ministre Benjamin Netanyahu a donné l’impression de brandir les menaces contre l’Iran comme levier dans une échéance difficile.
Revigoré en début de semaine par un appui sans ambiguïté exprimé directement par Donald Trump en personne, et par une visite inopinée en Israël du ministre américain de la Guerre, Pete Hegseth, M. Netanyahu a fait monter la tension avec Téhéran. Le 21 octobre, il a dit avoir ordonné à ses troupes de « renverser » le pouvoir iranien.
Il a martelé à plus d’une reprise que la chute de ce régime est le seul moyen d’éliminer la menace contre son pays, mais aussi de se débarrasser définitivement du Hezbollah, selon ses dires.
Deux attentats en un seul jour
Mais ce que Netanyahu n’aurait pas pu prédire, c’est qu’un incident sécuritaire s’inviterait dans la campagne, offrant à ses adversaires politiques des arguments contre lui, notamment le plus puissant d’entre eux, Gadi Eisenkot.
Jeudi, deux hommes armés ont ouvert le feu dans un carrefour d’Hébron, faisant cinq blessés dont deux, des soldats israéliens, succomberont à leurs blessures. Les deux assaillants seront abattus, mais non sans avoir provoqué une fusillade qui a duré longtemps et a réveillé, chez de nombreux Israéliens, le spectre du 7-Octobre.
Ce rapprochement ne peut pas bénéficier à Netanyahu, éclaboussé par le scandale des mises en garde (dont il n’aurait pas tenu compte, selon ses détracteurs) avant l’opération du Hamas qui avait, en octobre 2023, provoqué la guerre de Gaza et tout ce qui s’en est ensuivi.
Comme par coïncidence, un autre attentat a été perpétré non loin, dans la Jordanie voisine. Deux hommes armés ont ouvert le feu sur des fidèles qui s’apprêtaient à participer aux obsèques d’une femme dans une église grecque orthodoxe, au sud-ouest jordanien.
Neuf victimes au total, sans compter de nombreux blessés, dans un attentat imputé par les autorités jordaniennes à des extrémistes jihadistes. Jusque-là, l’attaque terroriste n’a pas été revendiquée.
Au Liban, l’éternelle question: à quand la guerre ?
Dans ce méli-mélo régional, le Liban, vulnérabilisé par la guerre, l’occupation israélienne et le refus par le Hezbollah de toute perspective de reddition de ses armes, est exposé à tous les dangers.
Cette semaine est restée marquée par les débats autour de la saisie d’explosifs transportés par le Hezbollah de la Békaa vers Beyrouth, deux semaines plus tôt.
La proposition du ministre de la Justice Adel Nassar de transférer ce dossier à la Cour de justice - ce qui lui confère un caractère de crime politique mettant en danger la sécurité de l’Etat - a été gelée à la demande du président de la République Joseph Aoun et du Premier ministre Nawaf Salam.
Au grand dam des souverainistes, dont notamment les Forces libanaises.
Outre les justificatifs légaux, les numéros un et trois de l’Etat libanais auraient-ils préféré désamorcer une éventuelle réaction dans la rue du public du Hezbollah?
Car la vraie question qui hante les Libanais est la suivante : en cas de nouvelle guerre régionale, le Hezbollah ouvrirait-il un nouveau front avec Israël à la demande de l’Iran ?
Le pouvoir libanais, qui n’arrive pas à faire appliquer ses propres décisions de désarmement de la milice, préfère sans nul doute le statu quo de la stabilité relative en attendant de grands développements régionaux.
Notons dans ce cadre que la semaine écoulée a été marquée par une prise de position notoire du chef du Parlement Nabih Berry, leader du mouvement Amal, allié du Hezbollah.
Dans un mouvement d’humeur dans la perspective d’une nouvelle guerre au Liban, le vieux routier de la politique, que le Hezbollah aime à appeler «grand frère», a lancé: «Il n’y a pas de relation de grand frère à petit frère» avec le Hezbollah. Une indication de plus sur un schisme grandissant au sein de la communauté chiite.
Certes, à en croire des informations rapportées en fin de semaine par certains médias locaux, le Hezbollah aurait assuré à Berry qu’il ne s’impliquerait pas dans un éventuel conflit régional… Mais cette même assurance avait été fournie en mars dernier, ce qui n’avait pas empêcher le parti pro-iranien d’entrainer le pays dans une nouvelle guerre.
Autre signe inquiétant: la «visite» effectuée au sud du Liban à une date récente (non confirmée) du commandant de haut rang du Corps des gardiens de la révolution islamique Hussein Yakta … Un fait rapporté par le média israélien Alma. Comment est-il entré au Liban et quelle était sa mission ?
Par ailleurs, à un moment où un nouveau cycle de négociations entre le Liban et Israël, en Floride, du 20 au 23 octobre, n’a donné que des résultats très modestes, les menaces israéliennes contre le Liban ne sont pas pour rassurer les Libanais.
Il reste qu’en cette fin de semaine, les regards se tournent vers les élections israéliennes et ce que leurs résultats signifieront pour la région.























