


Si le front américano-iranien s’est relativement calmé du côté du détroit d’Ormuz, les hostilités entre l’Arabie saoudite et les Houthis ont largement marqué la semaine, avec pour autre objet de contentieux, le non moins stratégique détroit de Bab el-Mandeb.
L’Arabie saoudite subit désormais presque quotidiennement des frappes houthies, qui accentuent la pression sur le premier exportateur mondial de brut, alors que Washington, son allié historique, a clairement fait savoir que l’armée américaine ne volerait pas directement au secours du royaume.
Selon plusieurs sources concordantes, dont l’agence Reuters et le New York Times, des diplomates américains ont rencontré début septembre des représentants houthis à Oman afin de préserver le cessez-le-feu conclu entre Washington et le mouvement yéménite et de maintenir Bab el-Mandeb ouvert à la navigation américaine.
Les Houthis ont assuré qu’ils ne viseraient pas les navires américains. Selon le site d’information Axios, ils auraient indiqué que leurs attaques seraient dirigées uniquement contre les navires saoudiens.
Axios, citant des responsables américains, affirme en outre que Donald Trump a refusé d’ordonner des frappes contre les Houthis, comme le lui demandait Riyad. Samedi, le président américain a lui-même reconnu que les Houthis avaient demandé aux États-Unis de ne pas intervenir dans le conflit.
Washington a donc préféré ne pas s’engager directement aux côtés de son allié saoudien afin d’éviter l’ouverture d’un nouveau front au Moyen-Orient.

Donald Trump, qui avait manifestement sous-estimé la durée et les conséquences de l’affrontement avec l’Iran, se trouve déjà engagé dans une guerre qui exerce une forte pression sur les stocks militaires américains et fait flamber les cours du brut, avec pour conséquence directe une résurgence des tensions inflationnistes.
Le problème est également politique. La hausse des prix de l’énergie et la prolongation du conflit risquent de peser sur la popularité du président et, plus largement, sur les Républicains à l’approche des élections de mi-mandat de novembre.
Une solution négociée avec les Houthis permet ainsi à Washington de préserver ses propres intérêts: les navires américains sont épargnés. Mais les bâtiments saoudiens restent exposés aux menaces du mouvement yéménite dans la zone de Bab el-Mandeb.
Pour rappel, les rebelles houthis du Yémen, issus du chiisme zaydite, font partie de ce que Téhéran et ses alliés appellent «l’axe de la résistance», aux côtés notamment du Hezbollah au Liban, du Hamas palestinien et d’une myriade de milices irakiennes pro-iraniennes, toutes opposées à Israël et aux États-Unis.
Un énorme contrat de F-35 à Riyad
Les Saoudiens ont cependant obtenu une forme de compensation. Le gouvernement américain a en effet approuvé un projet de vente de 48 avions de combat furtifs F-35 à Riyad, pour un montant de 24,3 milliards de dollars. Cet important contrat intervient en plein conflit au Moyen-Orient.
Comme l’exige la législation américaine, le département d’État a informé le Congrès de ce projet de vente, qui devra encore franchir les différentes étapes de la procédure américaine. Certains élus y sont opposés, notamment en raison des craintes de voir certaines technologies sensibles de cet appareil de pointe parvenir indirectement à la Chine.

Un avion de combat F-35A a été remis à l’armée de l’air allemande lors d’une cérémonie organisée à l’usine Lockheed Martin de Fort Worth, au Texas, le 18 septembre 2026. L’Allemagne a commandé 35 de ces chasseurs furtifs, considérés comme faisant partie des avions de combat les plus avancés au monde. (AFP)
Riyad cherche depuis longtemps à acquérir des F-35, mais Israël – seul pays de la région à exploiter actuellement ces appareils – avait jusqu’ici exprimé de fortes réserves. Conformément à une politique américaine de longue date, Washington s’engage à préserver l’«avantage militaire qualitatif» d’Israël sur les autres puissances régionales.
Le New York Times a toutefois rapporté cette semaine que des analystes des services de renseignement américains avaient évoqué le risque que Pékin puisse accéder à certaines technologies liées au F-35 en raison des liens étroits développés avec Riyad. De plus, la livraison effective de ces avions devrait s’étaler sur plusieurs années.
Début septembre, le département d’État avait également annoncé avoir approuvé un projet de vente de plus de 10000 bombes à Riyad, pour un montant d’environ 5 milliards de dollars.
Le CGRI à pied d’œuvre au Yémen
Deux sources au sein du mouvement houthi ont indiqué samedi à l’AFP que les combattants installaient des radars et creusaient des tunnels le long de la côte de la mer Rouge. Elles ont également affirmé que des membres du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien s’étaient récemment rendus dans cette région.
Les Houthis ont par ailleurs revendiqué samedi une attaque contre des sites qu’ils ont qualifiés de «sensibles» dans la capitale saoudienne, où des explosions avaient retenti dans la nuit pour la première fois depuis la reprise des hostilités entre Riyad et les combattants pro-iraniens.

Un missile balistique lancé par les Houthis en direction de Riyad a été intercepté et détruit à l’aube samedi, a annoncé la coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite contre le mouvement yéménite.
Des images diffusées en ligne montrent une colonne de fumée noire s’élevant au-dessus de bâtiments situés à proximité de l’aéroport.
Dans l’après-midi, des pompiers ont éteint un incendie qui s’était déclaré dans un réservoir de carburant portant le logo du géant pétrolier saoudien Aramco, près de l’aéroport, selon un journaliste de l’AFP présent sur place.
Dans un communiqué publié sur Telegram, le porte-parole militaire des Houthis a affirmé que le mouvement avait mené deux attaques au moyen d’«un grand nombre de missiles balistiques, de missiles de croisière et de drones».