


Le Liban n’aura pas raté le grand rendez-vous de l’assemblée plénière cette semaine au siège des Nations unies à New York. Le Premier ministre Nawaf Salam a multiplié ces deux derniers jours les rencontres en marge de l’événement, à commencer par le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, lundi soir. Et les messages qu’il a lancés étaient d’une importance capitale, autant au niveau du renouvellement du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) que du monopole des armes aux mains de l’État.
Sur un plan politique libanais, la présence du ministre des Affaires étrangères Joe Raggi aux côtés de Salam n’est pas passée inaperçue, alors que sa quasi-mise à l’écart dans les déplacements diplomatiques des numéros un et trois de l’État avaient interpellé les observateurs et causé des tensions avec le parti ayant appuyé sa candidature à ce poste, les Forces libanaises.
Le maintien d’une force internationale au sud du Liban a donc été abordé lundi soir par le Premier ministre libanais avec Guterres, ainsi que l’a souligné un communiqué de la présidence du Conseil des ministres. M. Salam a fait valoir qu’il était important de maintenir une présence internationale dans le sud, qui est en guerre depuis bientôt trois ans entre le Hezbollah et l’armée israélienne. Une présence internationale serait un appui aux efforts de l’État libanais pour étendre son autorité sur l’ensemble de son territoire, a-t-il insisté.
Cette présence internationale, qu’il s’agisse d’une prorogation du mandat de la Finul – qui devrait commencer à se retirer dès fin 2026 – ou son remplacement par une autre force internationale, européenne ou autre, est une revendication des autorités libanaises. La première option se heurte à un refus catégorique de la part des États-Unis et d’Israël, qui estiment que la Finul n’a pas été assez ferme dans sa surveillance du Hezbollah et de ses activités au sud.
La question du monopole des armes et de l’extension de la souveraineté de l’État se trouvaient clairement au cœur de l’intervention de Salam devant la diaspora libanaise réunie au consulat général de New York, à l’invitation du consul général Talal Daher.
«Il ne peut y avoir d’État avec deux armées, ni d’État avec deux décisions», a-t-il martelé, selon des propos repris par notre consœur à New York Sylviane Zehil. Le Premier ministre a rappelé «les décisions importantes et déterminantes» prises par son gouvernement, sans nier les «difficultés» rencontrées en chemin. Il a assuré que «l’État (doit être) le seul détenteur de l’autorité sur l’ensemble de son territoire, que la décision de guerre et de paix relève exclusivement de l’État, et que l’armée et les forces légitimes sont les seules responsables de la sécurité des Libanais».
Soulignant que la souveraineté, la sécurité et le redressement économique sont trois dossiers indissociables, M. Salam a assuré que son gouvernement œuvre «à obtenir le retrait israélien, à consolider le retour de nos compatriotes au Sud et à lancer le processus de redressement et de reconstruction».
Le monopole des armes et le désarmement des milices ont été au menu de la conversation entre M. Salam et son homologue irakien Ali el-Zaïdi. Les deux hommes se sont accordés sur «le défi commun» du désarmement dans les deux pays, étant donné le refus affiché par le Hezbollah libanais de rendre ses armes, et celui de certaines des milices pro-iraniennes en Irak de faire de même.
M. Salam a également rencontré le roi Abdallah II de Jordanie avec qui il a discuté de la stabilité régionale, et le président turc Recep Tayyp Erdogan, avec qui il a mis l’accent sur le rôle que pourrait jouer la Turquie dans le redressement du sud du Liban.
Trump: «Nous sommes les seuls à avoir agi»
Le conflit en Iran était bien présent mardi à l’ONU, notamment dans le discours du président américain Donald Trump, qui a défendu avec force sa guerre contre la République islamique. «Imaginez que ce régime avait réussi à se doter de l’arme nucléaire», a-t-il lancé aux représentants du monde entier, dans une claire tentative de fédérer les pays du monde autour de sa guerre contre Téhéran, «le plus grand parrain du terrorisme au monde».
«J’appelle tous les pays à se joindre au blocus contre l’Iran», a lancé le président américain. Trump a assuré que leur programme nucléaire a été anéanti, ainsi que l’essentiel de la puissance militaire iranienne. Il a, à nouveau, menacé d’anéantir la République islamique, à moins de parvenir à un accord juste après les élections de mi-mandat aux États-Unis, exhortant les Iraniens à ne pas compter sur les résultats de ces élections et un éventuel recul de son parti.
Trump a mis en avant le fait que lui seul a agi contre l’Iran alors que le danger que représente ce pays est dénoncé par de nombreux pays, assurant avoir redonné aux États-Unis ses lettres de noblesse. «Les États-Unis sont plus forts qu’ils ne l’ont jamais été, et son armée est la plus puissante du monde», a-t-il martelé.
Trump devrait aborder le sujet de l’Iran avec son homologue chinois Xi Jinping dans deux jours seulement. Il devrait également rencontrer les leaders des pays du Golfe à propos de ce conflit, en marge de l’assemblée plénière.
L’Iran est représenté à New York par son président Massoud Pezechkian, et son ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi. Mardi également, un responsable iranien a déclaré à Reuters que le détroit d’Ormuz pourrait rouvrir dans sept jours «sans conditions» si les Américains réduisent leur pression sur ce pays. Malgré l’agressivité du discours de Trump, ce même responsable a assuré à l’agence que le secrétaire d’État Marco Rubio était disposé à rencontrer des responsables iraniens à New York. Toutefois, de sources de presse concordantes, aucune rencontre de ce type n’est programmée pour le moment.
Plus de 150 morts au Yémen
Sur le front yéménite, la confrontation renouvelée depuis quelques semaines par les Houthis contre les forces gouvernementales légales d’une part, et l’Arabie saoudite d’autre part, s’intensifie de plus en plus. Rien que ces deux derniers jours, le conflit a fait plus de 154 morts, sans compter près de 30.000 déplacés depuis l’avancée des Houthis vers les sites sur la mer Rouge.
La nouveauté, mardi, est un appel des ministres des Affaires étrangères du G7 lancé directement aux Houthis, les exhortant à cesser leurs actions militaires qui mettent en péril un autre détroit stratégique, celui de Bab al-Mandab (après celui d’Ormuz, pratiquement fermé depuis mars).
L’autre dossier brûlant au Moyen-Orient reste celui des territoires palestiniens. Ce dossier a été présent dans le discours de Guterres mardi, qui a exprimé ses craintes d’un «nettoyage ethnique» en Cisjordanie occupée. Il a appelé au respect du droit international et a redit son attachement à la solution des deux États.
Entre-temps, l’armée israélienne poursuit ses attaques au sud du Liban mais aussi, mardi, en Syrie. Selon la télévision syrienne, les forces israéliennes «ont effectué une incursion à l’aide de trois véhicules dans le village de Saïda dans le Golan, dressant un barrage pour fouiller les passants».