
L’Onu dénonce des crimes contre l’humanité commis en Iran


Les Républicains aux États-Unis ne sont pas les seuls à pâtir de la guerre en Iran, pas plus que les populations à travers le monde ou les pays qui subissent encore les agissements des proxys iraniens. Le conflit pourrait en effet coûter au parti de Donald Trump un nombre important de sièges au Sénat, même selon les projections les plus favorables. La planète, elle, subit les effets de l’inflation alimentée par la hausse des prix de l’énergie. Au Yémen, au Liban et en Irak, l’hydre des mollahs a perdu plusieurs de ses têtes, mais conserve sa capacité de nuisance.
Aujourd’hui, c’est cependant l’Arabie saoudite qui se retrouve en première ligne du conflit ouvert par les États-Unis et Israël en février dernier. Les rebelles houthis du Yémen continuent de harceler ses frontières, de frapper ses points névralgiques et, surtout, d’entraver ses exportations de pétrole, cordon ombilical de sa puissance économique.
Riyad n’était toutefois pas parvenu, jusqu’à présent, à mobiliser ses nouveaux alliés, la Turquie et le Pakistan, avec lesquels le Royaume a signé le mois dernier le «pacte de La Mecque», conçu comme une alliance de défense collective entre les trois pays.
Coup de théâtre vendredi: Islamabad a annoncé, par la voix du porte-parole de son armée, que le Pakistan défendrait «jusqu’au bout» son allié arabe, l’Arabie saoudite. Ahmed Sharif Chaudhry a affirmé que son pays soutiendrait le Royaume «tant sur le plan diplomatique que physique». «Nous irons jusqu’au bout pour la sécurité des deux sanctuaires saints et du Royaume d’Arabie saoudite», a-t-il déclaré.
Pour rappel, les forces houthies ont fait état cette semaine de nouvelles frappes aériennes saoudiennes, tandis que Riyad a accusé le groupe d’avoir lancé une attaque «lâche» visant La Mecque, ville sainte de l’islam, provoquant une vague d’indignation dans l’ensemble du monde musulman.
«L’Otan ne s’est pas faite en un jour»
Une évolution importante à mettre à l’actif du prince héritier Mohammed ben Salmane. Mais la Turquie conserve, pour l’heure, une attitude plus prudente. «Nous n’avons reçu aucune demande officielle de l’Arabie saoudite» en matière d’aide militaire, a indiqué à l’AFP une source diplomatique turque à Ankara.
«Je pense que tout le monde dans cette région a suffisamment d’expérience pour savoir qu’aller quelque part et bombarder des gens et des camions-citernes ne produit pas nécessairement de résultats», a-t-elle ajouté.
«Même pendant la guerre à Gaza, nous avons vu qu’un État, en utilisant tous les moyens de violence possibles, n’a pas pu vaincre un ensemble de civils et de groupes armés.»
Interrogée sur le rôle que pourrait jouer à l’avenir l’accord de La Mecque dans ce type de crise, la même source a relevé que «l’Otan ne s’est pas faite en un jour» et que les armées des trois pays devaient notamment apprendre à coordonner leurs opérations militaires.
«Il ne s’agit pas seulement de l’Arabie saoudite et de ses alliés envoyant quelques chasseurs au Yémen», a-t-elle fait valoir. «Les questions sur l’avenir de l’alliance de La Mecque n’ont en fait rien à voir avec l’avenir du Yémen ou des Houthis.»
Les civils iraniens pris en étau
En Iran, des enquêteurs de l’ONU ont lancé un cri d’alarme, affirmant que la population civile «est prise entre de graves violations des droits humains et des crimes contre l’humanité commis par son propre gouvernement, et le conflit meurtrier opposant le pays aux États-Unis et à Israël».
Dans son dernier rapport, qui doit être présenté lundi au Conseil des droits de l’homme, la Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur l’Iran estime que la réaction de Téhéran aux manifestations de l’hiver dernier «marque une escalade significative par rapport au passé».
Les enquêteurs constatent une aggravation «tant par l’ampleur des violences et des homicides que par les efforts déployés pour couper les liens entre les communautés et avec le monde extérieur, le recours à des lois répressives et l’utilisation croissante de la peine de mort comme instrument d’intimidation et de contrôle».
Le mouvement de contestation, qui avait initialement débuté fin décembre pour protester contre la hausse du coût de la vie, s’était rapidement transformé en vastes manifestations antigouvernementales, culminant les 8 et 9 janvier.
Des ONG font état d’une répression ayant fait des milliers de morts, tandis que le pouvoir a annoncé plus de 3 000 morts, imputant les violences à des «actes terroristes orchestrés par les États-Unis et Israël.»
La mission accuse les forces de sécurité d’avoir «procédé à des meurtres à une échelle stupéfiante dans les 31 provinces».
En outre, souligne-t-elle, «des dizaines de milliers de personnes ont été privées de liberté dans le cadre d’arrestations et de détentions arbitraires à grande échelle», parfois assorties de «tortures» et de placements à l’isolement.
Les autorités avaient par ailleurs suspendu l’accès à l’internet international pendant les manifestations, puis de nouveau au début de la guerre, et ce pendant plusieurs mois.
Depuis le début du conflit, le gouvernement a également «intensifié son recours à la peine de mort contre les manifestants», avancent les enquêteurs, affirmant qu’entre mars et août 2026, au moins 29 hommes ont été exécutés «à l’issue de procès expéditifs» en lien avec les manifestations.
«Plus de 70 personnes, dont cinq femmes et trois garçons, restent exposées à un risque imminent d’exécution», ajoutent-ils.
Le rapport conclut que nombre de ces violations constituent des «crimes contre l’humanité, notamment des meurtres, des emprisonnements, des actes de torture et d’autres actes inhumains».
La mission dénonce également des frappes américaines menées le 28 février, au premier jour de la guerre.
Selon elle, il existe des « motifs raisonnables » de croire que les États-Unis ont commis des «crimes de guerre» lors d’attaques telles que celles menées contre une école primaire de Minab, qui ont tué plus de 150 personnes, dont environ 120 enfants, ainsi que contre un complexe sportif et une zone résidentielle « clairement identifiables » à Lamerd, où 22 civils ont été tués.