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Décryptage

Riyad s’arme d’un bouclier français face aux Houthis

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Un pilote de la patrouille acrobatique des forces aériennes saoudiennes, les Saudi Hawks, pose son appareil sur la base aérienne 701 de Salon-de-Provence, dans le sud de la France. La formation a été invitée à participer au meeting aérien organisé en mai 2023 à l’occasion du 70e anniversaire de la Patrouille de France. (AFP)
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Par LevantTime .
Publié sept. 26, 2026 - 21:53

La France prévoit d’envoyer des soldats, des radars et des systèmes de défense en Arabie saoudite pour protéger les infrastructures énergétiques du port de Yanbu, sur la mer Rouge. Cette aide vise à sécuriser un site devenu crucial pour les exportations pétrolières du royaume, alors que les attaques des Houthis et d’autres milices pro-iraniennes menacent ses voies d’acheminement.

Le président Emmanuel Macron a précisé que la France n’entendait pas prendre part au conflit et que ce déploiement avait été convenu avec Riyad. Il n’a pas exclu une aide supplémentaire en fonction de l’évolution de la situation.

 

Pourquoi Yanbu?

 

Depuis le déclenchement de la campagne militaire menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, le site de Yanbu est devenu hautement stratégique: son port permet à l’Arabie saoudite de contourner le détroit d’Ormuz, verrouillé par Téhéran.

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Long de 1 200 kilomètres, l’oléoduc Est-Ouest, ou Petroline, traverse l’Arabie saoudite depuis le cœur pétrolier du royaume, sur le golfe Persique, jusqu’au port de Yanbu. Construit au début des années 1980, il devait répondre aux menaces pesant sur la navigation dans le Golfe pendant la guerre Iran-Irak. Devenu un axe vital en temps de guerre, il contribue à faire de Yanbu un point majeur d’approvisionnement des marchés européens en pétrole brut, en diesel et en produits raffinés.

Cette voie de contournement est désormais menacée. Des milices pro-iraniennes en Irak ont endommagé l’oléoduc lors d’une attaque de drones. Les Houthis ont frappé la raffinerie Yasref, près de Yanbu, et visé des installations d’Aramco. Ils menacent également le trafic maritime en mer Rouge et dans le détroit de Bab el-Mandeb, passage vers l’océan Indien et les marchés asiatiques.

Ces attaques ont ébranlé les marchés mondiaux des carburants et aggravé une crise d’approvisionnement en diesel aux répercussions internationales.

 

Pourquoi Riyad a-t-il besoin d’une aide militaire?

 

L’Arabie saoudite possède un arsenal important, mais elle peine à protéger l’ensemble de ses installations contre des attaques répétées de missiles et de drones. Ses stocks d’intercepteurs sont sous pression, tandis que ses radars et ses équipages sont fortement sollicités. Le royaume dépend aussi de fournisseurs et de formateurs étrangers pour une partie de ses équipements et de ses capacités militaires.

Les achats massifs d’armes auprès de fabricants occidentaux, notamment américains, britanniques et français, constituent une caractéristique majeure de la politique de défense saoudienne. Ils servent à renforcer les capacités du royaume, mais aussi à s’assurer l’appui de ses alliés.

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Selon cette vidéo de propagande houthie, une colonne de poids-lourds saoudiens chargés de ravitaillement a été attaquée à la frontière avec le Yémen. (AFP)

Malgré cet arsenal, les forces saoudiennes disposent, selon plusieurs analystes, d’une expérience relativement limitée dans la conduite d’opérations militaires complexes. Leur fragmentation complique également la coordination.

«Les dirigeants saoudiens doivent bâtir une armée prête à combattre, et s’appuyer sur une population prête à mourir, pour préserver leur prospérité», analyse Bernard Haykel, spécialiste de l’Arabie saoudite à l’université de Princeton, cité par l’AFP.

 

Une armée délibérément limitée

 

Pour plusieurs analystes, ces faiblesses relèvent aussi d’un choix politique: les forces armées du royaume auraient été délibérément maintenues dans un état de fragmentation afin de prévenir toute tentative de putsch, dans une région marquée par de nombreux coups d’État.

«L’Arabie saoudite demeure une monarchie qui n’a pas été renversée par l’armée précisément parce que celle-ci a été maintenue dans un état de faiblesse», expliquait Ray Takeyh, spécialiste du Moyen-Orient, lors d’une audition au Congrès américain en 2015.

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Des rebelles houthis posent fièrement devant un F-15 saoudien abattu. (AFP)

La guerre au Yémen a exposé plus nettement ces limites. Les tensions entre Riyad et Abou Dhabi ont affaibli le camp gouvernemental yéménite, tandis que les forces saoudiennes n’ont pas réussi à combler le vide laissé par le retrait des Émirats arabes unis du Yémen.

Les Houthis, qui connaissent le terrain et disposent d’un commandement plus cohérent, ont pu reprendre leur offensive et menacer les intérêts saoudiens.

 

Le repli américain

 

Riyad cherche également des garanties face à l’incertitude entourant l’engagement américain. Les États-Unis restent son principal partenaire stratégique, mais la politique de Donald Trump rend leur soutien moins prévisible.

Le président américain a repoussé des demandes saoudiennes de frappes contre les Houthis, tandis que ses représentants ont discuté directement avec le mouvement à Oman. Washington a ainsi privilégié le maintien de sa trêve avec les Houthis plutôt qu’une intervention militaire au secours de son allié.

Cette attitude nourrit les doutes des monarchies du Golfe sur la disponibilité des États-Unis en cas de crise.

 

Quel intérêt pour la France?

 

Pour Paris, ce déploiement est l’occasion de s’affirmer comme un partenaire capable d’apporter une aide militaire concrète, à un moment où l’engagement américain paraît plus incertain.

La France entend approfondir ses relations avec Riyad et diversifier ses partenariats dans le Golfe, où elle entretient déjà des liens étroits avec les Émirats arabes unis. Le rapprochement franco-saoudien s’est notamment traduit, lors de la visite du prince héritier Mohammed ben Salmane à Paris, fin août, par des accords dans les domaines de la défense, de la santé, de l’intelligence artificielle et des technologies.

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Le président Macron lors d’une visite du Charles de Gaulle au large de Chypre. (AFP)

Cette présence pourrait servir les intérêts diplomatiques et économiques français, sans pour autant se substituer à l’alliance américaine, qui demeure centrale pour l’Arabie saoudite. Les hésitations de Washington ouvrent néanmoins un espace à ses partenaires occidentaux pour renforcer leurs propres liens stratégiques dans la région.

Les enjeux sont aussi industriels et commerciaux: les exportations d’armements occupent une place importante dans le commerce extérieur français, aux côtés de secteurs comme l’aéronautique, le luxe et l’agroalimentaire.

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