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Analyse

Nomination d'Eisenkot: le Liban saura-t-il en profiter?

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Photo JACK GUEZ/AFP
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Publié nov. 7, 2026 - 23:01

Benyamin Netanyahu n'est plus le seul à détenir les clés du pouvoir en Israël. La décision du président israélien Isaac Herzog de confier à Gadi Eisenkot la formation du nouveau gouvernement, après que celui-ci a recueilli les recommandations de 67 députés contre 46 pour Netanyahu, ouvre la voie à une nouvelle phase politique. Mais la question qui devrait préoccuper les Libanais n'est pas de savoir si Netanyahu quittera le pouvoir, mais si le Liban est prêt à tirer parti de tout changement susceptible de se produire en Israël.

Car l'histoire a montré qu'un changement de gouvernement israélien n'entraîne pas nécessairement une modification de sa politique envers le Liban, et qu'un général qui troque son uniforme contre une cravate ne se transforme pas automatiquement en colombe de la paix.

Eisenkot n'est ni un inconnu en politique ni un homme issu d'un mouvement pacifiste. Ancien chef d'état-major de l'armée israélienne, il connaît bien le Liban et le Hezbollah. Il a appartenu à cette institution militaire qui a placé la confrontation avec le parti au cœur de sa doctrine sécuritaire. Le considérer comme une version modérée de Netanyahu serait donc une erreur d'appréciation.

Mais l'erreur inverse consisterait à croire que tous les gouvernements israéliens se ressemblent au point de rendre tout changement politique insignifiant. Les différences ne portent pas nécessairement sur les objectifs sécuritaires, mais peuvent concerner les moyens employés pour les atteindre, les relations avec Washington et la disposition à transformer les acquis militaires en arrangements politiques.

C'est précisément là que réside une occasion potentielle pour le Liban.

Être désigné ne signifie pas gouverner

Eisenkot a obtenu le soutien de 67 députés pour sa désignation, mais ce chiffre dissimule un véritable casse-tête politique. Les formations juives qui le soutiennent ne disposent pas, à elles seules, de la majorité nécessaire. Les voix des partis arabes ont été décisives pour faire pencher la balance en sa faveur lors des consultations menées par le président.

Paradoxalement, celui qui a bénéficié des recommandations des députés arabes refuse toujours d'associer leurs partis à son gouvernement dans les conditions actuelles.

Le chemin qui mène de la désignation à l'exercice du pouvoir est donc loin d'être dégagé. Eisenkot devra soit rallier d'autres partis, soit trouver une formule permettant la constitution d'un gouvernement minoritaire, soit se résoudre à l'éventualité d'un échec et d'un retour à l'impasse politique.

Quant à Netanyahu, il a perdu la majorité qui lui permettait de gouverner, mais il n'a pas définitivement quitté l'échiquier politique. Il pourrait tirer profit des difficultés de ses adversaires, notamment si leurs divergences persistent quant à la composition du prochain gouvernement.

Autrement dit, le Liban pourrait être confronté à une période de transition politique relativement longue en Israël, plutôt qu'à une alternance immédiate.

Un général serait-il davantage disposé à négocier?

La question peut paraître étrange, mais elle mérite d'être posée.

Un militaire qui connaît les limites de la force pourrait être plus conscient qu'un responsable politique qui l'utilise dans ses luttes internes que les guerres ne s'achèvent pas toujours par des victoires décisives et que la stabilité exige des arrangements politiques et sécuritaires.

Mais il s'agit là d'une hypothèse politique, nullement d'une garantie concernant Eisenkot.

Le gouvernement qu'il cherche à constituer pourrait se montrer davantage disposé à considérer les négociations comme un moyen d'organiser la sécurité aux frontières, voire plus capable de faire accepter un compromis par la société israélienne et les institutions sécuritaires.

À l'inverse, Eisenkot pourrait se montrer plus exigeant en matière de garanties sécuritaires précises, et plus déterminé à faire du désarmement du Hezbollah, ou de la suppression de sa capacité militaire autonome, une condition fondamentale de tout accord durable.

Car il ne faut pas confondre disposition à négocier et volonté de faire des concessions.

Que peut gagner le Liban?

Si Eisenkot parvient à former un gouvernement, une occasion pourrait se présenter de relancer les dossiers en suspens : le retrait israélien des territoires libanais, la cessation des attaques, la consolidation du cessez-le-feu, le retour des déplacés et le lancement de la reconstruction.

Mais ces dossiers n'avanceront pas simplement parce que le Premier ministre israélien aura changé de nom.

Ils exigent un État libanais qui sache ce qu'il veut, qui soit maître de ses décisions et qui puisse honorer ses engagements.

C'est ici que se trouve le cœur du problème libanais.

Nous observons les élections américaines et israéliennes, attendons les résultats des négociations entre Washington et Téhéran, suivons l'évolution des rapports de force dans la région, comme si l'avenir du Liban se décidait exclusivement hors de ses frontières.

Mais où est la décision libanaise?

Avons-nous une vision claire du règlement que nous souhaitons ? Avons-nous défini les conditions du retrait, les garanties sécuritaires et les mécanismes de vérification? Avons-nous élaboré un plan concret pour placer les armes sous l'autorité exclusive de l'État? Et le gouvernement libanais peut-il parler au nom de tous les Libanais, ou certains continuent-ils de considérer la décision de guerre et de paix comme leur propriété privée?

Le Liban ne peut demander au monde de le traiter comme un État pleinement souverain alors que le débat interne se poursuit sur le droit exclusif de l'État de détenir les armes et de prendre les décisions qui engagent son destin.

Entre la voie de Washington et l'attente de Téhéran

Les développements en Israël revêtent une importance supplémentaire à la lumière du débat libanais sur les négociations: le Liban doit-il y participer directement ou laisser d'autres négocier en son nom?

Certains estiment qu'il aurait mieux valu attendre l'issue des négociations américano-iraniennes, comme si le Liban n'était qu'un détail dans une grande transaction régionale, comme si Téhéran était mieux placé que Beyrouth pour définir les intérêts des Libanais.

Mais pourquoi faudrait-il que la seule alternative à des négociations libanaises directes soit de confier à l'Iran le soin de négocier à notre place?

Si un changement de gouvernement en Israël peut ouvrir une nouvelle fenêtre, il serait logique que le Liban soit présent au moment où elle s'ouvre, au lieu d'attendre qu'on lui annonce les décisions prises à son sujet.

Cela ne signifie ni consentir à des concessions gratuites, ni renoncer aux droits du Liban, ni passer automatiquement de négociations sécuritaires à une normalisation politique.

Cela signifie simplement que l'État libanais doit rester maître de ses décisions et que les négociations doivent être un instrument de recouvrement des droits, non une récompense accordée par Israël ni un privilège monopolisé par une formation armée libanaise.

Ne misez pas sur Eisenkot… Misez sur l'État

Eisenkot peut réussir à former un gouvernement, comme il peut échouer. Netanyahu peut quitter le pouvoir ou s'y maintenir à la faveur d'un nouvel arrangement politique ou d'autres élections.

Mais une chose ne doit pas changer: la position libanaise.

Le retrait israélien est une exigence qui ne dépend pas de l'identité du Premier ministre à Tel-Aviv. La fin des attaques est un droit pour le Liban, et non une faveur accordée par quiconque. Quant au monopole des armes par l'État, il ne constitue pas une concession à Israël, mais une obligation nationale libanaise dont l'accomplissement a été trop longtemps différé.

Il serait également erroné de laisser l'avenir du Liban-Sud devenir l'otage des élections israéliennes, comme il l'a été de calculs régionaux étrangers aux intérêts de ses habitants.

Les habitants du Liban-Sud veulent retourner dans leurs villages, reconstruire leurs maisons, récupérer leurs terres et vivre sans craindre une nouvelle guerre. Que le Premier ministre israélien s'appelle Netanyahu ou Eisenkot leur importe bien moins que l'existence d'un État libanais capable de les protéger.

Et cette protection ne passe ni par les slogans, ni par le stockage d'armes au milieu des habitations, ni par la proclamation de victoires que les propriétaires des maisons détruites ne peuvent constater. Elle suppose une armée déployée sur le terrain, des institutions efficaces, des frontières sûres et des garanties applicables.

Il serait inadmissible qu'un changement politique en Israël devienne une nouvelle occasion de temporiser, au lieu d'inciter le Liban à reprendre l'initiative.

La désignation d'Eisenkot pourrait marquer le début d'un changement en Israël, mais elle ne représentera une occasion pour le Liban que si les Libanais décident de changer leur manière de gouverner leur État.

Il ne s'agit donc pas d'attendre un Premier ministre israélien moins intransigeant, mais de construire un État libanais davantage capable de défendre ses droits.

Et si Netanyahu a perdu sa majorité, le Liban ne doit pas perdre, une nouvelle fois, l'occasion de recouvrer sa souveraineté.

Car le problème, en définitive, n'est pas seulement de savoir qui gouverne Israël, mais qui gouverne le Liban et qui y détient le pouvoir de décider de la guerre et de la paix.

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