Logo Levant Time
Retour à l’article
Analyse

Liban: les clans ont étouffé l’État, le Hezbollah l’a englouti

Image d'actualité
Photo ANWAR AMRO/AFP
Portrait de l'auteur
Publié oct. 21, 2026 - 20:27

Comment le Liban en est-il arrivé à un tel degré de dégradation, jusqu’à l’effondrement? Qu’est-ce qui empêche l’État d’exercer ses prérogatives souveraines, notamment son monopole de la violence, son pouvoir de décider de la guerre et de la paix et celui de définir une politique étrangère conforme à ses intérêts?

Quiconque examine avec un regard critique et impartial le premier siècle d’existence de l’État libanais constate que la classe politique dirigeante s’est comportée, depuis l’indépendance jusqu’à aujourd’hui, d’une manière singulière. Alors que les premiers fondateurs du Grand Liban entendaient consolider la notion de citoyenneté, l’allégeance à la patrie et le droit à l’autodétermination, les pratiques des responsables politiques ont abouti à une «confiscation de la citoyenneté» et à un affaiblissement du sentiment d’appartenance nationale, jusqu’à sa disparition chez certains, au profit des chefs confessionnels, des grandes familles et des allégeances étrangères.

Le comportement de l’élite dirigeante, qualifiée par ses adversaires d’«oligarchie confessionnelle et financière», s’est articulé autour d’une politique visant à maintenir l’individu dans la dépendance du chef politique pour tous les aspects essentiels de son existence: emploi, éducation, santé et même en cas d’infraction. Il lui faut solliciter l’intervention du chef pour obtenir, sous forme de faveurs, des droits qui devraient pourtant lui être garantis, assurant ainsi la perpétuation de sa dépendance.

Cette politique porte un nom: le «clientélisme», devenu au fil du temps un mécanisme ordinaire du fonctionnement sociopolitique.

Ce mécanisme s’appuie sur un autre pilier essentiel, qui le nourrit et avec lequel il partage le terrain: le phénomène du leadership traditionnel. Par l’intermédiaire de leurs relais et de leurs alliés, ces chefs traditionnels échangent des services à tous les niveaux, social, économique, administratif et sanitaire, contre la loyauté politique et le soutien de leurs partisans et militants.

Or, puisque le pouvoir de ces chefs traditionnels repose sur l’allégeance des membres de leur communauté confessionnelle, celle-ci est devenue l’intermédiaire obligé entre l’individu qui en dépend et l’État.

La classe politique dirigeante a ainsi détourné les ressources publiques à son profit, au moyen du «clientélisme parlementaire et ministériel», autrement dit du partage des quotas et des dépouilles, connu sous le nom de mohassassa, au bénéfice des fonds et des conseils confessionnels ainsi que des réseaux de favoritisme.

Ce système d’«intermédiation obligatoire» s’est ainsi institutionnalisé, transformant les droits en largesses et en actes de charité, et empêchant l’établissement d’une relation juridique directe entre l’individu et l’État.

L’affaiblissement des compétences et la perte des droits

Le pouvoir s’est délibérément employé à affaiblir les compétences et l’efficacité des administrations publiques, des hôpitaux gouvernementaux et des écoles publiques. Cet affaiblissement structurel des institutions de l’État visait à contraindre le citoyen à se tourner vers le «chef» ou le parti confessionnel pour obtenir un lit d’hôpital, un emploi dans le secteur public ou une bourse d’études.

L’accès à un emploi public ou aux soins médicaux n’est plus considéré comme un droit que le citoyen peut faire valoir auprès de l’État auquel il paie ses impôts. Tout cela s’est transformé en «services» qu’il doit mendier auprès du chef, devenant ainsi un «client» au sein de l’empire de ce dernier, soutenu par les fidélités familiales et confessionnelles. Quiconque s’affranchit de la tutelle de sa famille se retrouve exclu du filet de sécurité qu’elle garantit à ceux qui lui demeurent fidèles, à elle comme au chef politique.

La soumission aux autorités religieuses dans les affaires de la vie et de la mort

Le paragraphe (c) du préambule de la Constitution, ajouté en 1990 dans le cadre de l’accord de Taëf, dispose:

«Le Liban est une République démocratique parlementaire fondée sur le respect des libertés publiques, et en premier lieu la liberté d’opinion et de conscience, sur la justice sociale et l’égalité en droits et en devoirs entre tous les citoyens sans distinction ni préférence.»

Vient ensuite l’article 9, qui maintient l’individu sous l’autorité de sa communauté confessionnelle et de ses instances religieuses et spirituelles. Cet article de la Constitution, qui garantit pourtant la liberté absolue de conscience, précise que l’État «garantit également aux populations, à quelque rite qu’elles appartiennent, le respect de leur statut personnel et de leurs intérêts religieux».

Il impose ainsi au citoyen de réintégrer le giron de sa communauté confessionnelle pour toutes les questions relevant du statut personnel: mariage, naissance, décès et succession. Autrement dit, il le place entièrement sous l’autorité des responsables religieux. Les dirigeants politiques ont ainsi livré l’ensemble du «corps social» aux hommes de religion des différentes communautés et confessions, au lieu d’adopter une législation civile unifiée garantissant l’égalité entre les Libanais.

Où est donc passée l’égalité proclamée au paragraphe (c)? Comment concilier cet article, qui répartit et sépare les Libanais selon leurs communautés et leurs confessions dans les aspects les plus fondamentaux de leur vie et de leur existence, avec l’article 7, qui dispose que «tous les Libanais sont égaux devant la loi. Ils jouissent également des droits civils et politiques et sont également assujettis aux charges et devoirs publics, sans distinction aucune»?

C’est ainsi que le principe d’«égalité devant la loi» a été réduit à néant.

La citoyenneté s’est retrouvée fragmentée. Les droits des femmes et des enfants, comme les règles successorales, varient d’une confession à l’autre. Cette situation a ancré dans la conscience de l’individu l’idée que sa protection existentielle découle de sa communauté confessionnelle, dotée de sa propre législation, et non de l’État, absent sur le plan législatif.

La politique comme propriété privée

Une autre dynamique a consolidé le pouvoir des rois et des princes des communautés confessionnelles: la transmission héréditaire du pouvoir au sein des familles, héritée de la féodalité politique, qui a transformé la politique en une profession se transmettant comme un bien privé.

Depuis la naissance de l’État libanais, une classe politique composée de familles dirigeantes s’est solidement installée, transmettant le pouvoir de génération en génération comme s’il s’agissait d’une propriété privée. Les mêmes patronymes reviennent constamment aux postes politiques. Avant la guerre, les responsables politiques étaient issus de la féodalité. Après la guerre et la conclusion de l’accord de Taëf, le pouvoir est passé aux mains des chefs de guerre. Les fonctions politiques au Liban sont ainsi devenues une sorte de «patrimoine familial héréditaire», ou se sont retrouvées sous la coupe de partis armés.

Les agences exclusives

La domination des grandes familles se consolide par leur contrôle des prix, et non par une quelconque supériorité commerciale. La législation libanaise protège ce que l’on appelle les «agences exclusives»: un monopole consacré par la loi, qui interdit l’importation de certaines marques commerciales lorsqu’elles disposent d’un représentant local enregistré auprès du ministère de l’Économie. De même, le financement bancaire demeure l’apanage de certaines familles, qui sont elles-mêmes associées ou actionnaires au sein des conseils d’administration des banques.

Ces puissants cartels se répartissent entre un nombre restreint de familles dans les secteurs essentiels: pétrole, énergie et alimentation, automobile et équipements lourds, secteur médical et pharmaceutique, grandes industries familiales et matériaux de construction.

Chacun de ces secteurs bénéficie d’une couverture confessionnelle et politique. Dès que quelqu’un tente d’ouvrir la voie à la concurrence, un veto confessionnel intervient au nom de la défense des droits de la communauté. En réalité, les requins de la finance et les chefs politiques se garantissent mutuellement leur protection.

C’est dans ce contexte que l’on observe la transmission des sièges parlementaires et des portefeuilles ministériels de génération en génération. La situation n’a guère changé avec l’ascension de certains partis issus des milices ou fondés sur des appartenances confessionnelles, qui ont reproduit les mêmes pratiques, avec une personnalisation excessive du pouvoir.

De là est né, chez les Libanais, le sentiment d’être gouvernés non par un État auquel il serait possible de demander des comptes et d’imposer des responsabilités, mais par des «fiefs confessionnels et politiques» fermés à tout changement. La notion de sujets s’est ainsi imposée à nouveau: l’allégeance du fils et du petit-fils garantit la pérennité de la domination et du monopole.

Toute réforme ou transformation au Liban exige donc non seulement que les armes soient placées sous le contrôle exclusif de l’État et que la corruption politique soit combattue, mais aussi que soit démantelée la structure monopolistique sur laquelle repose l’économie libanaise, afin de permettre une libre concurrence économique.

La mobilisation et l’assujettissement à l’étranger

Pour préserver la cohésion de leurs bases populaires et leur fidélité, ceux qui contrôlent la vie politique libanaise ont recouru à un mécanisme de mobilisation reposant sur une politique de «production permanente de la peur de l’autre».

Cette politique a engendré un deuxième pilier de la fidélisation des différentes communautés: l’instrumentalisation du «complexe de l’encerclement confessionnel». Chaque chef adopte un discours selon lequel l’autre communauté, pourtant partenaire au sein d’une même patrie, chercherait à nous éliminer, à rogner notre part des avantages procurés par l’État ou à modifier le visage civilisationnel du Liban.

Chaque communauté s’est dès lors tournée vers des puissances et des axes régionaux pour faire face à cet encerclement supposé. L’étranger a été appelé à la rescousse contre les partenaires de l’intérieur, devenant une carte maîtresse que chaque communauté brandit dans le jeu des équilibres internes face aux autres composantes du pays.

Adieu à la citoyenneté

La «peur» des autres communautés, toujours soupçonnées de vouloir «amputer notre part», est ainsi devenue le moteur des élections. Lorsque cette peur constitue le ressort principal du vote, le candidat ou le parti n’a plus besoin de présenter un programme politique, économique ou environnemental. Tous raisonnent de la même manière: nous votons pour ce camp parce qu’il constitue un «bouclier protecteur» face aux autres communautés confessionnelles.

Tout cela a fait obstacle à l’émergence d’un sentiment national fédérateur, fondé sur l’allégeance à la patrie. Le Libanais vote en fonction de sa fidélité confessionnelle et, derrière celle-ci, d’allégeances régionales qui transcendent les frontières.

L’absence d’un manuel d’éducation nationale et l’occultation de la mémoire collective

À cela s’ajoute l’absence d’un manuel d’éducation nationale, que les autorités ont été incapables de produire au fil des années. La mémoire collective a ainsi été maintenue dans l’ignorance, tandis que les responsables politiques se dérobaient à toute confrontation avec leurs propres pratiques durant la guerre civile.

Ils ont laissé aux établissements privés, religieux et confessionnels, ainsi qu’aux écoles des missions, le soin d’enseigner l’histoire à nos enfants. Chaque groupe glorifie ses héros et condamne ceux des autres, rendant presque illusoire la construction d’une mémoire nationale partagée, indispensable à une citoyenneté véritable.

La captation des fonctions de l’État par le Hezbollah

À un certain moment, après le retrait israélien du Sud et le retour de l’armée syrienne dans son pays, un nouvel acteur est entré dans le paysage politique libanais: le Hezbollah.

Cet acteur supplémentaire a constitué un soutien structurel au pouvoir politique, en tissant avec lui un réseau d’interdépendances à travers une série d’étapes progressives qui ont fini par aboutir à une réussite totale.

Quelles ont été ces étapes?

À partir de 2006, un nouveau modèle de gouvernement a pris forme, utilisant l’«oligarchie confessionnelle traditionnelle» pour prendre la relève de l’hégémonie syrienne. Il a pratiqué une «double hégémonie», combinant un excédent de puissance, fondé sur la force armée et une violence calculée, avec un pragmatisme clientéliste reposant sur l’échange d’intérêts avec les élites.

Le mécanisme de la violence décisive et de la dissuasion

Le parti n’a pas adopté la formule d’une présence militaire directe, comme l’avait fait la Syrie. Il a cependant recouru à diverses formes de violence ciblée, allant des assassinats à l’occupation des places publiques par des sit-in, jusqu’aux affrontements ouverts entre 2006 et 2008.

Il a ensuite intensifié son offensive le 7 mai, date qui a marqué un tournant majeur dans son comportement, en retournant ses armes vers l’intérieur. Il a par la suite imposé un droit de veto constitutionnel au sein du Conseil des ministres, en obtenant le tiers de blocage lors de l’accord de Doha.

Il a dès lors suffi de faire descendre les «chemises noires» dans la rue: un message de terreur feutrée était devenu suffisant pour imposer un changement politique au Liban. Les élections ne faisaient plus la loi.

L’intimidation par l’assassinat

Ce processus s’est accompagné d’une série d’assassinats visant des personnalités politiques et sécuritaires opposées au parti. Après Rafic Hariri, le commandant de l’armée François el-Hajj a été assassiné, de même que Mohammad Chatah, Wissam Hassan, Wissam Eid et, finalement, Lokman Slim.

Après des tentatives d’entraver le fonctionnement du tribunal militaire, le parti est passé à des menaces directes et publiques contre la justice, notamment par l’intermédiaire de Wafic Safa. Il a ainsi imposé son «immunité pénale et sécuritaire absolue» au-dessus de l’État libanais et de ses lois.

Le grand marchandage: les armes contre les fauteuils et la corruption

C’est ici qu’est intervenu le maillage le plus vaste et le plus profond avec les élites dirigeantes: un compromis historique tacite, que l’on pourrait résumer ainsi: à vous les fauteuils et les avantages, à moi les armes, la décision de guerre et de paix ainsi que la gestion des frontières, notamment la délimitation de la frontière maritime.

L’accord de Mar Mikhaël de 2006 et la couverture chrétienne

L’alliance avec Michel Aoun a constitué un pilier fondamental de la stratégie du parti, en lui fournissant une couverture chrétienne pour ses armes et ses guerres au-delà des frontières.

Le rapport de force favorable qu’il avait acquis lui a permis d’imposer l’élection de Michel Aoun, après une période de vacance constitutionnelle délibérément prolongée pendant plus de deux ans.

La protection de la corruption, pierre angulaire du contrôle politique

Le parti a mis à profit sa participation au pouvoir exécutif pour consacrer son contrôle sur des ministères essentiels chargés des services publics. Il a également voté en faveur de budgets et de politiques financières ayant conduit à l’effondrement.

Il a aussi utilisé les dossiers de corruption sur lesquels il avait fermé les yeux pour exercer un chantage sur la classe politique, aussi bien sur ses adversaires que sur ses alliés. Les dossiers de corruption, de pillage des deniers publics et de politiques ayant consacré l’effondrement sont devenus autant de moyens de garantir leur obéissance et leur soumission totales.

Ces dossiers, que leur député Hassan Fadlallah gardait sous le bras, se sont ainsi transformés en un véritable «nœud coulant» suspendu au-dessus de quiconque oserait toucher aux armes du parti.

Le dernier maillon de la domination: l’ingénierie juridique et constitutionnelle, avec la loi électorale de 2017

L’imposition d’une loi électorale fondée sur la proportionnelle, le vote préférentiel et un découpage particulier des circonscriptions a permis au parti d’exercer un contrôle total sur le Parlement. Soleimani avait ainsi déclaré, après les élections, disposer de 74 députés au Parlement libanais.

Le Parlement s’est alors transformé en une machine législative destinée à conférer une légitimité juridique aux choix du parti et, derrière lui, de l’Iran.

Le canton et les réseaux parallèles

L’infiltration du parti dans les rouages de l’État a facilité la mise en place de réseaux d’infrastructures parallèles sur l’ensemble du territoire libanais, vidant l’État de sa souveraineté.

Il a édifié un réseau de télécommunications filaires et sans fil couvrant le territoire libanais, en dehors du contrôle du ministère des Télécommunications.

Il a également imposé une emprise sécuritaire et de renseignement rigoureuse sur les points d’entrée officiels du pays: l’aéroport de Beyrouth, le port et les postes-frontières terrestres avec la Syrie.

Cette emprise lui a permis d’exercer un contrôle sur les mouvements d’entrée et de sortie, tout en lui offrant des voies de contrebande pour l’argent et les armes, échappant à toute surveillance.

Le clientélisme

Le Hezbollah a réussi à asseoir son emprise sur les chiites grâce à un système clientéliste puissant, qui a supplanté celui de la classe politique traditionnelle.

Alors que l’État, déjà fragile, était soumis à un pillage qui l’a conduit à l’effondrement et à la paralysie de ses institutions de services publics, le parti développait ses propres institutions parallèles: Al-Qard al-Hassan, Jihad al-Bina, des établissements sanitaires et éducatifs, ainsi que des structures de loisirs, telles que les mouvements scouts et les voyages religieux, sans oublier les réseaux d’aide alimentaire et d’assistance matérielle financés par l’Iran.

Cette situation a accentué la fracture confessionnelle, transformant la communauté chiite en une «société fermée», dépendante du parti pour les besoins de la vie quotidienne.

Au lieu d’être fournis directement par l’État, les services sont désormais dispensés par l’intermédiaire du parti. N’oublions pas qu’il s’est délibérément employé à monopoliser les ministères chargés des services publics.

Il a ainsi entravé l’allégeance à l’État en consacrant la fidélité au parti et, derrière lui, à l’Iran.

La conséquence inévitable a été la transformation du Hezbollah en un État dans l’État, au point que le mini-État a fini par engloutir l’État lui-même.

Et la citoyenneté est devenue un rêve pour les nouvelles générations, poussées à l’émigration en quête de sécurité.

Articles liés
Voir tout

Les prix Nobel et la quête d’une lueur dans le comportement humain

Par Yakzan Takki
Publié oct. 18, 2026 - 00:32
Mis à jour oct. 20, 2026 - 22:04

Iran: les exécutions de jeunes, instrument privilégié de la répression

Par Nayla Assaf
Publié oct. 15, 2026 - 12:27
Mis à jour oct. 21, 2026 - 17:57

Un regard chinois sur l’effondrement libanais

Par Mona Fayad
Publié oct. 12, 2026 - 21:03
Mis à jour oct. 18, 2026 - 11:37

Explosifs de Dahr el-Baïdar: vers la fin de la complaisance?

Par Jad Akhawi
Publié oct. 12, 2026 - 16:14
Mis à jour oct. 18, 2026 - 23:48

La modération libanaise a besoin d’un projet

Par Rabih Dandachli
Publié oct. 8, 2026 - 03:14
Mis à jour oct. 15, 2026 - 14:13

Plus de Mona Fayad

Voir tout

À lire aussi dans Analyse

Voir tout

Les derniers articles de Levant Time

Voir tout