


Considérée par de nombreux analystes comme un tournant de la vie politique américaine, la défaite, certes lourde, des Républicains aux élections de mi-mandat était prévisible, au vu du mécontentement croissant de l’opinion publique américaine face aux conséquences socio-économiques de la guerre lancée par Donald Trump contre l’Iran, en février 2026.
Les démocrates ont réussi à obtenir la majorité à la Chambre des représentants et au Sénat, remportant des victoires dans des États traditionnellement acquis aux Républicains.
Ce revers a le goût d’un vote-sanction contre Donald Trump, tenu pour responsable par une grande partie de l’électorat de la dégradation du niveau de vie des Américains, du fait des politiques qu’il a suivies depuis son élection.
Mais c’est aussi une défaite qu’il est nécessaire de relativiser étant donné qu’il s’agit d’un schéma électoral récurrent aux États-Unis, où le parti présidentiel au pouvoir a toujours perdu, dans l’Histoire des Etats-Unis (à deux exceptions près), les élections de mi-mandat, sans nécessairement perdre le contrôle du pouvoir exécutif.
Cela est le cas depuis 1946, avec deux seules exceptions, lors des mandats des présidents Bill Clinton en 1998 et George W. Bush en 2002. Le premier avait réussi à obtenir quatre sièges supplémentaires à la Chambre, et 8 pour le second.
Quoi qu’il en soit, à partir du 3 janvier, date d'entrée en fonction du nouveau Congrès, les démocrates disposeront de moyens politiques pour contrecarrer les initiatives du président Trump. La nouvelle majorité pourra ainsi bloquer des projets de loi et des décisions présidentielles, voire relancer des enquêtes contre le locataire de la Maison-Blanche.
Cité par l’AFP, Hakeem Jeffries, chef des démocrates à la Chambre des représentants, a assuré que son parti demanderait des comptes au gouvernement.
Il convient toutefois de relever sur ce plan que cette marge de manœuvre de la nouvelle majorité reste limitée pour les questions vitales en rapport avec la politique étrangère et les problèmes de défense et de sécurité qui sont du seul ressort, en dernier recours, du chef de la Maison Blanche, d’autant que les démocrates sont très loin d’avoir au Sénat la majorité des deux tiers (de 67 députés) qui leur aurait permis de mettre le président en difficulté dans ces domaines d’ordre stratégique.
Un pouvoir législatif limité
Le pouvoir des démocrates au Congrès a donc des limites. Conformément aux lois américaines, le Congrès ne dispose pas de toute la latitude pour bloquer les décisions de la Maison-Blanche, plus particulièrement dans le cadre du conflit militaire avec Téhéran.
Le Guide spirituel iranien, Mojtaba Khamenei, s’est d’ailleurs empressé de souligner que les résultats des élections de mi-mandat n’auront «aucun effet sur la politique américaine et son hostilité à l’égard du peuple iranien». Selon lui, ceux qui le pensent, «se trompent lourdement».
De son côté, le président Donald Trump, qui a dit accepter le verdict des urnes, a menacé d'utiliser son droit de veto contre les textes de loi qu’il contesterait au Congrès.
D’ailleurs, à peine la victoire des Démocrates confirmée, il a posté sur son compte personnel Truth social la photo d’une casquette rouge, couleur des Républicains, avec l’inscription Veto, en lettres majuscules.
Face au bouleversement politique au États-Unis, la grande question qui se pose aujourd’hui est celle de savoir comment Donald Trump va gérer le dossier iranien, avant le 3 janvier, d’autant que Téhéran ne va pas manquer de profiter des résultats des élections américaines pour poursuivre sa politique d’atermoiements dans le cadre des négociations en cours avec Washington.
Au lendemain du scrutin, le président américain continuait de souffler le chaud et le froid, en évoquant le dossier iranien. Lancerait-il une offensive qui porterait le coup de grâce au régime des mollahs?
De nombreux analystes le pensent, en estimant que Donald Trump a besoin aujourd’hui d’enregistrer une double victoire militaire et politique, chose qu’il n’a toujours pas réussi à réaliser.
Il n’est pas le seul dans cet état d’esprit. Son allié israélien, Benjamin Netanyahu, étant en difficulté après les législatives israéliennes qui ne lui ont pas permis d’obtenir la majorité à la Chambre, a également besoin d’une victoire. Mais à la différence du Premier ministre israélien, le président américain garde toujours une préférence pour une solution diplomatique qui lui permettrait d’atteindre ses objectifs.
L’«axe de la résistance»
C’est cette perspective qui a sans doute poussé le guide suprême iranien -invisible- à briser son silence. Tout en réaffirmant qu’il n’est pas question pour son pays de faire des concessions à Washington, Mojtaba Khamenei a de nouveau averti que «toute nouvelle agression contre l’Iran entraînerait une riposte qui serait plus étendue».
Il a estimé que «l’axe de la résistance» dirigé par Téhéran, «enregistrait des avancées sur plusieurs fronts, de la Palestine au Liban jusqu’à l’Irak et le Yémen».
En d’autres termes, Khamenei reconnaît que son pays continuait de tirer les ficelles des groupes dont la mission est d’affaiblir l’État central là où ils se trouvent et de mener des opérations de déstabilisation, locales et transfrontalières.
C’est le cas notamment des Houthis au Yémen et du Hezbollah au Liban. Ce dernier a été accusé mardi par le ministre yéménite de l'Intérieur, Ibrahim Ali Haydan, d’avoir envoyé au Yémen sept de ses experts militaires pour encadrer les Houthis, aux côtés de 14 autres membres du Corps des gardiens de la révolution iranienne.
Selon lui, leur mission consiste, entre autres, à aider le groupe pro-iranien dans la gestion des opérations militaires, la coordination des opérations navales et la formation des combattants.
Ces accusations ont été démenties mercredi par le Hezbollah mais elles ont été prises au sérieux par les autorités libanaises qui ont dénoncé l’immixtion hezbollahie dans les affaires yéménites.
Des messages de soutien ont été adressées aux autorités yéménites par le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam.
Les activités transfrontalières du Hezb et sa subordination aveugle à Téhéran n’étant un secret pour personne, un possible renouvellement des frappes américaines contre l’Iran alimentent à Beyrouth les craintes que cette formation n’entraînent de nouveau le pays dans une guerre dévastatrice.
Nawaf Salam s’en est fait l’écho lorsque, après un entretien avec le président Aoun, il a mis en garde le Hezbollah contre toute tentative d’entraîner le pays dans «une nouvelle aventure absurde, au service d’intérêts extérieurs, et de l’impliquer dans des confrontations dont il ne peut assumer les conséquences ». «Nous n’accepterons pas qu’on impose aux Libanais un sort qu’ils n’ont pas choisi», a-t-il lancé, en réaffirmant que les décisions de guerre et de paix sont exclusivement du ressort des autorités libanaises.























