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Analyse

Le soutien du Hezbollah à Téhéran ne se limite pas au Liban

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Publié nov. 5, 2026 - 03:45

En début de semaine, des informations attribuées au président de la Chambre des députés libanaise, Nabih Berry, ont laissé entendre que le Hezbollah n'interviendrait pas en soutien à l'Iran, qui se prépare à une confrontation avec les États-Unis et Israël si ces derniers décidaient de reprendre la guerre contre elle.

Ces indiscrétions limitaient toutefois cet engagement à la branche politique du Hezbollah, à l'exclusion de sa branche militaire. Autant dire qu'elles ne sauraient constituer une garantie. La distinction entre les deux ailes du parti relève de la farce. Une chose est certaine: la représentation politique du Hezbollah, aussi bien au Parlement qu'au gouvernement, n'est que l'un des instruments de sa présence sur le territoire libanais, où il exécute la volonté iranienne.

Dès lors, toute démarche visant à traiter le Hezbollah comme une composante libanaise est vouée à l'échec. Il suffit, pour s'en convaincre, de rappeler l'exigence formulée par Esmaïl Baghaï, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères et de la délégation chargée des négociations, qui a réclamé «un engagement ferme à mettre fin à la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban», comme condition explicite à tout accord avec les États-Unis concernant l'ouverture du détroit d'Ormuz.

L'argument selon lequel l'Iran n'aurait pas besoin du soutien du Hezbollah, puisqu'il disposerait de capacités suffisantes pour faire face aux attaques américaines susceptibles de le viser, ne résiste pas davantage à l'examen. Le Hezbollah fait partie intégrante de la puissance militaire iranienne, et les faits l'attestent. La révélation du ministère yéménite de l'Intérieur en apporte une illustration éloquente. Selon ce dernier, 21 experts étrangers travaillent aux côtés des milices terroristes houthies, dont 14 membres des Gardiens de la révolution iraniens et sept experts du Hezbollah libanais. Ils «assurent des missions de financement, d'armement, de formation et de supervision directe, participent à la planification et à la conduite des opérations ainsi qu'au renforcement des capacités militaires des milices houthies, parallèlement à des activités politiques, organisationnelles, sociales et médiatiques destinées à asseoir une influence durable et à constituer des structures et des réseaux d'allégeance visant à détacher le Yémen de son environnement arabe». Sans oublier les théâtres syrien et irakien, entre autres.

Rien d'étonnant, dans ces conditions, à ce que les affirmations iraniennes concernant l'autonomie décisionnelle du Hezbollah ne soient guère prises au sérieux. Ce qui surprend, en revanche, c'est que Nabih Berry feigne d'ignorer cette réalité en laissant filtrer de telles informations, peut-être dans l'espoir de préserver son rôle d'intermédiaire auprès des puissances régionales et internationales, en se présentant comme le seul capable de contribuer à la transmission des messages et à la recherche des compromis nécessaires.

Mais ni Berry ni aucun autre responsable libanais n'a de véritable rôle à jouer face à la détermination de l'Iran à confisquer la décision de guerre et de paix au Liban. Téhéran s'appuie sur le Hezbollah pour la soutenir, notamment en s'employant à faire échouer le processus de négociations directes entre le Liban et Israël, sous supervision américaine. Le parti y contribue aussi bien par son refus de remettre ses armes que par son refus de se retirer de ses zones de déploiement militaire au profit de l'armée libanaise, préférant les livrer à l'armée israélienne.

Dans la conjoncture actuelle, les calculs sont nombreux quant au rôle que le Hezbollah sera appelé à jouer selon les impératifs iraniens, dans l'attente des changements annoncés. Ceux-ci pourraient découler des élections américaines de mi-mandat ou des élections israéliennes et de leurs multiples complications. Les nouvelles données qui en résulteront pourraient également modifier le cours des opérations militaires, alors que se multiplient les spéculations sur de possibles frappes contre l'Iran dans les prochains jours. La région pourrait ainsi basculer dans des guerres ouvertes destinées à trancher les rivalités d'influence au Moyen-Orient.

Dans un tel contexte, les indiscrétions attribuées à Berry, l'un des deux piliers du tandem chiite, sur l'absence de soutien du Hezbollah à son commanditaire iranien, ne valent pas grand-chose. Les propos du Premier ministre Nawaf Salam paraissent bien plus conformes à la réalité lorsqu'il insiste sur «la nécessité de tenir le Liban à l'écart de toute nouvelle guerre», mettant en garde contre le risque de l'entraîner «dans des aventures absurdes au service d'intérêts étrangers». Il a également condamné, sans le nommer, l'ingérence du Hezbollah «dans les affaires intérieures des pays arabes, notamment à travers des activités militaires qui menacent leur sécurité et leur stabilité».

Que le Hezbollah apporte ou non son soutien à Téhéran ne dépend ni de Berry ni d'aucun autre responsable libanais. Ce soutien ne se limite d'ailleurs pas au territoire libanais. Depuis toujours, il s'étend au-delà des frontières libanaises, partout où l'exigent les intérêts iraniens.

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