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Regard posé

Washington et Tel-Aviv, une alliance vraiment éternelle?

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Photo ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP
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Publié nov. 6, 2026 - 09:24

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait déjà évoqué, il y a quelque temps, la possibilité pour Israël de ne plus dépendre de l’aide américaine, non sans une certaine fanfaronnade, affirmant que son pays était parfaitement capable de se passer de ce soutien illimité. Les déclarations du président américain Donald Trump annonçant la fin de cette aide à la fin de l’année 2026 n’en ont pas moins surpris, tant par leur timing que par l’échéance fixée. Elles soulèvent de nombreuses interrogations sur la capacité réelle d’Israël à «tenir» sans le soutien direct des États-Unis sur les plans politique, économique et militaire.

Pour mieux mesurer l’importance historique de ce soutien, il suffit de rappeler que son montant cumulé est estimé à quelque 175 milliards de dollars depuis la Nakba et la proclamation de l’État d’Israël en 1948. Une somme astronomique, sans équivalent dans l’aide accordée par les États-Unis à quelque autre pays que ce soit et, plus généralement, dans le soutien apporté par un État à un autre à travers le monde. Un tel montant dépasse toutes les prévisions et les limites du raisonnable, y compris entre pays alliés, surtout lorsque l’aide ne circule que dans un seul sens. Une question fondamentale devrait dès lors se poser aux Américains: les États-Unis ont-ils réellement besoin de consacrer autant de ressources à un allié qui ternit leur réputation dans le monde, particulièrement dans le monde arabe, et les entraîne dans des guerres interminables?

L’aide américaine annuelle à Israël s’élève à environ 3,8 milliards de dollars. Elle a toutefois atteint quelque 12,5 milliards sous la présidence de Joe Biden, après l’opération «Déluge d’al-Aqsa», lorsque Tel-Aviv a mobilisé un soutien international dans le cadre de sa guerre contre la bande de Gaza. Une guerre qui a coûté la vie à plus de 75 000 Palestiniens et entraîné la destruction totale de l’enclave, de ses infrastructures sanitaires et éducatives à ses équipements sociaux, culturels et sportifs. Israël poursuit également sa politique d’asphyxie du territoire en empêchant l’acheminement des convois humanitaires dans des proportions correspondant aux besoins réels de la population. La faim et la famine continuent ainsi de menacer les habitants de Gaza.

Il est difficile d’ignorer que le soutien ininterrompu de Washington à Tel-Aviv lui a assuré, pendant des décennies, une protection internationale et lui a permis d’échapper aux sanctions, à la reddition de comptes et même à toute véritable mise en cause, notamment devant les organisations et les juridictions internationales. Cette impunité lui a donné toute latitude pour poursuivre ses politiques agressives, non seulement contre le peuple palestinien, mais aussi contre l’ensemble de ses voisins. Israël poursuit son expansion et ses bombardements sans relâche au Liban et en Syrie, multiplie ses attaques en Cisjordanie et continue d’œuvrer activement à la judaïsation de Jérusalem et à la défiguration de son identité arabe.

On estime à quelque 70 le nombre de fois où Washington a fait usage de son droit de veto au Conseil de sécurité des Nations unies pour protéger Israël depuis le milieu des années 1970. Autant d’occasions où les États-Unis ont fait obstacle à toute tentative d’engager la responsabilité politique, juridique, voire morale d’Israël dans la poursuite de l’occupation des territoires palestiniens.

Même le refrain de la «solution à deux États», que les administrations américaines successives n’avaient cessé de reprendre, sans pour autant exercer sur Israël des pressions suffisantes pour obtenir la moindre avancée concrète, a complètement disparu sous Donald Trump. Celui-ci préfère emprunter d’autres voies. Tantôt les accords d’Abraham, qui n’ont produit aucune percée véritable, si ce n’est une normalisation accordée sans contrepartie. Tantôt l’idée de considérer Gaza comme un immense terrain propice aux investissements immobiliers. Tantôt encore l’affirmation selon laquelle le territoire israélien serait beaucoup trop petit et qu’il pourrait être utile de l’agrandir!

Pendant ce temps, Israël poursuit sa politique de grignotage progressif en Cisjordanie et dans les pays voisins. Il morcelle le territoire cisjordanien, multiplie les postes de contrôle, classe les zones selon différents statuts, procède à des arrestations et ne respecte même pas les règles les plus élémentaires du droit applicable à l’occupation. Sans parler, bien entendu, de l’implantation de nouveaux colons et de l’expansion des colonies, ni de la protection ouverte et assumée que son armée accorde aux bandes de colons qui terrorisent les habitants et les populations autochtones, les agressent, détruisent leurs maisons et cherchent à les chasser de force de leurs terres et à les priver de leurs moyens de subsistance. Ces mêmes colons empêchent les Palestiniens de récolter leurs olives et de recueillir les fruits de leur travail agricole. Autant de pratiques destinées à transformer les réalités sur le terrain et à rendre impossible tout retour à la situation qui prévalait avant 1967.

Mais il faudra encore beaucoup de temps avant d’assister à une transformation profonde des relations américano-israéliennes, comme certains semblent vouloir le croire. Certes, l’opinion publique américaine commence à évoluer. Mais cette évolution ne saurait suffire, à elle seule, pour espérer que Washington révise sa politique d’alignement absolu sur Israël. L’émergence de personnalités politiques telles que le maire de New York, Zohran Mamdani, et le sénateur élu Abdul El-Sayed pourrait, d’une certaine manière, marquer les prémices des changements attendus. Elle pourrait cependant aussi offrir à l’extrême droite l’occasion de s’attaquer à ces expériences politiques encore jeunes et de brandir à nouveau la menace de l’islam et des musulmans, en exploitant l’islamophobie qui gangrène les sociétés occidentales dans leur ensemble, et pas seulement la société américaine.

Il ne fait aucun doute que la prise de conscience au sein de la société américaine gagne en ampleur et en profondeur. Mais elle ne suffira pas sans un travail politique et populaire organisé, soutenu et continu, capable de faire émerger de nouvelles réalités, d’imposer d’autres lectures de la situation et, à terme, d’infléchir le cours actuel des choses, ou du moins de le modifier progressivement.

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