


Pour suivre et comprendre la (ou plutôt les) guerre(s) au Moyen-Orient, en cette semaine du 21 au 27 septembre 2026, il fallait plutôt tourner le regard… vers New York. Les conflits régionaux ont fortement imprégné certains des discours les plus remarqués lors de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies, notamment ceux du président américain Donald Trump, du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, du président iranien Massoud Pezeshkian, du Premier ministre libanais Nawaf Salam, ou encore celui du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (à distance).
Outre les discours, cette assemblée plénière a fourni l’occasion d’entretiens bilatéraux importants dont on retiendra deux: une réunion américano-iranienne qui n’aura pas donné les résultats escomptés, et un entretien libano-iranien qui aurait, selon diverses sources, tourné à l’aigre.
Le dossier iranien
La guerre en Iran a figuré, sans grande surprise, en bonne place dans le discours très attendu du président américain, le 22 septembre, à la tribune des Nations unies. Si l’on veut résumer ses réflexions à ce propos, on peut les qualifier de mélange de menaces et d’une porte ouverte à la diplomatie. Le président Trump a ainsi qualifié l’Iran de «premier sponsor du terrorisme», défendant avec force sa guerre contre le régime de la République islamique. Il a cependant opposé sa capacité «à anéantir» ce pays à la possibilité de conclure un accord sur le nucléaire.
Cette porte étroite ouverte avec les Iraniens s’est rapidement concrétisée à New York par un entretien de trois heures entre les émissaires de Trump, Steve Witkoff et Jared Kushner, avec une délégation iranienne, dont le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi. Un entretien qualifié par Trump lui-même de «positif» le jour-même.
Mais cet esprit n’a pas duré puisqu’une nouvelle proposition de paix soumise par l’Iran, qui prévoit une réouverture du détroit d’Ormuz en sept jours, a été rejetée cette semaine par le président américain, qui estime que l’Iran est en train de perdre la guerre et ne cherche l’accord que par désespoir financier, selon Reuters.
Le Wall Street Journal a même écrit cette semaine que le président Trump envisage une reprise des bombardements après les élections de mi-mandat, en novembre. Le principal intéressé lui-même a réaffirmé cette semaine que la guerre se terminerait après les élections, sans dire par quels moyens.
Les discours prononcés par le président iranien et par le Premier ministre israélien n’étaient pas de meilleur augure. Le premier a souligné que l’Iran ne veut pas combattre mais qu’il «ne courbera jamais l’échine» face aux menaces américaines, défendant le droit de son pays au nucléaire civil. Pas de grandes concessions en perspective.
Quant au discours de Netanyahu, il a été particulièrement provocateur par-rapport à l’Iran, prédisant «une chute prochaine du régime meurtrier iranien». Le début de cette guerre, le 28 février dernier, avait été enclenché par des frappes conjointes menées par les armées américaine et israélienne, avant que les Israéliens n’en soient écartés plus tard par décision américaine.
A signaler que cette semaine aux Etats-Unis a aussi été celle de la visite très attendue du président chinois Xi Jinping à Washington, reçu en grande pompe par Trump. En ce qui concerne la guerre en Iran (traditionnellement un allié de la Chine), cette visite a abouti à une déclaration commune des deux géants sur la nécessité que l’Iran ne développe pas les armes nucléaires, et qu’aucun acteur n’impose des droits de passages sur les voies navigables internationales, notamment dans les détroits d’Ormuz et de Bab el Mandab. Une déclaration qui va à l’encontre de deux des revendications iraniennes principales. Un shift dans la position chinoise aura-t-elle un impact à long terme sur le conflit entre les Etats-Unis et l’Iran?
Le débat sur la souveraineté libanaise
La guerre au sud du Liban entre le Hezbollah pro-iranien et Israël, qui découle de la guerre en Iran, était évidemment présente à New York cette semaine dans le discours du Premier ministre libanais, en présence du ministre des Affaires étrangères Joe Raggi. Le discours de Nawaf Salam était autant dirigé contre la guerre israélienne au sud que contre l’influence iranienne qui persiste par le biais de la milice qui lui est alliée.
«Personne ne parle au nom du Liban, et personne ne négocie en son nom», a-t-il insisté à la tribune de l’ONU, rappelant la détermination de l’Etat libanais à monopoliser le port d’armes entre ses mains. Il a aussi demandé à la communauté internationale de garantir la souveraineté du Liban, et d’obtenir, notamment, le retrait israélien du sud du pays.
Le même esprit a régné lors d’un entretien entre Salam et le président iranien Pezeshkian en marge de l’assemblée plénière, en présence des deux ministres libanais et iranien des AE. Selon des sources de presse concordantes, l’échange a été tendu, notamment lorsque les responsables libanais ont demandé un changement d’ambassadeur à Beyrouth. Mohammad Reza Chibani, celui assigné par les Iraniens, a été déclaré persona non grata par le gouvernement libanais.
Lundi, Salam devra rencontrer à Washington le secrétaire d’Etat Marco Rubio, pour réitérer les mêmes revendications libanaises. Parviendra-t-il à bousculer le statu quo, alors même que les négociations américano-iraniennes sont au point mort et qu’Israël attend les résultats d’élections législatives qui pourraient changer l’interlocuteur dans les pourparlers directs libano-israéliens?
Dialogue rompu entre Israéliens et Palestiniens
Le troisième dossier présent en force à l’ONU était celui du conflit israélo-palestinien. Entre Netanyahu, qui a prononcé son discours face à une salle presque vide, et Abbas qui a déclamé le sien à distance faute d’avoir obtenu un visa pour les Etats-Unis, l’entente semble plus éloignée que jamais. Et chacun a livré une vision diamétralement opposée du conflit en cours depuis l’opération du Hamas le 7 octobre 2023.
Netanyahu, qui se prépare à un scrutin particulièrement serré en octobre, a lancé ses flèches en toutes directions. Il a assuré que «la survie de l’Etat juif» est en jeu.
Pour sa part, Mahmoud Abbas a mis en garde contre une «nouvelle Nakba», en référence aux agressions israéliennes non plus seulement à Gaza, mais de manière croissante en Cisjordanie.