


Alors que le front américano-iranien reste plus ou moins calme, deux indices inquiétants ont marqué la semaine écoulée: l’escalade sur le front yéménite, et la saisie d’un camion d’explosifs transportés par des miliciens du Hezbollah au Liban, qui a suscité des craintes quant à de nouveaux assassinats présumés commandités par le parrain iranien.
A l’approche des élections législatives israéliennes, le 27 octobre, et alors que la guerre au Moyen-Orient pèse de plus en plus sur les élections de mi-mandat devant avoir lieu aux Etats-Unis au début du mois de novembre, la violence persiste dans la région, de manière ouverte ou larvée, sur différents axes.
Outre les attaques occasionnelles sur des pétroliers dans le détroit d’Ormuz, les signes les plus inquiétants ont émergé ailleurs cette semaine : en Arabie saoudite où les attaques houthies sont de plus en plus meurtrières, et au Liban où l’arrestation de miliciens du Hezbollah pro-iranien en possession d’une demi tonne d’explosifs a ravivé le spectre des assassinats politiques.
Au centre de ces actions déstabilisatrices : le régime iranien, aux abois mais toujours debout, tant bien que mal, qui tente par tous les moyens de survivre en attendant d’éventuels changements géopolitiques liés aux échéances israéliennes et américaines.
Escalade meurtrière au Yémen
Le front yéménite s’est embrasé encore davantage cette semaine, et la violence y est montée d’un cran depuis que la coalition dirigée par l’Arabie saoudite a annoncé son soutien actif aux forces yéménites gouvernementales contre les rebelles houthis pro-iraniens.
L’opération «Aube du Yémen», qui a bénéficié d’une forte couverture aérienne assurée par plus d’une centaine d’avions de chasse, a permis aux forces yéménites d’effectuer des avancées importantes qui ont mené à une sécurisation du détroit de Bab el-Mandeb face à la menace houthie, grâce à la reprise de localités stratégiques occupées par la milice pro-iranienne lors de son offensive de septembre.
Les combats se concentrent actuellement dans les environs de la grande ville de Taëz, qui reste pour le moment assiégée par les Houthis, et la guerre en cours préfigure une catastrophe humanitaire. La capitale yéménite, Sanaa, ainsi que d’autres grandes villes tenues par les Houthis depuis 2014, sont la cible de l’aviation des forces régulières et de la coalition.
Quelles sont les conséquences de ces faits sur le terrain? Le Yémen est à nouveau tombé dans une guerre totale, avec la chute de la trêve qui avait été décrétée entre les belligérants en 2022. La guerre lancée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran, fin février, a plus que jamais des allures de guerre régionale.
Outre les Yéménites, ce sont les Saoudiens qui pâtissent le plus. Car les attaques houthies sont de plus en plus intenses et meurtrières sur le territoire du royaume, se concentrant surtout sur des infrastructures saoudiennes civiles. La plus meurtrière de ces frappes a eu lieu samedi en fin d’après-midi contre l’aéroport international du roi Khalid à Riyad, faisant 12 morts dont quatre Saoudiens et 8 expatriés, et plus de 300 blessés dont certains grièvement. Dimanche, une autre frappe contre le même aéroport a fait plusieurs blessés.
La frappe de samedi a provoqué un flot de condamnations internationales, dont on retiendra surtout celle du président américain Donald Trump, qui l’a qualifiée de «pas acceptable». Il est cependant resté vague sur la possibilité d’une participation américaine aux côtés des Saoudiens contre les Houthis, disant «examiner la situation». Selon les observateurs, le président US reste prudent au sujet de l’ouverture d’un nouveau front dans cette guerre très impopulaire, qui lui coûte déjà de précieuses voix dans les élections de mi-mandat, selon les sondages.
Dans ce cadre, les Saoudiens pourraient compter sur leur alliance avec le Pakistan et la Turquie, dans le cadre du Pacte de la Mecque de défense mutuelle. A la faveur d’une réunion, en début de semaine, dans la capitale saoudienne, le ministère pakistanais des Affaires étrangères a réaffirmé dimanche « l’engagement ferme du Pakistan à défendre la sécurité, la souveraineté, l’intégrité territoriale et la stabilité du Royaume », selon l’agence de presse saoudienne officielle. Une solidarité qu’il faudrait suivre de près dans les jours à venir.
Saisie d’explosifs au Liban
Alors que l’allié iranien yéménite se lance à corps perdu dans une aventure visant, à l’évidence, à alléger la pression sur l’Iran, un développement beaucoup plus sournois et inquiétant a été dévoilé au Liban, impliquant un autre allié iranien, le Hezbollah.
Samedi dans l’après-midi, la police libanaise a arrêté un véhicule au niveau du principal barrage des forces de sécurité sur la route reliant Beyrouth à la plaine de la Békaa, écrouant les deux passagers et saisissant des centaines de kilos d’explosifs, dont du C-4 et du TNT. Selon des experts cités par plusieurs médias, ces substances hautement explosives sont les mêmes ayant été utilisées, notamment, lors de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, le 14 février 2005, en plein Beyrouth.
Les deux miliciens arrêtés ont avoué, selon des sources sécuritaires citées par les médias libanais, appartenir au Hezbollah et avoir été chargés de transporter ces explosifs de Baalbek à la banlieue-sud de Beyrouth, deux fiefs du parti-milice. L’identité des deux hommes et la nature des substances qu’ils transportaient ont suffi à raviver la crainte d’un retour aux assassinats politiques au Liban. Plusieurs médias ont relayé une information selon laquelle le président de la République Joseph Aoun, et le Premier ministre Nawaf Salam, ont reçu des mises en garde transmises par des chancelleries occidentales concernant une volonté iranienne d’attenter à leurs jours.
Il est vrai que l’Iran ont de nombreux griefs contre les autorités libanaises depuis que celles-ci ont rendu l’activité militaire du Hezbollah illégale (après l’ouverture du front de soutien avec l’Iran le 2 mars dernier), et cherchent à désarmer la milice pro-iranienne pour consacrer le monopole des armes aux mains de l’Etat. Toutefois, les preuves étayant cette hypothèse d’un retour aux attentats restent du domaine des supputations tant que cette hypothèse n’aura pas été confirmée par une enquête sérieuse. Une chose est cependant sûre: le Hezbollah garde sa liberté de manœuvre au Liban et conserve un arsenal non négligeable, bien qu’il ne combatte plus Israël directement depuis déjà trois mois.
Que vont faire les autorités de cette saisie qui change la donne? Le ministre libanais de la Justice Adel Nassar a assuré que l’enquête «ira jusqu’au bout». Il est vrai que dans d’autres temps, des miliciens transportant des armes n’auraient même pas été inquiétés… A suivre donc les prochains jours.
Dans ce contexte troublé, la chaîne libanaise MTV a rendu publique, dimanche, une information selon laquelle un responsable du département d’Etat américain aurait déclaré que les Etats-Unis seraient prêts à discuter de mesures éventuelles visant à soutenir les efforts de désarmement du Hezbollah. Ce serait la première fois que l’administration américaine envisagerait une intervention directe pour désarmer le proxy iranien au Liban, mais cela reste à confirmer.
En attendant donc les échéances prochaines aux Etats-Unis et en Israël, le régime des mollahs donne l’impression d’activer ses leviers restants dans la région pour tenter de reprendre la main au cours de ce qui ressemble à un sursis de quelques semaines.



















