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L'Essentiel de la semaine

Troublante passivité américaine face aux agressions de l’aile radicale iranienne

Escalade des Houthis contre une raffinerie saoudienne et le port yéménite de Mokha

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Des soldats libanais devant leur blindé, en poste au village de Zaoutar al-Gharbiya, à une centaine de mètres des positions israéliennes. (AFP)
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Par LevantTime .
Publié août 10, 2026 - 01:39

L’Administration Trump a affiché durant la semaine écoulée une passivité troublante et inhabituelle, face aux agressions (et à l’arrogance) de l’aile radicale du régime iranien et de ses proxys, tant au détroit d’Ormuz que sur le «front» ouvert par la milice yéménite pro-iranienne des Houthis contre l’Arabie saoudite. C’est dans ce contexte qu’est intervenu cette semaine le pacte de défense commune, scellé entre l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie, perçu comme une sorte d’Otan sunnite face à l’Iran.

La semaine écoulée au Moyen-Orient aura sans doute été marquée par une image: celle du prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane, du président turc Recep Tayyip Erdogan, et du Premier ministre pakistanais Chehbaz Charif, signant, vendredi, à la Mecque – lieu hautement symbolique – un pacte de défense commune.

Difficile de ne pas y voir une alliance de puissances sunnites face au régime des mollahs, mis à mal par la dernière guerre avec les États-Unis mais disposant toujours d’une capacité de nuisance non-négligeable qui s’est manifestée par ses attaques contre ses voisins arabes, mais aussi par l’attitude agressive de ses proxys.

La signature de ce pacte de défense tripartite coïncide avec l’activation du front yéménite contre l’Arabie saoudite, dans la zone de la mer Rouge et de Bab el-Mandeb, et avec le blocus que tente d’imposer la milice pro-iranienne des Houthis aux ports saoudiens.

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Cette nouvelle alliance est également devenue une priorité pour les signataires car l’allié américain parait vouloir trouver une porte de sortie qui ne soit pas trop déshonorante et qui lui permettrait de se désengager totalement du conflit iranien pour protéger ses propres intérêts.

Si ce retrait US qui semble poindre à l’horizon se confirme réellement dans les faits (ce qui reste encore à démontrer au stade actuel), cela signifierait que l’Administration Trump aurait alors pratiquement baissé les bras face au régime iranien, et l’aile radicale aurait ainsi toute la latitude de remonter la pente en reconstruisant rapidement son appareil militaire et ses infrastructures, non seulement économiques, mais surtout nucléaires et balistiques.

La portée du pacte de défense

Pour en revenir au pacte de défense tripartite, il constitue un message en plusieurs directions.

Très vite, Ankara a précisé que cette alliance n’est dirigée contre personne, et Riyad a souligné qu’elle n’était pas liée à une quelconque ambition nucléaire (du fait que le Pakistan est une puissance nucléaire, et que le ministre américain de l’Energie avait récemment annoncé un accord prochain avec le royaume sur le développement du nucléaire civil, ce que le président américain a conditionné avec une paix avec Israël).

Le développement de cette alliance historique devra être observé de près dans les semaines et mois à venir, d’autant que les signataires parlent de «dissuasion»: par quels moyens et contre qui?

Les trois signataires ont aussi affirmé que l’adhésion au pacte est ouverte à d’autres nations. Déjà, samedi, le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan a déclaré que l’Égypte pourrait rejoindre bientôt cette nouvelle alliance, rapporte l’AFP.

Pas de réouverture en vue du détroit d’Ormuz

La signature de ce pacte vendredi est intervenue au terme d’une semaine de trêve, ou plutôt de passivité américaine au niveau militaire. Cela n’a pas empêché le régime des mollahs et son allié yéménite, les Houthis, de poursuivre leurs agressions.

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Un destroyer lance-missiles patrouillant dans la zone d’opérations de la 5e flotte américaine dans le Golfe. (Centcom)

Les Pasdaran ont ainsi lancé une attaque en fin de semaine contre un pétrolier relevant des Émirats arabes unis dans le détroit d’Ormuz, et au cours des dernières vingt-quatre heures, les Houthis ont d’abord attaqué une raffinerie dans les installations d’Aramco, en Arabie saoudite, avant de tirer à plusieurs reprises, samedi, des missiles et des drones contre le secteur du port yéménite de Mokha, visant aussi bien les installations portuaires que des infrastructures civiles (habitations, centre hospitalier…).

Ce bombardement a fait, selon un premier bilan, sept morts et 35 blessés. Tard dans la soirée de samedi, les Houthis ont repris leurs violents bombardements contre la zone du port de Mokha.

Il convient de relever que les attaques, cette semaine, contre le pétrolier émirati, la raffinerie saoudienne d’Aramco et les positions du pouvoir yéménite allié à l’Arabie saoudite n’ont provoqué aucune réaction américaine.

Quant aux négociations qui auraient dû être relancées lundi, comme l’avait annoncé le président Donald Trump, en contrepartie de l’annulation d’une opération militaire américaine contre l’Iran, elles n’ont pas eu lieu, les Iraniens ayant refusé tout contact avec l’Administration US!

Les conditions iraniennes posées à Washington

En ce qui concerne l’hypothétique réouverture du détroit d’Ormuz, les Gardiens de la Révolution iranienne ont affirmé en fin de semaine qu’elle ne dépend pas d’un accord avec Oman, mais de l’acceptation par les Etats-Unis de leurs conditions, remettant par là même la balle dans le camp de Washington, qui continue de refuser l’imposition de toute redevance sur le passage maritime.

Les conditions iraniennes annoncées vendredi portaient sur l’arrêt de toutes «les menaces et insultes proférées contre l’Iran» (!) et de toutes les guerres sur tous les fronts (dont le Liban), la levée du blocus imposé aux ports iraniens et le retrait de toutes les forces américaines du voisinage de l’Iran, le versement de compensations pour les dommages causés au cours de cette guerre et la levée de toutes les sanctions, tout comme le déblocage des avoirs iraniens gelés.

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Deux jeunes Iraniennes posent au photographe en mangeant une glace lors d’un événement estival consacré à la mode, une scène insolite à Téhéran alors que la population profite du cessez-le-feu. (Morteza Nikoubazl/NurPhoto via AFP)

Une rhétorique belliqueuse inchangée qui s’explique sans doute par le fait que les menaces américaines sont restées lettre morte toute la semaine malgré les attaques iraniennes (directes ou à travers les proxys) sur des vaisseaux dans le détroit (non moins de six) sans aucune réaction de la part de l’armée US.

Notons dans ce cadre que selon la chaîne 13 israélienne, le chef du commandement central américain, en visite depuis la fin de la semaine en Israël, a transmis au gouvernement israélien un message dont il ressort que Washington souhaite que l’Etat hébreu mette fin aux opérations militaires en Iran, au Liban et à Gaza.

Les dirigeants israéliens auraient répondu qu’Israël n’hésitera pas à attaquer directement le régime iranien s’il relance la construction de son arsenal nucléaire et balistique.

Reste à indiquer, pour clore ce dossier régional, que le Guide suprême Mojtaba Khamenei a refait parler de lui à trois reprises samedi. Il aurait tenu une réunion avec le président iranien Massoud Pezeshkian et il a nommé Mohammad Bagher Zolghadr conseiller politique, avant de désigner Mohsen Rezaï, un vétéran de la guerre contre l’Irak et ancien chef des Pasdaran, comme son représentant au sein du Conseil supérieur de la Sécurité nationale.

Négociations libano-israéliennes dans l’impasse

Cette semaine aura également été marquante sur le front libanais. Durant trois jours, de mardi à jeudi, s’est déroulé le septième round de négociations directes entre le Liban et Israël, pour la deuxième fois à Rome (à l’ambassade des Etats-Unis) et non pas à Washington.

Cette septième étape était déjà mal partie, du fait des déclarations israéliennes (notamment celles du Premier ministre Benjamin Netanyahu) qui suggèrent un manque d’intention évident de retrait du Liban.

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Si la cause officieuse est un durcissement de ton en vue des élections législatives israéliennes prévues en octobre, et la volonté de Netanyahu de s’éloigner de tout ce qui peut mécontenter l’opinion publique tout comme ses alliés de l’aile dure, la cause officielle est celle de la crainte d’un renouvellement des capacités militaires du Hezbollah dans les régions évacuées.

Tous les échos qui sont sortis de ces pourparlers de Rome vont dans le sens d’une absence d’avancée significative, et de toute nouvelle mesure concrète, alors que la délégation libanaise avait pour principal objectif de délimiter de nouvelles zones pilotes de retrait israélien et de déploiement de l’armée libanaise (en vertu de l’accord-cadre signé en juin).

Tant et si bien que le prochain round de pourparlers, prévu début septembre, semble désormais en péril.

On aurait pu croire que tout était (presque) perdu, n’était-ce une information de Reuters vendredi, citant un «responsable libanais» que l’agence ne nomme pas. Selon ce responsable, le Liban et Israël «se sont mis d’accord sur une liste restreinte de pays capables d’envoyer des troupes pour vérifier le désarmement du Hezbollah».

Il n’a pas dévoilé d’informations sur les pays cités sur la liste, mais l’agence a indiqué que le choix final revient aux Etats-Unis.

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Entre-temps, le sud du Liban a connu une réelle escalade au cours de ces derniers jours. Le Hezbollah continue d’agir comme s’il respectait le cessez-le-feu, mais il semble qu’il ait repris officieusement ses opérations. En témoigne une explosion dans le village de Taybé qui a fait cette semaine deux tués et des blessés parmi les soldats israéliens.

C’est la deuxième en quelques jours. La riposte israélienne ne s’est pas fait attendre. Pour la première fois depuis plusieurs semaines, l’armée israélienne a émis un ordre d’évacuation d’un village libanais du sud, celui de Mansouri à Tyr, qui a, depuis, été la cible de bombardements quasi-incessants.

Les attaques israéliennes, qui ne se sont jamais vraiment interrompues, gagnent en intensité tous les jours, notamment autour de ce qui est présenté comme un important complexe militaire du Hezbollah dans la colline de Ali el-Taher.

Plus inquiétant encore, les incursions israéliennes en territoire libanais reprennent. Celle qui marquera le plus les esprits cette semaine est une incursion croissante au niveau du village de Zawtar el-Charqiya, à quelques pas de l’une des zones pilotes évacuées en juillet et où l’armée libanaise s’est déployée, Zawtar el-Gharbiya. De ce fait, les deux armées se retrouvent dangereusement proches ces derniers jours, à un moment où un soldat libanais a été blessé par des tirs israéliens à Mansouri, alors qu’il tentait de rouvrir une route.

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