


Loin d’attaquer des intérêts américains ou israéliens de manière frontale, le régime iranien semble pousser ses proxys vers une confrontation avec l’Arabie saoudite pour les Houthis, et avec l’intérieur libanais pour le Hezbollah.
Les proxys iraniens dans la région passent de plus en plus à l’offensive, mais pas contre les ennemis habituels, à savoir les Etats-Unis et Israël.
A quelques jours des élections législatives en Israël, et à quelques semaines du scrutin de mi-mandat aux Etats-Unis, le front iranien au niveau du détroit d’Ormuz est (plus ou moins) calme, et, au sud du Liban, l’armée israélienne continue ses attaques sans résistance de la part du Hezbollah.
On ne peut pas en dire autant sur le front Houthis-Arabie saoudite, et au niveau des tensions internes au Liban.
Au Yémen, la semaine écoulée a été riche en événements et en violence sur le front entre les rebelles houthis et la coalition menée par l’Arabie saoudite.
Les Houthis sont jusque-là arrivés à concilier entre leur offensive terrestre au Yémen et leurs attaques contre des cibles civiles en Arabie. Ils ont ainsi poursuivi leur progression vers la ville de Taez au sud-ouest du pays malgré les avancées, au cours des premiers jours de l’opération «Aube du Yémen», des forces gouvernementales.
Dans ce cadre, un important développement est intervenu cette semaine avec l’annonce d’une réunion du Parlement égyptien, dimanche, à la demande du président Abdelfattah Sissi, qui demande aux députés d’approuver une intervention contre les Houthis afin de défendre le royaume, au cas où celui-ci le demande. Il est peu probable que le président égyptien, dont le pays ne fait pas partie de l’Accord de la Mecque signé entre l’Arabie, le Pakistan et la Turquie en août dernier, ait pris cette initiative s’il ne savait pas que la probabilité d’une telle intervention est très forte.
Toutefois, bien que cette réunion se soit tenue, la discussion a été reportée au lendemain afin que «tous les députés puissent se faire entendre», a dit un parlementaire égyptien à l’AFP.
Cette mesure montre également que Riyad ne compte pas se suffire de l’accord de défense mutuelle afin de faire face au péril houthi.
Car quiconque douterait encore du pilotage de cet allié yéménite à partir de Téhéran devrait consulter un article paru samedi dans le Wall Street Journal. Celui-ci montre par quels moyens l’Iran apporte son soutien aux Houthis pour maximiser leurs frappes contre l’Arabie saoudite, en leur fournissant les renseignements nécessaires en vue d’identifier leurs cibles et causer le plus de dégâts et de troubles possibles.
Ce sont ces aides à distance, ajoutent les sources du journal, qui ont permis aux Houthis d’effectuer ces avancées rapides sur le terrain au Yémen, avec un objectif de grande importance pour l’Iran: le contrôle d’un autre détroit, celui de Bab el-Mandeb.
Dans ce contexte, notons une déclaration du ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi, dimanche, dans laquelle il appelle «les Etats-Unis à accepter les conditions iraniennes pour rouvrir le détroit d’Ormuz». Le même jour, le vice-président américain JD Vance a réaffirmé que le conflit ne prendrait fin que par un engagement ferme de Téhéran d’abandonner son programme nucléaire et ses capacités d’enrichissement à l’avenir.
Les négociations libano-israéliennes
Comme pour l’allié yéménite de l’Iran, le Hezbollah au Liban, faute de s’opposer à Israël, se retourne contre l’intérieur.
Le parti a contre-attaqué cette semaine concernant l’affaire des tonnes d’explosifs que deux de ses membres transportaient de la Békaa à Beyrouth, un scandale qui a éclaté la semaine précédente.
Alors que le parti était resté coi un premier temps, il a fini par revendiquer clairement sa responsabilité dans l’affaire, par la voix du député Hassan Fadlallah. Celui-ci a même menacé d’un «changement dans les équilibres dans le pays».
Le parti-milice ne s’est pas suffi de reconnaître sa responsabilité, il a réclamé qu’on libère ses membres et… qu’on lui rende ses explosifs. M. Fadlallah n’a pas expliqué pourquoi ses tonnes étaient en route vers Beyrouth et non le sud, mais soutient mordicus qu’ils sont destinés à la «résistance» contre Israël.
Dans la rue également, les partisans du Hezbollah se sont manifestés plus d’une fois, notamment dans la nuit de vendredi à samedi dans la banlieue-sud. Ils ont également attaqué les forces de sécurité quand ceux-ci ont tenté de fermer un dépôt de médicaments illégaux appartenant à l’un de leurs cadres, jeudi.
Dans les deux cas, les forces de sécurité libanaises ont agi avec fermeté. Un changement de cap?
Quoi qu’il en soit, d’autres signes montrent que la voie de la souveraineté progresse.
Après avoir été plus ou moins marginalisé, le ministre libanais des Affaires étrangères, Joe Raggi, a prononcé dimanche, au cours d’une session des ministres de l’Organisation de la coopération islamique à Bagdad, un discours particulièrement virulent contre les ingérences iraniennes au Liban, tout en ne négligeant pas de dénoncer les agressions israéliennes au sud et en positionnant le Liban clairement contre les frappes iraniennes et houthies sur les pays du Golfe.
D’autre part, le président libanais Joseph Aoun a annoncé, en marge d’une réunion avec une délégation française présidée par le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, qu’en prévision de la session de négociations avec Israël qui aura lieu le 20 octobre en Floride, le Liban compte envoyer une délégation militaire pour protester contre les agressions israéliennes au sud du pays.
Une réunion qui n’a que peu de chances d’aboutir, si l’on tient compte d’une déclaration du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu dimanche: il a exprimé son manque de confiance dans le gouvernement libanais pour désarmer le Hezbollah et a affirmé que son armée reste au sud du Liban jusqu’à nouvel ordre.
Les yeux seront donc rivés la semaine prochaine sur la session de pourparlers tripartite en Floride, organisée une semaine jour pour jour avant le scrutin en Israël, et sur le bras de fer entre le Hezbollah et la légalité libanaise.























