


Dans le contexte qui prévaut sur la scène syrienne, une question fondamentale se pose aujourd’hui avec acuité : qui a réclamé la restitution du Golan ? Qui voulez-vous que ce soit, sinon le président syrien Ahmed al-Charaa ? Mais pourquoi diable le président syrien a-t-il remis à l’ordre du jour le « cold case » du Golan, quand il avait tant d’autres priorités à gérer?

Prendre le monde à témoin, lors de la réunion de l’Assemblée générale des Nations Unies le 23 septembre dernier, ne relevait pas, à ses yeux d’ex-jihadiste, d’un simple rappel du contentieux israélo-syrien remontant à juin 1967. Quelle mouche l’a donc piqué, alors que dans un entretien, la veille, il avait souligné que des négociations directes israélo-syriennes s’étaient déroulées sous l’égide américaine et que les deux parties avaient atteint 90 % d’un accord sécuritaire ? (1)
Quelques dates …
C’est que dans cette querelle, il y a une distinction à faire entre, d’une part, les territoires occupés depuis 1967 puis annexés en 1981 par l’État hébreu, et, d’autre part, les territoires du versant syrien du mont Hermon où s’est déployé Tsahal dans les heures qui ont suivi la chute du régime Assad, le 8 décembre 2024.
Or qu’a dit Ahmed al-Charaa sinon que le Golan « restera syrien », en invoquant expressément la résolution 497 du Conseil de sécurité qui avait déclaré nulle et non avenue l’annexion israélienne de 1981 ? Cependant, l’intention du président syrien n’était nullement belliqueuse du moment qu’il réaffirmait l’attachement de Damas à l’accord de désengagement de 1974 et que, parallèlement, il exigeait le retrait des forces israéliennes aux positions d’avant le 8 décembre 2024.
Mais Israël, qui ne s’encombre ni de principes juridiques ni de précédents jurisprudentiels, avait dès la chute du régime de Bachar el-Assad considéré ledit accord de désengagement comme invalide. Partant de là, Tsahal allait régler les problèmes à sa façon et se permettre, sous un prétexte ou un autre, de mener en territoire syrien environ 500 frappes aériennes, plus de 1 200 incursions et de 300 arrestations.
Formulation onusienne et réaction israélienne
La position syrienne, respectueuse de la légalité internationale, s’accordait parfaitement avec l’affirmation du secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres, qui traita en juillet dernier le débordement de l’occupation israélienne de « totalement inacceptable », le Golan demeurant à ses yeux terre syrienne.
Mais pas plus que l’affirmation d’Antonio Guterres, la déclaration du président syrien à l’ONU n’allait être du goût des Israéliens. Leur ministre de la Défense Israël Katz rétorqua aussitôt en termes dénués d’ambiguïté que le plateau stratégique du Golan était « une partie intégrante et éternelle d’Israël » et, par conséquent, l’État hébreu ne saurait se retirer ni du mont Hermon ni de la zone de sécurité. Ces propos étaient assortis d’une mise en garde : en cas d’attaque syrienne contre Israël, "tout territoire que nous prendrons cette fois restera entre nos mains pour toujours, conformément aux lois de la guerre".
Rivalité israélo-turque et convergence d’intérêts ?
Les propos du chef de l’État syrien, qui étaient tout sauf menaçants, ne manquaient pas d’habileté. Al-Charaa ne réclamait pas le Golan sachant qu’il ne pouvait pas le reprendre par la force ; il se contentait de rappeler à cet égard les droits inaliénables de son pays. Mais tout cela s’est manifesté à un moment où les relations turco-israéliennes se détérioraient, Ankara cherchant à occuper la place laissée vacante par Téhéran sur le théâtre syro-libanais. Ce qui était inacceptable aux yeux de Tel-Aviv.
Bachar el-Assad écarté de la scène, les choses s’étaient précipitées et les alliances renversées. Dès juin dernier, Washington encourageait le régime syrien à intervenir militairement contre le Hezbollah au Liban même. Ce qui aurait fait le jeu d’Israël. Mais ce fut Erdogan qui, semble-t-il, retint le bras d’Ahmed al-Charaa, alors que ce dernier avait plus d’une raison d’en découdre avec le parti de Dieu qui s’était massivement impliqué dans la guerre civile syrienne (2) ! Or voilà que Reuters vient de nous annoncer qu’en septembre dernier les représentants du Hezbollah et ceux du gouvernement syrien s’étaient retrouvés au moins une fois en Turquie pour régler leurs différends (3).
Qu’est-ce à dire ?
Damas étant quelque peu le proxy de la Turquie, cette dernière va jouer le rôle de médiateur et encourager ces contacts entre les adversaires de la veille, elle qui tient à l’intégrité territoriale de la Syrie. Ainsi, sous la férule néo-ottomane, al-Charaa va devoir enterrer la hache de guerre avec le parti des ayatollahs. Et l’on verra, face à l’adversaire israélien les intérêts de Damas et du Hezbollah progressivement converger. Mais jusqu’à quel point, me diriez-vous ?
1- À nous de rappeler qu’un accord de sécurité n’est pas un règlement territorial définitif, ni un traité de paix !
2-Al-Charaa lui-même rappelait encore en juin 2026 que l'intervention du Hezbollah en Syrie constituait une « blessure » toujours ouverte. Mais il ajoutait que la Syrie était prête à s’asseoir à la même table que le Hezbollah si cela servait les intérêts de la Syrie et du Liban.
3- Selon certaines sources, Téhéran aurait été tenue à l’écart de ces négociations. Mais qui irait le croire et qui peut imaginer un Hezbollah se délestant de l’Iran ?