Logo Levant Time
Retour à l’article
Strategia

Hezbollah-Israël, une guerre sans fin au service de qui? (20)

Le refus du Hezbollah d'une politique de défense nationale et l'avertissement du 26 mai 2013

Image d'actualité
Une colonne de blindés de la division aéroportée de l’armée libanaise dans le village de Ersal, près de la frontière syrienne, le 4 février 2013. (AFP)
Portrait de l'auteur
Publié oct. 17, 2026 - 11:42

Cette série d’articles permet de mieux comprendre la situation actuelle au vu du passé, loin des discours passionnés, idéologiques ou romantiques, qui passent à côté des réalités, laissant au lecteur tirer les conclusions qui s’imposent. Les dix-neuf parties précédentes étaient une relecture des évènements relatifs à la montée en puissance du Hezbollah depuis l’accord de Taëf, jusqu’à la Déclaration de Baabda, et son intervention militaire massive en Syrie auprès du régime de Bachar Assad.

Le président Michel Sleiman, passant outre le reniement de la Déclaration de Baabda par le camp du 8 Mars, a demandé aux membres du Comité de dialogue national de préparer un projet de texte en vue d'élaborer une politique de défense nationale, dans le but d'aboutir à long terme au monopole de l'usage des armes par l'État.

Le Hezbollah lui a signifié, lors d'une visite privée, son refus d'une politique de défense au Liban, prétextant qu'elle serait dangereuse pour les institutions de l'État, qui risqueraient d'être prises pour cible par Israël, y compris le palais présidentiel.

Le président Sleiman a répliqué qu'il était prêt à prendre ce risque et qu'il l'avait déjà pris lorsqu'il était officier. Au lendemain de cette visite, et précisément le 26 mai 2013 au soir, en pleine escalade des tensions provoquées par l'engagement du Hezbollah aux côtés du régime syrien et quelques jours avant sa prise de la ville de Qousseir (en Syrie) le 5 juin, deux roquettes se sont abattues à proximité du palais présidentiel de Baabda : l'une est tombée près de l'école d'état-major de l'armée à Rihaniyé, à quelques centaines de mètres du palais, et l'autre juste à l'entrée est de celui-ci.

Un communiqué de l'Armée syrienne libre a revendiqué l'attentat, mais le message était clair : les roquettes provenaient du Hezbollah et visaient à signifier fermement son refus d'une politique de défense qui l'aurait contraint à remettre ses armes à l'État.

AFP__20131212__GR352901__v1__JPEG__LesRefugieSyriens copie

Répartition des réfugiés syriens en 2013.

Rejet de la Déclaration de Baabda

Cet attentat aux roquettes, grossièrement camouflé, et le reniement des ténors du 8 Mars de la Déclaration de Baabda, se traduisirent par la paralysie des instances de dialogue pendant plusieurs mois.

En août 2013, face aux critiques acerbes du camp du 14 Mars sur l'intervention du Hezbollah en Syrie, le bloc du 8 Mars refusa de prendre part aux séances de suivi du dialogue national.

Puis, le 31 mars 2014, lors d'une ultime tentative du président Michel Sleiman de relancer la table de dialogue avant l'expiration de son mandat, le Hezbollah et ses alliés, notamment Michel Aoun et Talal Arslane, boycottèrent officiellement la séance, entérinant la mort politique de la Déclaration.

En profondeur, ce rejet s'explique par le fait que, aux yeux du camp du 8 Mars, la Déclaration de Baabda était rapidement devenue une arme politique, brandie par le camp du 14 Mars et par le président Michel Sleiman pour délégitimer l'arsenal du Hezbollah et son rôle régional.

Isolement de la Syrie: le Liban devient la base de ravitaillement pour les belligérants.

Les habitants ayant fui Qousseir en juin 2013, se sont dirigés avec armes et bagages vers le Liban et particulièrement vers la ville d’Arsal, qui à elle seule a accueilli 30,000 réfugiés, et vers la Békaa où paradoxalement, se trouvent les bastions du Hezbollah.

Le manque de vision de celui-ci et du Corps des Gardiens de la Révolution Iranien, dont il fait partie, voulant à tout prix sauver le régime d’Assad, a eu pour résultat le transfert de milliers de rebelles et de leurs familles, ainsi que des centaines de combattants extrémistes (1) de la Syrie vers le Liban.

En contrepartie des milliers d’habitants de Qousseir ayant choisi de rester en Syrie, se sont dirigés vers les villes et villages frontaliers avec le Liban, notamment dans les montagnes du Qalamoun, notamment les villages d’Assal El Ward (en face de Arsal), Flita, Yabroud, Qara et Nabk.

Cette région, faisant environ 1000 km2, est devenue ainsi un point fort des rebelles, à travers lequel passent les lignes logistiques ravitaillant les insurgés autour de Damas à partir du Liban, et à partir duquel les rebelles syriens ont envoyé des voitures piégées qui ont explosé à la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah.

Au total sept voitures piégées ont explosé dans la banlieue-sud de Beyrouth entre juillet 2013 et février 2014, faisant plus de 80 morts et 450 blessés, dont les auteurs furent les rebelles syriens.

Le Liban est ainsi devenu non seulement une base arrière d’approvisionnement et de recrutement pour le régime baathiste via le Hezbollah, mais également pour les rebelles, et s’est transformé en un théâtre d’opérations prolongeant le théâtre syrien.

Après Qousseir, l’attaque au gaz de la Ghouta

AFP__20140612__nurphoto-syriache130821_nptQp__v1__MidRes__SyriaChemicalWeaponAttacks

Des corps sont enterrés dans des fosses communes à la suite d’une attaque au gaz neurotoxique ayant fait 1300 morts dans la Ghouta, dans la banlieue de Damas, le 21 août 2013. Ce massacre confirme, une fois de plus, le caractère criminel du régime de Bachar el-Assad, allié du Hezbollah. (AFP)

Le 21 août 2013, la région syrienne de la Ghouta (une plaine agricole fertile à proximité de Damas) abritant une population anti-Assad, a subi l'attaque chimique la plus meurtrière de la guerre civile.

Au milieu de la nuit, les forces du régime syrien ont tiré des roquettes sol-sol chargées de gaz sarin, un puissant neurotoxique de qualité militaire.

Ce bombardement coordonné a surpris les habitants dans leur sommeil, provoquant de violentes asphyxies. Le bilan humain est lourd: entre 1,100 et 1,400 morts, majoritairement des civils, dont des centaines d'enfants.

Qualifiée de crime contre l'humanité, cette tragédie a poussé la Syrie à un démantèlement théorique de son arsenal chimique sous supervision internationale.

La bataille de Qalamoun

Juste après le déplacement des rebelles syriens de Qousseir vers Qalamoun, la bataille de cette région composée de plusieurs collines (2013-2015) constitua un tournant décisif dans l'engagement militaire direct du Hezbollah en Syrie, transformant ce massif frontalier d'arrière-base logistique de l'opposition en glacis défensif du régime syrien.

Adossée à l'autoroute reliant Damas à Homs et au littoral, la région commandait un axe vital pour la survie du dispositif d'Assad, tout en offrant au Hezbollah le moyen de verrouiller la frontière orientale du Liban contre les infiltrations, les attentats à la voiture piégée et la contagion du conflit vers la Békaa.

Engagée après la chute de Qousseir, et plus précisément fin 2013 par la prise de Qara, Nabak et Yabroud par le Hezbollah et l'armée syrienne, la campagne se prolongea jusqu'à l'offensive de grande envergure de mai-juin 2015, annoncée par Hassan Nasrallah, qui déboucha sur le contrôle quasi total des hauteurs tenues par les factions rebelles et Jabhat al-Nosra.

Cette victoire consacra le Hezbollah comme force de manœuvre capable de conduire des opérations combinées en terrain montagneux, mais au prix de pertes humaines considérables, tout en privant les rebelles de bases d'appui à proximité de Damas et de leurs lignes de ravitaillement à partir du Liban.

Le bénéfice sécuritaire pour le parti pro iranien fut réel, puisqu’il a ainsi sécurisé ses bastions de la Békaa-nord et épargné la banlieue-sud. Cette victoire militaire approfondit la fracture libanaise sur la légitimité de cette guerre et acheva d'enterrer le principe de distanciation consacré par la Déclaration de Baabda.

Déjà fin 2014, le Hezbollah avait déployé en rotation permanente entre 5000 et 7000 combattants libanais en Syrie, alors que les rebelles exploitaient les jonctions multiples entre les montagnes du Qalmoun et la Békaa nord pour leur ravitaillement, leur logistique et leurs recrutements.

Entretemps, le régime syrien, accusé de terrorisme et de crimes de guerre, s’est retrouvé isolé par les sanctions internationales, résultant en une paralysie de ses aéroports et ports.

Le Liban est ainsi devenu, non seulement un territoire de refuge, de recrutement et de logistique opérationnelle pour les belligérants syriens, mais également le poumon à travers lequel respirait Damas, assurant ainsi ses importations majeures à partir des ports de Beyrouth et de Tripoli.

(à suivre)

(1) Les rebelles contre Assad n’étaient pas tous islamistes extrémistes. Au départ la majorité étaient des laïcs et des mutins de l’armée régulière syrienne, et ce sont ceux-là qu’Assad voulait à tout prix éliminer et mettre les pays de la région et la communauté internationale devant un choix difficile : ou bien lui, ou bien les extrémistes.

Articles liés
Voir tout

Le sommet Trump-Xi : entre pragmatisme et nécessité

Par Khalil Helou
Publié oct. 13, 2026 - 14:31
Mis à jour oct. 17, 2026 - 11:56

Le conflit au Yémen: note géopolitique et stratégique

Par Khalil Helou
Publié oct. 10, 2026 - 10:23
Mis à jour oct. 13, 2026 - 14:33

Yémen: le Pacte de La Mecque passe de la théorie à l'action militaire

Par Khalil Helou
Publié oct. 7, 2026 - 19:49
Mis à jour oct. 10, 2026 - 10:24

Hezbollah-Israël, une guerre sans fin au service de qui? (19)

Par Khalil Helou
Publié oct. 5, 2026 - 14:30
Mis à jour oct. 11, 2026 - 20:26

Pacte de la Mecque: anatomie de l'axe Islamabad–Riyad-Ankara (4/4)

Par Khalil Helou
Publié oct. 2, 2026 - 12:19
Mis à jour oct. 5, 2026 - 18:03

Plus de Khalil Helou

Voir tout

À lire aussi dans Strategia

Voir tout

Les derniers articles de Levant Time

Voir tout