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Opinion

Mais qui sont ces Houthis qui menacent la libre navigation ?

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Par Youssef Mouawad
Publié oct. 3, 2026 - 13:31

 Mais «qui sont ces Zoulous, qui sont ces gens remarquables qui infligent des défaites à nos généraux, qui convertissent nos évêques ... ?» Cette exclamation de Disraeli, Premier ministre britannique, pourrait être reprise par les nations européennes qui, aux portes de l’hiver, appréhendent la fermeture de Bab el-Mandeb !

Rappelons qu’en janvier 1879, alors que l’Empire britannique sous Victoria avait atteint une suprématie mondiale, ses troupes se faisaient massacrer en Afrique du Sud par des tribus primitives. L’impérialisme européen en prit un coup, le cabinet britannique n’en revint pas et les nations occidentales purent rire sous cape de la mésaventure qui ternissait le lustre de sa Gracieuse Majesté!

Ne vivons-nous pas en ce moment la même situation, maintenant que les Houthis, peuple fanatisé, sont en mesure de perturber le trafic maritime à l’entrée de la mer Rouge? Et l’Europe, dans sa splendeur, de se demander si elle ne va pas manquer de carburant avec les saisons froides qui finiront par s’annoncer.

Une question de droit et une intervention armée

Les «nations civilisées» s’étaient retranchées dans leur « comfort zone », à l’ombre de traités internationaux assurant la libre navigation dans les golfes et détroits.

Elles croyaient pouvoir jouir de leur bon droit à l’abri des perturbations. Et voilà que les Houthis interviennent sur les lieux du drame et prétendent dicter leur loi aux pays de l’hémisphère Nord.

S’étant emparés du littoral yéménite sur la mer Rouge, ces rebelles ont assis leur contrôle sur le détroit stratégique de Bab el-Mandeb, qui relie l’Europe à l’Asie via le canal de Suez.

Aussitôt, un vent de panique s’est mis à souffler sur certains cercles: le 24 septembre dernier, 80 pays ont réclamé à l’Onu le «rétablissement intégral et sans délai des droits et principes de navigation».

Concomitamment, le président Emmanuel Macron annonçait qu’il allait engager des «moyens militaires, c’est-à-dire des soldats, des radars, des systèmes de défense, pour protéger» le terminal saoudien de Yanbu. Ce site d’exportation du pétrole brut sur la mer Rouge avait été pris pour cible par les rebelles yéménites.

Panique et branle-bas de combat s’expliquent par les chiffres suivants: avant la mainmise des Houthis, transitaient par Bab el-Mandeb 8,7 % du volume total du commerce maritime mondial et 13 % du commerce maritime mondial de pétrole brut.

Le “khurûj”, cette doctrine qui fait toute la différence 

En ce moment précis de l’histoire, les Houthis, qui appartiennent à la branche zaydite de l’islam chiite, se sont hissés à un niveau tel qu’ils s’imposent comme les interlocuteurs privilégiés des pays occidentaux.

D’où l’intérêt de rappeler certains de leurs spécificités.  Leur imamat, aboli dans les années soixante du siècle dernier, n’a jamais été simplement héréditaire. Il pouvait être attribué à tout descendant de Fatima s’il était qualifié, c’est-à-dire s’il était juste, instruit et courageux. Mais, de surcroît, le récipiendaire est tenu de jouer le rôle de «redresseur de torts».  Il doit se plier à une règle décisive qui est le khurûj, à savoir le soulèvement ou l’intifada contre l’injustice.

Cette doctrine est, en théorie, à la base de toute légitimité politique, même si avec le temps sa rigueur de principe a fini par s’émousser. Mais c’est précisément ce qui a donné au mouvement zaydite son caractère extraordinairement activiste et qui l’a opposé au modèle duodécimain qui, jusqu’à Khomeini, a versé dans le quiétisme et dans l’attente parousiaque de l’imam occulté.

Aussi Abdul-Malik al-Houthi, chef actuel d’Ansar Allah, est de facto l’imam. N’est-il pas «présent, visible et combattant»? Il le restera tant qu’il conduit les siens dans les combats et préférablement de victoire en victoire !

 

La soif de vengeance

Car les Houthis, ces durs à cuire, ont du pain sur la planche: ils ont une revanche à prendre sur la dynastie des Saoud qui leur a fait subir tant «d’injustices». De 2015 à 2019, cette dernière n’avait-elle pas constitué une alliance et mené des milliers de frappes aériennes contre leurs positions?

D’agresseur il y a quelques années, Mohammed ben Salmane est désormais sur la défensive. Et ne pouvant compter sur le président Donald Trump, il a trouvé du crédit auprès du président Macron, qui a toutefois précisé ne pas vouloir « engager » la France dans un conflit entre Riyad et les rebelles pro-iraniens.

Il n’en reste pas moins que le prince héritier est quelque part isolé et que ces supposés alliés se sont défilés face à leurs engagements. Ces partenaires de l’Alliance de La Mecque, à savoir la Turquie et le Pakistan, ne semblent pas prêts à intervenir militairement pour le soutenir dans l’épreuve, même si le pacte qui les lie n’est que défensif et que Ben Salmane est l’agressé.

La capitale saoudienne compterait-elle sur Tel-Aviv pour se tirer d’affaire ? Ce n’est pas très improbable maintenant que les tabous sont tombés et que le 28 septembre dernier le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s’est rendu secrètement aux Émirats Arabes Unis pour y rencontrer Mohammed ben Zayed*. 

Peut-on imaginer pareil aparté en Arabie Saoudite, ne serait-ce que par mimétisme ?

 

*Le processus est déjà en branle : entre le 7 et le 13 septembre, une prise de contact entre responsables américains, israéliens et saoudiens, via le CENTCOM américain, a été enregistrée en Allemagne.

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