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Strategia

Pacte de la Mecque: anatomie de l'axe Islamabad–Riyad-Ankara (3/4)

Logistique saoudienne et guerre au Yémen: les limites de l'alliance tripartite

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Les combats actuels entre les forces gouvernementales yéménites et les rebelles houthis se déroulent dans les montagnes de la province de Taïz, un terrain escarpé et difficile à investir par des unités motorisées. (AFP)
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Par Khalil Helou
Publié sept. 24, 2026 - 12:42

Ce troisième article de la série expose le développement par l’Arabie saoudite, sous l’impulsion du Fonds d’Investissement public Saoudien (PIF) et de la Vision 2030, d’un vaste réseau logistique reliant ports, aéroports, routes et voies ferrées. Initialement économique, cette infrastructure pourrait faciliter le déploiement des armées turque et pakistanaise dans le cadre du Pacte de la Mecque. La reprise de la guerre au Yémen révèle toutefois les limites de l’alliance tripartite Riyad-Ankara-Islamabad, confrontée aux risques d’escalade avec l’Iran.

Logistiques économique et militaire saoudiennes

Le Fonds d’Investissement Public saoudien (PIF ou Public Investment Fund), créé en 1971 par le roi Fayçal Ben Abdelaziz, a été transformé en 2015 par le prince héritier Mohammad Ben Salmane pour diversifier l’économie saoudienne et réduire sa dépendance aux hydrocarbures.

Alimenté par le pétrole et des emprunts, le PIF gère 910 milliards de dollars en 2026 (5ème rang mondial), finance des investissements mondiaux et des mégaprojets nationaux comme le NEOM (1).

Dans ce cadre le PIF a entrepris dès 2026 de regrouper et rationaliser ses participations dans le secteur des transports afin de créer un vaste conglomérat intégré, dont les objectifs sont logistiques et économiques.

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Ce conglomérat pourrait cependant avoir un usage militaire en cas de conflit, car il devrait relier les infrastructures maritimes, aériennes, routières, et ferroviaires comprenant le Saudi Landbridge, un réseau de chemin de fer reliant la mer Rouge au Golfe persique.

Le développement et la modernisation de ces infrastructures de transport pourraient être d’une nécessité absolue en cas de conflit, ce qui permettrait un déploiement massif de forces provenant des pays signataires du Pacte de la Mecque (2) dans un pays de deux millions de km2 ayant de larges frontières à risque, notamment les frontières avec le Yémen et l’Irak, en plus de sa proximité à travers le Golfe arabe avec l’Iran.

Réaménagement de la ligne du Hedjaz

Un autre projet de ligne ferroviaire entre la Turquie et l'Arabie saoudite se concrétise sous la forme d'un corridor logistique majeur visant à ressusciter et moderniser l'historique chemin de fer du Hedjaz.

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Un tronçon de l’antique chemin de fer du Hejaz dans le Wadi Rum, au sud de la Jordanie. (AFP)

En juin 2026, les deux pays ont signé des accords pour accélérer son développement.

En temps de paix, cette ligne serait une alternative à la voie économique maritime passant par Bab el Mandeb, la mer Rouge, le canal de Suez et le bassin est de la Méditerranée ; alors qu’en cas de conflit régional majeur, elle offrirait une artère continentale directe pour acheminer rapidement du matériel militaire lourd, des blindés, des munitions et des troupes depuis la Turquie vers la péninsule arabique.

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Cette stratégie de réseaux logistiques de transport s’inscrivait principalement dans le cadre de la Vision 2030 dont l’objectif est de renforcer la position de l’Arabie Saoudite comme centre régional du commerce et de la logistique.

La crise avec l’Iran, puis avec le Yémen ont fait de cette stratégie une opportunité répondant à la volonté de sécuriser et de diversifier les itinéraires de transport reliant le Royaume à la Turquie et vice-versa.

Premières discussions pour matérialiser la coopération militaire

Lors de la première réunion de suivi d’Istanbul, le 31 août 2026, les discussions auraient effectivement porté sur la coopération militaire en termes de logistique, notamment le transport des unités et les dépôts de munitions.

Par conséquent, cette coopération militaire en cours d’élaboration profiterait de la stratégie de consolidation des réseaux de transport saoudiens.

En résumé, l’Arabie saoudite se développe logistiquement sous l’impulsion du PIF parallèlement à son alliance avec Ankara et Islamabad, mais il est encore tôt d’établir un lien direct entre le projet logistique du PIF et un dispositif de déploiement militaire des membres du Pacte de la Mecque. Celui-ci reste pour l'instant analysé davantage comme un message de dissuasion collective que comme une structure logistique déjà active pour des transferts d'armes en temps réel.

Cependant, si les trois alliés le décident, un déploiement rapide de troupes turques et/ou pakistanaises sur le sol saoudien pourrait être considérablement facilité par le projet logistique du PIF.

Enfin, virtuellement, rien n’empêche le Royaume et le Pakistan, dont des unités aéroterrestres comprenant plus de 12000 soldats sont déjà déployées sur le sol saoudien, d’entreprendre des exercices militaires communs mettant à profit les infrastructures logistiques «civiles» déjà existantes.

Le Pacte de la Mecque mis à l’épreuve

Le Pacte tripartite, et plus particulièrement l’alliance saoudo-pakistanaise qui l’a précédé, fait face, avec la reprise de la guerre au Yémen, à une épreuve prématurée avant même la mise en application d’éventuelles manœuvres de logistique opérationnelle conjointes.

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Cette image satellite fournie par Copernicus Sentinel Data, prise le 21 septembre 2026, montre les dépôts de carburant de Saudi Aramco après une attaque houthie, à l’aéroport international King Khalid de Riyad. (AFP)

Sous le poids des sanctions, l'Iran instrumentalise les Houthis au Yémen pour régionaliser le conflit et déstabiliser les intérêts saoudiens.

Ayant rompu la trêve de 2022, les Houthis occupent désormais des points stratégiques, menacent le détroit de Bab el-Mandeb et ciblent les infrastructures pétrolières d'Aramco, étranglant ainsi l'économie saoudienne.

Bien que Riyad ait sollicité le soutien d'Ankara et d'Islamabad pour répondre à cette escalade, ces alliés ont décliné toute intervention militaire directe sur le territoire yéménite.

Les craintes pakistanaises

L’état-major pakistanais a théoriquement envisagé des frappes aériennes de représailles contre des positions houthies, vu que ses forces armées sont déjà sur le sol saoudien.

Toutefois, Islamabad démontre une retenue, bien qu’il s'est dit prêt à honorer ses engagements, ouvrant la voie à de potentielles frappes aériennes de soutien si Riyad en fait la demande officielle.

Le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Asif, a explicitement déclaré que l'accord de défense commune devenait opérationnel en cas d'agression prolongée ou de débordement du conflit yéménite sur le sol saoudien ; cependant, le ministère pakistanais des Affaires étrangères avait affirmé qu’aucune opération militaire à l’intérieur du Yémen n’est à l’ordre du jour.

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Les craintes pakistanaises sont justifiées car le Pakistan partage 900 km de frontière avec l’Iran et des frappes directes par l’aviation pakistanaise contre les Houthis du Yémen, alliés de l’Iran, risqueraient de déstabiliser cette frontière, spécifiquement la partie qui sépare le Baloutchistan pakistanais du Baloutchistan iranien.

Des deux côtés de cette frontière sont positionnés des groupes armés insurgés, notamment l’Armée de libération du Baloutchistan (BLA – Balochistan Liberation Army) et le Front de libération du Baloutchistan (BLF – Balochistan Liberation Front) (3) ; l’armée pakistanaise mène contre eux des opérations de contre-insurrection.

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Il serait théoriquement aisé au Corps des Gardiens de la Révolution Iranienne de faire bouger ces deux organisations pour faire pression sur Islamabad au cas où le contingent pakistanais positionné en Arabie saoudite intervient contre les Houthis au Yémen.

C’est l’une des raisons pour lesquelles le gouvernement de Shehbaz Sharif préfère la médiation de l’ombre entre l’Iran et Riyad, plutôt que l’escalade.

La position turque

La Turquie, quant à elle, est réticente à intervenir militairement au Yémen. Cela s'explique par sa volonté d'éviter une confrontation directe avec l'Iran, son partenaire économique et régional. Ankara privilégie une approche diplomatique pour stabiliser la région tout en rééquilibrant ses relations avec l'Arabie saoudite.

De plus, la Turquie craint qu'une implication militaire n'enlise ses forces dans un conflit coûteux et sans issue claire, préférant concentrer ses ressources sur ses propres priorités sécuritaires et diplomatiques au Moyen-Orient.

Prochain article : La puissance turque et ses limites

(1) NEOM est un mégaprojet de ville de haute technologie dans la province de Tabuk, au nord-ouest de l'Arabie saoudite. Lancée initialement en 2017 par le prince héritier Mohammed ben Salmane comme pièce maîtresse du programme Vision 2030 du Royaume, la ville s'étend sur plus de 26 500 kilomètres carrés le long de la mer Rouge et du golfe d'Aqaba.

(2) Toutefois, tout juste formalisé et déjà mis à l’épreuve par la reprise des hostilités au Yémen, le Pacte de la Mecque peine encore à traduire ses ambitions politiques en réalité opérationnelle concrète.

(3) En janvier 2024, l’armée pakistanaise a officiellement bombardé des positions du BLF qu’elle a qualifié de terroriste, situées à l’intérieur des frontières iraniennes.

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