Logo Levant Time
Rami Rayess

Rami Rayess

L’impasse libanaise exige de nouvelles approches
Par
Rami Rayess
Publié
oct. 4, 2026 - 22:29

Si le pouvoir libanais estime mobiliser toutes ses énergies et toutes ses capacités pour faire face à la nouvelle donne créée par l’occupation israélienne d’environ 7 % du territoire libanais, et déployer tous les efforts possibles pour mettre en œuvre l’accord-cadre signé avec Israël et relancer les négociations enlisées à Rome ou à Washington, il lui faut également chercher à imaginer une forme de dialogue politique intérieur, en particulier avec le Hezbollah, principal responsable d’avoir entraîné le Liban dans deux guerres successives, en 2024 et en 2026. Le pouvoir libanais a placé la barre très haut depuis sa recomposition, avec l’élection du général Joseph Aoun à la présidence de la République en janvier 2025 et la formation du gouvernement du Premier ministre Nawaf Salam en février de la même année. Il faut reconnaître qu’il s’agit de seuils qu’il n’était même pas envisageable de se fixer quelques années plus tôt, lorsque l’emprise du Hezbollah sur l’État et le pouvoir au Liban avait atteint une profondeur considérable et que sa puissance militaire l’avait poussé à étendre sa présence en Syrie et à s’enfoncer dans les complexités et les problèmes de ce pays.

De l’influence américaine au M.-O. après la guerre contre l’Iran
Par
Rami Rayess
Publié
sept. 24, 2026 - 11:34

Beaucoup d’encre a coulé sur le nouveau Moyen-Orient et sur les profondes transformations qu’il a connues au cours des trois dernières années. Les analystes se sont succédé sur les écrans pour livrer leur évaluation de ce que pourraient être les évolutions des prochaines années et les trajectoires qu’elles emprunteraient, à la lumière de la modification sensible des rapports de force politiques et militaires dans la région. Ces changements sont, de fait, considérables et méritent une lecture sereine. Certains considèrent que l’ordre régional dont les fondements ont été posés au début des années 1990, après l’effondrement de l’Union soviétique et l’hégémonie sans partage des États-Unis sur les affaires du monde, est entré dans une phase de recul à la faveur de l’implication directe de Washington dans les guerres de la région, quand elle ne les a pas elle-même provoquées. Parmi les exemples les plus marquants figurent l’invasion de l’Irak en 2003 et la guerre contre l’Iran, qui se poursuit encore par intermittence sans avoir, jusqu’à présent, véritablement pris fin.

Au Liban, la fragmentation interne accentue les risques
Par
Rami Rayess
Publié
sept. 14, 2026 - 14:22

Il faudra beaucoup de temps avant que le Liban ne retrouve une pleine stabilité. Le danger réside même dans le risque de s’habituer aux secousses qu’il traverse aujourd’hui. Le tableau est le suivant: le territoire du Sud est occupé, tandis que les mesures prises sur le terrain par l’occupation se multiplient sans laisser entrevoir de retraits militaires dans un avenir prévisible, comme le confirment les déclarations des responsables israéliens; le dialogue politique interne est totalement interrompu; et la guerre américano-iranienne se poursuit sous des formes et à des niveaux différents. Il est clair que les négociations, bien qu’elles constituent la seule option dont disposent les Libanais, piétinent. Ce blocage est incontestablement lié à la volonté israélienne de ne pas modifier la nouvelle situation qui s’est installée au Liban-Sud. Israël est en effet parvenu, d’une manière ou d’une autre, à paralyser l’action de la Résistance, ou du moins à l’affaiblir considérablement, tout en conservant une totale liberté de mouvement pour bombarder les villages, les localités et les régions du Sud, sans même éprouver le besoin de justifier ces frappes. Certaines d’entre elles ont notamment conduit à la destruction totale de plus de 60 localités, pour des pertes estimées à quelque 11 milliards de dollars et un coût mensuel du déplacement de population dépassant 100 millions de dollars, selon le ministre libanais de l’Économie.

Le Liban entre les feux du dedans et du dehors
Par
Rami Rayess
Publié
août 17, 2026 - 18:36

Au moment où les pays de la région cherchent à mettre en place des mécanismes et des alliances susceptibles de réduire leur dépendance sécuritaire totale à l’égard des États-Unis, voire de s’affranchir complètement de leur tutelle, à commencer par l’alliance turco-saoudo-pakistanaise, qui constitue un exemple clair de cette orientation, le Liban officiel s’engage au contraire dans une dépendance toujours plus étroite à l’égard de Washington pour la plupart des dossiers relevant de sa politique étrangère. Cela ne concerne pas uniquement la question des négociations directes libano-israéliennes, qui ont débuté à Washington et se poursuivent à Rome, et non à Paris par exemple, ce qui n’est pas un hasard.

Pourquoi l’ouverture d’une nouvelle page entre le Liban et la Syrie est une nécessité absolue

Les héritages entre le Liban et la Syrie sont nombreux, mais les opportunités le sont tout autant. Le passé entre les deux pays est particulièrement lourd. De l’indépendance sous le régime du mandat en 1920 à l’indépendance effective en 1943, jusqu’aux étapes les plus récentes, les dossiers se sont accumulés au point de faire des relations complexes entre les deux pays une situation presque permanente. Mais il est temps que cela prenne fin et qu’une nouvelle page s’ouvre, avec pour principe fondamental le respect mutuel et la non-ingérence dans les affaires intérieures. L’amère expérience de la tutelle que les Libanais ont vécue depuis l’entrée syrienne au Liban en 1976 jusqu’au retrait militaire du 26 avril 2005 reste encore profondément présente dans les mémoires, ce retrait étant intervenu sur fond de réactions internationales à l’assassinat du président Rafic Hariri, le 14 février de la même année. Si l’analyse des raisons de l’entrée syrienne au Liban nécessiterait à elle seule plusieurs articles, la phase qui a marqué l’apogée de cette tutelle s’est ouverte après la participation syrienne à l’opération de libération du Koweït en 1990, la Syrie ayant alors obtenu sa mainmise sur le Liban comme une sorte de «récompense».

L’intégration, pas la confrontation!
Par
Rami Rayess
Publié
juil. 26, 2026 - 07:49

Il est vrai que la traduction politique et concrète de la visite du président de la République libanaise, Joseph Aoun, à la Maison-Blanche exigera du temps et des efforts soutenus, pour de nombreuses raisons. Mais il est tout aussi vrai que la forme exerce une influence réelle dans les relations entre les États, surtout lorsqu’il s’agit d’un président aussi imprévisible que Donald Trump, connu pour privilégier parfois la dimension personnelle au détriment du cadre institutionnel dans ses rapports avec les chefs d’État et de gouvernement du monde entier. La scène au cours de laquelle le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait été vertement pris à partie dans le Bureau ovale, sous les objectifs des médias, demeure encore présente dans les esprits.

Le Liban entre deux tutelles: reconstruire le consensus national
Par
Rami Rayess
Publié
juil. 13, 2026 - 15:18

Si les réserves formulées à l’égard de l’accord-cadre entre le Liban et Israël sous l’égide des États-Unis sont nombreuses, profondes, légitimes et pleinement justifiées, compte tenu de l’incapacité du texte à garantir de réels acquis au Liban, cela ne signifie pas pour autant qu’il faille accepter de s’engager dans la voie d’Islamabad ou de l’accord de Suisse conclu entre Washington et Téhéran, dont l’effondrement, loin d’être surprenant, résulte de nombreux facteurs politiques et extra-politiques. Cet accord de Suisse, particulièrement fragile, reflète clairement le climat de défiance qui oppose les deux parties. Tel-Aviv ne cesse d’ailleurs d’alimenter et d’approfondir cette méfiance afin de servir son intérêt direct, qui consiste à reprendre la guerre là où elle s’est interrompue. Il s’agit à la fois de poursuivre la destruction des capacités iraniennes, même si cela ne devait pas entraîner la chute du régime, contrairement aux prévisions ou aux espoirs nourris au début du conflit, et de permettre au Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, de gagner davantage de temps, d’améliorer son image à l’approche des élections législatives, tout en continuant à retarder son procès, à en différer les échéances et à en ralentir le déroulement.

Vers un « statu quo » durable au Moyen-Orient
Par
Rami Rayess
Publié
juin 29, 2026 - 11:03

Indépendamment de la controverse politique et médiatique suscitée par le contenu de l’accord américano iranien, le déroulement des événements montre désormais avec clarté que de nouvelles dynamiques prennent forme dans la région. Leur principal dénominateur pourrait bien être de tourner la page du profond et ancien conflit entre Washington et Téhéran pour en instaurer une gestion selon des paramètres différents de ceux qui prévalaient jusqu’ici. C’est dans cette perspective que s’explique l’insistance iranienne à vouloir «mettre fin à l’état de guerre entre les deux pays». Le directoire iranien a fait preuve d’un grand pragmatisme en acceptant de s’asseoir à la table de négociations directes quelques semaines seulement après l’assassinat du Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, dont l’autorité morale, religieuse, politique et militaire occupait une place centrale au sein de la République islamique. Il rompait ainsi avec une doctrine qui avait façonné sa politique pendant plus de quarante-cinq ans, depuis la victoire de la révolution islamique en 1979, l’accession de l’imam Khomeiny au pouvoir, la définition des fondements idéologiques du régime et de l’exportation de la révolution, ainsi que la désignation permanente des États-Unis comme le «Grand Satan».

États-Unis/Israël: malaise dans les relations
Par
Rami Rayess
Publié
juin 21, 2026 - 16:30

De nombreux analystes se sont arrêtés sur les critiques inhabituelles émises par le vice-président américain J.D. Vance à l’égard d’Israël, y voyant une prise de position inédite, malgré le soutien massif, tant politique, militaire qu'économique, que Washington apporte à Tel-Aviv. En effet, Vance a rappelé aux détracteurs israéliens de l'accord diplomatique avec Téhéran que les deux tiers des armes ayant «protégé leur patrie» sont de fabrication américaine et entièrement financées par les contribuables des États-Unis. Il a souligné qu'Israël dépend de manière excessive de la force militaire pour résoudre ses crises, et qu'il devrait accorder plus de considération à Washington en tant que son seul et unique allié stratégique restant dans le monde. Dans un entretien accordé au New York Times , Vance a précisé que Donald Trump est le seul chef d'État au monde à manifester de la sympathie pour Israël en ce moment, avant de lancer à l'adresse des Israéliens :

Des illusions de paix au Liban
Par
Rami Rayess
Publié
juin 8, 2026 - 07:55

Si l'état d'abattement que vivent les Libanais en cette période se comprend au vu des défaites successives qui les accablent depuis des années — et qui ont atteint leur paroxysme avec les deux guerres d'appui déclenchées par le Hezbollah sans consulter quiconque, guerres qui ont conduit au retour de l'occupation israélienne, au déplacement de plus d'un million de Libanais et à la destruction intégrale de villages du Liban-Sud —, l'enthousiasme excessif de certains pour la paix avec Israël, et la précipitation d'autres vers la normalisation, médiatique ou non, ne trouvent pour leur part aucune justification logique, et il faut au moins les qualifier d'impatients et d'irresponsables.

/