


La tension monte depuis le début de la semaine entre Washington et Téhéran à la suite de nouvelles frappes iraniennes contre des navires empruntant le détroit d’Ormuz. Le processus de négociations n’est pas mort pour autant mais semble affaibli. Le Hezbollah, de son côté, menace de se réimpliquer au Sud du Liban si la guerre reprend, alors que les regards se tournent vers les négociations libano-israéliennes la semaine prochaine à Rome.
Dimanche matin, les forces américaines ont annoncé avoir effectué, durant la nuit, une troisième vague de frappes ayant visé plus de 140 cibles en Iran, en représailles à une nouvelle attaque des Gardiens de la révolution islamique iranienne contre un navire commercial empruntant le détroit d’Ormuz. A la suite des raids US, les Pasdaran n’ont pas tardé à lancer (et élargir), comme à leur habitude, leurs attaques contre plusieurs pays du Golfe, spécifiquement contre le Bahreïn, le Qatar, les Emirats arabes unis, Oman et le Koweït… ainsi que la Jordanie, pays qui a été ajouté par les Iraniens dans la liste de ses cibles potentielles depuis l’escalade de ces derniers jours. Même le médiateur omanais n’est pas épargné. L’attaque contre le sultanat d’Oman est intervenue quelques heures seulement après la visite du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, au sultanat!
Ces attaques illustrent le climat de la semaine écoulée durant laquelle les tensions sont allées crescendo jusqu’à l’escalade enregistrée le week-end. Dimanche, en début de soirée, l’armée américaine a lancé de nouveaux raids contre des infrastructures militaires des Gardiens de la révolution, lesquels ont repris leurs attaques contre les pays du Golfe, dont notamment le Koweït.
Les tensions entre l’Iran et les Etats-Unis étaient déjà perceptibles en début de semaine. De plus en plus excédé par l’attitude des Iraniens, le président Donald Trump avait cependant déclaré vouloir leur laisser un répit jusqu’à l’inhumation de leur ancien guide suprême Ali Khamenei, le 9 juillet.
Les Iraniens, quant à eux, ont profité de cet événement, reporté depuis mars (Khamenei avait été tué par des frappes israélo-américaines le 28 février, au début de la guerre en Iran), pour se livrer à une démonstration de force (du 4 au 9 juillet) en assurant que «des millions» de «partisans» ont participé aux rassemblements, avec force pleurs et lamentations, en Iran mais aussi dans certaines régions irakiennes. Particulièrement significatifs étaient les slogans lancés au cours de ces manifestations populaires et officielles: les slogans menaçaient de mort le président Trump directement.
Dans ce cadre, des fuites dans des médias américains ont fait état cette semaine de mises en garde israéliennes transmises au président américain, portant sur un plan iranien visant à attenter à sa vie. Un autre signe est venu accroitre ces craintes sur la vie de Trump: celui-ci est arrivé au sommet de l’Otan cette semaine, qui se déroulait en Turquie, à bord de son nouvel avion présidentiel offert par le Qatar… mais il est reparti à bord de l’ancien avion présidentiel (beaucoup plus sécurisé), «pour des raisons de sécurité», selon les médias américains.
Et de fait, les déclarations de Trump ont reflété l’escalade toute cette semaine, les attaques américaines ayant repris avant même que Khamenei ne soit enterré, le 9 juillet. Déjà le 6 juillet, le président américain menaçait : «Soit il y aura un accord avec l’Iran, soit nous terminerons le travail.» A cela est venue s’ajouter une petite phrase lancée le 8 juillet: « Le cessez-le-feu est terminé». Sans compter les vives critiques à l’adresse des dirigeants iraniens qu’il a traites de «menteurs» et de «malades».
Sa colère ne reflète pas seulement son indignation après les menaces contre sa personne, mais elle constitue aussi une réaction aux attaques répétées des Gardiens de la Révolution contre les navires empruntant le détroit d’Ormuz, sans compter l’obstination des Pasdaran à maintenir leur domination sur cette voie maritime.
Des pourparlers «à chaud»
Certes, le 10 juillet, Trump s’est ravisé quelque peu en assurant que «les Iraniens ont demandé à reprendre le dialogue, et nous avons accepté». De fait, les médiateurs pakistanais et qataris se sont activés toute cette semaine pour empêcher l’effondrement pur et simple du processus de négociations. Il semble que les pourparlers se poursuivent d’une façon ou d’une autre à Oman, selon des rapports médiatiques confirmés par un communiqué du ministère iranien des Affaires étrangères, dimanche. Mais ce qui semble avoir changé, c’est que les négociations se poursuivront sous le feu, et non plus dans un contexte de trêve.
En ce qui concerne la situation interne en Iran, l’absence du nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei aux obsèques de son père a été relevée par nombre de médias et dans divers milieux politiques qui ont soulevé la question de savoir qui gouverne réellement l’Iran aujourd’hui?
La question est de plus en plus pertinente, d’autant que l’aile dure du régime semble l’emporter sur le courant modéré. Ces derniers jours, les déclarations belliqueuses proviennent presque exclusivement des Pasdaran. Et la rhétorique du principal négociateur, Mohammad Ghalibaf, président du Parlement, a suivi: il a assuré, le 10 juillet, que la guerre au Moyen-Orient «ne se terminera pas par une reddition de l’Iran», enchaînant, dimanche, avec une autre boutade: «Le temps des marchés non équitables est terminé».
Jusqu’où peut aller l’intransigeance iranienne? La situation économique du pays est catastrophique, mais les Gardiens de la révolution semblent vouloir gagner du temps en jouant la carte de la hausse des prix du pétrole en provoquant la fermeture du détroit d’Ormuz. En tout état de cause, l’escalade reste relativement mesurée, en attendant soit une nouvelle trêve, soit un dérapage qui ouvrirait grand les portes à un nouveau conflit global.
Négociations libano-israéliennes à Rome
Sur le front du sud du Liban, la situation reste inchangée au stade actuel avec la destruction par l’armée israélienne des infrastructures du Hezbollah. La milice chiite a annoncé toutefois, par la voix de ses cadres, qu’elle «ne laissera pas l’Iran seul si la guerre reprend».
Les attaques de ces derniers jours sur la scène libanaise sont plutôt verbales de la part du camp pro-iranien contre l’option prise par l’Etat libanais d’engager des pourparlers directs avec Israël. Ces attaques ont fait l’objet d’une réponse ferme du leader des Forces libanaises Samir Geagea qui s’est rendu, vendredi, au Palais de Baabda à la tête d’une importante délégation de son bloc parlementaire pour soutenir le choix de la légalité libanaise concernant les négociations directes.
Ces pourparlers se poursuivront la semaine prochaine à Rome, malgré les réserves libanaises portant sur ce changement de lieu, de peur que l’implication de Washington s’atténue, ce que les dirigeants américains ont totalement exclu. Ces appréhensions ont été dissipées par l’ambassadeur américain Michel Issa, jeudi, lors d’une tournée auprès des responsables, notamment le président de la République Joseph Aoun.
L’ambassadeur US a annoncé dans ce cadre l’arrivée d’une délégation militaire américaine au Liban pour superviser l’application de l’accord-cadre entre Israël et le Liban (signé le 22 juin), notamment pour ce qui a trait au retrait israélien progressif et au déploiement de l’armée libanaise dans deux zones-pilotes au sud. La délégation US s’est réunie à ce sujet, à la fin de la semaine, avec le commandement de l’armée.
Vraisemblablement pour donner de meilleures chances à ces pourparlers, le commandement militaire israélien a donné l’ordre aux unités israéliennes de geler «les opérations délicates au sud du Liban», à la demande des Américains.
L’autre grande information de cette semaine a été la confirmation de la visite du président libanais à Washington le 21 juillet. A noter que Joseph Aoun refuse toujours que cette visite comporte une rencontre directe avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, lequel a annoncé en début de semaine une prochaine rencontre avec le président Trump.
Macron en Syrie
La semaine écoulée a été marquée en outre par le sommet de l’Otan en Turquie, en présence notamment du président Trump, mais surtout par la visite du président Emmanuel Macron à Damas, le 6 juillet, la première d’un chef d’Etat occidental depuis le changement de régime en décembre 2024. Cette visite a été l’occasion de parler de coopération et d’économie, à un moment où le nouveau régime cherche à unifier les rangs et opérer un redressement. Mais c’était aussi l’occasion, pour les terroristes – apparemment le groupe «Etat islamique» selon les autorités syriennes – de perpétrer un double attentat aux explosifs non loin de l’hôtel où résidait le président français. Un signe que la situation sécuritaire reste précaire sur la scène syrienne.