


Le retour de la coordination saoudo-émiratie au Yémen constituerait une évolution d’une extrême importance sur le plan régional, en plus d’être la pire nouvelle qui puisse parvenir à l’oreille de la «République islamique». Il n’est un secret pour personne que l’Iran est prêt à aller loin dans l’exploitation du Yémen, dont une partie est devenue, grâce aux Houthis (le groupe Ansar Allah), une base militaire qui lui est rattachée dans la péninsule Arabique.
Le retour des Houthis au port de Mokha, qui menace la navigation dans le détroit de Bab el-Mandeb, ainsi que les attaques dont le Royaume d’Arabie saoudite est la cible à partir du territoire yéménite, montrent qu’il est indispensable de faire face aux Houthis. Il faut même les ramener à leur dimension naturelle dans le nord du Yémen. Une telle confrontation est dans l’intérêt de tous les États arabes de la région, et pas seulement de l’Arabie saoudite.
Au vu des récents développements au Yémen, il était naturel que se tienne la rencontre saoudo-émiratie, à travers la visite effectuée dans le Royaume par le cheikh Mansour ben Zayed Al Nahyan, vice-président des Émirats arabes unis, à l’invitation du prince Khaled ben Salmane, ministre saoudien de la Défense. Le cheikh Mansour a rencontré à Riyad le prince Mohammed ben Salmane, prince héritier saoudien, ce qui indique une reprise des contacts entre les deux pays et de la coordination entre eux au plus haut niveau. Les États de la région n’ont d’autre choix que de renouer avec la coordination et de réfléchir à ce qui peut être fait pour protéger la péninsule Arabique.
Le danger que représente le Yémen, à la lumière de la récente poussée des Houthis en direction du contrôle du détroit de Bab el-Mandeb, a de nouveau rapproché l’Arabie saoudite et les Émirats. Il est apparu, tout simplement, que le Royaume ne peut se passer des Émirats et que les Émirats ne peuvent se passer de l’Arabie saoudite, surtout lorsqu’il est question du Yémen… où le rôle de chacun des deux pays complète celui de l’autre.
Les victoires militaires des Houthis ont révélé que les Émirats, qui ont sacrifié, dans un passé récent, un grand nombre de leurs militaires au Yémen, disposaient d’une grande capacité à coordonner les forces opposées aux Houthis. On peut même aller jusqu’à dire ouvertement qu’il ne peut y avoir de coordination efficace sur le terrain yéménite entre ces forces aux orientations diverses sans les Émirats. Depuis avant même la prise de Sanaa par les Houthis, à pareille époque en 2014, les Émirats ont réussi à réunir des forces du Nord et du Sud capables de faire face aux Houthis. Ces forces ont chassé les Houthis d’Aden et de Mokha, tout en contribuant à empêcher la chute de la ville de Marib.
L’important, à présent, est que la tenue de la rencontre saoudo-émiratie est de bon augure, surtout si l’on prend en considération deux facteurs importants.
Le premier réside dans l’ampleur de l’offensive houthie contre Mokha et les montagnes qui la surplombent, dont le contrôle pourrait aider le «groupe Ansar Allah» à atteindre Aden. Il n’est un secret pour personne que les Houthis aspirent à revenir dans la capitale du sud du Yémen, dont ils avaient été chassés par des forces soutenues par les Émirats au début de l’année 2015. Dans les combats qui se déroulent dans les montagnes de Taëz, notamment dans les monts Kahboub, les Houthis lancent des milliers d’adolescents dans la bataille afin d’atteindre des zones montagneuses assurant une protection à Mokha. Ces vagues humaines houthies rappellent celles auxquelles les Iraniens avaient eu recours durant leur guerre contre l’Irak dans les années 1980. Pendant cette guerre, qui dura huit ans, la «République islamique» utilisait des adolescents auxquels l’ayatollah Khomeyni faisait porter une «clé du paradis», afin qu’ils soient employés pour déminer les champs de mines posés par l’armée irakienne. Rien n’indique que les Houthis accordent la moindre importance au coût humain de la guerre menée afin que l’Iran prenne le contrôle de Bab el-Mandeb et l’utilise comme carte dans les négociations en cours avec les États-Unis.
Quant au second facteur, il réside dans la prise de conscience, tant saoudienne qu’émiratie, que les divergences au sujet du Yémen ne servent à rien et ne profitent qu’à l’Iran, pour la simple raison que les Houthis, qui ne sont rien d’autre qu’un instrument iranien, sont toujours prêts à exploiter toute forme de désaccord interarabe afin d’étendre la superficie des territoires qu’ils contrôlent au Yémen… et de progresser vers le Sud, et vers la ville d’Aden en particulier.
Une fois encore, il faut souligner que la coordination saoudo-émiratie au Yémen ne peut qu’avoir des répercussions positives sur ce pays, sur la région du Golfe et peut-être même au-delà. Il est clair que l’entente saoudo-émiratie contribuera à rendre les forces du Sud, y compris celles relevant du Conseil de transition et les brigades des «Géants», plus enclines à participer aux combats plutôt qu’à rester spectatrices des affrontements en cours avec les Houthis. Une telle entente aidera également à restructurer les forces qui étaient placées sous le commandement de Tarek Mohammed Abdallah Saleh, composées pour l’essentiel de combattants du Nord, qui assuraient la protection de Mokha avant d’être contraintes de s’en retirer.
Reste une question d’une extrême importance, qui se pose au moment où commencent à apparaître les prémices d’une alliance entre les Houthis et le mouvement «Al-Shabaab» en Somalie, un mouvement qui ne diffère guère de «Daech» et qui est présent sur l’autre rive de la mer Rouge. Cette question consiste à savoir si la coordination entre l’Arabie saoudite et les Émirats ira au-delà du Yémen, c’est-à-dire jusqu’au Soudan, où la seule solution réside dans le départ des deux généraux Abdel Fattah al-Burhane et Mohammed Hamdane Dagalo (Hemedti), plutôt que de continuer à tourner dans un cercle fermé, avec toutes les répercussions négatives que cela entraîne pour le Soudan lui-même et l’ensemble de son environnement régional…