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L'Essentiel du jour

L’escalade s’étend, les intérêts français menacés
Par
Tilda Abou Rizk
Publié
mars 13, 2026 - 19:46

Les craintes d’un enlisement du conflit militaire entre l’Iran et l’axe formé par Israël et les États-Unis se confirment à mesure que les développements sur le terrain s’accélèrent et que la confrontation politique et militaire entre Téhéran et Washington s’intensifie. Au quatorzième jour de la guerre qui fait rage depuis le 28 février, Washington et Tel Aviv insistent sur leur volonté d’anéantir les capacités militaires d’un Téhéran qui réagit en élargissant le champ de ses attaques, quelques heures après le message belliqueux télévisé du nouveau Guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, pourtant blessé dans la violente frappe qui avait tué son père, Ali Khamenei. La diplomatie, elle, ne semble toujours pas avoir de place dans ce bras-de-fer dont l’issue demeure incertaine. Pour la première fois depuis le début du conflit, des objectifs français dans la région sont pris pour cible par l’Iran. Pourtant, traditionnellement, Paris entretient des relations cordiales avec la République islamique, tout en restant critique sur certains dossiers. Il serait intéressant de relever que l’attaque n’a pas été menée directement par Téhéran, contrairement à celle qui avait visé le 2 mars une base britannique à Chypre. Les missiles, lancés par l’Iran, avaient été interceptés par Israël, selon le ministre britannique de la Défense, John Healy. Un groupe occulte pro-iranien qui se fait appeler Ashab el-Kahf, a ainsi revendiqué, vendredi, l’attaque nocturne aux drones contre une base française à Irbil, en Irak, où un soldat français a été tué et au moins cinq autres ont été blessés. Selon ce groupe, il s’agit d’une réaction au déploiement du porte-avions Charles de Gaulle dans le Golfe. Une initiative que le président français, Emmanuel Macron, avait prise «dans un but défensif». Ashab el-Kahf a également annoncé vouloir prendre pour cible l’ensemble des intérêts français dans la région et non seulement en Irak. L’attaque contre la base française ne doit cependant pas être seulement mise sur le compte d’une réponse au déploiement du Charles de Gaulle. L’Iran cherche surtout à faire parvenir un message au président Macron qui l’avait vivement critiqué la semaine dernière, qualifiant Ali Khamenei, l’ancien Guide suprême tué par des frappes israélo-américaines, de «bourreau». Emmanuel Macron s’en était pris également au Hezbollah, lui reprochant d’avoir entraîné le Liban dans une guerre qui ne le concerne pas. Ainsi, au moment où Washington et Tel Aviv continuent donc d’insister sur leur détermination à anéantir les capacités militaires de Téhéran, le régime des Mollahs s’efforce de montrer qu’il maintient celles-ci et qu’il a toujours la possibilité d’accentuer la pression sur ses «ennemis», en intensifiant ses attaques aux missiles et aux drones et en bloquant toujours le détroit d’Ormuz, au grand dam des Etats-Unis. Quelques heures après les menaces du nouveau Guide suprême iranien qui a promis de plonger la région dans le chaos, les attaques iraniennes se sont intensifiées contre des bases américaines en Arabie saoudite, où 56 drones ont pu être interceptés dans la nuit de jeudi à vendredi, selon Riyad, aux Emirats arabes unis et au Koweit où un missile a touché de plein fouet un immeuble résidentiel. La Turquie a également annoncé que l'Otan a intercepté au niveau du bassin oriental de la Méditerranée un missile iranien qui avait été tiré en sa direction. En Israël, des responsables militaires, cités par des médias, ont cependant dit avoir constaté une diminution de la fréquence des attaques iraniennes aux missiles et aux drones, notamment contre le territoire israélien. Celui-ci reste cependant sous le feu des attaques du Hezbollah qui a lancé plusieurs salves contre le nord israélien dans la nuit de jeudi à vendredi puis de nouveau vendredi, plongeant davantage le Liban dans une spirale de violence qu’il reste incapable de freiner. En représailles, Israël ne s’est pas contenté de bombarder les secteurs et les villages où la formation pro-iranienne est implantée ou de mener des assassinats ciblés, comme à Nabaa, au nord de Beyrouth, vendredi matin, mais a entrepris de mettre à exécution sa menace de frapper des infrastructures civiles libanaises. Premières cibles: deux ponts au niveau du Litani au Liban-Sud, dont un qui relie les cazas de Tyr, Nabatiyeh, Bint Jbeil et Zahrani et qui revêt de ce fait une importance stratégique. Pendant ce temps, le secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres, entamait une visite officielle au Liban. Dans les circonstances actuelles, celle-ci relève de la pure forme, l’Onu n’ayant aucun levier de pression ou marge de manoeuvres pour mettre fin au conflit en cours, ou intervenir afin de soustraire le Liban à la menace que représente le Hezbollah pour la sécurité du pays à long terme. Dans un message sur son réseau social, Truth Social, le président Trump a réaffirmé que Téhéran est sur le point de capituler. «Nous sommes en train de détruire totalement le régime terroriste d'Iran, militairement, économiquement et autrement». «La marine iranienne a disparu, leur armée de l'air n'est plus, les missiles, les drones et tout le reste sont décimés, et leurs dirigeants ont été rayés de la surface de la terre», a-t-il ajouté. Donald Trump a répété ce même message au cours d’une réunion virtuelle des dirigeants du G7. Selon le site Axios, il aurait évoqué une défaite très proche. Quelques heures auparavant, Mojtaba Khamenei, pourtant blessé dans la frappe qui avait tué son père, Ali Khamenei, affirmait qu’il n’était pas question pour l’Iran de «plier».

Guerre au Moyen-Orient: s’oriente-t-on vers une escalade plus ouverte?
Par
Tilda Abou Rizk
Publié
mars 12, 2026 - 18:35

Au cours des dernières vingt-quatre heures, plusieurs indicateurs sur le terrain suggèrent que la guerre entre l’Iran et l’axe formé par Israël et les États-Unis est sur le point de franchir un nouveau seuil d’escalade auquel le Liban n’échappe pas. Au treizième jour de l’opération militaire baptisée «Fureur épique» par le président américain Donald Trump, la tension s’est sensiblement accentuée sur le double front irano-israélien et libano-israélien, avec une synchronicité très remarquée entre le Hezbollah et Téhéran. L’intensification nocturne des échanges de tirs de missiles entre Téhéran et Tel Aviv, pendant qu’au Liban, le Hezbollah annonçait – mercredi soir – le lancement de l’opération «Paille mâchée» (en allusion à l’état de l’armée d’Abraha qui, selon le Coran, avait été frappée par des pierres d’argile lancées par des oiseaux) est à mettre sur le compte de la montée des tensions autour du détroit stratégique d’Ormuz, qui risque de constituer un point d’inflexion dans le conflit militaire en cours. Pour Washington, la sécurité des pétroliers et des navires qui traversent le détroit reste une ligne rouge que Téhéran n’a pas hésité à franchir, faisant flamber le prix du pétrole sur le marché international. Une stratégie contre laquelle le président américain Donald Trump a mis en garde, mais que l’Iran maintient et utilise comme arme pour accentuer la pression sur ce dernier, en perturbant le marché international du pétrole. Depuis qu’Israël a ciblé, dimanche, des réservoirs de carburants à Téhéran, le régime des Mollahs a visé en représailles des champs pétroliers et des réservoirs de carburants dans les pays du Golfe. Dans la nuit de mercredi à jeudi, au moins deux pétroliers au large de l’Irak ont été attaqués. Quelques heures plus tôt, c’est un navire cargo qui était pris pour cible. Cette situation a poussé les pays du Golfe à réduire leur production pétrolière d’au moins 10 millions de barils par jour, selon l’Agence internationale de l’énergie. Le régime des Mollahs, qui joue aujourd’hui sa survie, fait feu de tout bois, se disant prêt à une guerre d’usure qui, pour l’heure est cependant loin de décourager ses adversaires, déterminés à aller jusqu’au bout de leur opération militaire, comme le répètent Tel Aviv et Washington. Jusqu’à présent, sa stratégie semble donc avoir un effet contraire. Parce qu’après avoir soufflé le chaud et le froid au cours des derniers jours, en laissant entendre que la guerre pourrait très prochainement s’arrêter, le président Trump a annoncé mercredi soir que Washington «doit finir le travail» en Iran et qu’il n’est pas question pour lui de «s’arrêter en cours de route et de partir très tôt». S’il a assuré que «l’Iran est proche d’une défaite», il est cependant resté flou sur la nature des objectifs de guerre: s’agit-il d’un changement du régime, auquel il avait fait allusion au début du conflit, ou seulement d’une neutralisation de la menace nucléaire ou de la capacité de Téhéran à développer des missiles balistiques, pouvant représenter une menace pour les États-Unis? Sa déclaration fait aussi écho à celle du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, qui, lui est plus direct sur les objectifs de guerre: en finir avec le régime des Mollahs, en raison de la menace existentielle qu’il représente pour son pays, et son bras militaire, le Hezbollah. Dans cette perspective, Tel Aviv envisage d’élargir son opération militaire au Liban. Son ministre de la Défense, Israël Katz, l’a annoncé jeudi, au lendemain d’un conseil de sécurité israélien restreint, convoqué, pour discuter de la suite à donner à l’engagement militaire au Liban où, selon les médias de Tel Aviv, l’armée israélienne occupe, non plus cinq, mais dix-huit points stratégiques, dans la perspective d’une éventuelle incursion terrestre. Israël Katz a annoncé qu’un ordre a été donné à l’armée israélienne pour se préparer à «étendre ses opérations au Liban», mettant en garde contre une possible occupation de territoires libanais pour assurer la sécurité des villages du nord d’Israël, au cas où le gouvernement ne mettrait pas fin aux activités belliqueuses du Hezb. Israël s’est aussi dit déterminé à agir «partout au Liban, du nord jusqu’au sud, en passant par la Békaa», alors que le gouvernement libanais peine toujours à freiner la folie meurtrière et destructrice de cette formation. Une semaine après sa décision historique qui consiste à interdire les activités paramilitaires du Hezb et à poursuivre ceux qui tirent des missiles contre Israël, le gouvernement n’a toujours pas honoré son engagement, se contentant de gérer la crise humanitaire née de l’aventure infernale dans laquelle les agents locaux de l’Iran ont embarqué le Liban et les Libanais. Le Conseil des ministres, réuni jeudi, a ainsi décidé de convoquer le chargé d’affaires près l’ambassade d’Iran pour soulever avec lui la question de la présence de représentants des Gardiens de la révolution islamique au Liban. Pas un mot cependant sur les activités du Hezb ou encore sur la mission dont l’armée et les forces de l’ordre avaient été chargées pour les contenir. Retour donc à la case départ, celle de l’incapacité d’un État qui croit que le Liban et les Libanais ont beaucoup à perdre s’il s’aventure sur ce terrain miné, alors que les Libanais, dans leur majorité, toutes appartenances confondues, ne désirent qu’une chose: en finir avec le Hezb et ses activités criminelles.

Grave escalade nocturne entre Israël et le Hezbollah
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LevantTime .
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mars 11, 2026 - 23:48

Une grave escalade s’est produite mercredi soir entre Israël et le Hezbollah. Le parti pro-iranien a lancé en début de soirée près de 200 roquettes en quelques minutes contre le nord d’Israël et la Galilée, son attaque la plus massive depuis le début de la guerre. Les tirs se sont déroulés en coordination avec l’Iran, qui envoyait à son tour, presque simultanément, une salve de missiles sur Tel-Aviv. Des drones ont également été envoyés par le Hezb. L’aviation israélienne n’a pas tardé à riposter en effectuant une série de raids particulièrement violents contre la banlieue-sud qui a été recouverte rapidement d’épais nuages de fumée noire. Un raid meurtrier a visé un rassemblement de déplacés à Ramlet el-Baïda, à Beyrouth, faisant au moins 7 tués et deux dizaines de blessés. Le village de Aramoun, dans le caza de Aley, a également été pris pour cible à plusieurs reprises. Le Hezbollah a symboliquement intitulé son opération « Al-Aaasf al-Ma’koul (la « paille dévorée » , une expression coranique qui renvoie à la sourate de l’Éléphant, où il est question du sort réservé à l’armée d’Abraha, qui avait marché sur La Mecque. Dieu les réduisit à l’état de « paille dévorée », c’est-à-dire de feuilles de cultures desséchées, broyées après avoir été consumées. Dans l’usage contemporain, l’expression n’est pas sans évoquer l’idée d’une défaite écrasante et d’une destruction totale de l’ennemi, conférant à l’opération une dimension symbolique eschatologique, avec comme sous-texte l’intention d’infliger de lourdes pertes à l’ennemi. Israël a répondu sur le même registre, en donnant à sa riposte le nom post-loi du talion de « Al-Saa, Saaein » — une locution arabe puisant ses origines dans le Talmud et promettant littéralement au Hezbollah une « vengeance multipliée par deux ». À la suite de l’escalade initiée par le Hezbollah, des sources israéliennes indiquaient en fin de soirée (heure de Beyrouth) que le Premier ministre Benjamin Netanyahu examinait avec son état-major l’éventualité d’un élargissement de l’intervention terrestre au Liban. Dans ce cadre, une source sécuritaire israélienne a indiqué mercredi soir que les États-Unis pourraient participer à des raids aériens « à Baalbeck et dans la Békaa ». De même source, on précise que « l’opération militaire ne s’arrêtera pas au Litani ». « Nous agirons du Sud au Nord, et tous les objectifs sont légitimes », a ajouté la source israélienne. L’Iran et le Hezbollah stigmatisés à l’Onu Sur le plan politico-diplomatique, la chaine arabophone al-Hadass a rapporté une déclaration d’un haut conseiller militaire du Guide suprême de la Révolution islamique qui a promis de « détruire Israël ». Des propos qui reflètent à n’en point douter une volonté de fuite en avant de la part du régime des mollahs. A New-York, le comportement de la République islamique et du Hezbollah ont été sévèrement et unanimement stigmatisés. Au terme d’une réunion extraordinaire consacrée à la guerre en Iran et à la situation au Liban, le Conseil de Sécurité a ainsi approuvé une résolution présentée par la Jordanie et les États du Golfe condamnant les attaques iraniennes contre les pays du Golfe. La résolution onusienne réclame « l’arrêt immédiat des attaques iraniennes ». Auparavant dans l’après-midi de mercredi, l’ambassadeur de France à l’Onu avait donné lecture d’une déclaration, en présence des ambassadeurs de l’Union européenne, qualifiant d’« irresponsable » l’entrée en guerre du Hezbollah contre Israël. L’ambassadeur français a ajouté que le parti pro-iranien doit « cesser ses attaques contre Israël et remettre ses armes au gouvernement libanais ». Abondant dans le même sens, le président du Sénat français, Gérard Larcher (grand ami du Liban depuis de nombreuses années), a souligné que la France doit aider le pouvoir libanais à désarmer le Hezbollah, lequel « ne défend pas le Liban, mais sert les intérêts de l’Iran », a-t-il relevé. De son côté, l’adjointe du secrétaire général des Nations-Unies pour les affaires politiques a stigmatisé, au cours de la réunion du Conseil de Sécurité, l’attitude du Hezbollah, relevant que ce parti « a refusé de coopérer avec le gouvernement libanais pour rétablir la souveraineté de l’État et appliquer la décision sur le monopole des armes ». Quant à l’ambassadeur d’Israël à l’Onu, il a placé le Liban devant un choix qui ne laisse aucune place aux atermoiements. « Le gouvernement libanais, a-t-il déclaré, se trouve devant l’alternative suivante : soit il démembre l’appareil militaire du Hezbollah, soit nous le ferons nous-mêmes »… Il convient de signaler, d’autre part, que d’une manière concomitante à la flambée entre Israël et le Hezbollah, un développement majeur est intervenu en Iran au cours des dernières vingt-quatre heures. Une agence de presse iranienne a ainsi indiqué « qu’au moins une dizaine de forces de l’ordre ont été tués au cours d’accrochages avec des éléments armés à Téhéran ». Aucune précision n’a pu être obtenue sur la portée de cet incident.

L’attention des décideurs focalisée sur le détroit d’Ormuz
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LevantTime .
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mars 11, 2026 - 17:03

La population du Liban ainsi que les populations des pays du Levant, du Golfe et du Moyen-Orient sont soumises à une véritable douche écossaise. D’un côté, des rumeurs font état d’une prochaine fin des hostilités sur le front iranien (sans englober le Liban), mais dans le même temps, une nette escalade est perceptible au niveau des opérations militaires. La journée du mercredi 11 mars et la nuit du 10 mars ont été marquées par une intensification des raids et des tirs de missiles dans plus d’une direction. L’aviation israélienne a ainsi poursuivi dans la nuit du 10 mars ses raids intensifs contre les centres névralgiques et les infrastructures du régime iranien à Téhéran et contre la banlieue-sud de Beyrouth et plusieurs villages du Liban-Sud et de la Békaa. Des missiles ont été en outre lancés contre des positions de l’opposition iranienne kurde en Irak, tandis que l’aviation de la coalition américano-israélienne lançait des raids contre les permanences de la milice irakienne pro-iranienne, « El Hached en-Chaabi » (« Mobilisation populaire »), et du Hezbollah irakien, stationnés en Irak. Plusieurs alertes aux missiles ont été par ailleurs signalées dans la journée de mercredi à Dubaï et à Doha, notamment. Dans la nuit de mardi, la marine israélienne a pris pour cible un appartement dans le quartier de Aïcha Bakkar, à Beyrouth-Ouest. Tsahal a indiqué qu’un responsable et une permanence de l’organisation fondamentaliste sunnite « El Jamaa el Islamiya » ont été visés par le tir qui aurait fait quatre tués. Plus au sud, une quarantaine de blindés israéliens auraient pris position dans la région méridionale, notamment près de Taybeh, ce qui pourrait constituer un indice précurseur d’une présence prolongée de l’armée israélienne au Sud afin d’imposer une « zone tampon » visant à réduire la menace sur les villages du nord d’Israël. Sur ce plan, l’état-major israélien aurait acheminé des renforts à la frontière avec le Liban, notamment une importante unité de commando. Pressions diplomatiques Face à la recrudescence de la tension sur le terrain, le Liban est soumis à des pressions diplomatiques accrues. L’ambassadeur de France à l’Onu a ainsi donné lecture d’une déclaration, en présence des ambassadeurs de l’Union européenne, qualifiant d’« irresponsable » l’entrée du Hezbollah en guerre contre Israël. L’ambassadeur français a ajouté que le parti pro-iranien doit « cesser ses attaques contre Israël et remettre ses armes au gouvernement libanais ». Abondant dans le même sens, le président du Sénat français, Gérard Larcher (grand ami du Liban depuis de nombreuses années), a souligné que la France doit aider le pouvoir libanais à désarmer le Hezbollah, lequel « ne défend pas le Liban, mais sert les intérêts de l’Iran », a-t-il relevé. De son côté, l’adjointe du secrétaire général des Nations-Unies pour les affaires politiques a stigmatisé, au cours d’une réunion (mercredi après-midi) du Conseil de Sécurité consacrée au Liban, l’attitude du Hezbollah, relevant que ce parti « a refusé de coopérer avec le gouvernement libanais pour rétablir la souveraineté de l’Etat et appliquer la décision sur le monopole des armes ». Quant à l’ambassadeur d’Israël à l’Onu, il a placé le Liban devant un choix qui ne laisse aucune place aux atermoiements. « Le gouvernement libanais, a-t-il déclaré, se trouve devant l’alternative suivante : soit il démembre l’appareil militaire du Hezbollah, soit nous le ferons nous-mêmes »… Quid du détroit d’Ormuz et de Mojtaba Khamenei Parallèlement à cette tension sur les « fronts » désormais traditionnels, un nouveau point chaud a émergé au cours des derniers jours : le détroit d’Ormuz. Les Gardiens de la Révolution iranienne ne cachent pas leur velléité de fermer ce passage maritime stratégique, au point de menacer de le miner. Le président Donald Trump n’a pas tardé à réagir à ces menaces, soulignant sans ambages que toute tentative de miner ce détroit entrainerait une riposte particulièrement ferme de la part de l’armée américaine. Dans ce cadre, la marine US a poursuivi la destruction systématique de la flotte militaire iranienne et seize navires poseurs de mines ont été coulés. Au niveau politique, ou géostratégique global, l’attention des puissances régionales et internationales est braquée au stade actuel sur la configuration du nouveau pouvoir politique à Téhéran après la désignation d’un nouveau Guide suprême de la République islamique, Mojtaba Khamenei, fils de Ali Khamenei, tué au cours des premiers raids de l’aviation israélienne à Téhéran, le 28 février. Il se confirme de diverses sources concordantes que Mojtaba Khamenei a été blessé au cours des premiers raids du 28 février. Des informations contradictoires sont diffusées dans les médias concernant la gravité de ses blessures et son état de santé. Le nouveau Guide aurait été pratiquement imposé par les Gardiens de la Révolution (les Pasdaran), ce qui pourrait refléter un durcissement du régime des mollahs à l’égard de l’Occident, et plus particulièrement des Etats-Unis. En tout état de cause, il faudra attendre que Mojtaba Khamenei se prononce publiquement sur ses grands choix politiques et stratégiques pour déterminer le cours que pourraient prendre les événements, tant en ce qui concerne l’issue de la guerre que l’avenir de l’Iran et de l’ensemble de la région.

Au dixième jour de la guerre, la rhétorique s’enflamme entre les belligérants
Par
Taline Becharraoui
Publié
mars 10, 2026 - 17:45

Au dixième jour du début de l’attaque israélo-américaine contre l’Iran qui a embrasé la région, Liban inclus, la tension continue de monter. Les autorités américaines et israéliennes haussent le ton, et les piliers du régime iranien, qui joue sa survie, répondent avec une virulence accrue, comme s’ils avaient repris du poil de la bête depuis l’annonce de l’identité du nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei. Le président américain Donald Trump avait donné le ton, lundi, en déclarant penser que «la guerre est finie, quasiment», dans une interview à la chaîne CBS, considérant que le conflit est «très en avance» sur le calendrier initial. «C’est nous qui déciderons de la fin de la guerre», ont rétorqué les Gardiens de la révolution dans un communiqué. Mais les Iraniens ne se sont pas suffi de déclarations intempestives. Ils ont menacé de «bloquer les exportations de pétrole pour la durée de la guerre». Ce qui a appelé une réponse de Trump. Le président américain a menacé de «frapper encore plus fort» au cas où Téhéran mettrait en œuvre sa menace. Le chef de la sécurité du régime iranien, Ali Larijani, a rétorqué que les menaces de Trump, «sont creuses» et que «l’Iran n’a pas peur». Que cache cet échange acerbe de déclarations, notamment du côté iranien? Très peu de détails filtrent sur la situation en Iran, en raison notamment des violents bombardements israélo-américains incessants sur les villes et notamment les infrastructures iraniennes. Dans tous les cas, une nouvelle déclaration de Donald Trump mardi, qui se plaît à souffler le chaud et le froid, est venue brouiller les pistes, puisque le président américain a assuré «avoir entendu dire que Téhéran voulait discuter», et qu’il serait prêt à le faire. De son côté, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a assuré être en train de «briser les os» du régime iranien, appelant de nouveau le peuple iranien à se révolter. Les chrétiens du Sud Au Liban, la guerre bat toujours son plein, et les avis d’évacuation de régions entières, lancés par l’armée israélienne, se succèdent. L’aviation israélienne continue de s’acharner notamment sur l’outil financier du Hezbollah, le Qard el-Hassan, dont plusieurs succursales sont déjà détruites, en majorité dans la banlieue-sud de Beyrouth. Les habitants de sept quartiers de ce secteur ont été appelés à les évacuer «jusqu’à nouvel ordre». Ces deux derniers jours ont été cependant marqués par des incidents sanglants dans des villages frontaliers chrétiens qui ne sont de toute évidence pas des fiefs du Hezbollah. À Alma el-Chaab, un septuagénaire, Sami Ghafari, a été ciblé dimanche par un drone alors qu’il arrosait son terrain. Sa mort a interpellé les observateurs. Lundi, c’était au tour de Qlayaa de subir un cycle de violence dont le prêtre Pierre Raï a payé le prix de sa vie, parce que des combattants du Hezbollah se sont réfugiés derrière une maison habitée pour lancer des roquettes contre Israël. L’armée israélienne a publié lundi une vidéo, dans laquelle elle montre une «infiltration d’éléments armés dans un village chrétien du Liban-Sud», en d’autres termes des membres du Hezbollah. Ces ciblages étaient-ils destinés à effrayer les habitants de ces villages, qui tiennent à rester chez eux, ou ceux-ci sont-ils réellement pris entre l’enclume du Hezbollah et le marteau d’Israël? Quoi qu’il en soit, les habitants de Alma el-Chaab ont décidé d’évacuer leur localité sous la protection de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), et ceux de Rmeich ont reçu des appels de l’armée israélienne exigeant qu’ils évacuent des déplacés chiites qu’ils avaient accueillis chez eux, et qui ont été relocalisés à Tyr. Face à l’escalade des violences au Liban, la France a exprimé sa vive préoccupation. Elle a demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU à New-York, qui se tiendra demain mercredi 11 mars. Première apparition publique de Mohammad Raad La journée du 9 mars (ou plutôt la soirée) a aussi été marquée par un discours du chef du bloc parlementaire du Hezbollah, Mohammad Raad, dont c’était la première apparition publique depuis les rumeurs sur son assassinat par Israël, aux premiers jours du conflit. Quelques heures seulement après sa participation à la séance parlementaire au cours de laquelle ses collègues et lui ont voté en faveur d’une prorogation de leur mandat de deux ans, M. Raad a repris les arguments du secrétaire général de son parti, Naïm Kassem, attaquant le gouvernement pour sa décision du 2 mars de considérer comme illégales les activités militaires de la milice, et assurant que le Liban «n’avait d’autre choix que la résistance». De tels propos sont un défi de plus pour le gouvernement et le président de la République Joseph Aoun, qui accusait la veille le Hezbollah de provoquer l’effondrement du Liban. Ils sont aussi une nouvelle tentative de resserrer les rangs d’une base populaire de plus en plus désillusionnée. Joseph Aoun, pour sa part, a effectué un déplacement au ministère de la Défense mardi, prenant la défense de l’armée dont le commandant en chef, le général Rodolphe Haykal, est de plus en plus la cible d’attaques depuis que le Hezbollah a, à nouveau, entraîné le Liban dans une guerre absurde et que l’institution militaire a été chargée de mettre en œuvre la décision du gouvernement d’interdire les activités paramilitaires destructrices de ce groupe. Le président a fait comprendre que celui-ci «ne serait pas limogé», critiquant les voix qui s’élèvent pour revendiquer son départ.

S’adressant aux dirigeants de l’UE, Aoun laisse éclater sa colère contre le Hezbollah

Ce dixième jour de l’offensive américano-israélienne contre le régime des mollahs iraniens a été marqué par trois faits saillants : la position en flèche adoptée par le président Joseph Aoun qui a stigmatisé, en des termes très sévères, le comportement du Hezbollah, se prononçant en outre pour des négociations directes avec Israël sous supervision internationale ; les intenses bombardements aériens israéliens contre la banlieue-sud de Beyrouth, plus précisément contre les bureaux du Qard el-Hassan (la structure financière illégale du Hezbollah) ; et le vote par le Parlement de la prorogation du mandat des députés pour une période de deux ans. Ce vote, intervenu à une mince majorité de 76 voix, s’explique par l’incapacité dans laquelle se trouve l’État d’organiser le scrutin législatif qui devait avoir lieu dans deux mois, en mai prochain. Au stade actuel, nul n’est en mesure de prévoir la durée du confit armé enclenché par le Hezbollah sur la scène locale, d’autant que cette nouvelle guerre qui ébranle une fois de plus le Liban est totalement tributaire du contexte régional global. Le président Joseph Aoun a d’ailleurs mis l’accent sur ce point précis dans une déclaration rendue publique lundi, 9 mars, en milieu d’après-midi. Dans une claire allusion au Hezbollah, le chef de l’État est sorti de sa réserve et s’est montré particulièrement critique à l’égard du parti pro-iranien, déclarant que « ceux qui ont lancé des roquettes (contre Israël, le 2 mars dernier) l’ont fait sur base de calculs iraniens ». Le chef de l’État s’est déclaré favorable dans ce contexte à des négociations directes avec Israël « sous supervision internationale ». C’est la première fois depuis son élection à la Première Magistrature de l’État que le président Aoun se prononce aussi ouvertement pour des négociations directes avec Israël. S’adressant par zoom aux dirigeants de l’Union européenne, à l’initiative du président du Conseil de l’Europe et de la présidente de la commission européenne, le président Aoun a laissé éclater sa colère contre le Hezbollah, stigmatisant vivement le comportement de ce parti, qui s’est traduit par la réouverture du front du Liban-Sud, dans la nuit du 1 er au 2 mars : « Ceux qui ont lancé les roquettes voulaient entrainer le Liban dans le chaos (…). Le pays est pris entre deux feux, entre une agression qui ne respecte en aucune façon les lois internationales et le droit humanitaire, d’une part, et une fraction armée qui se tient à l’écart de l’État et qui ne tient nullement compte de l’intérêt du Liban et de son peuple, d’autre part ». Soulignant que le tir de roquettes, au nombre de six, contre Israël par le Hezbollah, dans la nuit du 1 er au 2 mars, n’avait absolument aucun impact sur le déroulement de la guerre actuelle dans la région et n’avait pour but que d’entrainer une intervention israélienne pour prétendre par la suite que seule la milice du Hezbollah est en mesure de défendre le pays, le président Aoun s’est clairement prononcé pour la tenue de négociations directes avec Israël pour sortir le pays de la crise. Cette position en flèche du chef de l’État intervient alors que sur le plan régional, le conflit iranien se trouve à un tournant crucial à la suite de l’annonce officielle, dimanche soir, 8 mars, à Téhéran, de la désignation du nouveau Guide suprême de la République islamique iranienne en la personne de Mojtaba Khamenei, qui succède ainsi à son père, Ali Khamenei, tué au cours des premiers raids de l’aviation israélienne à Téhéran, le 28 février. Le nouveau Guide est connu pour ses relations étroites avec les Gardiens de la Révolution islamique. Sa désignation a été perçue par nombre d’observateurs comme le signe d’un surcroît de durcissement dans la position iranienne. Le président Donald Trump a d’ailleurs souligné lundi en fin de soirée qu’il était hostile à la nomination de ce nouveau Guide…

Un commando israélien à Nabi Chit; Pezeshkian «s’excuse» auprès des pays arabes!

La nuit du vendredi 6 au samedi 7 mars a été marquée par une intrusion israélienne héliportée dans un village de la Békaa, dont l’objectif apparent était la recherche des restes de Ron Arad, aviateur israélien disparu en 1986 après que son avion avait été abattu. Les habitants de plusieurs régions libanaises, notamment le Mont-Liban, ont entendu le bruit incessant de l’aviation israélienne à basse altitude toute la nuit de vendredi à samedi. L’action, elle, se déroulait dans un village de Baalbeck dans le nord de la Békaa, Nabi Chit, qui a été le théâtre de l’opération d’une unité de commando. En pleine nuit, la présence des soldats sur le terrain a attiré l’attention de membres du Hezbollah et d’habitants de la région. Une confrontation a, de ce fait, eu lieu dont le bilan a été particulièrement lourd côté libanais, avec non moins de 41 morts et autant de blessés (selon le ministère libanais de la Santé) et une scène de dévastation totale dans le village, comme l’ont montré des vidéos qui ont circulé samedi en matinée. En effet, pour faire évacuer ses soldats, l’aviation israélienne a fortement bombardé la localité. Si le Hezbollah a relaté cette confrontation dans l’un de ses communiqués, assurant avoir «repoussé» une incursion, l’explication est venue de l’armée israélienne un peu plus tard: il semble que des informations fournies par un membre du Hezbollah retenu prisonnier par Tel Aviv ait mis les Israéliens sur la piste d’indices sur le sort du pilote disparu en 1986 au Liban, Ron Arad. Selon un message du porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Avichay Adraee, les restes de Ron Arad n’ont pas été retrouvés sur le site. M. Adraee a précisé que l’opération n’a pas fait de victimes dans les rangs des militaires impliqués. La recherche des restes d’un homme disparu depuis 40 ans, aussi importante soit-elle, suffit-elle à expliquer cette dangereuse opération ou y aurait-il une justification plus rationnelle encore non-révélée? Le plus grave dans l’affaire est l’implication de l’armée libanaise dans l’incident, puisque trois de ses soldats comptent parmi les morts. L’armée a précisé dans un communiqué que ses patrouilles avaient repéré un mouvement inhabituel des hélicoptères israéliens alors même que les bombardements violents se poursuivaient dans les villages environnants. Toutefois, les échanges de tirs ont surtout eu lieu avec les «habitants» de la région, selon le texte. Casques bleus blessés L’autre importante nouvelle de ces dernières 24 heures est le ciblage d’une position de la Finul à la frontière libano-israélienne, qui a fait des blessés parmi les Casques bleus ghanéens. L’ONU a réagi avec force, mettant en garde contre des débordements au Liban-Sud. Par ailleurs, les bombardements israéliens précédés – ou non – d’avertissements sur les réseaux sociaux se poursuivent de manière quasiment incessante sur la banlieue-sud de Beyrouth, et sur les régions du Liban-Sud et de la Békaa. Et les ordres d’évacuation se poursuivent des deux côtés: le dernier en date lancé par les Israéliens concernait une nouvelle fois toute la zone au sud du Litani, particulièrement celle de Tyr. La ville a été un peu plus tard la cible d’un bombardement dévastateur. Le Hezbollah a riposté en appelant les habitants des colonies de Nahariya et de Kiryat Shmona (à quelques kilomètres de la frontière avec le Liban) à évacuer les lieux. Le lancement de roquettes, missiles ou drones du côté du Hezbollah n’a pas cessé, attirant des représailles de plus en plus violentes sur les régions libanaises. Et ce, malgré les décisions du gouvernement libanais de considérer comme «illégales» ces activités: à ce titre, les sources du ministre de la Justice, Adel Nassar, indiquent qu’il «étudie» la possibilité d’engager des poursuites contre le secrétaire général du Hezbollah Naïm Kassem. À suivre. Comme il le fait presque quotidiennement, le ministre israélien de la Défense Israël Katz a lancé des menaces contre le Liban, nommant cette fois le gouvernement libanais directement, et l’exhortant à désarmer le Hezbollah pour ne «pas payer un très lourd tribut». Pour sa part, la représentante de l’ONU au Liban, Jeanine Hennis-Plasschaert, a appelé à des pourparlers directs entre le Liban et Israël, à un moment où le bruit de bottes couvre de loin les voix de la diplomatie. Un discours et son contraire Du côté de l’Iran, l’événement le plus marquant de ces dernières heures a été le discours presque surréel du président iranien, Masoud Pezeshkian, dans lequel il «s’excuse» auprès des pays voisins pour les frappes contre leur territoire. Il a annoncé par le fait même une «suspension» de ces frappes, «sauf si une attaque est lancée à partir de ces pays». Comme pour démentir ses propos, les attaques iraniennes contre les pays du Golfe ont été particulièrement virulentes ces dernières heures. On retiendra notamment les missiles ayant visé de plein fouet l’aéroport de Dubaï, ce qui a entraîné la suspension des vols de et vers cet aéroport. Non moins de dix drones ont également été lancés vers le Qatar presque au même moment. Et le Bahreïn dit avoir intercepté des dizaines de missiles et de drones. Les Gardiens de la Révolution ont, pour leur part, revendiqué des attaques contre le Kurdistan irakien. Notons sur ce plan que l’aviation américaine et israélienne a bombardé samedi des positions du régime des mollahs à la frontière irako-iranienne. Ce bombardement intervient alors qu’il est de plus en plus question d’une offensive terrestre, vers l’Iran, des opposants iraniens kurdes en poste en Irak. En tout état de cause, les «excuses» du président Pezeshkian aux pays du Golfe et l’engagement qu’il a pris que les tirs de missiles contre ces pays ne se répèteront pas ont été démenti par les nouveaux tirs de missiles lancés samedi matin contre le Qatar, Bahreïn et Dubaï, où l’aéroport a été pris pour cible, ce qui a interrompu momentanément le trafic aérien. L’apparente contradiction entre les propos de Pezeshkian et la pratique sur le terrain est-elle une tactique ou l’indice d’un schisme réel qui commence à apparaître au sein du régime, déjà fortement ébranlé par l’offensive américano-israélienne? Quoi qu’il en soit, l’Iran continue d’être pilonné avec violence pour la huitième journée consécutive. Israël a annoncé avoir mené une offensive avec 80 avions de combat qui ont mis hors service les différents aéroports. Et le président américain Donald Trump, comme pour répondre au président iranien qui a assuré que son pays «ne se rendrait jamais», a menacé l’Iran d’une intensification des frappes, promettant pour samedi «une frappe très dure», sur des «zones et des groupes encore jamais ciblés». Des heures chaudes en perspective.

Paris aurait présenté un projet de solution définitive
Par
Tilda Abou Rizk
Publié
mars 6, 2026 - 16:47

Le gouvernement libanais a entrepris vendredi 6 mars une intense activité diplomatique afin de tenter de mettre un terme à la dégradation galopante qui secoue le pays, suite à la réouverture du front du Liban-Sud par le Hezbollah, dans la nuit du 1 er au 2 mars, faisant fi de toutes les mises en garde qui ont été adressées au Liban sur ce plan au cours des dernières semaines. Face à cette nouvelle aventure suicidaire de la formation alliée aux Pasdaran, les activités paramilitaires et sécuritaires du parti pro-iranien ont été interdites lundi par le gouvernement de Nawaf Salam. Mais le Hezbollah demeure totalement sourd aux injonctions officielles et reste profondément engagé, sur instruction de la République islamique iranienne, dans une guerre régionale à laquelle le Liban est totalement étranger. L’issue du bras de fer entre l’État et le Hezb sera déterminante pour le sort d’un Liban qui vit, depuis jeudi, sous la menace d’une intensification des raids menés par Tel-Aviv contre plusieurs régions du pays, en représailles aux attaques du groupe pro-iranien contre le nord d’Israël. Le Premier ministre, Nawaf Salam, qui a reçu dans la matinée de vendredi les ambassadeurs occidentaux et arabes accrédités à Beyrouth, a réaffirmé la détermination de son gouvernement à détenir la décision de guerre et de paix et à mettre en œuvre sa décision d’imposer le monopole des armes. Il leur a exposé les mesures officielles prises à cette fin et les a priés de demander à leur gouvernement respectif d’intervenir auprès d’Israël afin qu’il épargne notamment les infrastructures civiles, en insistant sur le fait que le Liban a été entraîné dans cette guerre contre son gré. Alors que des dizaines de milliers de déplacés du Liban-Sud et de la banlieue sud de la capitale demeurent sans abri, après avoir été sommés jeudi par Israël d’évacuer les secteurs où ils vivent, Nawaf Salam a averti ses interlocuteurs de la gravité de «la catastrophe humanitaire» qui se profile à l’horizon. Parallèlement, le ministre libanais des Affaires étrangères, Joe Raggi, a entrepris des contacts diplomatiques intensifs pour tenter de freiner une éventuelle offensive israélienne d’envergure. Dans le même temps, un porte-parole officieux du Hezbollah, le mufti jaafari, Ahmad Kabalan, critiquait implicitement l’État pour «son défaitisme», l’appelant à «assumer ses responsabilités nationales» face à la guerre avec Israël. Un projet français Dans ce contexte, la chaîne panarabe Al-Hadath a rapporté vendredi matin des informations selon lesquelles la France a transmis au Liban un projet de solution définitive fondé sur les points suivants: l’annonce par le Hezbollah qu’il cesse le combat et dépose les armes; déploiement de l’armée dans la banlieue-sud et dans les bastions du Hezbollah au Sud et dans la Békaa afin de saisir les armes de la formation dans un délai de deux semaines au maximum; l’opération de ramassage des armes se ferait sous la supervision des États-Unis; l’État libanais annoncerait officiellement qu’il est disposé à entamer des négociations de paix avec Israël. Selon la chaine panarabe, Tel-Aviv a donné au pouvoir libanais jusqu’à la fin de la semaine pour donner une réponse à ce projet de solution, faute de quoi les attaques contre le Hezbollah seraient intensifiées. Il reste que des sources de la formation pro-iranienne, citées par la chaîne Al-Hadath, affirment que le Hezb «réagira à toute descente de l’armée libanaise dans ses caches d’armes, comme s’il s’agissait d’une attaque israélienne». La pression israélienne reste forte Du côté israélien, la pression militaire reste cependant forte. Les forces aériennes israéliennes, qui ont mené dans la nuit de jeudi à vendredi une série de violents raids contre la banlieue sud ainsi que contre plusieurs régions de la Békaa et du sud du pays, ont ciblé vendredi dans la journée la ville de Saïda, à majorité sunnite, et l’autoroute internationale de Dahr el-Baydar. Ces frappes ont fait quatre morts à Saïda, où des chefs du Hamas ont été ciblés. Le Hezbollah avait auparavant lancé plusieurs salves de roquettes contre le nord d’Israël. Face à ce schéma, le Liban officiel réussira-t-il à soustraire le pays à une catastrophe rendue inévitable par la vassalisation outrancière du Hezbollah à Téhéran? L’issue de la course contre la montre dans laquelle les autorités se sont engagées demeure incertaine. Par la voix de son ministre de la Défense, Tel-Aviv a fait savoir qu’il poursuivra son opération militaire au Liban «jusqu’à ce que la bataille avec le Hezbollah soit tranchée». En d’autres termes, jusqu’à ce que l’Iran soit mis à genoux. Selon les médias israéliens, citant des officiers de l’armée, Tel-Aviv a constaté une diminution de la fréquence des tirs de missiles balistiques contre le territoire israélien. «C’est une bonne chose, mais nous ne devons pas nous en satisfaire. Beaucoup de travail reste à faire», aurait commenté un responsable sécuritaire israélien, cité par Kan. Le président américain, Donald Trump, s’est également dit satisfait de l’évolution de l’offensive militaire contre l’Iran, estimant qu’elle se déroule «mieux que prévu par le calendrier initial». Selon lui, l’opération devrait encore durer «quelques semaines», en dépit d’une opposition intérieure aux États-Unis à la guerre contre l’Iran. La majorité au Sénat et à la Chambre des représentants reste toutefois favorable à cette guerre, comme l’a montré le vote de jeudi. La Chambre américaine des représentants a ainsi rejeté un projet de résolution visant à limiter les pouvoirs du président Trump et à l’empêcher de poursuivre la guerre contre l’Iran sans l’approbation du Congrès.

Le cabinet Salam lance la chasse aux Pasdaran
Par
Michel Touma
Publié
mars 5, 2026 - 20:16

Le Conseil des ministres réuni jeudi au Grand Sérail a adopté plusieurs mesures visant à empêcher toute activité et toute présence des Gardiens de la révolution islamique iranienne au Liban, dans ce qui est perçu comme une véritable chasse aux Pasdaran dans le pays. Le gouvernement a demandé aux ministères concernés (Défense et Intérieur) ainsi qu’aux municipalités et aux différents services de sécurité de prendre toutes les mesures qui s’imposent afin d’empêcher toute activité militaire et sécuritaire des Gardiens de la révolution sur le territoire libanais. Les autorités concernées ont été chargées de déceler la présence de Pasdaran dans le pays, de les arrêter et de les expulser. Par ailleurs, sur proposition du ministre des Affaires étrangères, Joe Raggi, le gouvernement a décidé d’imposer l’obtention d’un visa d’entrée à tout ressortissant iranien désireux de se rendre au Liban. Notons qu’au début de la réunion du Conseil des ministres, le chef du gouvernement a vivement stigmatisé ceux qui ont « commis le péché d’entrainer le Liban dans des aventures dont on aurait bien pu, nous tous, se passer ». M. Salam a déploré l’attitude de ceux qui ont agi de la sorte « en faisant fi des conséquences catastrophiques de leur comportement sur le pays, pour servir des intérêts étrangers contraires à l’intérêt du Liban ». Sur un autre plan, les rues et les entrées de Beyrouth ont été le théâtre jeudi après-midi d’un vaste mouvement de panique et d’un blocage de la circulation après l’appel de l’armée israélienne à évacuer sans tarder plusieurs quartiers de la banlieue-sud. Des dizaines de milliers d’habitants ont quitté en catastrophe leur domicile, la plupart ne sachant pas où aller. Cet exode massif a provoqué des embouteillages inextricables dans les rues de la capitale. Rappelons que l’armée israélienne a également demandé mercredi l’évacuation de toute la région méridionale située au sud du Litani. Selon diverses sources, l’armée israélienne aurait l’intention de raser purement et simplement plusieurs quartiers de la banlieue-sud, fief du Hebollah. Le ministre israélien des Finances a déclaré jeudi sans ambages que la banlieue-sud de Beyrouth subira le même sort que Khan Younes, à Gaza, c’est-à-dire une destruction totale. Notons dans ce cadre que le président Joseph Aoun est entré en contact avec le président Emmanuel Macron pour lui demander d’intervenir auprès du gouvernement israélien afin d’épargner la banlieue-sud. Rappelons dans ce contexte qu’au cours des derniers mois l’Administration Trump avait exhorté à plusieurs reprises le pouvoir libanais à mettre en application dans les plus brefs délais la teneur de la résolution 1701 du Conseil de Sécurité ainsi que les dispositions de l’accord de cessez-le-feu de novembre 2024 concernant la remise de l’arsenal militaire du Hezbollah à l’armée libanaise. A défaut, soulignaient les dirigeants américains, l’armée israélienne se chargerait de désarmer la milice pro-iranienne. Les démarches US sur ce plan sont toutefois restées lettre morte. Dans le même temps, l’Administration Trump avait mis en garde ces dernières semaines contre toute tentative du Hezbollah d’entrainer le Liban dans une nouvelle aventure guerrière, dans le sillage du conflit avec la République islamique iranienne. Washington avait averti à plusieurs reprises le pouvoir qu’une implication du Hezbollah dans le conflit avec l’Iran aurait des conséquences désastreuses et dramatiques pour le Liban. Là aussi, les avertissements US sont restés lettre morte… Joumblatt s’élève contre « la folie de certaines parties au Liban » Notons dans ce cadre qu’à l’issue d’un entretien jeudi soir avec le président Joseph Aoun, le leader du Parti socialiste progressiste, le député Taymour Joumblatt, a déclaré que « les habitants du Sud payent le prix de la folie de certaines parties au Liban et à l’étranger ». M. Joumblatt a souligné à cet égard que la décision de guerre et de paix devrait être entre les mains de l’Etat central.

Israël multiplie les assassinats de cadres; l’Iran étend ses tirs à l’Azerbaïdjan

L’offensive américano-israélienne lancée le 28 février dernier contre le régime des mollahs iraniens ainsi que la réouverture consécutive du front du Liban-Sud par le Hezbollah, dans la nuit du 1 er au 2 mars, ont pris une nouvelle tournure au cours des dernières quarante-huit heures. Alors que les raids aériens contre les positions du Hezbollah se poursuivent, notamment dans la banlieue-sud de Beyrouth et dans plusieurs villages de la région méridionale du pays, l’aviation de l’Etat hébreu multiplie les raids ciblés visant à éliminer des cadres supérieurs de la formation pro-iranienne et des organisations palestiniennes fondamentalistes. Mercredi 4 mars, et dans la journée de jeudi, 5 mars, des raids ont été menés à Aramoun, Saadiyate, Bchemoun, Choueifat, Saïda, Hazmieh, sur la route de l’aéroport de Beyrouth (deux cadres du Hezbollah assassinés), Zahlé et dans le camp palestinien de Baddaoui, au Liban-Nord, où un haut responsable du Hamas a été tué. Dans chacune de ces localités les cadres ont été tués par un tir de missile soit à leur domicile, soit pendant qu’ils circulaient en voiture. Parallèlement, le porte-parole arabophone de l’armée israélienne a réitéré son appel à tous les habitants du sud du Litani à évacuer leurs villages et à se rendre au nord du fleuve. Il a lancé un appel similaire aux habitants de la banlieue-sud, leur demandant de se replier sur Tripoli ou certains secteurs de la montagne. Selon l’une des chaines de télévision israélienne, Tsahal aurait l’intention de bombarder et de détruire « des dizaines d’immeubles dans la banlieue-sud ». Le front iranien Au niveau des opérations militaires en Iran, des missiles ont été lancés dans la matinée de jeudi contre Doha (Qatar), Manala (Bahreïn), et le Kurdistan irakien où le quartier général des forces kurdes iraniennes opposées au régime des mollahs a été visé. A noter sur ce plan que selon des responsables américains cités par Fox News et par le site Axios, des forces kurdes de l’opposition iranienne en poste en Irak ont lancé en début de semaine une offensive terrestre en direction du territoire iranien, avec l’appui, affirment ces mêmes sources, des Services américains et israéliens. La Maison Blanche a toutefois démenti vouloir apporter une aide aux opposants kurdes iraniens stationnés en Irak. Les Pasdaran, quant à eux, ont indiqué dans ce contexte avoir ouvert le feu contre « des éléments sécessionistes » qui tentaient de franchir la frontière avec l’Irak. En plus de cette tension à la frontière irano-irakienne, un grave développement est intervenu dans la matinée de jeudi. Les Pasdaran ont lancé deux missiles en direction d’un aéroport en Azerbaïdjan où, de surcroît, des concentrations de troupes ont été signalées à la frontière avec l’Iran, à en croire certaines informations. Au début de la semaine, rappelle-t-on, les Gardiens de la révolution avaient lancé des missiles en direction de Chypre, contre une base britannique, et de la Turquie où la défense anti-aérienne de l’OTAN a intercepté le missile. Il apparaît de ce fait évident que les Pasdaran s’emploient à étendre de plus en plus le conflit à de nouveaux pays et à de nouvelles zones géographiques, l’objectif étant pour la République islamique d’accroitre l’internationalisation du conflit afin de l’aggraver au maximum de manière à tenter de stopper l’offensive américano-israélienne. Face à la puissance de feu et à l’étendue de l’offensive américano-israélienne, le régime des mollahs, sans doute pris de panique, opte pour la fuite en avant et pour l’extension du conflit à de nouvelles zones géographiques de plus en plus étendues afin de briser son face-à-face avec les Etats-Unis et Israël. Sauf qu’une telle stratégie se retourne contre Téhéran et ne fait qu’accroitre son isolement, comme l’illustrent les prises de position internationales enregistrées ces dernières vingt-quatre heures. Le secrétaire général de l’OTAN a ainsi déclaré que l’écrasante majorité des pays de l’alliance atlantique appuient la position du président Donald Trump concernant le conflit iranien. Abondant dans le même sens, la commission européenne a stigmatisé le comportement du régime iranien, soulignant que la ligne de conduite de la République islamique constitue une menace pour la stabilité au Moyen-Orient et la sécurité en Europe. Dans ce cadre, le président Emmanuel Macron a indiqué jeudi qu’il avait proposé à l’Italie et à la Grève d’envoyer des troupes à Chypre pour renforcer les capacités de défense de l’île. La France à cet égard a pris la décision d’autoriser aux avions américains l’accès à ses bases militaires au Moyen-Orient. La Grande-Bretagne avait également ouvert ses bases en début de semaine à l’aviation US. De son côté, le Premier ministre canadien a déclaré jeudi qu’il n’excluait pas une participation de son pays à la guerre menée contre le régime iranien. Quant à l’Australie, elle a annoncé l’envoi de « potentiel militaire » dans la région. Signalons enfin que le Sénat US a rejeté une résolution présentée par des élus démocrates visant à limiter la liberté d’action du président Trump en Iran.