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L'Essentiel du jour

A la veille du jour J, Trump menace l’Iran d’un cataclysme
Par
LevantTime .
Publié
avr. 6, 2026 - 22:29

Le président américain Donald Trump a augmenté la pression sur Téhéran en menaçant l’Iran de destruction totale. "Le pays entier pourrait être détruit en une seule nuit, et cette nuit pourrait bien être celle de demain (mardi)", a affirmé le président américain lors d'une conférence de presse. Trump avait fixé à mardi soir un ultimatum avant de bombarder des infrastructures énergétiques en Iran. Il a affirmé qu'il ne "s'inquiétait pas" du risque de commettre des crimes de guerre alors qu'un journaliste l'interrogeait sur sa menace de détruire des centrales électriques. « Le "crime de guerre" serait de laisser l'Iran se doter de l'arme nucléaire », a répliqué le président, en évoquant les répressions de manifestations par le régime des mollahs: "Ils tuent des manifestants. Ce sont des animaux". Pourtant, le monde espérait une désescalade après des informations faisant état de médiation de pays tiers. Mais Iraniens et Américains ont rejeté presque simultanément lundi les offres de trêve, le président Trump saluant toutefois une étape "très significative" dans le conflit. La Maison Blanche a confirmé que des pays médiateurs avaient proposé un arrêt des combats de 45 jours, en ajoutant que Donald Trump n'avait pas "validé" cette idée. "Ce n'est pas encore assez bien mais c'est une étape très significative", a dit le président américain lui-même pendant un échange avec des journalistes en marge d'une cérémonie organisée à l'occasion de Pâques à la Maison Blanche. Donald Trump a par ailleurs lancé que "si cela ne tenait qu'à lui", il s'emparerait du pétrole iranien mais a ajouté que "malheureusement, les Américains voudraient nous voir rentrer à la maison". "Ils sont stupides", a-t-il répondu au journaliste qui lui demandait ce qu'il pensait de l'opposition d'une majorité d'Américains au conflit, confirmée dans tous les sondages. Selon le site d'information américain Axios, des médiateurs, turcs, égyptiens et pakistanais ont évoqué une proposition en deux phases, un cessez-le-feu de 45 jours devant d'abord permettre des négociations, avant de déboucher sur un accord pour mettre un terme à la guerre, déclenchée le 28 février. En face, l'agence de presse iranienne Irna a affirmé que Téhéran avait rejeté une proposition de cessez-le-feu, au contenu non précisé, portée par le Pakistan. Les dernières exigences de Trump se sont concentrées sur une réouverture du détroit d'Ormuz, point de passage névralgique pour le commerce mondial de pétrole et de gaz, désormais contrôlé de fait par l'Iran. Il avait pourtant plusieurs fois dit auparavant que le sort du détroit lui était indifférent et insisté sur le fait qu'il prendrait la décision de conclure ou non les opérations militaires indépendamment de toute négociation. Deux complexes pétrochimiques iraniens frappés Sur le terrain, deux complexes pétrochimiques iraniens ont été frappés. Selon le ministre israélien de la Défense Israël Katz, "environ la moitié de la production pétrochimique du pays" a été détruite. L'agence de presse iranienne Fars a fait état de "plusieurs explosions" sur ce gigantesque site qui abrite aussi la plus grande installation gazière du pays. Ces frappes israéliennes sont stratégiquement essentielles car l’Iran produit sur place une partie du combustible solide utilisé dans la fabrication des missiles. Les agences de renseignements occidentales ont fait été de l’arrivée, dans des ports iraniens situés avant le détroit d’Ormuz, de plusieurs cargaisons de précurseurs chimiques utilisés dans l’industrie de missiles, en provenance de Chine. Outre les infrastructures, des dirigeants iraniens ont été ciblés : les Gardiens de la Révolution ont annoncé que leur chef des renseignements, Majid Khademi, avait été tué. L'armée israélienne a annoncé par ailleurs avoir éliminé dimanche le commandant de l'unité des opérations spéciales de la Force Qods iranienne, la branche chargée des opérations extérieures des Gardiens, lors d'une frappe à Téhéran. Au Liban, de nouvelles informations concernant la frappe ayant visé un appartement à Ain Saadé ont fait état de la présence d’un locataire depuis quelques jours qui ont précédé l’attaque. Les enquêteurs ont trouvé sur place un revolver et des bouteilles d’eau. D’autres médias, citant un communiqué de l’armée libanaise, avaient annoncé que l’appartement était inhabité. Les exécutions s’enchaînent en Iran Sur un autre plan, l'Iran a pendu lundi un autre homme condamné à mort en lien avec les manifestations de janvier, alors que les exécutions de personnes considérées par des ONG comme des prisonniers politiques se multiplient sur fond de guerre contre Israël et les Etats-Unis. Sept hommes avaient été condamnés à mort en février. Quatre d'entre eux, dont des adolescents, ont depuis été exécutés, laissant les trois autres exposés à un risque imminent d'exécution, selon les ONG. Après une première pause consécutive au déclenchement de la guerre le 28 février, les autorités iraniennes ont exécuté, plusieurs prisonniers politiques, selon l'ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège. IHR affirme que les accusés ont été "soumis à la torture et privés d'accès à un avocat", puis condamnés à mort à l'issue d'un procès expéditif "grossièrement inéquitable", présidé par le juge Abolqasem Salavati. Ce juge a été sanctionné en 2019 par les Etats-Unis, qui affirment qu'il est connu comme le "juge de la mort" en raison de son recours fréquent à la peine capitale. "Ces exécutions s'inscrivent dans la stratégie de survie de la République islamique, qui mène une guerre contre son propre peuple à l'ombre d'un conflit extérieur", a déclaré le directeur d'IHR, Mahmood Amiry-Moghaddam. "La communauté internationale doit réagir d'urgence. La situation des prisonniers et l'usage systématique de la peine de mort par le régime doivent devenir une condition centrale de toute négociation ou engagement avec la République islamique", a-t-il ajouté. Pour Amnesty International, ces exécutions montrent que le système judiciaire est "un outil de répression, envoyant des individus à la potence pour semer la peur et se venger de ceux qui réclament un changement politique fondamental".

48 heures pour éviter un nouvel « enfer » en Iran
Par
Michel Touma
Publié
avr. 4, 2026 - 21:29

Il fallait, naturellement, s’y attendre… Brandissant la menace d’un déluge de feu qui pourrait s’abattre sous peu sur les infrastructures stratégiques iraniennes, le président Donald Trump a rappelé aux dirigeants de la République islamique que c’est dans 48 heures (soit lundi) qu’expire le dernier délai de 10 jours qu’il leur avait accordé afin d’avaliser le plan en 15 points présenté par Washington ou d’assurer la libre circulation maritime au détroit d’Ormuz. « L’Iran a un délai de 48 heures avant d’être confronté à l’enfer », a déclaré le président Trump. Samedi soir, 4 avril, aucun indice ne permettait encore de prévoir un possible déblocage susceptible d’éviter une escalade de grande envergure dans les opérations militaires, mais les coups de théâtre de dernière minute ne sont évidemment pas à exclure dans ce genre de situation. Le Corps des Gardiens de la révolution a réitéré samedi sa position en flèche, affirmant qu’il n’était pas disposé à rencontrer les négociateurs américains « dans les prochains jours », affirmant, en tout état de cause, que les demandes américaines (formulées dans le plan en quinze points) sont « inacceptables ». Les prochains jours permettront de savoir s’il s’agit là d’une attitude de principe pour renforcer la position du négociateur iranien ou si, au contraire, cette attitude reflète réellement une ligne de conduite intransigeante fondée sur une base idéologique rigide ayant pour essence d’aller jusqu’au bout dans le bras de fer engagé avec les Etats-Unis, et l’Occident en général. La question qui se pose également dans ce contexte est de savoir à quel point les Pasdaran sont devenus seuls maitres de la situation en Iran et dans quelle mesure le camp qualifié de « modéré » et de « pragmatique » a perdu toute influence sur la scène interne, sous le poids écrasant des radicaux. Au niveau américain, la petite phrase lancée samedi par le président Trump incite à réflexion et peut ouvrir la voie à toute sorte de spéculations. Le chef de la Maison Blanche a en effet donné 48 heures au régime des mollahs pour « conclure un accord » (le plan en quinze points) ou rétablir la libre circulation au détroit d’Ormuz. Le « ou » fait toute la différence… Cela signifie-t-il que la Maison Blanche se contenterait de ce dernier point pour mettre fin à la guerre ? Auquel cas – très peu probable, mais dans un tel contexte rien n’est vraiment impossible – le président Trump aurait abandonné ses objectifs maintes fois proclamés, portant sur le programme nucléaire, l’arsenal balistique, et l’abandon de l’expansionnisme régional déstabilisateur, entretenu par le biais des proxys inféodés aux Gardiens de la révolution. En dehors donc d’une capitulation totale du pouvoir en place à Téhéran – peu probable également – on verrait mal le président Trump se résoudre à mettre un terme aux opérations militaires sur base d’une solution boiteuse qui ne réglerait aucun des contentieux qui est à la base de cette guerre et qui, de ce fait même, maintiendrait en place les racines du mal et replongerait, à plus ou moins brève échéance, la région et la communauté internationale dans une nouvelle crise existentielle aigue, voire dans un nouveau conflit armé. Tard dans la soirée de samedi, certaines sources indiquaient que Washington aurait informé Tel-Aviv que les contacts avec la République islamique sont dans l’impasse. Comme pour confirmer cette information, les sources officielles israéliennes affirmaient que l’Administration US pourrait donner « cette semaine » son feu vert à des frappes contre les installations énergétiques, ce qui représenterait un coup très sévère porté à l’économie iranienne, et par ricochet au régime en place. La grosse industrie d’ores et déjà ciblée Dans l’attente de l’expiration de ce délai fixé par le président US, les développements au niveau des opérations militaires indiquent, au stade actuel, que la balance penche plutôt, nettement, vers l’escalade. Preuve en est que les aviations américaine et israélienne ont pris pour cible au cours des dernières quarante-huit heures un secteur hautement stratégique qu’elles prenaient soin d’épargner depuis le début de la guerre, à savoir la grosse industrie. Les importantes infrastructures pétrochimiques ont été ainsi durement bombardées et endommagées. C’est le cas, plus particulièrement, du grand complexe pétrochimique de la région d’Ahwaz qui assure, selon diverses sources, non moins de 70 pour cent des besoins du marché iranien en essence et carburants. Les coups portés à ce secteur vital auront un impact désastreux sur l’économie iranienne dans son ensemble qui traverse déjà une phase critique depuis plusieurs mois. Parallèlement, l’aviation israélienne s’est déchainée dans la nuit de vendredi à samedi contre les installations militaires, stratégiques, et administratives du vaste appareil des Gardiens de la révolution dans la région de Téhéran. L’escalade dans les raids a atteint en outre les complexes sidérurgiques qui constituent un autre pan vital de l’économie iranienne. Fait notable dans ce contexte : des postes iraniens à la frontière avec l’Irak ont été bombardés par l’aviation israélienne. En marge de ces opérations militaires, les forces spéciales US ont poursuivi durant toute la journée et la soirée de samedi leurs recherches pour retrouver le second pilote de l’avion F 15 qui avait été abattu en fin de semaine. Des unités d’élite ont été déployées en territoire iranien dans le cadre de ces efforts de sauvetage et opèrent depuis deux jours en profondeur à l’intérieur de l’Iran sans être pour le moins inquiétées par une force hostile, ce qui en dit long sur l’état des unités armées et sécuritaires de la République islamique. Nouveaux raids contre la banlieue-sud Sur le front libanais, l’armée israélienne a indiqué samedi que son aviation a bombardé dans la banlieue-sud les infrastructures du Hezbollah ainsi que des positions de « la brigade du Liban, au sein de la brigade de Jérusalem ». Ce n’est que depuis le milieu de la semaine écoulée qu’il est question ouvertement de cette « brigade du Liban » au sein de la « brigade de Jérusalem », qui constitue le bras armé des Pasdaran au Moyen-Orient. D’une manière concomitante aux raids contre la banlieue-sud, l’aviation israélienne a surtout axé ses bombardements samedi sur certaines localités importantes de la Békaa-Ouest, nouveau point chaud du « front libanais » qui risque d’être sous peu au centre des opérations israéliennes, parallèlement à la zone méridionale.

Washington-Téhéran: la médiation dans l'impasse
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LevantTime .
Publié
avr. 3, 2026 - 19:26

Toute l’attention reste portée sur cette nouvelle phase vers laquelle la région semble résolument s’orienter au vu du refus manifeste de Téhéran d’amorcer un dialogue avec Washington, sur la base des seules conditions posées par l’administration Trump pour un arrêt de l’offensive militaire lancée le 28 février. Il faut dire que rien d’officiel n’a été jusque-là annoncé à ce sujet par la République islamique dont les dirigeants ont déjà fait savoir que la proposition en 15 points de Washington est irréalisable et excessive et qu’ils ont eux-mêmes des conditions pour un dialogue. Parmi ces conditions notamment, l’arrêt des attaques et des assassinats ciblés en Iran, ainsi que des garanties solennelles pour que l’offensive ne reprenne pas. Téhéran exigerait également le respect de «la souveraineté iranienne» sur le détroit d'Ormuz, qu’il présente comme un «droit». À moins d’un revirement de dernière minute d’ici dimanche, date butoir fixée par le président Donald Trump à Téhéran pour répondre à sa proposition -avant que les aviations américaine et israélienne ne commencent à cibler les infrastructures iraniennes, notamment énergétiques- la situation apparaît comme un blocage total, laissant le champ libre à toutes les spéculations sur la suite des événements. Ce blocage est de nouveau conforté par les propos du président américain qui, sur son réseau social, Truth Social, vendredi, a minimisé l’importance de la fermeture du détroit d’Ormuz, par Téhéran, tout en laissant entendre qu’une réouverture par la force reste possible. «Avec un peu plus de temps, nous pouvons facilement ouvrir le détroit d’Ormuz, prendre le pétrole et faire fortune. Ce serait une véritable «manne» pour le monde», a-t-il écrit. Face à l’Iran qui refuse de lâcher prise, les pays du Golfe avaient saisi le Conseil de sécurité des Nations unies, l’appelant à donner son feu vert à la réouverture du détroit. Cette instance était supposée se réunir vendredi pour plancher sur la demande des monarchies du Golfe et voter, à cette fin, un projet de résolution bahreïni, autorisant un recours à la force mais sous condition. La réunion a été toutefois reportée en l’absence d’un consensus sur la question. Téhéran avait mis en garde contre ce vote, en avertissant qu’il ne fera que compliquer une situation déjà très compliquée. La République islamique reste ainsi totalement indifférente aux menaces qui pèsent sur elles. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a annoncé vendredi que «Tel Aviv poursuivra ses attaques contre le régime iranien, en coordination avec Washington», précisant que son armée avait détruit «70% des capacités de production d'acier» de l'Iran, dont les deux plus grandes aciéries sont à l'arrêt. «C’est une réalisation considérable qui prive les Gardiens de la révolution à la fois de ressources financières et de la capacité de produire de nombreuses armes», a-t-il déclaré. En cette journée du 3 avril, l’échange de menaces par sources médiatiques interposées s’est accentué, alors que le terrain reste marqué par de violentes frappes israélo-américaines sur diverses cibles en lien particulièrement avec le développement de l’arsenal balistique et nucléaire de Téhéran, ainsi que par la poursuite des tirs iraniens contre Israël et les pays du Golfe. La République islamique continue d’y cibler l’infrastructure civile. Une centrale électrique et une usine de dessalement d’eau au Koweït ont ainsi subi d’importants dégâts après avoir été touchées de plein fouet par des missiles iraniens, alors qu’à Abou Dhabi, des débris de missiles qui ont pu être interceptés ont mis hors de service temporairement, les installations gazières de Habshan, notamment à cause d’un incendie qu’ils ont provoqué. Un F-15 abattu en Iran Fait marquant de la journée, sur le terrain, reste la chute d’un avion de chasse américain de type F-15, abattu par le système de défense aérienne. C’est la première fois depuis le début de la guerre que Téhéran parvient à abattre un avion de guerre américain. Selon l'agence de presse iranienne Fars, citée par l’AFP, l'armée iranienne a lancé des recherches pour retrouver le pilote qui aurait réussi à s’éjecter de l’appareil. La télévision iranienne a pour sa part annoncé une récompense à celui qui le retrouverait vivant, alors que selon le média al-Hadath, l’aviation américaine menait une opération soutenue de ratissage et de recherches. Parallèlement, Israël continue également à souffler le chaud et le froid au sujet du Liban. Selon le Jerusalem Post qui cite une source militaire israélienne, l’armée de Tel Aviv aurait reconnu que son objectif de désarmer le Hezbollah est irréaliste, «car cela nécessiterait le lancement d’une invasion totale du pays, ce qu’elle ne fera pas». Selon ce média, le principal défi pour désarmer le Hezbollah réside «dans les stocks de roquettes autopropulsées disséminés au nord du fleuve Litani». «Les divisions israéliennes déployées au Liban devraient achever la prise de contrôle de territoires situés à huit à dix kilomètres de la frontière avec Israël au cours de la semaine prochaine. Cette avancée vise à réduire les capacités du Hezbollah à tirer des missiles antichars vers Israël et à augmenter le temps d’alerte pour les tirs de missiles depuis le Liban», indique le journal israélien, en précisant que le cabinet de guerre israélien devrait décider la semaine prochaine de la suite de son opération au Liban, le désarmement du Hezb étant «une priorité militaire majeure», a réaffirmé vendredi le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, au moment où Benjamin Netanyahu soulignait qu’il envisage «d’étendre davantage la zone de sécurité au sud du Liban». Israel Katz a de nouveau rappelé que son pays dissocie les deux dossiers libanais et iranien et que pour le moment l’important est d’assurer la sécurité de la partie nord d’Israël. L’armée israélienne a poursuivi dans cette perspective l’établissement d’une zone tampon en faisant exploser les habitations des villages frontaliers. Elle a fait sauter hier plusieurs demeures à Aïta el-Chaab. Les explosions étaient entendues jusqu’à Tyr. Elle a en outre fait exploser deux ponts entre Sohmor et Machghara, dans la Békaa, dans le cadre de sa stratégie visant à perturber le transfert d’armes et de munitions vers le sud du Litani dont les habitants ont été de nouveau sommé, vendredi, à se déplacer vers le nord. Le même avertissement d’évacuer les lieux a été adressé par l’armée israélienne aux habitants de la banlieue sud de Beyrouth. Toujours vendredi, l'armée israélienne a annoncé avoir frappé plus de 3.500 cibles à travers le Liban et «éliminé» environ 1.000 combattants du Hezbollah en un mois, parallèlement à son offensive terrestre dans le sud du pays.

Guerre en Iran: trois jours décisifs avant la fin de l’ultimatum US
Par
LevantTime .
Publié
avr. 2, 2026 - 21:41

Le délai de dix jours que Washington avait accordé à Téhéran pour répondre aux quinze conditions posées pour un arrêt des hostilités, expire dimanche, sans que le moindre signe concret d’une possible désescalade se profile à l’horizon. Les positions semblent, au contraire, se durcir, alors que les Etats-Unis et l’Iran affûtent leurs armes en prévision d’une éventuelle nouvelle phase du conflit militaire et que la confusion règne toujours au sujet de possibles pourparlers entre les deux Etats. La réaction violente de la République islamique au très attendu discours du président Donald Trump aux Américains, mercredi soir, assortie de contre-menaces, révèle la difficulté de la mission engagée par les médiateurs pour pousser les deux principaux belligérants à amorcer un dialogue. Au cœur du bras-de-fer reste cette constante qui se pose sous forme de question: qu’est-ce qui doit s’établir en premier, le dialogue ou un cessez-le-feu? L’Iran qui n’est pas hostile au principe d’un dialogue, mais qui a rejeté les 15 conditions de Washington, les jugeant excessives et irréalisables, continue d’exiger que les Etats-Unis mettent fin à leur offensive, ce que le président Trump a de nouveau rejeté mercredi. Le ton est ainsi de nouveau monté entre les deux. A Washington, où l’on se prépare d’arrache-pied à une offensive terrestre qui pourrait être la grande finale articulée autour du contrôle de sites stratégiques iraniens, on promet de «ramener l’Iran à l’âge de pierre», en l’absence d’un accord, alors que Téhéran brandit la menace d’attaques «dévastatrices» contre les Etats-Unis et Israël. Donald Trump a ainsi annoncé aux Américains dans son discours, mercredi dans la nuit, que les frappes, qui étaient nécessaires selon lui pour empêcher l'Iran d'avoir l'arme nucléaire, ne cesseraient pas de sitôt. Il a rappelé à cet égard les victoires «décisives» enregistrées, soulignant qu’il est «proche de remplir» ses objectifs en Iran, «Nous allons les frapper extrêmement fort au cours des deux à trois prochaines semaines. Nous allons les ramener à l'âge de pierre auquel ils appartiennent», a-t-il lancé. Il a de nouveau menacé de s'en prendre aux infrastructures énergétiques iraniennes, affirmant qu'en l'absence d'accord, les Etats-Unis allaient «frapper chacune de leurs centrales électriques très durement et probablement simultanément». Washington avait décidé de surseoir à ces attaques en attendant la réponse de Téhéran à ses 15 conditions. L’uranium enrichi Le président américain ne s’est pas étendu sur de possibles pourparlers, réaffirmant ce qu’il répète à ce sujet, à savoir que ce sont les Iraniens qui souhaitent engager un dialogue et qu’ils ont eux-mêmes appelé à un cessez-le-feu, ce que le ministère iranien des Affaires étrangères a vite fait de démentir. Il s'est aussi gardé d'évoquer un éventuel déploiement de troupes au sol, une perspective très impopulaire aux Etats-Unis. Donald Trump a évoqué brièvement la question des réserves d'uranium enrichi de l'Iran, en assurant qu'elles étaient très profondément enfouies, laissant entendre qu'une surveillance par satellite suffirait dans l'immédiat. Il est passé très rapidement aussi sur le sujet qui préoccupe les Américains et qui lui vaut de sombrer dans les sondages depuis un mois: la flambée du prix de l'essence. Il s'agit, selon lui, d'un phénomène «de court terme». L'économie américaine n'a «jamais été aussi forte», a-t-il rassuré. Donald Trump a rappelé également que les Etats-Unis, exportateurs de pétrole, ne dépendaient pas d'approvisionnements transitant par le détroit d'Ormuz, bloqué par l'Iran. Réunion autour d’Ormuz Les pays qui souffrent du blocage de cette voie maritime stratégique doivent «s'en occuper», a-t-il lancé, tout en promettant de ne pas «abandonner» ses alliés du Golfe. Il n'a pas repris ses virulentes attaques contre l'Otan, notamment les pays d’Europe qui risquent cependant de se retrouver acculés à intervenir pour rétablir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, levier principal de l’Iran dans son bras-de-fer avec les Etats-Unis. Notons dans ce cadre que les ministres des Affaires étrangères d’une quarantaine de pays, dont le Japon, ont tenu jeudi une réunion virtuelle, pour discuter de la fermeture de cette artère indispensable pour le commerce international, sur laquelle Téhéran menace d’exercer un contrôle total en imposant des droits de passage. Au cours de ces échanges, la cheffe de la diplomatie britannique, Yvette Cooper, a annoncé une autre réunion, qui se tiendra au niveau militaire pour discuter d’une action conjointe destinée à garantir une réouverture durable du détroit et la sécurité des pétroliers et des cargos, une fois la guerre terminée, sans préciser les pays qui y seraient représentés. La France, par exemple, s’oppose toujours fermement à une opération militaire à cette fin. Son président, Emmanuel Macron, en visite d’Etat à Séoul, a ainsi qualifié d’«irréaliste» toute opération militaire pour débloquer le point de passage d’Ormuz. «Ce n'est jamais l'option que nous avons retenue», a-t-il commenté, estimant qu'elle risque de «prendre un temps infini» et comporterait «de nombreux risques». Sauf qu’en attendant un hypothétique déblocage, les prix du carburant poursuivent leur envol, affectant l’ensemble de l’économie internationale. Intensification des frappes Autre levier de pression pour l’Iran, les attaques contre les pays du Golfe, lesquelles se sont amplifiées après le discours de Donald Trump, en même temps que les tirs de missiles coordonnés contre Israël. Cette intensification des frappes qui se sont poursuivies tout le long de la journée de jeudi, a suivi les menaces iraniennes d’attaques «dévastatrices» contre les Etats-Unis et Israël, consécutives à l’allocution du président américain. Le commandant opérationnel de l'armée iranienne a assuré, dans un communiqué diffusé par la télévision d'Etat, que cette guerre se poursuivrait jusqu'à l' «humiliation» des ennemis de l'Iran. Ses proxys restent engagés à fond dans cette même stratégie, totalement indifférents à ses conséquences sur les pays dont ils sont issus. C’est le cas notamment du Hezbollah qui, comme l’Iran, a simultanément intensifié ses frappes contre le nord d’Israël dans la nuit de mercredi à jeudi et dans la journée de jeudi. Cet accroissement de la violence transfrontalière au sud, a poussé le ministre israélien de la Défense, Yisrael Katz, à adresser ses menaces directement au chef du Hezbollah, Naïm Qassem, «et ses collègues qui paieront le prix du lancement de roquettes sur Israël durant la Pâque» juive. «Nous purifierons le sud du Liban du Hezbollah et de ses soutiens et arracherons les crocs de ce serpent dans tout le Liban», a-t-il encore menacé pendant que son armée procédait à la destruction d’habitations dans la zone frontalière. La déclaration de Salam Sur le plan politique libanais, au terme du Conseil des ministres qu’il a présidé dans la matinée, le chef du gouvernement libanais, Nawaf Salam, a dénoncé la politique de terre brûlée appliquée par Israël au Liban-sud, pour y établir une zone tampon, mais il a dans le même temps critiqué l’aventure dans laquelle la formation pro-iranienne a entraîné le pays, «devenu le théâtre de la guerre des autres», avec un prix humain, social, matériel et économique excessivement élevé. «Rien ne devrait consacrer un lien entre le conflit sur notre territoire et les guerres des autres, dans lesquelles nous n’avons aucun intérêt, y compris les opérations militaires annoncées comme conjointes et coordonnées avec les Gardiens de la révolution iraniens», a-t-il stigmatisé, en soulignant que son gouvernement s’efforce de soustraire le pays à cette guerre par les moyens politiques et diplomatiques.

Déclarations contradictoires sur le «nouveau régime» en Iran évoqué par Trump

Une fois de plus, l’opinion publique et les populations du Levant, et du Moyen-Orient en général, sont confrontés à une cascade de déclarations et d’indiscrétions contradictoires filtrées aux médias, concernant l’évolution de la guerre déclenchée le 28 février dans la région. Le président Donald Trump a ainsi réaffirmé en ce mercredi 1 er avril l’existence à Téhéran d’un «nouveau régime», indiquant que le «président de ce nouveau pouvoir vient de nous demander un cessez-le-feu ». « Nous nous prononcerons sur l’opportunité de ce cessez-le-feu lorsque le détroit d’Ormuz sera rouvert à la libre circulation maritime, a déclaré le président Trump. A défaut, nous continuerons à bombarder les infrastructures de manière à ramener l’Iran à l’âge pierre ». Les propos optimistes du chef de la Maison Blanche sur l’attitude positive du « président du nouveau régime iranien » qui a émergé en Iran « et qui s’avère être plus intelligent que ses prédécesseurs » ont été toutefois démentis par les sources officielles à Téhéran. Un communiqué attribué au ministère iranien des Affaires étrangères a ainsi catégoriquement démenti toute demande de cessez-le-feu qui aurait été présentée au président Trump. De son côté, le vice-président du Parlement iranien a affirmé que « le détroit d’Ormuz restera fermé, et aucune négociation ne se déroule à ce sujet ». Ces positions contradictoires soulèvent plusieurs interrogations: le président Trump affiche-t-il un optimisme mesuré afin de faire assumer au régime iranien la responsabilité d’une prochaine escalade dans les opérations militaires, qui prendrait la forme d’un débarquement ou d’opérations de commando ponctuelles et bien ciblées? Existe-t-il réellement un « nouveau régime plus cartésien » qui aurait émergé à Téhéran? Le pouvoir en place à Téhéran est-il sérieusement ébranlé par un clivage profond entre une aile pragmatique et un courant radical représenté par les Pasdaran ? Seuls les faits tangibles et les développements au niveau des opérations militaires apporteront des fragments de réponses à ces interrogations. Il reste que certains paramètres sont loin d’accréditer la thèse de l’émergence d’un « nouveau régime à Téhéran », comme le démontrent la répression sauvage visant les opposants iraniens et les exécutions de prisonniers politiques qui se poursuivent sans répit. En outre, de nouveaux renforts américains ont été acheminés dans la région, notamment plusieurs milliers de Marines et de parachutistes, ce qui tend à mettre en évidence le fait que le climat général au niveau des véritables décideurs en Iran demeure largement belliqueux. Les opérations militaires En tout état de cause, les raids, les bombardements (par des unités navales) et les tirs de missiles se sont poursuivis mercredi à grande échelle. L’aviation américaine et israélienne a repris ses raids intensifs dans les zones de Téhéran et d’Ispahan, ciblant les infrastructures stratégiques, militaires et industrielles. En fin d’après-midi, mercredi, des informations, non confirmées, faisaient même état de l’entrée en action les gros bombardiers américains B-52. Dans la nuit de mardi à mercredi, une importante attaque israélienne, par la mer, a atteint un convoi de voitures dans la banlieue de Jnah, un quartier peu visé par les raids d’habitude. Le bilan de cette frappe est particulièrement lourd, non moins de sept tués et plus de 25 blessés selon le dernier bilan du ministère de la Santé. L’identité de la personne visée n’a été communiquée qu’à la mi-journée par l’armée israélienne, précisant qu’il s’agit de Youssef Hachem, un haut cadre du Hezbollah, responsable du front du Sud et du lancement de roquettes et de drones vers le nord d’Israël. Le Hezbollah n’a confirmé l’information que plusieurs heures plus tard. Ce combattant chevronné, qui a une quarantaine d’années d’activités miliciennes à son actif dans les rangs du parti de Dieu, a joué un rôle essentiel dans la restructuration de la branche armée du parti, suite à la débâcle de 2024. Le Hezbollah a par ailleurs annoncé la mort d’un autre de ses cadres, Mohammad Baqer al-Naboulsi, dans la même frappe. Il s’agit probablement de l’autre « combattant de haut rang » dans la milice pro-iranienne, que l’armée israélienne annonce avoir tué dans le même convoi. L’autre assassinat du jour (en rapport avec le Liban), annoncé par l’armée israélienne sur son compte X mercredi, est celui de « Mahdi Vafaei, chef de la branche d'ingénierie du Corps libanais de la Force Qods dans la région de Mahallat, en Iran ». « Vafaei a réalisé des projets souterrains (les tunnels) au Liban et en Syrie, dirigeant les efforts visant à mettre en place et à gérer des sites d'infrastructures terroristes souterraines pour le Hezbollah et le régime d'Assad », l’ancien régime de Damas ayant chuté en décembre 2024, indique un communiqué israélien. Tsahal a revendiqué une autre frappe au sud de Beyrouth, dans la localité de Khaldé, à l’aube, qui a fait deux morts et trois blessés. Le quartier de Hadeth dans la banlieue-sud de la capitale a également été visé par de puissantes frappes à l’aube du mercredi. Entre-temps, au Liban-Sud, les combats font toujours rage et les avancées israéliennes se poursuivent, alors que l’armée israélienne et le ministre de la Défense, Israel Katz, continuent de menacer le Liban d’une occupation à plus large échelle. Sur le terrain, les seuls villages encore non entièrement évacués, principalement chrétiens, sont plus que jamais en proie à la guerre suite au « redéploiement » de l’armée libanaise, critiquée pour avoir effectué un retrait face aux avancées israéliennes et pour avoir abandonné les habitants qui résistent dans leurs villages. En réponse à ces critiques mercredi, l’armée libanaise a expliqué que son repositionnement visait à éviter tout encerclement et isolement de ses voies d’approvisionnement, assurant qu’elle maintenait des patrouilles dans les villages concernés. Une mesure qui pourrait rassurer des populations vivant dans une angoisse grandissante, coupées du monde extérieur. Communiqué européen sur la FINUL D’un autre côté, le ciblage de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) continue de provoquer des vagues au niveau des pays européens, qui contribuent aux Casques bleus. Un communiqué de l’Union européenne « condamne fortement les récentes attaques contre les contingents de la FINUL, ayant fait inexplicablement des victimes dans les rangs des soldats de la paix ». Le communiqué appelle au calme, exprime sa solidarité avec le Liban et fait assumer au Hezbollah la responsabilité de cette nouvelle guerre. Pour sa part, la ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des Anciens combattants Alice Rufo s’est rendue au Liban pour « exprimer sa solidarité et son appui à la souveraineté libanaise ». Elle a également témoigné de « la solidarité de la France envers les militaires indonésiens de la FINUL, qui ont perdu trois des leurs lors d’attaques survenues les 29 et 30 mars 2026 ». Aucune mention de l’identité de l’attaquant, l’armée israélienne. De Khamenei à Qassem Et c’est dans ce climat tendu autant sur les fronts libanais et iranien qu’un communiqué attribué au Guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, invisible depuis le début du conflit, réaffirme l’appui de la République islamique au Hezbollah et à son secrétaire général, Naïm Qassem, lequel est tout aussi invisible que le premier puisqu’il a préféré communiquer ces deux derniers discours par écrit. En pleine avancée israélienne au Liban-Sud, et sur fond d’un bilan de plus de 1300 morts depuis le début de ce conflit ouvert pour venger la mort de son père - pour reprendre les termes du Hezbollah - Mojtaba Khamenei a félicité le parti de Qassem pour son action, l’assurant du soutien continu de l’Iran et lui demandant de continuer à tenir en échec les plans israéliens. D’autres alliés de l’Iran, les Houthis du Yémen, s’impliquent de plus en plus dans la guerre, et ont annoncé mercredi des lancers de missiles en coordination avec l’Iran et le Hezbollah, contre Israël. Selon les secours israéliens, 14 blessés sont tombés mercredi dans la région de Tel Aviv. Un développement grave a été enregistré en Irak, en rapport avec un autre allié iranien, le Hezbollah irakien : une journaliste américaine, Shelly Kittleson, a été enlevée par ce groupe à Bagdad, ce qui a été confirmé par le secrétariat d’Etat américain, par la voix de Dylan Johnston, vice-secrétaire d’Etat, sur son compte X. En Iran Au niveau du front iranien, les frappes israélo-américaines se poursuivent, atteignant, ces dernières heures, plusieurs sites de production sidérurgique. De fortes explosions au secoué Téhéran dans la nuit, et il s’est avéré qu’une d’elles a visé les environs de l’ancien siège de l’ambassade américaine dans la capitale iranienne. Un lieu hautement symbolique pour les Américains et les Iraniens : c’est là qu’a eu lieu la prise d’otage de 1979, au lendemain de la révolution iranienne. L’ambassade, qui n’a jamais rouvert ses portes, était devenue un musée de la révolution. Il y a deux jours, le président américain Donald Trump jurait qu’il « vengerait tout ce que les gardiens de la Révolution ont fait subir aux Marines et aux ressortissants américains durant 47 ans ». C’est dans ce contexte que les relations s’enveniment encore plus entre les Etats-Unis et leurs alliés européens, qui refusent toujours d’entrer dans une guerre « qui n’est pas la leur », comme l’a encore répété mercredi le Premier ministre britannique Keir Starmer. Selon des propos repris par l’AFP, Donald Trump a tonné que « si la France ou un autre pays voudrait avoir son pétrole ou son gaz, qu’il l’achète aux Etats-Unis ou qu’il aille tout droit au détroit d'Ormuz (...) pour s’en procurer ». De son côté, l’Union européenne a appelé l’Iran à « garantir la liberté de navigation » dans le détroit, à un moment où Téhéran parle d’imposer un droit de passage aux navires.

Deux points chauds à suivre: la Békaa-Ouest et Ispahan
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LevantTime .
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mars 31, 2026 - 22:42

Deux régions revêtant une importance stratégique certaine ont été dans la nuit de lundi 30 mars à mardi 31 mars au centre des opérations militaires dans le cadre de la guerre en cours au Moyen-Orient depuis le 28 février: Ispahan, en Iran, et la Békaa-Ouest, au Liban. L’aviation américaine a ainsi effectué dans la nuit de lundi des raids particulièrement violents à Ispahan contre d’importants dépôts d’armes et de munitions relevant du Corps des Gardiens de la révolution islamique. Les sources US ont indiqué mardi dans la matinée que des bombes anti-bunkers de très gros calibre, de plus d’une tonne chacune, ont été utilisées au cours de ces bombardements afin de détruire le contenu des dépôts d’armes aménagés profondément sous terre. Les images vidéo diffusées mardi matin à l’issue de la nuit d’enfer vécue par la région d’Ispahan montrent des explosions apocalyptiques et de hautes colonnes de flammes denses qui se dégageaient des cibles bombardées par l’aviation américaine. Ces raids intensifs contre la zone d’Ispahan revêtent une importance particulière du fait de la présence dans ce secteur d’installations et d’infrastructures énergétiques, nucléaires, industrielles et militaires relevant des Pasdaran. Cette intensification des bombardements aériens US dans une zone aussi névralgique qu’Ispahan s’explique vraisemblablement par la volonté évidente de l’Administration Trump d’accroître sensiblement les grosses pertes subies par le régime des mollahs afin de le contraindre manu militari d’accepter les conditions définies dans le plan en 15 points présenté par Washington pour mettre fin à la guerre. Dans ce contexte, le ministre américain de la Guerre, Pete Hegseth, a repris dans une déclaration faite mardi l’allusion du président Donald Trump portant sur la présence à Téhéran d’un «nouveau pouvoir», appelant ce dernier à faire preuve de «sagesse». À l’instar du chef de la Maison Blanche, il a souligné que les frappes contre le régime redoubleront de violence si Téhéran n’avalise pas l’accord proposé par l’Administration US. Ces propos confirment ainsi l’interprétation des observateurs selon laquelle les intenses bombardements à Ispahan, dans la nuit de lundi, avaient pour but de présenter aux mollahs un «échantillon» de ce qui pourrait les attendre s’ils s’obstinent à rejeter le plan américain. Il est de plus en plus question à cet égard d’une opération de commando US visant à saisir et sortir du territoire iranien les 450 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 pour cent stockés par les Pasdaran. Un débarquement terrestre visant à prendre le contrôle de l’île stratégique de Kharg serait également à l’étude. Dans l’attente que se précise le cours des opérations militaires, près de 2.500 Marines sont arrivés au début de cette semaine dans la région. Ils doivent être rejoints sous peu par plusieurs autres milliers de parachutistes et de Marines qui seront déployés en prévision de missions ponctuelles en territoire iranien. Au niveau de l’aviation israélienne, elle intensifie ses raids contre les infrastructures militaires et industrielles. Une source de Tsahal a indiqué mardi à ce propos qu’au cours des dernières vingt-quatre heures, les attaques aériennes ont visé près de 250 cibles, dont notamment des rampes de lancement de missiles. La Békaa-Ouest Second «point chaud» dans les opérations militaires en cours: la Békaa-Ouest. Dans la nuit de lundi, l’aviation de l’État hébreu a ainsi effectué de nombreux raids aériens intensifs contre plusieurs localités de la Békaa-Ouest, dont notamment Yohmor et Sehmor et les villages voisins, l’objectif étant d’isoler la Békaa-Ouest du Liban-Sud en rendant impraticables les grands axes routiers reliant ces deux régions. La zone de la Békaa et de Baalbeck suscitent l’intérêt des observateurs en raison des risques d’escalade dans ces deux régions, dus au fait que le Hezbollah utilise la zone en question afin de lancer des missiles en direction d’Israël. Repli de l’armée libanaise Mais le développement le plus grave intervenu mardi sur le terrain aura été la décision de l’armée libanaise de se retirer de la zone de Bint Jbeil, notamment des villages frontaliers chrétiens de Debel et Rmeich. Ce repli pourrait être le signe annonciateur d’une bataille qui pourrait se dérouler autour de la ville de Bint Jbeil. Reste à signaler au niveau diplomatique que le Conseil de sécurité a tenu mardi en fin de journée (heure de Beyrouth) une réunion extraordinaire, à la demande de la France, afin de débattre de la situation créée par les récentes agressions contre la Finul, qui ont fait trois tués dans les rangs des Casques bleus. Au-delà des discours de circonstance, la séance a été marquée par l’intervention du délégué permanent du Liban à l’ONU qui a clairement dénoncé le fait que le Hezbollah ait entraîné le Liban dans une guerre contre la volonté du gouvernement. Notons à ce propos que le ministère des Affaires étrangères a adressé une note à la mission libanaise à l’ONU lui demandant d’informer les instances onusiennes de la décision du Conseil des ministres de considérer toute présence militaire et sécuritaire du Hezbollah comme illégale.

Le «nouveau régime» iranien évoqué par Trump est-il réellement «cartésien»?

C’est une guerre d’un genre nouveau à laquelle nous assistons et qui oppose depuis le 28 février les armées américaine et israélienne, d’une part, à la République islamique iranienne, d’autre part. Pour schématiser à l’extrême, nous pourrions dire que nous faisons face à une guerre qui amalgame, comme on dirait en langage populaire, « le bâton et la carotte » de manière enchevêtrée à un point tel qu’il devient difficile de déceler entre les lignes la part et le degré de vérité, de manœuvres, de mensonges ou de dissimulation de la pensée au niveau des parties en conflit. Cette journée du lundi 30 mars 2026 a illustré dans une large mesure cette complexité de la situation, dans toute sa dimension. Le président Donald Trump est ainsi revenu à la charge dans une interview au New York Post , faisant état de la présence à Téhéran d’un «nouveau régime qui se montre cartésien et rationnel» dans sa ligne de conduite et qui est «plus flexible que les dirigeants qui ont été éliminés» (au début de la guerre). Le chef de la Maison Blanche a affirmé que les pourparlers avec ce «nouveau régime» sont sur la bonne voie, mais dans le même temps, il précise qu’il «n’est pas sûr» qu’un accord pourra être conclu. Il va même jusqu’à souligner que «très probablement, il n’y aura pas d’accord». Refusant d’indiquer qui est le haut responsable iranien avec lequel Washington est en pourparlers, le président Trump s’est contenté de préciser qu’il pourrait divulguer son identité d’ici «une semaine». La question élémentaire qui se pose sur ce plan est double: existe-t-il véritablement à Téhéran un «nouveau pouvoir», et auquel cas, est-il réellement «plus cartésien et rationnel» que son prédécesseur, comme l’a affirmé le président Trump à plusieurs reprises? Si ce nouvel interlocuteur iranien – à supposer qu’il existe – se montre aussi cartésien que le dit le président US, quelle preuve les dirigeants américains ont-ils que son attitude reflète réellement un nouveau mode de penser à Téhéran? Les expériences passées ont montré que le régime des mollahs, dont est issu forcément le mystérieux «nouvel interlocuteur», est passé maître dans la takiya , dans la dissimulation de la pensée réelle de la personne ou partie en question, dans l’attente que la tempête s’apaise et que la conjoncture géostratégique évolue dans un sens plus favorable, dans notre cas précis, à la République islamique. Compte tenu de ce fait bien avéré, peut-on faire confiance véritablement à une personnalité ou à un clan, sorti des rangs d’un régime qui a bâti pendant 47 ans son pouvoir sur une idéologie théocratique, totalitaire et obscurantiste profondément anti-occidental, sur le terrorisme, la répression sanglante et, surtout, la takiya? Le président Trump a souligné ce lundi, dans l’une de ses déclarations, sa volonté de se venger de toutes les agressions perpétrées par le régime des mollahs pendant 47 ans contre l’armée américaine, notamment à Beyrouth en 1983, et contre les ressortissants américains (également au Liban). Peut-on faire table rase sur ce comportement belliqueux qui s’est étalé sur près d’un demi-siècle, en prenant les mêmes acteurs et en recommençant naïvement? La position iranienne L’ensemble de ces interrogations, ou plutôt de ces inconnues, se posent avec d’autant plus d’acuité qu’elles sont confirmées par les prises de positions publiques affichées par les sources officielles iraniennes (qui ne reflètent pas nécessairement la réalité, takiya oblige). Ces sources ont une nouvelle fois démenti ce lundi que des pourparlers sont en cours avec l’Administration Trump et font état uniquement, comme elles l’ont fait les jours précédents, d’un «échange de messages» par le biais de médiateurs (vraisemblablement pakistanais). Mais en tout état de cause, de même source on réaffirme que le plan en 15 points proposé par les USA n’est pas acceptable par la République islamique. Ce que le président Trump a démenti lundi, dans son interview au New York Post, en affirmant que le «nouveau pouvoir» a accepté «la plupart des 15 points». Les données militaires Face à ces zones d’ombre qui caractérisent les positions des uns et des autres, et dans l’attente que se décante la situation à cet égard, les observateurs n’ont plus, en cette Semaine Sainte, qu’à calquer leur attitude sur celle qui fut celle de Saint Thomas, en se basant sur les faits réels et tangibles. L’Administration US affiche ainsi la volonté d’engager des pourparlers directs pour aboutir à un accord global mettant fin au conflit actuel, mais dans le même temps, elle achemine d’importants renforts dans la région, dont notamment le porte-avions George Bush, ainsi que des détachements de milliers de Marines, de parachutistes et des unités d’élite. Il est fortement question dans un tel contexte d’opérations de commando ponctuelles en terre ferme et d’un débarquement sur l’île de Kharg qui permettrait aux États-Unis de contrôler la production et les exportations pétrolières de l’Iran, et c’est là un facteur stratégique de la plus haute importance qui pourrait bien être l’un des objectifs recherchés par Washington. Par ailleurs, alors qu’il est question de pourparlers constructifs avec les «nouveaux interlocuteurs» iraniens, les raids aériens américains et israéliens contre l’ensemble des installations et infrastructures militaires, industrielles et stratégiques iraniennes se sont poursuivis de manière intensive dans la région de Téhéran, à Ispahan et se sont même étendus lundi, pour la deuxième fois, à la zone de la Mer Caspienne, à l’extrême nord de l’Iran, non loin des frontières avec la Russie. Quant au front libanais, la matinée de lundi aura été marquée par plusieurs raids contre la banlieue sud, où un haut responsable militaire du Hezbollah a été tué, alors qu’au Liban-Sud, l’armée israélienne a poursuivi son grignotage systématique de nouvelles étendues du territoire libanais atteignant, selon des sources libanaises, le Litani et effectuant des percées sur une profondeur de 14 kilomètres des frontières entre les deux pays. Ces développements au niveau des opérations militaires sont intervenus alors que se tenait en Arabie saoudite un sommet qui a réuni le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, l’émir du Qatar Tamim ben Hamad al-Thani et le roi Abdallah de Jordanie.

Esquisse du nouveau paysage politique régional de l’après-guerre
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LevantTime .
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mars 28, 2026 - 21:13

Ce serait une lapalissade de souligner que le Moyen-Orient et l’Iran de l’après-guerre ne seront pas les mêmes qu’avant le 28 février, date du déclenchement de l’offensive américano-israélienne contre le régime iranien des mollahs. Cette guerre s’engage ce samedi 28 mars dans son deuxième mois sans que l’on puisse percevoir encore, au stade actuel, le bout du tunnel. Une chose, pour l’heure, est certaine : des contacts, des échanges de messages, ont été initiés entre les Etats-Unis et la République islamique grâce la médiation du Pakistan, de la Turquie et de l’Egypte. Une réunion entre ls deux parties pourrait se tenir la semaine prochaine, mais elle demeure incertaine du fait que les Iraniens ont demandé qu’elle soit précédée d’un cessez-le-feu global, ce que le président Donald Trump aurait refusé. Le régime iranien aurait réclamé en outre un délai de sept jours pour élaborer sa réponse officielle au plan en 15 points présenté par Washington. Ce délai de sept jours serait rendu nécessaire pour consulter les différents pôles du pouvoir iranien, ce qui reflète le flou intégral qui continue d’entourer la situation réelle du pouvoir en place à Téhéran. En tout état de cause, les tractations actuelles se produisent « à chaud », en ce sens que les aviations américaine et israélienne intensifient leurs raids contre les infrastructures militaires et les centres stratégiques un peu partout en Iran, alors que dans le même temps les Etats-Unis acheminent des renforts, dont notamment le porte-avions George Bush ainsi que non moins de 8000 Marines et parachutistes, vers la zone des combats. Alors que les opérations militaires se poursuivent donc de plus belle, le président Donald Trump a eu tard vendredi soir (heure de Beyrouth) une discussion à bâtons rompus avec des journalistes au cours de laquelle il a pratiquement dessiné l’esquisse du nouveau paysage politique qui pourrait émerger après la fin de la guerre. Le chef de la Maison Blanche a rendu un vibrant hommage aux pays du Golfe, avec une mention spéciale pour le prince héritier d’Arabie Saoudite, Mohammed ben Selmane, et les monarques des Emirats arabes unis, du Koweït et du Qatar. « Ils ont fait preuve d’un plus grand courage que les dirigeants de l’OTAN », a lancé le président Trump qui n’a pas caché son amertume au sujet de la position de certains pays européens. Le président US a indiqué dans ce cadre que Washington a toujours apporté un appui soutenu à l’OTAN, à coup de centaines de milliards de dollars, et lorsque les USA se sont engagés dans la guerre contre la République islamique, les pays membres de l’Alliance atlantique sont restés passifs. S’adressant à ces pays, M. Trump a déclaré : «Compte tenu de votre attitude, nous ne sommes plus obligés de rester à vos côtés ». Cette petite phrase, ajoutée à l’hommage marqué aux Etats du Golfe, semble indiquer que l’on pourrait s’orienter vers un double positionnement US durant la période de l’après-guerre: un refroidissement dans les rapports avec les pays européens et une crise au sein de l’OTAN, d’une part, et un renforcement notable des relations avec le Golfe, avec de gros investissements concomitants dans un contexte de relance de la paix au Moyen-Orient, d’autre part. Les opérations militaires Il reste qu’au stade actuel, la parole est aux armes, et sur ce plan Américains et Israéliens semblent mettre les bouchées doubles pour détruire au maximum l’infrastructure militaire, nucléaire et balistique de la République islamique. Dans la nuit de vendredi, le président Trump a dévoilé que l’armée américaine venait de porter un « grand coup » à l’Iran et que, de ce fait, « on n’a jamais été aussi proche de la situation permettant de libérer le Moyen Orient des menaces iraniennes (…) et du chantage nucléaire iranien ». Il a précisé à ce propos que la « banque de données militaires » de l’offensive israélo-US comporte encore 3550 objectifs. Et d’ajouter : « Nos forces armées ont annihilé les positions nucléaires iraniennes au cours d’une opération choc cette nuit, à minuit (vendredi). Nous sommes donc sur le point de libérer le Moyen Orient du terrorisme et du chantage iraniens ». Le chef de la Maison Blanche a relevé dans ce cadre que cette guerre menée par les Etats-Unis contre le régime iranien ne vise pas à « défendre uniquement Israël mais également les pays de la région ». Dans la pratique, les aviations américaine et israélienne ont lancé dans la nuit de vendredi et la matinée de samedi une quinzaine de raids visant la centrale nucléaire de Bouchahr « dont la situation se dégrade fortement », a affirmé samedi une source autorisée russe. A titre de rappel, les experts et techniciens russes en poste dans cette centrale ont été évacués il y a trois jours. Parallèlement, non moins de 50 avions israéliens ont effectué des raids visant les installations nucléaires iraniennes « dans trois régions », a indiqué Tsahal, samedi. D’une manière concomitante, l’aviation de l’Etat hébreu a bombardé violemment de nombreuses infrastructures industrielles militaires et civiles dans la région de Téhéran et dans d’autres zones iraniennes. Autres développements intervenus samedi: les Houthis, milice yéménite pro-iranienne, sont intervenus samedi en lançant deux missiles en direction d’Israël. Parallèlement, des tirs iraniens de missiles ont endommagé samedi des installations de radars à l’aéroport du Koweït, ainsi que le port à Oman et une base militaire américaine en Arabie saoudite, où deux militaires américains ont été blessés. Assises politiques au quartier général des Forces libanaises Au Liban, l’aviation israélienne a poursuivi dans la nuit de vendredi et la journée de samedi le bombardement de la banlieue-sud et de plusieurs villages de la région méridionale. L’un de ces raids a tué six hauts responsables iraniens qui ont été présenté par Téhéran comme des « diplomates » alors que dans la notice nécrologique leurs photos les montrent revêtus du costume militaire des officiers supérieurs des Gardiens de la révolution. Au plan politique, un développement majeur a marqué la journée de samedi: la tenue au quartier général des Forces libanaises, sous la présidence du leader des FL, Samir Geagea, d’assises politiques élargies consacrées aux retombées du conflit armé actuel. Le communiqué publié à l’issue de ces assises réclame la formation d’un tribunal spécial qui serait chargé de juger les responsables qui ont entrainé le Liban dans la guerre contre le gré de l’Etat et de l’écrasante majorité des Libanais. Le communiqué souligne en outre que l’Etat devrait réclamer à l’Iran des indemnités en compensation des pertes subies durant cette guerre.

Le report de l’ultimatum de Trump a un impact limité
Par
Taline Becharraoui
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mars 27, 2026 - 20:06

La guerre au Moyen-Orient, déclenchée le 28 février par une attaque israélo-américaine contre le régime iranien des mollahs, semble s’installer dans la durée, et de ce fait le sort d’éventuelles négociations entre l’Iran et les Etats-Unis reste une inconnue. Après une escalade verbale de la part des Iraniens qui ont affirmé refuser le plan en quinze points proposé cette semaine par Washington, le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, est venue contredire les déclarations officielles. Il a ainsi déclaré vendredi à la presse allemande que les Etats-Unis et l’Iran préparent des discussions directes au Pakistan. En parallèle, le président américain Donald Trump a prolongé son ultimatum (menaçant de détruire les installations énergétiques de l’Iran) jusqu’au 6 avril, visiblement pour donner une chance aux négociations en cours. Bien que cette initiative donne l’impression d’une accalmie, la situation sur le terrain est tout autre, et la guerre s’intensifie sur tous les fronts. Selon le média américain Axios, l’armée US préparerait une vaste opération qui consisterait en l’invasion d’îles stratégiques iraniennes. Au moins 10 000 soldats américains supplémentaires sont attendus dans la région dans les prochains jours, selon des médias américains. Côté israélien, le langage des menaces domine. Le ministre de la Défense Israel Katz a promis une intensification des frappes contre le territoire iranien. Les attaques contre le territoire iranien n’ont pas cessé, en effet, alors même que les missiles iraniens continuent de s’abattre sur Israël, notamment sur Tel Aviv, faisant des blessés. Les Iraniens eux-mêmes semblent durcir leur position. L’AFP cite le « Soufan Center », institut spécialisé basé à New York, qui estime que « les assassinats de hauts responsables ont non seulement permis aux radicaux de rester en place, mais ils ont aussi marginalisé la direction politique et placé le Corps des gardiens de la Révolution au centre du jeu ». Cette analyse expliquerait le durcissement de certaines positions exprimées actuellement par Téhéran. En pratique, les Gardiens de la Révolution menacent désormais de cibler des hôtels dans les pays du Golfe et ailleurs, où se trouveraient des Américains. Ils ont également annoncé que le détroit d’Ormuz est pratiquement fermé, ayant forcé trois porte-conteneurs à faire demi-tour. Même des porte-conteneurs chinois, relevant pourtant d’un allié, ont dû rebrousser chemin. A la fermeture d’Ormuz viendrait s’ajouter celle du détroit de Bab el-Mandab, qui relie l’Asie à la mer Rouge et au canal de Suez, si un autre allié du régime iranien, les houthis yéménites, décident d’entrer en scène comme ils le clament ces derniers jours. Dans ce contexte, les répercussions économiques mondiales de cette guerre se précisent de plus en plus. Le baril de pétrole a dépassé les 110 dollars, et il poursuit sa progression malgré le report de l’ultimatum de Donald Trump. Les conséquences sur l’économie sont au centre de la réunion des ministres des Affaires étrangères du G7 en France, vendredi, en présence du ministre américain Marco Rubio. Celui-ci devrait être interrogé par ses confrères sur les plans de guerre, alors que lui-même, selon ses propres déclarations aux journalistes qui l’accompagnaient, devrait leur demander une fois de plus d’aider à la réouverture du détroit d’Ormuz. Dans ce cadre, M. Rubio aurait informé ses pairs que la guerre iranienne se prolongera encore « quelques semaines », précisant en outre, lors d’une rencontre avec les journalistes, que « la Russie n’entrave en aucune façon notre action en Iran ». Avancées israéliennes au Liban-Sud Sur le front libanais, les combats font toujours rage au Liban-Sud sur plusieurs fronts, notamment ceux de Marjayoun et Bint Jbeil. Des informations de diverses sources font état d’une avancée des troupes israéliennes sur le terrain et de destructions massives dans les villages frontaliers. L’armée israélienne a même posté, sur son compte X, une vidéo montrant le débusquage de caches d’armes du Hezbollah dans le village de Khiam, dans une école, dans une intention de montrer que les miliciens se cachent parmi les civils. Le tunnel de Khiam L’armée israélienne a également diffué une vidéo montrant un important tunnel que la milice pro-iranienne avait construit et aménage à proximité immédiate de l’église de la localité. La diffusion de ces vidéos illustre que Tsahal contrôle totalement désormais la ville de Khiam. Dans cette atmosphère tendue intervient la déclaration d’un porte-parole de l’armée israélienne, Effie Defrin : celui-ci a assuré vendredi que les troupes israéliennes se trouvent « dans des positions plus avancées au Liban-Sud », et qu’Israël s’engageait à désarmer le Hezbollah si le gouvernement libanais ne le faisait pas. Le Hezbollah joue le même jeu médiatique, en postant des vidéos, notamment du ciblage de chars Merkava au Liban-Sud. Le parti a par ailleurs intensifié dans la nuit de jeudi à vendredi, ses frappes contre le territoire israélien, atteignant un nouveau record de lancement de missiles depuis le début de ce nouveau conflit. Les avancées israéliennes au Liban-Sud commencent à faire craindre une annexion de territoires libanais. Un risque contre lequel le Premier ministre libanais Nawaf Salam a alerté le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, jeudi, se fondant sur des menaces explicites proférées par des responsables israéliens. D’un autre côté, la catastrophe humanitaire au Liban prend des proportions gigantesques : selon le ministère de la Santé, le nombre de morts a dépassé les 1100 et les blessés 3200. Le bureau de l’Unicef au Liban vient de publier un rapport accablant dans lequel l’organisation onusienne indique qu’environ 20% de la population libanaise est actuellement déplacée, que plus de 370 000 enfants en font partie, que 121 enfants ont été tués et près de 400 blessés, depuis le début de la guerre. ONU Femmes , de son côté, précise qu’un quart des femmes et des filles ont dû fuir leurs domiciles.

Guerre iranienne: bras-de-fer diplomatique sur fond d’escalade militaire
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LevantTime .
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mars 26, 2026 - 20:23

Près de 24 heures avant l’expiration du délai accordé par le président US Donald Trump à Téhéran pour répondre aux 15 points d’un plan américain devant mettre fin à la guerre en cours, les contacts diplomatiques visant à favoriser l’amorce d’un dialogue s’intensifient alors que la dynamique, sur le terrain, reste celle d’un accroissement de la pression: les frappes israélo-américaines contre des cibles militaires iraniennes se poursuivent, violentes, pendant que Téhéran continue de cibler des infrastructures civiles et militaires en Israël et dans les pays du Golfe. Plus que jamais aujourd’hui, le risque d’un embrasement régional total à grande échelle semble élevé si Téhéran poursuit ses tergiversations au sujet de son programme nucléaire et balistique ou de son «parrainage» des milices qui déstabilisent des pays comme le Liban, l’Irak ou le Yémen, voire même des pays du Golfe où des cellules terroristes, liées notamment au Hezbollah, sont régulièrement démantelées. Au cas où l’Iran apporterait une réponse en demi-teinte aux exigences américaines, Washington donnerait son feu vert pour une opération terrestre dont il avait brandi la menace, et qui impliquerait une mainmise sur des points stratégiques, comme l’île de Kharg, et trois autres, Abou Moussa, la Grande tombe et la Petite tombe. Ces trois dernières îles étaient jusqu’au début des années 1970 sous contrôle des Emirats arabes unis mais sont tenues actuellement par les forces iraniennes, lesquelles menacent la navigation commerciale dans le Détroit d’Ormuz. Jeudi, Donald Trump a adressé une nouvelle mise en garde à Téhéran, dans un message sur son réseau social, Truth Social , l’appelant à «devenir sérieux avant qu’il ne soit trop tard». «Les négociateurs iraniens sont très différents et bizarres. Ils feraient bien de devenir sérieux très vite, avant qu'il ne soit trop tard, car à défaut d'accord, il n'y aura pas de retour en arrière, et ça ne va pas être joli», a-t-il averti. Un peu plus tard, au cours d’une conférence de presse, il a réaffirmé que l’armée américaine a presque entièrement détruit les capacités militaires de l’Iran et que c’est «Téhéran et non pas les Etats-Unis qui aspire désespérément à un accord, contrairement à ce que des médias rapportent», en ajoutant «ne pas être sûr de vouloir signer un accord» Les médiateurs s’efforcent toujours de trouver un terrain commun pour un début de sortie de crise, comme l’ont confirmé les ministres des Affaires étrangères d’Egypte, Badr Abdelatty, et du Pakistan, Ishaq Dar. Ces derniers ont expliqué que leurs pays respectifs jouent le rôle d’intermédiaires, avec la Turquie, et transmettent des messages entre Téhéran et Washington. «Les efforts égyptiens se poursuivent pour parvenir à une désescalade. Bien que nous n’ayons pas encore abouti à des résultats concrets, nous restons optimistes», a affirmé le chef de la diplomatie égyptienne, Badr Abdelatty, qui a été reçu jeudi par le président libanais, Joseph Aoun, au Palais de Baabda. Il a indiqué que son pays menait en outre des contacts avec Israël, les États-Unis et la France pour éviter également une incursion terrestre israélienne plus profonde au Liban, tout en soutenant un désarmement du Hezbollah et une extension de l’autorité étatique libanaise sur l’ensemble du territoire. Le détroit d’Ormuz, baromètre de la crise La multiplication des intermédiaires reflète la complexité du règlement d’une crise multidimensionnelle qui a vite fait de dépasser le cadre bilatéral de l’Iran, d’une part, et d’Israël et des Etats-Unis, d’autre part. Cette dimension apparaît surtout au niveau du bras-de-fer autour du détroit d’Ormuz, un levier de pression important pour l’Iran, qui cristallise aujourd’hui toutes les tensions. Non seulement entre l’Iran et l’axe Tel-Aviv-Washington, mais aussi entre les Etats-Unis et leurs partenaires européens. Sur Truth Social , le président américain a renouvelé ses critiques contre les Européens qui devraient s’engager, selon lui, dans la guerre pour assurer la fluidité du passage des pétroliers et des cargos dans le détroit d’Ormuz. «Les pays de l’Otan n’ont absolument rien fait pour aider face à cette nation folle qu’est l’Iran, aujourd’hui militairement décimée. Les États-Unis n’ont besoin de rien de l’Otan, mais il ne faudra jamais oublier ce moment très important», a-t-il averti. Une menace qu’il a répétée au cours de sa conférence de presse et qui alimente notamment des craintes européennes d’une perte du soutien américain à l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie. Alors que les pays du G7 ont commencé jeudi à discuter du dossier moyen-oriental, à Bruxelles, le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, a indiqué que plus de trente États coordonnent leurs efforts pour garantir la liberté de navigation sur le détroit d’Ormuz où seuls les navires battant pavillon de pays jugés «neutres» par Téhéran sont autorisés à passer. Le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim a ainsi annoncé que ses pétroliers ont pu traverser après des discussions avec la République islamique, alors que le Conseil de coopération du Golfe, par la voix de Jassem Al-Budaiwi, accusait l’Iran d’exiger des contreparties financières pour laisser passer les navires. Donald Trump a rejeté ce «chantage iranien» et précisé au cours de sa conférence de presse que 154 navires de guerre iraniens ont été détruits, alors qu’Israël avait annoncé un peu plus tôt la liquidation du commandant de la marine des Gardiens de la Révolution, Alireza Tangsiri, «directement responsable du blocage du détroit d’Ormuz». Son élimination peut être considérée stratégique dans la perspective d’une possible opération militaire destinée à rétablir la liberté de navigation sur ce passage. Le Liban, un autre nœud de la crise Un autre nœud compliqué de la crise: le Liban. Sur le terrain, les affrontements entre Israël et le Hezbollah s’intensifient. L’armée israélienne qui continue d’avancer plus en profondeur au sud du pays, loin de la frontière, a annoncé la mort d’une trentaine de miliciens du Hezbollah dans des combats au corps à corps. Un seul soldat israélien a été tué au cours de cette bataille. Au moins trois personnes ont été par ailleurs tuées dans la partie méridionale du pays dans des frappes israéliennes, alors qu’un Israélien a succombé à ses blessures à Nahariya, ciblée dans l’après-midi par le Hezbollah. Le parti pro-iranien semble élargir progressivement le spectre de ses cibles, ses roquettes ayant atteint Acre, jeudi. Derrière cette escalade, se profile cependant une importante divergence stratégique. Israël, comme le répète ses dirigeants, veut toujours dissocier le front libanais du dossier iranien, afin de conserver sa liberté d’action militaire et d’en finir avec la menace permanente que constitue le Hezb pour les localités de la partie nord de son territoire. Une incursion en profondeur pour établir une zone de sécurité ou une zone tampon s’inscrit dans cette logique. Le porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Avichaï Adraee, a renouvelé jeudi après-midi, son appel aux habitants des localités situés au sud du Zahrani, à se déplacer vers la nord. À l’inverse, Téhéran semble vouloir lier les deux dossiers, si jamais des négociations sont menées avec Washington, conditionnant, entre autres, toute désescalade à un arrêt des opérations israéliennes au Liban. Il aurait d’ailleurs adressé des messages en ce sens à son bras militaire dans le pays. Cette même condition a été de nouveau posée par le chef du groupe pro-iranien, Naïm Qassem, dans son message diffusé mercredi par la chaîne al-Manar et au cours duquel il a réaffirmé son opposition à des négociations avec l’Etat hébreu. Mais le plus important reste le bras-de-fer entre l’Etat, qui veut s’affirmer et se distancier du Hezb, et la formation pro-iranienne et ses alliés, qui cherchent toujours à imposer leurs quatre volontés. L’une des principales facettes de ce bras-de-fer reste la querelle autour de la décision de l’Etat d’expulser l’ambassadeur Mohammad Reza Chibani, nommé par Téhéran à Beyrouth. Cette décision, rappelle-t-on, a été annoncée par le ministère des Affaires étrangères, au terme de consultations avec la présidence de la République et la présidence du Conseil. Les ministres chiites, pourtant des serviteurs de l’Etat comme leurs collègues, s’alignent dans ce contexte sur la politique de l’Iran et du tandem Amal-Hezbollah. En signe de protestation contre une décision qu’ils jugent injustifiée, ils ont boycotté jeudi la réunion du Conseil des ministres qui s’est tenue au Sérail. Seul Fady Makki, ministre chiite indépendant, a pris part à la réunion. La position de ses collègues a mis en relief ce vaste fossé qui existe aujourd’hui entre deux Liban: celui des affidés d’une puissance étrangère qui veut garder sa mainmise sur le pays et celui des Libanais qui veulent s’affranchir des forces qui spolient leur souveraineté et minent leur Etat, sans pour autant céder sur l’essentiel. Face aux risques d’une nouvelle occupation israélienne d’une partie du Liban-Sud, à cause du Hezbollah, le Premier ministre, Nawaf Salam, a chargé le ministre des Affaires étrangères, Joe Raggi, de présenter à l’Onu une plainte contre Israël. Parallèlement, il a dénoncé la présence de deux miliciens du Hezb dans la cellule terroriste, démantelée la semaine dernière par le Koweit, de même qu’il a stigmatisé les frappes iraniennes contre les pays du Golfe. Après des années d’isolement, toujours à cause du Hezb, le Liban officiel réintègre progressivement son environnement arabe et s’écarte de l’axe qui lui a valu une cascade de destructions au fil des ans.