Logo Levant Time

L'Essentiel du jour

Entre le «cadeau» évoqué par Trump et les démentis iraniens, les négociations dans le flou

Les dernières 24 heures au Moyen-Orient en guerre sont une parfaite illustration de la cohabitation absurde entre les combats qui se poursuivent à un rythme effréné, et les rumeurs de tractations en cours entre Américains et Iraniens. Même si les frappes israélo-américaines sur les infrastructures militaires et civiles iraniennes se poursuivent sans relâche, et que des milliers de Marines doivent être déployés au M-O dans les prochains jours, une publication dans des médias dignes de foi d’une liste de quinze points exigés par les Américains pour négocier avec les Iraniens a été au centre de l’actualité depuis mardi soir, avec une médiation pakistanaise, turque et autres. Les frappes sur les infrastructures énergétiques de la République islamique, comme l’avait menacé le président américain Donald Trump, dimanche, semblent pour l’instant retardées. Selon des médias tels que le New York Times et la chaîne 12 israélienne, les quinze points de la proposition américaine, évoquent essentiellement le nucléaire, exigeant la fin de l’enrichissement de l’uranium et le démantèlement des différentes installations nucléaires, ainsi que la limitation de la production de missiles balistiques et une réouverture totale du détroit d’Ormuz. L’un des points qui concerne le Liban et d’autres pays de la région, comme l’Irak, porte sur l’arrêt par l’Iran du soutien aux «proxys», comme le Hezbollah ou le Hached el-Chaabi (milice irakienne pro-iranienne contre laquelle les frappes américaines s’intensifient ces jours-ci). Si ces points font office de bâton, la carotte est une promesse de levée des sanctions internationales (à condition qu’elles puissent être rétablies en cas de non-conformité à l’accord) et une aide au développement. En contrepartie, toujours selon certains médias, l’Iran aurait posé des conditions, dont la levée des sanctions, la garantie d’une fin effective de la guerre, le contrôle sur le détroit d’Ormuz, le maintien du programme de missiles et des compensations pour les dégâts de guerre. On remarque qu’il n’y est pas fait mention du programme nucléaire iranien, et que le seul allié figurant dans cette liste est le Hezbollah libanais, pour lequel les futurs négociateurs iraniens demanderaient un arrêt des frappes israéliennes. Des conditions «exagérées» Au-delà de ces fuites dans les médias, les déclarations publiques, elles, montrent une «exubérance» américaine, comme le reflète la déclaration faite mardi soir par le président US qui a fait état d’un «très gros cadeau» que les Iraniens lui auraient fait, sans préciser lequel. Il a également assuré que les Iraniens voulaient un accord coûte que coûte. Cependant, ces espoirs naissants de négociations ont rapidement été douchés par les propos d’une «source iranienne officielle» qui a déclaré à la télévision d’État, mercredi dans l’après-midi, que les conditions américaines sont «exagérées», que l’Iran «ne permettrait pas à Trump de décider de la fin de la guerre» et que Téhéran continuait à se battre. Franc refus ou montée des enchères en vue des négociations à venir? Le sort de cette initiative devrait s’éclaircir d’ici la fin de la semaine, qui est le délai posé par Trump lui-même. Le front interne enflammé Entre-temps, au Liban, les tensions restent à leur comble, autant sur le front du Sud que dans l’arène politique. Les affrontements et les échanges de tirs se poursuivent au sud du Litani entre l’armée israélienne et le Hezbollah, qui a lancé des centaines de drones et de roquettes contre les soldats de l’État hébreu, en territoire libanais et israélien. Si le ministre israélien de la Défense Israel Katz a affirmé avoir approuvé un nouveau plan d’élargissement des opérations au Liban, ces propos se traduisent en actions sur le terrain: la grande nouveauté de ce mercredi matin, 25 mars, est l’avancée des forces israéliennes vers le village (chrétien) de Debl, dans le caza de Bint Jbeil. Si les miliciens du Hezbollah mènent bataille sur le front (qu’ils ont ouvert eux-mêmes…), ils peuvent de moins en moins compter sur une solidarité interne au Liban. L’affaire de l’ordre d’expulsion de l’ambassadeur d’Iran au Liban, décidé par l’Etat, continue de s’envenimer, notamment du côté des partis chiites, Amal et le Hezbollah. Après un virulent communiqué du Hezbollah la veille, c’était au tour d’Amal, mercredi, de publier un communiqué pour «appeler les responsables officiels à revenir sur l’ordre d’expulsion de l’ambassadeur de la République islamique d’Iran, afin d’éviter au pays une crise politique et nationale». Cette décision est mue par des soupçons d’ingérences dans les affaires internes de l’ambassadeur en question, Mohammad Reza Shibani, qui n’a toujours pas présenté ses lettres de créances au président de la République Joseph Aoun. Une décision qui fait écho aux rapports selon lesquels les Gardiens de la révolution iranienne sont présents en nombre au Liban, munis de faux passeports, afin de diriger eux-mêmes le Hezbollah, privé de ses commandants historiques depuis 2024. Ces informations ont été reprises par le Premier ministre Nawaf Salam dans une récente interview. Bien que saluée par de nombreuses voix au Liban et à l’étranger, cette mesure risque d’ébranler le gouvernement qui tient une réunion jeudi à 15h au Grand sérail (donc présidé par le Premier ministre et non pas par le président Aoun). La ministre de l’Environnement Tamara Zein a déjà donné le ton mardi soir, lors d’un entretien télévisé, lorsqu’elle n’a «pas exclu un retrait des ministres chiites du gouvernement». Selon les informations de la MTV, les contacts vont bon train pour empêcher l’implosion du cabinet, probablement par la suggestion d’une porte de sortie dont le Liban a le secret, soit par un changement d’ambassadeur, ou encore par la prolongation du délai d’expulsion (qui devrait expirer dimanche soir). Ajoutée aux menaces récurrentes proférées par des cadres du Hezbollah (Wafic Safa et d’autres), parallèlement aux tensions résultant de la décision gouvernementale de considérer comme illégales les opérations militaires du parti, et à la polémique autour de la proposition du président Aoun concernant les négociations directes avec Israël, cette nouvelle querelle vient envenimer encore plus les relations entre une milice toujours armée et le reste des parties politiques. L’atmosphère est si tendue que les fantômes de la guerre civile semblent se réveiller, nourris par la crainte d’une nouvelle occupation israélienne de vastes territoires au Sud, qui a déjà provoqué un important déplacement de population. Des craintes auxquelles le président de la République a tenté de répondre en disant «qu’il n’y a pas de nouvelle guerre civile» au Liban, dans un entretien avec le quotidien an-Nahar . Dans cette atmosphère tendue est venu se greffer un nouveau message du secrétaire général du Hezbollah Naïm Qassem, mercredi. Pour la deuxième fois consécutive, celui-ci n’a pas fait d’apparition, même enregistrée, et son (court) message a été lu par un tiers sur la chaîne du parti al-Manar. Sans s’attaquer frontalement à l’affaire de l’expulsion de l’ambassadeur d’Iran, Qassem a estimé que «toute négociation sous le feu est une capitulation», appelant à «l’union nationale contre le projet israélo-américain qui mènera au Grand Israël, faisant disparaître le Liban». Fidèle à sa logique, Qassem estime que le monopole des armes aux mains de l’État «est un affaiblissement du Liban», mettant en garde le gouvernement «contre des décisions qui servent les intérêts d’Israël même si l’intention est autre», soulignant «ne pas douter une seconde de la victoire de la Résistance».

Pour la première fois depuis Taëf, Beyrouth affirme son autorité face à l’axe iranien

Après l’interdiction officielle des activités militaires du Hezbollah et des pasdarans au Liban, la décision d’expulser l’ambassadeur d’Iran à Beyrouth et de rappeler le chef de la mission diplomatique libanaise à Téhéran constitue sans doute la mesure la plus importante prise par le gouvernement de Nawaf Salam depuis que le Hezbollah a entraîné le pays dans le conflit militaire opposant l’Iran à Israël et aux États‑Unis. Et pour cause: pour la première fois depuis Taëf (1989) le pouvoir libanais pose des limites et s’efforce de soustraire le pays aux ingérences étrangères préjudiciables, voire dévastatrices, dans ses affaires intérieures. Le ministère libanais des Affaires étrangères a ainsi convoqué mardi le chargé d’affaires près l’ambassade d’Iran pour l’informer que le Liban a décidé de retirer l’accréditation de l’ambassadeur Mohammad Reza Shibani, sommé de quitter Beyrouth, au plus tard dimanche. Shibani avait été nommé à la mi-février à la tête de la mission diplomatique iranienne à Beyrouth. Il est arrivé dans la capitale libanaise une semaine avant le début de la guerre. La décision de l’expulser a été immédiatement saluée par Tel Aviv et Paris, pendant que dans l’entourage du Hezbollah, on criait au scandale. Pourquoi elle est importante? Parce qu’elle permet à l’État libanais de montrer qu’il est sérieux dans sa décision de rétablir la souveraineté de l’État et d’en finir avec les groupes armés et leurs commanditaires, au moment où son (in)action, après la première décision, prise début mars, était critiquée tant au niveau interne qu’international. Beyrouth montre ainsi que s’il reste pour l’heure incapable de mettre fin à l’aventure destructrice dans laquelle le Hezb a entraîné le Liban ou de lancer le processus de désarmement de cette milice qui ne fait que menacer les autorités libanaises, il garde les coudées franches au niveau politique et judiciaire puisque des mandats d’arrêt ont été délivrés à l’encontre d’un groupe de miliciens qui avaient été interpellés alors qu’ils transportaient des roquettes vers le Liban-Sud. La mutinerie du Hezbollah et d’Amal La grande question reste de savoir jusqu’où le gouvernement irait aux niveaux politique et judiciaire contre le Hezb dont les dirigeants et les proches ont stigmatisé l’expulsion de l’ambassadeur d’Iran. Selon diverses sources concordantes, le Hezbollah et le chef du mouvement Amal, et néanmoins président de la Chambre, Nabih Berry, sont entrés en contact avec l’ambassadeur pour lui demander de demeurer à son poste et de ne pas répondre à la demande du gouvernement libanais de quitter le pays. Certaines sources ont indiqué dans ce cadre que l’ambassadeur considère comme «caduc» l’ordre d’expulsion. En fin de journée, le Hezbollah a publié un communiqué tirant à boulets rouges sur le ministre des Affaires étrangères, Joe Raggi, et rejetant la décision de l’Exécutif. Parallèlement à la mutinerie du Hezbollah et de Nabih Berry contre le gouvernement, le vice-président du Conseil supérieur chiite, Ali Khatib, qui gravite dans l’orbite iranienne, a dénoncé de son côté une décision «précipitée, irréfléchie, illégitime et injustifiée», alors qu’en fait, celle-ci n’a que trop tardé, le chef du gouvernement, Nawaf Salam, ayant lui-même confirmé il y a quelques jours, ce que tout le monde sait depuis longtemps: les cadres des Gardiens de la révolution sont présents en force au Liban, avec pour seule mission de coordonner la guerre contre Israël, et bien avant le début du conflit militaire, d’organiser et de former les chefs et les combattants du groupe pro-iranien. Le plus grave dans les propos de ce chef religieux est le fait qu’il ait vu dans une décision officielle émanant du gouvernement «une provocation à l’encontre d’une composante libanaise», en allusion à la communauté chiite dont le Hezb se veut le représentant exclusif. L’expulsion du diplomate iranien, à la demande du gouvernement, se justifie notamment par le fait que l’ambassadeur Shibani a enfreint les dispositions de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques et a failli à ses obligations en s’immisçant dans les affaires intérieures du Liban, a expliqué le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué. Il a précisé que cette mesure n’implique pas une rupture des relations diplomatiques avec l’Iran, mais fait suite, selon le texte, à une série de comportements de l’ambassadeur, dont ses déclarations au sujet de la politique intérieure libanaise et son évaluation des décisions du gouvernement, toutes contraires aux règles diplomatiques. Le ministère des Affaires étrangères a en outre dit reprocher à Mohammad Reza Shibani ses rencontres avec des groupes libanais non officiels, sans passer par le ministère des Affaires étrangères, en allusion au Hezbollah. Le précédent d’Albert Moukheiber avec l’ambassadeur d’Egypte Il convient de rappeler à cet égard le précédent, dans l’Histoire contemporaine du Liban, de l’expulsion de l’ambassadeur d’Egypte à Beyrouth dans le contexte de la guerre civile de 1958. Albert Moukheiber était alors ministre des Affaires étrangères par intérim et avait décidé d’expulser l’ambassadeur d’Egypte accusé, comme dans le cas de l’ambassadeur d’Iran actuellement, d’ingérences déstabilisatrices dans les affaires intérieures libanaises. Intensification des frappes Ce développement est intervenu alors que sur le terrain, les tensions se sont intensifiées: les échanges de tirs ont repris avec violence entre Israël et le Hezbollah, dans le prolongement d’une escalade régionale dont l’un des éléments marquants mardi, est l’enlisement de l’Irak, tout comme le Liban, dans le conflit en cours: quinze combattants du Hachd al-Chaabi (milice pro-iranienne), dont un haut commandant, ont été tués ainsi mardi à l’aube, dans une frappe aérienne sur l’ouest de l’Irak, le bombardement le plus meurtrier contre cette alliance d’ex-paramilitaires qui a dénoncé une «attaque américaine». Parmi les victimes figure «le commandant des opérations d’al-Anbar pour le Hachd al-Chaabi, Saad Dawaï». Cette frappe dans le secteur de Habbaniya est intervenue lors d’une réunion du commandement, selon un responsable de l’alliance interrogé par l’AFP. Al-Anbar, région majoritairement sunnite, est la plus grande province irakienne en termes de superficie. Elle jouxte les stratégiques frontières syrienne, saoudienne et jordanienne. Illustrant la spirale dans laquelle l’Irak est aspiré avec le conflit régional, le Kurdistan autonome, dans le nord du pays, a accusé pour sa part l’Iran d’avoir tiré des missiles balistiques contre ses forces armées, tuant six soldats des Peshmerga. Dans les deux cas, il s’agit des attaques les plus meurtrières depuis le début de la guerre, le 28 février. Par le passé, l’Iran a tiré des missiles balistiques contre la région autonome, mais ces dernières années les relations s’étaient réchauffées. Avec la guerre, les dirigeants du Kurdistan se montrent prudents et tentent de préserver une certaine neutralité. Dans un communiqué, le ministère des Peshmerga dénonce «un acte d’agression (...) loin de tout principe de bon voisinage». «Nous réitérons notre droit souverain et légitime de riposter à toute agression contre notre peuple et notre territoire», a-t-il dit. L’Iran, qui vient de nommer Mohammad Bagher Zolghadr, un ancien commandant des Gardiens de la révolution et fidèle du défunt Ali Larijani, pour remplacer ce dernier à la tête du Conseil suprême de sécurité, a pour sa part poursuivi ses attaques contre Israël, alors que l’Arabie saoudite et le Koweït annonçaient dans le même temps faire face à des attaques de drones et de missiles. En riposte, l’armée israélienne a frappé une centaine de cibles, menant notamment une série de frappes aériennes sur Ispahan. Selon l’agence Fars, deux infrastructures énergétiques iraniennes ont été touchées par des frappes conjointes israélo-américaines, quelques heures seulement après l’annonce inattendue du président américain, Donald Trump de préserver certaines centrales électriques, pour cinq jours, le délai qu’il a accordé à Téhéran pour répondre aux conditions fixées pour des négociations. En Israël, une dizaine de missiles iraniens ont visé le nord et le centre du pays, faisant des blessés à Tel-Aviv, ce qui illustre, encore une fois, l’intensité de cette confrontation qui menace de s’étendre, en dépit de la perspective de négociations à venir entre Téhéran et Washington. Pourparlers et scepticisme À ce sujet, il serait intéressant de relever qu’en Israël, on continue de faire part d’un certain scepticisme quant à l’aboutissement d’éventuels pourparlers américano-iraniens, annoncés lundi par Donald Trump, qui s’est donné cinq jours pour progresser dans le dialogue engagé avec «un haut dirigeant iranien» qu’il n’a pas identifié, avant de reprendre les bombardements et de détruire notamment le réseau électrique iranien. Sur le plan diplomatique, des informations non confirmées relatives à des discussions bilatérales continuent d’émerger ici et là, alors que des médias affirment que l’armée américaine va déployer des troupes et des moyens militaires supplémentaires au Moyen-Orient. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, dont les objectifs de guerre ne sont pas toujours alignés sur ceux de son allié, a révélé que Donald Trump estimait possible «un accord qui (préserverait les) intérêts vitaux» d’Israël. Mais «parallèlement, nous continuons à frapper à la fois en Iran et au Liban». Ce à quoi, les pasdarans ont réagi, en affirmant qu’ils continueront de lancer des missiles contre Israël s’il «poursuit ses attaques contre le Liban et la Palestine». Des missiles iraniens dans le ciel libanais ont pu être interceptés mardi après-midi, alors que des informations contradictoires circulaient sur leur destination: l’ambassade américaine à Awkar ou Chypre? Toujours est-il que les débris sont tombés dans plusieurs zones du Kesrouan, sans faire de victimes. Côté iranien, le ministère des Affaires étrangères a uniquement reconnu avoir reçu, via des «pays amis», des «messages transmettant une demande américaine de négociations». Quelle que soit la portée réelle des initiatives diplomatiques à l’œuvre, le Qatar, l’Égypte et le Pakistan ont dit soutenir «tous les efforts» en faveur d’un dialogue. Si Doha a dit ne pas vouloir y participer, Islamabad s’est dit disposé à accueillir d’éventuels pourparlers américano-iraniens, affirmant avoir été sollicité à cette fin. Doha a aussi laissé entendre que les voisins de l’Iran devraient revoir collectivement leur système de sécurité. «Les États du Golfe, qui ont travaillé en étroite coordination (...) pour garantir leur sécurité, ont besoin de réévaluer (...) un cadre commun de sécurité régionale», a déclaré le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari. À Washington, la porte-parole de la Maison Blanche Karoline Leavitt n’a pas démenti les informations sur des initiatives diplomatiques pakistanaises. Mais elle a demandé que ces «spéculations» ne soient pas «considérées comme avérées» avant d’être officialisées par Washington. L’implication d’Islamabad aurait du sens, estime Michael Kugelman, expert de l’Asie du Sud à l’Atlantic Council. «Le Pakistan est l’un des rares pays à entretenir des relations chaleureuses à la fois avec Téhéran et Washington» et «il représente les intérêts diplomatiques de Téhéran à Washington», où l’Iran ne dispose pas d’ambassade. L’Égypte, elle, joue manifestement ses propres cartes. Son ministre des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, s’est entretenu avec des représentants de l’Iran, des États-Unis, de la Turquie et du Pakistan ces derniers jours, selon des communiqués officiels. Rubio en Europe Quoi qu’il en soit, à l’expiration du délai accordé par Donald Trump à l’Iran, vendredi, le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio, serait en France pour une réunion du G7, au cours de laquelle il devrait discuter avec ses homologues européens de la guerre en Iran et de la situation, en général, au Moyen-Orient. Il s’agira de son premier déplacement à l’étranger depuis que les États-Unis et Israël ont attaqué l’Iran le 28 février.

Le subit optimisme de Trump et les lignes de fracture iranienne
Par
Michel Touma
Publié
mars 23, 2026 - 21:42

Les milieux politiques dans le monde, et plus particulièrement les marchés internationaux, vivaient en ce lundi 23 mars dans l’angoisse des développements militaires qui risquaient de se produire à l’expiration, en soirée, de l’ultimatum lancé par le président Donald Trump au régime iranien, l’enjoignant d’assurer la libre circulation maritime au détroit d’Ormuz, faute de quoi il donnerait l’ordre de bombarder les centrales électriques et l’infrastructure énergétique en Iran. En réaction, Téhéran a menacé de s’attaquer aux installations énergétiques et vitales, notamment des stations de désalinisation de l’eau de mer, dans plusieurs pays du Golfe. La journée de lundi a ainsi débuté dans un climat particulièrement tendu jusqu’au moment où le chef de la Maison Blanche dévoilait subitement en début d’après-midi (heure de Beyrouth) que des discussions avaient été engagées durant le week-end avec « l’Etat iranien », a-t-il précisé sans aucune référence à la République islamique, afin d’aboutir à un « accord », dont il n’a pas indiqué les contours. Il s’est contenté de souligner dans ce cadre qu’il avait ajourné de « cinq jours » le bombardement des installations électriques et énergétiques, le temps que se décantent les pourparlers engagés avec le régime iranien. Dans une discussion à bâtons rompus avec des journalistes, le président US a dévoilé que les contacts avaient été entrepris avec « un haut responsable iranien très respecté », relevant à ce sujet qu’il ne s’agissait pas du nouveau Guide suprême, dont le sort, l’état de santé et l’emplacement demeurent d’ailleurs un mystère. En fin d’après-midi, des sources israéliennes dévoilaient que le « haut responsable » en question est le chef du Parlement iranien, Mohammed Bagher Ghalibaf, un ancien général des Gardiens de la révolution islamique et ancien chef de la police. Les médias israéliens et des sources américaines ont été jusqu’à souligner que des pourparlers formels étaient prévus à Islamabad, au Pakistan, entre M. Ghalibaf, d’une part, et le vice-président américain, M. Vance, et les négociateurs désignés par M. Trump. Mais nouveau coup de théâtre : peu de temps après l’annonce du président US, les médias proches des Pasdaran, ainsi que le ministère iranien des Affaires étrangères et des « sources autorisées » à Téhéran apportaient un démenti catégorique à tout contact, direct ou indirect, avec l’Administration US. A la suite du démenti rendu public par les Pasdaran, le principal concerné, le chef du Parlement, publiait lui aussi, en début de soirée, un communiqué affirmant qu’aucune négociation n’avait eu lieu avec Washington, ni directement ni par le biais d’un médiateur. Ce flottement apparu au niveau iranien a suscité moult interrogations. Le président Trump a-t-il eu des discussions avec une aile « modérée » du régime iranien, représenté en l’occurrence par le président du Parlement, sans que les Gardiens de la révolution n’y soient associés de près ou de loin ? Le démenti que se sont empressés de publier les Pasdaran a-t-il fait émerger au grand jour une nette ligne de fracture au sein du régime entre un courant pragmatique, qui prône un accord réaliste avec les Etats-Unis, et la faction radicale jusqu’au-boutiste qui refuse tout compromis et s’obstine à poursuivre le combat avec les Etats-Unis et Israël? Il a souvent été question ces dernières années d’un tel clivage entre deux courants « réformateur » et « radical » en Iran, mais au vu de la tournure prise par la guerre totale livrée par les armées américaine et israélienne contre le régime des mollahs, la fissure entre ces deux ailes du pouvoir, contrôlée avant la guerre par l’ayatollah Ali Khamenei, s’est sans doute élargie et pourrait avoir abouti, en toute vraisemblance, à une profonde fracture au sein du régime entre les « pragmatiques » et les « radicaux », surtout en l’absence d’un Guide suprême capable de se poser en arbitre et en ultime recours. Cette cassure et l’absence de l’autorité du walih el-faqih expliqueraient la rapidité avec laquelle les Pasdaran se sont empressés de démentir tout projet d’accord ou toute négociation entamée avec la partie américaine. Dans le but évident de discréditer et de vider de son contenu l’annonce faite par le président Trump, les Pasdaran et le ministère iranien des A.E. ont été jusqu’à affirmer que les propos tenus par le chef de la Maison Blanche ne constituent qu’une « manœuvre visant à faire baisser le prix du pétrole sur le marché international ». Que ce procès d’intention soit fondé ou pas, les révélations du président américain ont effectivement provoqué une chute rapide du taux du baril du West Texas Intermediate, pour livraison en mai, qui a perdu en quelques heures près de 7,4 % de sa valeur, chutant à 90,95 dollars. Dans ce cadre, certains observateurs soulignent que la nouvelle échéance de cinq jours, donc jusqu’à vendredi, fixée par le président Trump reflète une volonté de calmer les marchés durant toute cette semaine et d’endiguer le climat de panique qui était perceptible durant le week-end et lundi matin. Changement de régime? En tout état de cause, le président Trump a entretenu durant toute la journée et la soirée de lundi un net climat d’optimiste qu’il a accentué en fournissant les grandes lignes des pourparlers qui auraient été engagés avec le « haut responsable » iranien. Il a d’abord précisé que les contacts avaient été entamés « samedi soir », affirmant en outre qu’un « changement de régime » est en cours en Iran. « Il y a un changement de régime », a-t-il souligné, relevant à ce propos que tous les hauts responsables du pouvoir qui était en place avant la guerre ont été tués. Le président US a affirmé que « l’Iran veut aboutir à un accord » et que ses nouveaux interlocuteurs à Téhéran, qu’il a qualifiés de « très raisonnables », ont accepté de livrer leur stock d’uranium enrichi, de réduire sensiblement la portée de leurs missiles balistiques, de mettre un terme à l’enrichissement de l’uranium et donc de renoncer à se doter d’un armement nucléaire, et de s’abstenir de déstabiliser les pays du Moyen-Orient. Autant de concessions qui, si elles se confirment dans les faits et se concrétisent par un accord solide, équivaudraient à une capitulation totale. Les prochains jours permettront de lever les incertitudes sur ce plan. Dans l’attente, les opérations militaires, les pilonnages et les raids aériens se poursuivent intensément aussi bien dans plusieurs régions iraniennes qu’au Liban-Sud où l’armée israélienne a annoncé avoir fait prisonniers plusieurs membres de l’unité d’élite du Hezbollah, al-Radwane.

Tir de missiles contre Diego Garcia: l’Iran dévoile sa menace contre l’Europe

Trois développements majeurs, revêtant une indéniable dimension stratégique, ont marqué ces dernières vingt-quatre heures la guerre entre l’alliance américano-israélienne et la République des mollahs à Téhéran. L’Iran a ainsi lancé pour la première fois deux missiles balistiques de portée intermédiaire en direction de la base américano-britannique de Diego Garcia, située dans l’océan Indien, à quelque 4000 kilomètres de l’Iran. Les deux missiles n’ont pas atteint leur cible mais l’importance de ce tir réside dans sa signification d’ordre géopolitique. La portée des missiles iraniens était généralement estimée à 2000 kilomètres. Le fait que ces deux engins balistiques aient eu une portée de près de 4000 kilomètres constitue une preuve tangible que la République islamique œuvrait réellement à se doter d’un arsenal de missiles pouvant atteindre potentiellement des capitales européennes, dont notamment Paris et Londres, situées respectivement à 4200 et 4400 kilomètres de Téhéran. Une telle donnée apporte de ce fait un démenti cinglant à certains milieux et observateurs occidentaux qui mènent campagne contre la bataille engagée contre la République islamique en prétendant que le régime iranien ne constituait nullement une menace pour les pays européens et les intérêts occidentaux. Autre développement majeur intervenu en cette journée du samedi 21 mars : le bombardement par l’aviation américaine, pour la deuxième fois en trois semaines, de la centrale nucléaire de Natanz et de son centre d’enrichissement de l’uranium. Des bombes anti-bunkers ont été utilisées au cours de ce bombardement afin d’atteindre des cibles souterraines enfouies à de grandes profondeurs. Aucune fuite radioactive n’a été signalée à la suite de cette opération, a indiqué l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Samedi en milieu d’après-midi, l’aviation américaine survolait la zone d’Ispahan, où est située une autre centrale nucléaire d’importance. Vingt pays s’engagent pour débloquer Ormuz L’autre dossier qui a focalisé l’attention des chancelleries occidentales et des milieux économiques internationaux se manifeste au niveau des menaces que la République islamique fait peser sur la circulation maritime au détroit d’Ormuz. Le développement nouveau intervenu samedi sur ce plan est l’engagement pris par une vingtaine de pays, dont la France, les Emirats arabes unis, le Japon, le Canada et le Royaume uni, de se joindre aux efforts visant à assurer la réouverture du détroit d’Ormuz. Le président Donald Trump, convient-ils de relever sur ce plan, avait multiplié ces derniers jours son appel à une participation active des pays occidentaux à l’action préconisée pour garantir la libre circulation des navires sur cette voie maritime. Dans le cadre de leur contribution sur ce plan, les Etats-Unis ont acheminé dans la région des avions A-10 Warthog dotés d’un équipement militaire de pointe permettant de cibler de manière particulièrement efficace des embarcations constituant une menace à la circulation maritime. Parallèlement, les aviations américaines et israéliennes ont intensifié samedi et au cours des dernières vingt-quatre heures leur pilonnage des entrepôts de missiles et des rampes de lancement situés dans la zone du détroit d’Ormuz. L’ensemble de ces développements accréditent la thèse, rapportée depuis quelques jours, par divers milieux, selon laquelle l’armée américaine prépare un débarquement sur l’île iranienne de Kharg dont l’importance hautement stratégique réside dans le fait que 90 pour cent des exportations pétrolières iraniennes transitent par cette île qui bénéficie des eaux profondes permettant l’accostage de superpétroliers géants. L’armée israélienne poursuit sa progression au Liban-Sud Sur le front libanais, l’armée israélienne a poursuivi samedi sa lente, et prudente, progression en territoire libanais en occupant de nouvelles positions stratégiques qui lui permettraient de consolider son plan visant à établir une zone de tampon entre le Litani et la frontière avec le Liban. Ce grignotage du terrain, perceptible samedi plus particulièrement dans la région de Nakoura, s’accompagne d’un pilonnage intensif de plusieurs villages de la région méridionale. Parallèlement, des accrochages étaient signalés samedi dans la localité de Khiam où l’armée israélienne fait face à deux poches de résistance tenues par des miliciens du Hezbollah. Parallèlement, l’aviation de l’Etat hébreu a poursuivi dans la nuit de vendredi et la journée de samedi sont bombardement intermittent des infrastructures miliciennes du Hezbollah dans plusieurs quartiers de la banlieue-sud, dont notamment Haret Hreik et Bourj Brajneh.

Aoun stigmatise les agissements du Hezbollah dans le Golfe
Par
LevantTime .
Publié
mars 21, 2026 - 01:31

C’est au rythme des échanges de tirs de missiles entre l’Iran et Israël que le monde arabe et islamique a célébré, vendredi, la fête du Fitr, qui marque la rupture du jeun de Ramadan. Le président libanais Joseph Aoun s'est entretenu vendredi par téléphone à cette occasion avec son homologue émirati, Cheikh Mohamed ben Zayed Al Nahyane. Au cours de cet entretien le chef de l’Etat a "stigmatisé l'implication de certains partis politiques dans un complot de sabotage que les Emirats ont annoncé avoir déjoué aujourd'hui" (vendredi), selon un communiqué de la présidence libanaise, faisant référence aux accusations visant le Hezbollah. La milice pro-iranienne a de son côté rejeté vendredi les accusations "fallacieuses" des Emirats arabes unis qui ont annoncé l'arrestation d'au moins cinq membres d'un réseau terroriste lié à l'Iran et au Hezbollah, sur fond de guerre au Moyen-Orient. C'est la troisième fois cette semaine que le mouvement chiite nie tout lien avec des cellules démantelées dans des pays du Golfe. Le réseau du Hezbollah aux Emirats avait "cherché à infiltrer l'économie nationale et à mener des opérations extérieures menaçant la stabilité financière du pays" dans le cadre d'"un plan stratégique prédéfini, en coordination avec des parties externes liées au Hezbollah et à l'Iran", avait indiqué l'agence de presse officielle Wam, citant les services de sécurité des Emirats. Dans ce même contexte, le Hezbollah a démenti à deux reprises cette semaine toute présence au Koweït, après l'arrestation de 16 personnes accusées d'avoir planifié une opération de "sabotage". Les autorités koweitiennes ont fait état, par ailleurs, du démantèlement d'une cellule de dix personnes affiliées au Hezbollah qui préparait, selon l’émirat, "un complot terroriste visant des installations vitales". Au cours d’un entretien téléphonique avec l’émir du Koweït, le président Aoun devait également condamner les agissements du Hezbollah dans l’émirat. De son côté, l'ambassadeur des Etats-Unis à Beyrouth, Michel Issa, a salué la proposition du président Joseph Aoun d'entamer des négociations directes avec Israël pour mettre fin à la guerre contre le Hezbollah. M. Issa a néanmoins déclaré qu'Israël n’a pas « décidé de mettre fin à ses frappes ». "Le Liban doit décider s'il doit rencontrer les Israéliens dans ces circonstances", a-t-il ajouté. Par ailleurs, le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, a appelé vendredi l'Iran à des "concessions majeures". " Le régime iranien doit se résoudre à un changement radical de posture permettant la coexistence pacifique de l'Iran avec son environnement régional", a-t-il ajouté. La diplomatie française cherche en particulier à éviter un élargissement du conflit entre Israël et le Liban, entraîné par le Hezbollah dans une guerre qui ne le concerne pourtant pas. Jean-Noël Barrot a ainsi condamné «la décision inadmissible et irresponsable du Hezbollah» qui s'est joint «aux agressions iraniennes contre Israël», tout en réaffirmant la disponibilité de Paris à faciliter des pourparlers «directs», entre Tel Aviv et Beyrouth. Tel Aviv n’écarte toujours pas l’éventualité d’une incursion terrestre d’envergure que la France essaie donc d’éviter, alors que le Hezb continue de cibler le nord d’Israël. Le porte-parole militaire israélien a annoncé vendredi que Tel Aviv envisage d’accentuer la pression sur le Hezbollah et élargir au cours des prochains jours, ses opérations militaires terrestres au Liban-Sud. Il a précisé que l’armée israélienne a ciblé plus de 2000 objectifs de ce groupe, depuis qu’il a commencé à attaquer son territoire, et continuera de le faire. Depuis le début de la guerre lancée par l’axe Israël-Etats-Unis contre l’Iran, le 28 février, les autorités israéliennes répètent que leurs opérations militaires ne prendront fin que lorsque les objectifs fixés seront atteints: anéantir les capacités de l’Iran à produire des armes nucléaires et balistiques, affaiblir, sinon détruire le régime des Mollahs et ses proxies dans la région. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et le président américain, Donald Trump, ont tous deux réaffirmé qu’ils s’en rapprochent. A ces propos, les Gardiens de la révolution en Iran ont réagi en annonçant, vendredi, que Téhéran «poursuit, depuis le début de la guerre, la production de missiles», ne connaît pas de pénurie de stocks, et qu’ «il n’y a aucune inquiétude à ce sujet», selon l’agence Reuters. Ils ont dans le même menacé de cibler des responsables israéliens et américains. Cette menace en particulier, fait suite à l’élimination continue des cadres du commandement iranien. Les Pasdarans ont ainsi confirmé vendredi la mort de leur porte-parole, Ali-Mohammad Naïni, alors qu’Israël annonçait la liquidation d’un «commandant clé du ministère iranien du Renseignement, Mehdi Rastami Shmastan, lors d’une frappe ciblée, mercredi». Sur un autre plan, le Royaume-Uni a autorisé les Etats-Unis à utiliser des bases britanniques pour frapper des sites iraniens visant le détroit d'Ormuz dans le cadre d'"opérations défensives", une décision que Londres aurait dû prendre "beaucoup plus rapidement" selon Donald Trump. Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi a lui accusé sur X le Premier ministre Keir Starmer de mettre "des vies britanniques en danger en autorisant l'utilisation de bases britanniques pour mener une agression contre l'Iran".

Hausse de ton des pays arabes et islamiques contre l’Iran, qui doit «cesser ses attaques»

Alors que les combats sur le terrain au Liban-Sud continuent de faire rage, et que l’escalade se poursuit sur le front iranien, les yeux sont rivés vers Riyad en ce 19 mars: la capitale saoudienne a accueilli une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères des pays arabes et islamiques. Les États arabes du Golfe sont en effet la cible des missiles iraniens depuis le début de l’attaque israélo-américaine sur ce pays le 28 février dernier: sous couvert d’attaques contre les intérêts américains dans ces pays, les gardiens de la Révolution iranienne ciblent les infrastructures civiles et les villes, et continuent de menacer les infrastructures pétrolières. Le ton des interventions à l’issue de cette réunion à Riyad était particulièrement ferme, non seulement au sujet des missiles et des drones qui pleuvent sur le Golfe, mais aussi au sujet des menaces iraniennes de fermer le détroit d’Ormuz par lequel passe près de 20% du pétrole mondial, et notamment celui venant des pays du Golfe. Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Fayçal ben Farhan al-Saoud, a clairement exprimé le refus de tout chantage lié au détroit d’Ormuz, et a mis en avant «le droit des pays (du Golfe) à se défendre contre les attaques incessantes». Unanimement, les ministres réunis ont condamné «les attaques iraniennes totalement injustifiées, par missiles et par drones, sur des zones résidentielles», réaffirmant «le droit des États à la légitime défense, conformément à l’article 51 de la Charte des Nations Unies». Ils ont lancé «un appel à l’Iran pour qu’il mette immédiatement fin à ses attaques et respecte le droit international ainsi que les principes de bon voisinage», affirmant que «l’avenir des relations avec l’Iran dépend de son respect de la souveraineté des États et du principe de non-ingérence dans les affaires intérieures». Enfin, l’autre grand point ayant figuré dans le communiqué de cette réunion est «la condamnation de tout appui et aide à l’armement de milices dans les pays arabes», ce qui concerne directement le Hezbollah au Liban, le Hamas en Palestine, le Hached el-Chaabi en Irak ou encore les Houthis au Yémen. Ce qu’il faut retenir de ces déclarations est non seulement le ton ferme unanimement adopté par l’ensemble des pays arabes et islamiques, mais aussi l’isolement croissant dans lequel la stratégie adoptée par l’Iran depuis le début de sa guerre avec les États-Unis et Israël, qui repose sur la volonté manifeste de semer le chaos dans la région, commence à se retourner contre lui. Les ministres réunis ont également exprimé leur «appui à la sécurité et la stabilité du Liban, au monopole des armes aux mains de l’État et à la condamnation des attaques israéliennes contre son sol». Autant dire une ferme position à l’encontre des deux belligérants, le Hezbollah et Israël. Le Liban était présent à cette réunion en la personne de Joe Raggi, ministre des Affaires étrangères. Dans ses déclarations, celui-ci a appelé les pays arabes et islamiques à soutenir l’initiative du président Joseph Aoun en faveur de négociations directes avec Israël, une initiative lancée en vue de mettre fin à la guerre sur le Liban qui a déjà fait près d’un millier de morts et plus d’un million de déplacés. Jusque-là, ni Israël (et derrière lui les États-Unis) ni le Hezbollah (et le tandem chiite au Liban) ne montrent de bonnes dispositions à cet égard. Tout en condamnant les attaques israéliennes, le ministre libanais n’a pas omis de reprocher à l’Iran d’avoir entraîné le Liban dans la guerre par le biais du Hezbollah, une position à des années lumières de celle de ses prédécesseurs. Il a enfin réitéré la condamnation du Liban des attaques menées par Téhéran contre le Golfe. En marge de la réunion, le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad Chibani, a réaffirmé à son homologue libanais que son pays n’a aucunement l’intention d’entrer au Liban ni de s’ingérer dans ses affaires intérieures. Selon des informations diffusées dans les médias dernièrement, les États-Unis auraient demandé à la Syrie de s’impliquer dans la guerre en cours au Liban pour mettre le Hezbollah (un ennemi notoire du nouveau régime syrien) au pas, mais Damas aurait refusé. Pour la première fois, des missiles à longue portée Alors que les ministres arabes et islamiques sont réunis en Arabie saoudite, la diplomatie française s’active au Liban. Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot était attendu à Beyrouth jeudi en journée. La France, rappelons-le, soutient l’initiative du président Aoun en vue de négociations directes avec Israël et a proposé qu’elles se tiennent à Paris. Mercredi, des propos de l’envoyé du président français au Liban, Jean-Yves Le Drian, avaient fait des remous: dans un entretien télévisé, celui-ci a estimé que le Hezbollah est directement responsable de cette nouvelle escalade au Liban par son lancer de roquettes le 2 mars à l’aube, et qu’il agit pour le compte de l’Iran et nullement dans l’intérêt des Libanais, et certainement pas ceux du Liban-Sud. Il a cependant critiqué aussi les appels répétés au gouvernement libanais (notamment par les États-Unis) à désarmer le Hezbollah, faisant remarquer qu’Israël n’a pas pu le faire au cours d’années de conflit, et que le Liban ne pouvait donc pas s’acquitter de cette mission «en trois jours et sous les bombes». Dans ce contexte, la visite de Jean-Noël Barrot à Beyrouth, selon les observateurs, a peu de chance de faire une quelconque différence alors même que le terrain semble s’enflammer. Le temps de la diplomatie n’est de toute évidence pas encore venu. En effet, malgré un calme relatif ces dernières heures dans la banlieue-sud de Beyrouth et dans la capitale, le front du Liban-Sud connaît des combats féroces entre combattants du Hezbollah et armée israélienne, celle-ci ayant annoncé avoir tué une vingtaine d’entre eux ces dernières 24 heures. Le Hezbollah, lui, ne communique plus sur ses pertes humaines depuis l’escalade de mars 2026. La nouveauté de ces dernières heures est l’utilisation, par la formation chiite, de missiles balistiques à longue portée, qui auraient été tirés depuis la région de Baalbeck, dans la Békaa-nord, un autre de ses fiefs, pour la première fois non seulement au cours de ce conflit, mais durant le précédent aussi, en 2023-2024. Ces nouvelles armes changent totalement les règles du jeu, puisqu’elles élargissent le terrain des combats, obligeant probablement les Israéliens à changer de stratégie puisqu’il est clair que le Hezbollah ne se suffit plus de roquettes lancées à proximité des frontières. Le timing de ce développement, qui a lieu en parallèle avec l’assassinat d’importantes personnalités en Iran et une intensification des frappes américaines sur ce pays, pourrait s’expliquer par la nécessité d’occuper au maximum l’armée israélienne sur ce front libanais, en total mépris des pertes de vies et de biens dans l’intérieur libanais. Autre signe de l’emballement de ce front libanais et de l’animosité croissante des partisans de la milice contre un gouvernement libanais qui la considère désormais comme opérant illégalement: une série de cyberattaques sur différents sites internet de ministères libanais, dont celui de l’Information (qui a banni le mot «résistance» des médias publics). Le groupe de hackers, qui se fait appeler les Fatimides, une référence à l’histoire chiite, avait également attaqué le site de la MTV, média notoirement anti-Hezbollah, en début de semaine.

Israël s’emploie à isoler le sud du Litani
Par
LevantTime .
Publié
mars 18, 2026 - 20:06

A mesure que les jours passent, la recrudescence des opérations militaires augmente crescendo, rendant de plus en plus grave la guerre totale que les Etats-Unis et Israël livrent depuis le 28 février au régime des mollahs iraniens. Et cette escalade est manifeste à plus d’un niveau. Après l’élimination le 17 mars du chef du Conseil iranien de sécurité nationale, Ali Larijani (véritable homme fort du régime après l’assassinat du Guide suprême Ali Khamenei) et de Gholamréza Soleiman, commandant des Bassidj (la redoutable machine à répression de la population), c’était au tour du ministre du Renseignement, Ismaïl Khatib, d’être éliminé au cours d’un raid israélien. Sa mort a été confirmée mercredi, 18 mars, par les autorités officielles. Sur le plan des opérations militaires à proprement parlé, l’aviation américaine a entamé au cours des dernières vingt-quatre heures le bombardement intensif, au moyen des bombes anti-bunkers, des positions iraniennes et des entrepôts souterrains de missiles et de drones sur le littoral le long du Golfe persique. Plus de 200 missiles balistiques auraient été détruits au cours de l’une de ces frappes. Ce pilonnage vise manifestement à paver la voie à la réouverture du détroit d’Ormuz, ou tout au moins à diminuer sensiblement la capacité des Pasdaran à perturber la libre circulation des pétroliers à travers cette voie maritime stratégique. A ce propos, une importante unité de Marines, dotée d’une force de frappe sophistiquée, est attendue sous peu dans la région pour renforcer les capacités opérationnelles de l’armée US, notamment dans la zone du détroit d’Ormuz. Parallèlement, l’aviation israélienne a bombardé le plus grand champ (iranien) de gaz au monde. En représailles, le Corps des Gardiens de la Révolution a annoncé son intention de bombarder les installations pétrolières en Arabie saoudite, aux Emirats arabes unis et au Qatar. Il n’en fallait pas tant pour provoquer une nouvelle hausse du prix du baril de pétrole qui a atteint mercredi en fin de journée la barre de 109 dollars. Dans ce contexte, les ministres des Affaires étrangères des Etats du Golfe et des pays musulmans devaient tenir mercredi soir une conférence extraordinaire afin d’examiner les conséquences graves des agressions iraniennes contre plusieurs pays du Golfe. Le sud du Litani isolé du reste du pays Au niveau du « front libanais », l’armée israélienne a annoncé mercredi en début d’après-midi son intention de bombarder et de détruire les ponts et les voies de passage le long du Litani. Cette opération revient à isoler le sud du Litani du reste du pays, ce qui signifie, en termes militaires, l’instauration d’une zone tampon entre la frontière israélo-libanaise et la région méridionale du pays située au nord du fleuve. Selon certaines informations, ce déploiement israélien en territoire libanais pourrait s’étendre jusqu’au Zahrani, plus au nord. Cela permettrait à l’Etat hébreu d’imposer ses conditions dans toute négociation portant sur le retrait de ses troupes. Dans la capitale, la nuit de mardi à mercredi a été particulièrement chaude. L’aviation israélienne a ainsi bombardé à plusieurs reprises divers secteurs, notamment les quartiers de Zokak el-Blat et de Bachoura, où un immeuble de sept étages s’est complètement effondré sous l’effet de l’attaque aérienne. A Zokak el-Blat, le tir de l’aviation israélienne a provoqué la mort de Mohammed Cherri, directeur des programmes politiques de la chaine de télévision du Hezbollah, Al-Manar. Mercredi en fin de journée, une atmosphère lourde régnait dans la capitale sur fond d’appréhension quant à l’étendue du déploiement de Tsahal dans la zone méridionale du pays.

L’élimination de Larijani et du chef des Bassidj accentue la pression sur l’Iran

L’élimination par Israël du chef du Conseil suprême iranien de sécurité nationale, Ali Larijani, un des principaux hommes forts de la République islamique, et du commandant de la milice des Bassidj, la redoutable police iranienne, Gholamréza Soleiman, constituera sans doute un tournant dans la guerre entre l’Iran et l’axe Israël-États-Unis. Les deux ont été tués dans des raids israéliens ciblés sur la capitale iranienne, dans la nuit de lundi à mardi, a officiellement annoncé mardi en début de matinée, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz. Jusqu’en fin d’après-midi, Téhéran n’avait cependant ni confirmé ni infirmé ces informations. Les médias iraniens ont juste annoncé, une «prochaine intervention télévisée» d’Ali Larijani, (rappelant le scénario qui avait précédé l’annonce iranienne officielle de la mort de l’ancien guide suprême, Ali Khamenei, également tué dans des frappes israéliennes, le 28 février 2026) avant de diffuser un message manuscrit attribué à Larijani. Celui-ci était assorti d’une déclaration du nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, qui promet «la poursuite de la guerre jusqu’à la défaite des États-Unis et d’Israël». Voilà pour les faits. Pratiquement, Israël a asséné un nouveau coup dur à l’Iran, dont les effets ne se limitent cependant pas à la configuration de la structure militaro-policière de la République islamique. Après la liquidation d’Ali Khamenei, les dirigeants iraniens avaient certes fait savoir qu’ils avaient prévu une chaîne de remplaçants de quatre niveaux, au sein de cette structure. Un message destiné autant à Tel Aviv et Washington qu’au public iranien qui cherche désespérément à en finir avec la dictature criminelle des Mollahs. Sur le plan militaire, l’assassinat de Larijani met en relief, encore une fois, la suprématie de l’axe israélo-américain qui semble ainsi se rapprocher progressivement de ses objectifs de guerre: éliminer, sinon affaiblir substantiellement, le régime actuel à Téhéran et empêcher la République islamique de détenir ou de produire à l’avenir des armes balistiques ou nucléaire. Dans cette guerre, Tel Aviv et Washington gardent l’initiative stratégique, comme le montrent notamment les assassinats et les opérations militaires ciblés. Ils maintiennent de la sorte une pression constante ascendante sur Téhéran, qui reste dans une logique défensive suivant une méthodologie qui, contrairement à celle de ses deux adversaires, ne semble pas suivre une stratégie bien définie. Dix-huit jours après le début du conflit militaire, la République islamique poursuit ses attaques aériennes routinières contre des bases américaines, ainsi que des objectifs civils dans les pays du Golfe et continue de cibler Israël, simultanément avec le Hezbollah à partir du Liban. Selon l’AFP, l’ambassade des États-Unis a ainsi été attaquée deux fois, à quelques heures d’intervalle,lundi et mardi. Un projectile est également tombé sur un hôtel situé dans la même Zone verte ultra-protégée en Irak. Des drones iraniens ont en outre visé en fin de soirée l’un des principaux champs pétroliers du sud de l’Irak, à l’arrêt, et déjà pris pour cible vendredi dernier, toujours selon l’AFP. Mais même en perturbant la navigation des pétroliers et des navires-cargos dans le détroit d’Ormuz, au grand dam de Washington qui n’arrive pas à mobiliser ses partenaires européens pour assurer la sécurité de ce point stratégique pour le commerce international, Téhéran semble toujours incapable de provoquer le moindre point d’inflexion, de nature à modifier le cours de la guerre en cours, ou du moins, à amener les États-Unis à la table des négociations. Aussi, si l’on tient compte de ce dernier point, la liquidation d’Ali Larijani revêt une importance particulière sur le plan politique également, dans la mesure où elle confirme ce que le président Trump a répété à plusieurs reprises récemment, à savoir que des pourparlers avec Téhéran ne constituent pas une priorité pour le moment, celle-ci étant accordée à la concrétisation des objectifs fixés pour la guerre. Bien que faisant partie de l’aile dure du pouvoir en Iran, Ali Larijani, homme de confiance d’Ali Khamenei, assumait un rôle central dans les pourparlers que l’Iran menait au sujet du dossier nucléaire ou des relations avec les pays du Golfe. Sa disparition fait perdre à Téhéran un interlocuteur de taille auprès de la communauté internationale et affaiblirait éventuellement sa capacité de négociations (si jamais le régime parvient à se maintenir) dans un dialogue éventuel à venir dans le cadre du «nouveau Moyen-Orient» qui se dessine. «Nous sommes en train de façonner un nouveau Moyen-Orient, issu de la puissance», a réaffirmé mardi, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, cité par les médias israéliens. L’élimination du chef des Bassidj, la milice qui réprime dans le sang les manifestations populaires contre le régime des Mollahs en Iran, va également dans le sens des objectifs que l’axe israélo-américain cherche à atteindre: obtenir un changement en Iran. La disparition de son chef, alors que son successeur, qui qu’il soit, reste dans la ligne de mire israélienne, pourrait fournir aux Iraniens un levier pour reprendre leurs mouvements de protestation. La grande question reste cependant de savoir comment l’Iran va réagir au nouveau coup de massue qu’il vient d’encaisser. En fermant le détroit d’Ormuz dans une tentative d’accentuer la pression sur les États-Unis? En poussant son instrument militaire libanais, le Hezbollah, à intensifier ses frappes contre Israël? Celui-ci a jusque-là démontré, à part pousser Israël à détruire davantage les régions où il est implanté, qu’il est incapable d’aider son patron iranien à changer la donne. Bien au contraire, une intensification des opérations militaires du Hezbollah contre Israël ne ferait qu’accroître le risque d’une incursion terrestre israélienne d’envergure au Liban. Une option que Tel-Aviv évoque ouvertement depuis quelque temps et pour laquelle, selon les médias israéliens, il aurait mobilisé près de 450.000 réservistes. Dans cette logique d’escalade suicidaire, le Hezb risque ainsi de précipiter davantage le Liban dans une spirale de violence meurtrière, dans le seul intérêt de son patron iranien.

Trump rappelle la véritable portée de la guerre contre le régime des mollahs

La guerre en Iran est rentrée dans sa troisième semaine et, au stade actuel, les deux camps en présence, la coalition américano-israélienne, d’une part, et la République islamique iranienne, d’autre part, se livrent à une escalade militaro-politique qui parait aller crescendo. Le président Donald Trump a ainsi haussé le ton face à ses alliés occidentaux pour surmonter leurs réticences concernant la mise sur pied d’une vaste coalition qui prendrait en charge la sécurité de la voie maritime du détroit d’Ormuz. Le chef de la Maison Blanche a été jusqu’à souligner que si les alliés des Etats-Unis maintiennent leur refus d’envoyer une force navale militaire pour sécuriser le détroit d’Ormuz, les conséquences sur l’OTAN pourraient être fâcheuses. Dans l’après-midi de lundi, le président Trump devait rappeler à l’opinion publique le véritable enjeu de la guerre actuelle lancée contre le régime des mollahs. Il a notamment relevé à ce sujet, à l’attention de ceux qui n’ont pas saisi la véritable portée de ce conflit : « Ce qui se passe actuellement est mineur en comparaison avec les années de terrorisme exercé par le régime iranien ». Et le chef de la Maison Blanche d’ajouter que « le régime iranien a été anéanti ». Si sur le plan militaire certains pays occidentaux se montrent, pour l’heure, réticents à s’engager directement dans le conflit armé, au niveau politique, par contre, l’heure est à l’escalade verbale. Le président Emmanuel Macron est ainsi entré en contact avec son homologue iranien, Massoud Pezechkian, à qui il a exprimé ses vifs griefs au sujet des agressions iraniennes perpétrées contre la France et les pays voisins de l’Iran. Pour sa part, le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a souligné « l’appui total » de l’Allemagne aux Etats-Unis et à Israël dans le conflit en cours, affirmant qu’« il est clair que le régime iranien constitue un danger pour ses voisins, pour l’ensemble de la région, pour la liberté de navigation et pour le développement économique global ». « Ce danger ne doit pas continuer à exister », a relevé le ministre allemand. Le gouvernement britannique a réaffirmé de son côté ses critiques à l’égard du régime iranien, précisant qu’il entreprend des contacts avec des pays européens afin de garantir la sécurité du détroit d’Ormuz. Des contacts diplomatiques seraient effectivement en cours entre les chancelleries occidentales pour assurer la sécurité de la navigation maritime et garantir les exportations pétrolières sans encombre. Cette question paraît d’autant plus vitale que le blocage du détroit a eu pour conséquence, prévisible, une flambée du prix du pétrole sur le marché international, frôlant la barre de 110 dollars le baril. Notons dans ce contexte que certains réseaux sociaux ont rapporté lundi matin des informations faisant état de la mise en service par l’Arabie saoudite d’un pipeline construit dans le désert saoudien et débouchant sur la mer Rouge. Ce pipeline aurait été construit, affirment les sources précitées, il y a de nombreuses années afin de constituer une voie de substitution au détroit d’Ormuz en cas de conflit. L’escalade militaire Au niveau des opérations militaires, la nuit du dimanche 15 mars et la journée du lundi 16 mars ont connu une nette escalade sur tous les « fronts ». L’aviation israélienne a ainsi lancé des raids intensifs contre les infrastructures du régime iranien à Téhéran. Dans le même temps, la banlieue-sud de Beyrouth et plusieurs secteurs de la région méridionale étaient la cible de très violents bombardements aériens. Les raids de l’aviation israélienne assuraient semble-t-il une couverture à un nouveau déploiement d’unités blindés de Tsahal dans certaines zones du sud où des accrochages avec des miliciens du Hezbollah étaient en outre signalés. Il convient d’indiquer dans ce cadre que le ministre israélien de la Défense a annoncé lundi la couleur en soulignant sans détour que Tsahal a entamé au Liban-Sud une opération d’envergure visant à détruite toute l’infrastructure du Hezbollah dans la zone méridionale du Liban. Il a ajouté que les habitants des villages du sud du Litani ne retourneront chez eux que lorsque la sécurité de la population du nord d’Israël sera garantie. Parallèlement, les tirs de missiles et les attaques aux drones se sont intensifiés contre les pays du Golfe. L’Arabie saoudite a indiqué lundi, en début d’après-midi, avoir intercepté dans la nuit de dimanche et la matinée de lundi non moins de 60 drones. Les Emirats arabes unis n’ont pas été épargnés et le trafic aérien à l’aéroport international de Dubaï a été momentanément interrompu en raison d’un incendie provoqué à proximité par un tir de missile. Les environs de l’aéroport de Bagdad n’ont pas été en reste et ont été pris pour cible par des drones et des missiles iraniens. Signalons, enfin, que le régime des mollahs a adressé « aux musulmans du monde et à tous les pays musulmans » un message dans lequel il les exhorte à prendre clairement position au sujet du conflit actuel. Le pouvoir iranien a en outre menacé de s’en prendre aux « entreprises américaines » au Moyen-Orient.

L’île de Kharg, nouvelle carte maîtresse aux mains de Trump
Par
Michel Touma
Publié
mars 14, 2026 - 17:28

La guerre entre la République islamique iranienne, d’une part, et l’axe américano-israélien, incluant par ricochet l’Europe et les pays du Golfe ainsi que la Turquie, d’autre part, achève, en ce samedi 14 mars, sa deuxième semaine. Cette première phase du conflit a été axée essentiellement, côté occidental, sur l’élimination, dès les premières heures de l’offensive, le 28 février, d’une quarantaine de membres du haut commandement militaire et politique iranien, dont le Guide suprême Ali Khamenei, suivie d’un matraquage aérien massif et continu visant à détruire les infrastructures militaires et administratives du régime. Côté iranien, les opérations militaires ont consisté en des tirs de missiles balistiques et de drones dirigés contre le territoire israélien, mais également contre les pays du Golfe, parallèlement à la réactivation, à l’aube du 2 mars, du front du Liban-Sud. La fin de cette deuxième semaine de guerre a été marquée par un développement majeur d’une grande portée stratégique : le bombardement par l’aviation américaine des installations militaires et civiles et de la structure de défense aérienne de l’ile iranienne de Kharg, située au nord du Golfe persique, à une vingtaine de kilomètres des côtes iraniennes. Qualifiée souvent de « joyau de la couronne » de l’industrie pétrolière iranienne ou aussi de « talon d’Achille énergétique » de l’Iran, l’île de Kharg a de tout temps représenté le véritable poumon économique de l’Iran. Et pour cause : près de 90 pour cent des exportations pétrolières de l’Iran passent par cette île, facilement accessible par les grands superpétroliers du fait qu’elle bénéficie d’eaux profondes, contrairement aux autres ports. L’île offre en outre une infrastructure qui permet d’accueillir plusieurs superpétroliers de manière concomitante et de stocker non moins de 35 millions de barils de pétrole. L’importance hautement stratégique de l’île de Kharg a permis au président Donald Trump de se doter d’une carte maîtresse dans le bras de fer apparu il y a quelques jours autour du détroit d’Ormuz et des velléités des Pasdaran de bloquer la libre circulation maritime sur cette voie de transport vitale. Le chef de la Maison Blanche a ainsi clairement souligné, samedi, que l’aviation américaine a effectivement détruit les installations militaires, aériennes et maritimes de l’île mais s’est abstenue de s’attaquer à l’infrastructure pétrolière. Pour le président Trump, l’équation est claire : si le régime iranien s’emploie à fermer le détroit d’Ormuz, l’aviation US détruira les installations pétrolières de Kharg, ce qui aura pour conséquence de provoquer l’asphyxie économique et financière de la République islamique. Les exportations pétrolières représentent en effet la principale source de revenus de l’Iran. Pour joindre l’acte à la parole, l’armée américaine a décidé de dépêcher en renfort dans la région du Moyen-Orient et du Golfe 2500 Marines, ce qui a accentué les rumeurs qui circulaient, samedi, sur un possible débarquement US à Kharg afin de régler le problème du détroit d’Ormuz. Il parait évident dans ce contexte que l’issue de cette délicate partie de bras de fer aura un impact certain sur le prix mondial du pétrole et par conséquent sur le prix de l’essence à la pompe et des produits de grande consommation. Cette retombée se fait déjà ressentir du fait que l’Iran poursuit ses tirs de missiles contre les pays pétroliers du Golfe, dont notamment les Emirats arabes unis où l’activité au port de Foujeira a été interrompue samedi en raison d’un incendie provoqué par un tir de missile. Les autres « points chauds » Au niveau des autres « points chauds » du conflit, la nuit de vendredi et la journée de samedi ont été marqués par les désormais traditionnels raids aériens et les tirs de missiles, prenant pour cible la banlieue-sud et plusieurs villages du Liban-Sud, ou aussi le nord d’Israël et la Galilée. Parallèlement, l’armée israélienne a poursuivi sa lente avancée dans certains secteurs de la région méridionale du pays. Le ministre israélien de la Défense a souligné à ce propos que « le conflit est rentré dans une nouvelle phase », ce qui accrédite la thèse d’une possible occupation prolongée par Israël de la zone du Liban-Sud située au sud du Litani. Au niveau régional, l’ambassade des Etats-Unis à Bagdad a été la cible d’un tir de missiles qui a provoqué de légers dégâts matériels, tandis que le gouvernement irakien annonçait l’adoption de mesures spéciales visant à empêcher toute nouvelle agression contre les intérêts français en Irak, comme ce fut le cas il y a deux jours.