
Les dernières 24 heures au Moyen-Orient en guerre sont une parfaite illustration de la cohabitation absurde entre les combats qui se poursuivent à un rythme effréné, et les rumeurs de tractations en cours entre Américains et Iraniens. Même si les frappes israélo-américaines sur les infrastructures militaires et civiles iraniennes se poursuivent sans relâche, et que des milliers de Marines doivent être déployés au M-O dans les prochains jours, une publication dans des médias dignes de foi d’une liste de quinze points exigés par les Américains pour négocier avec les Iraniens a été au centre de l’actualité depuis mardi soir, avec une médiation pakistanaise, turque et autres. Les frappes sur les infrastructures énergétiques de la République islamique, comme l’avait menacé le président américain Donald Trump, dimanche, semblent pour l’instant retardées. Selon des médias tels que le New York Times et la chaîne 12 israélienne, les quinze points de la proposition américaine, évoquent essentiellement le nucléaire, exigeant la fin de l’enrichissement de l’uranium et le démantèlement des différentes installations nucléaires, ainsi que la limitation de la production de missiles balistiques et une réouverture totale du détroit d’Ormuz. L’un des points qui concerne le Liban et d’autres pays de la région, comme l’Irak, porte sur l’arrêt par l’Iran du soutien aux «proxys», comme le Hezbollah ou le Hached el-Chaabi (milice irakienne pro-iranienne contre laquelle les frappes américaines s’intensifient ces jours-ci). Si ces points font office de bâton, la carotte est une promesse de levée des sanctions internationales (à condition qu’elles puissent être rétablies en cas de non-conformité à l’accord) et une aide au développement. En contrepartie, toujours selon certains médias, l’Iran aurait posé des conditions, dont la levée des sanctions, la garantie d’une fin effective de la guerre, le contrôle sur le détroit d’Ormuz, le maintien du programme de missiles et des compensations pour les dégâts de guerre. On remarque qu’il n’y est pas fait mention du programme nucléaire iranien, et que le seul allié figurant dans cette liste est le Hezbollah libanais, pour lequel les futurs négociateurs iraniens demanderaient un arrêt des frappes israéliennes. Des conditions «exagérées» Au-delà de ces fuites dans les médias, les déclarations publiques, elles, montrent une «exubérance» américaine, comme le reflète la déclaration faite mardi soir par le président US qui a fait état d’un «très gros cadeau» que les Iraniens lui auraient fait, sans préciser lequel. Il a également assuré que les Iraniens voulaient un accord coûte que coûte. Cependant, ces espoirs naissants de négociations ont rapidement été douchés par les propos d’une «source iranienne officielle» qui a déclaré à la télévision d’État, mercredi dans l’après-midi, que les conditions américaines sont «exagérées», que l’Iran «ne permettrait pas à Trump de décider de la fin de la guerre» et que Téhéran continuait à se battre. Franc refus ou montée des enchères en vue des négociations à venir? Le sort de cette initiative devrait s’éclaircir d’ici la fin de la semaine, qui est le délai posé par Trump lui-même. Le front interne enflammé Entre-temps, au Liban, les tensions restent à leur comble, autant sur le front du Sud que dans l’arène politique. Les affrontements et les échanges de tirs se poursuivent au sud du Litani entre l’armée israélienne et le Hezbollah, qui a lancé des centaines de drones et de roquettes contre les soldats de l’État hébreu, en territoire libanais et israélien. Si le ministre israélien de la Défense Israel Katz a affirmé avoir approuvé un nouveau plan d’élargissement des opérations au Liban, ces propos se traduisent en actions sur le terrain: la grande nouveauté de ce mercredi matin, 25 mars, est l’avancée des forces israéliennes vers le village (chrétien) de Debl, dans le caza de Bint Jbeil. Si les miliciens du Hezbollah mènent bataille sur le front (qu’ils ont ouvert eux-mêmes…), ils peuvent de moins en moins compter sur une solidarité interne au Liban. L’affaire de l’ordre d’expulsion de l’ambassadeur d’Iran au Liban, décidé par l’Etat, continue de s’envenimer, notamment du côté des partis chiites, Amal et le Hezbollah. Après un virulent communiqué du Hezbollah la veille, c’était au tour d’Amal, mercredi, de publier un communiqué pour «appeler les responsables officiels à revenir sur l’ordre d’expulsion de l’ambassadeur de la République islamique d’Iran, afin d’éviter au pays une crise politique et nationale». Cette décision est mue par des soupçons d’ingérences dans les affaires internes de l’ambassadeur en question, Mohammad Reza Shibani, qui n’a toujours pas présenté ses lettres de créances au président de la République Joseph Aoun. Une décision qui fait écho aux rapports selon lesquels les Gardiens de la révolution iranienne sont présents en nombre au Liban, munis de faux passeports, afin de diriger eux-mêmes le Hezbollah, privé de ses commandants historiques depuis 2024. Ces informations ont été reprises par le Premier ministre Nawaf Salam dans une récente interview. Bien que saluée par de nombreuses voix au Liban et à l’étranger, cette mesure risque d’ébranler le gouvernement qui tient une réunion jeudi à 15h au Grand sérail (donc présidé par le Premier ministre et non pas par le président Aoun). La ministre de l’Environnement Tamara Zein a déjà donné le ton mardi soir, lors d’un entretien télévisé, lorsqu’elle n’a «pas exclu un retrait des ministres chiites du gouvernement». Selon les informations de la MTV, les contacts vont bon train pour empêcher l’implosion du cabinet, probablement par la suggestion d’une porte de sortie dont le Liban a le secret, soit par un changement d’ambassadeur, ou encore par la prolongation du délai d’expulsion (qui devrait expirer dimanche soir). Ajoutée aux menaces récurrentes proférées par des cadres du Hezbollah (Wafic Safa et d’autres), parallèlement aux tensions résultant de la décision gouvernementale de considérer comme illégales les opérations militaires du parti, et à la polémique autour de la proposition du président Aoun concernant les négociations directes avec Israël, cette nouvelle querelle vient envenimer encore plus les relations entre une milice toujours armée et le reste des parties politiques. L’atmosphère est si tendue que les fantômes de la guerre civile semblent se réveiller, nourris par la crainte d’une nouvelle occupation israélienne de vastes territoires au Sud, qui a déjà provoqué un important déplacement de population. Des craintes auxquelles le président de la République a tenté de répondre en disant «qu’il n’y a pas de nouvelle guerre civile» au Liban, dans un entretien avec le quotidien an-Nahar . Dans cette atmosphère tendue est venu se greffer un nouveau message du secrétaire général du Hezbollah Naïm Qassem, mercredi. Pour la deuxième fois consécutive, celui-ci n’a pas fait d’apparition, même enregistrée, et son (court) message a été lu par un tiers sur la chaîne du parti al-Manar. Sans s’attaquer frontalement à l’affaire de l’expulsion de l’ambassadeur d’Iran, Qassem a estimé que «toute négociation sous le feu est une capitulation», appelant à «l’union nationale contre le projet israélo-américain qui mènera au Grand Israël, faisant disparaître le Liban». Fidèle à sa logique, Qassem estime que le monopole des armes aux mains de l’État «est un affaiblissement du Liban», mettant en garde le gouvernement «contre des décisions qui servent les intérêts d’Israël même si l’intention est autre», soulignant «ne pas douter une seconde de la victoire de la Résistance».









