


La nuit du vendredi 6 au samedi 7 mars a été marquée par une intrusion israélienne héliportée dans un village de la Békaa, dont l’objectif apparent était la recherche des restes de Ron Arad, aviateur israélien disparu en 1986 après que son avion avait été abattu.
Les habitants de plusieurs régions libanaises, notamment le Mont-Liban, ont entendu le bruit incessant de l’aviation israélienne à basse altitude toute la nuit de vendredi à samedi. L’action, elle, se déroulait dans un village de Baalbeck dans le nord de la Békaa, Nabi Chit, qui a été le théâtre de l’opération d’une unité de commando.
En pleine nuit, la présence des soldats sur le terrain a attiré l’attention de membres du Hezbollah et d’habitants de la région. Une confrontation a, de ce fait, eu lieu dont le bilan a été particulièrement lourd côté libanais, avec non moins de 41 morts et autant de blessés (selon le ministère libanais de la Santé) et une scène de dévastation totale dans le village, comme l’ont montré des vidéos qui ont circulé samedi en matinée. En effet, pour faire évacuer ses soldats, l’aviation israélienne a fortement bombardé la localité.
Si le Hezbollah a relaté cette confrontation dans l’un de ses communiqués, assurant avoir «repoussé» une incursion, l’explication est venue de l’armée israélienne un peu plus tard: il semble que des informations fournies par un membre du Hezbollah retenu prisonnier par Tel Aviv ait mis les Israéliens sur la piste d’indices sur le sort du pilote disparu en 1986 au Liban, Ron Arad. Selon un message du porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Avichay Adraee, les restes de Ron Arad n’ont pas été retrouvés sur le site. M. Adraee a précisé que l’opération n’a pas fait de victimes dans les rangs des militaires impliqués. La recherche des restes d’un homme disparu depuis 40 ans, aussi importante soit-elle, suffit-elle à expliquer cette dangereuse opération ou y aurait-il une justification plus rationnelle encore non-révélée?
Le plus grave dans l’affaire est l’implication de l’armée libanaise dans l’incident, puisque trois de ses soldats comptent parmi les morts. L’armée a précisé dans un communiqué que ses patrouilles avaient repéré un mouvement inhabituel des hélicoptères israéliens alors même que les bombardements violents se poursuivaient dans les villages environnants. Toutefois, les échanges de tirs ont surtout eu lieu avec les «habitants» de la région, selon le texte.
Casques bleus blessés
L’autre importante nouvelle de ces dernières 24 heures est le ciblage d’une position de la Finul à la frontière libano-israélienne, qui a fait des blessés parmi les Casques bleus ghanéens. L’ONU a réagi avec force, mettant en garde contre des débordements au Liban-Sud.
Par ailleurs, les bombardements israéliens précédés – ou non – d’avertissements sur les réseaux sociaux se poursuivent de manière quasiment incessante sur la banlieue-sud de Beyrouth, et sur les régions du Liban-Sud et de la Békaa.
Et les ordres d’évacuation se poursuivent des deux côtés: le dernier en date lancé par les Israéliens concernait une nouvelle fois toute la zone au sud du Litani, particulièrement celle de Tyr. La ville a été un peu plus tard la cible d’un bombardement dévastateur. Le Hezbollah a riposté en appelant les habitants des colonies de Nahariya et de Kiryat Shmona (à quelques kilomètres de la frontière avec le Liban) à évacuer les lieux.
Le lancement de roquettes, missiles ou drones du côté du Hezbollah n’a pas cessé, attirant des représailles de plus en plus violentes sur les régions libanaises. Et ce, malgré les décisions du gouvernement libanais de considérer comme «illégales» ces activités: à ce titre, les sources du ministre de la Justice, Adel Nassar, indiquent qu’il «étudie» la possibilité d’engager des poursuites contre le secrétaire général du Hezbollah Naïm Kassem. À suivre.
Comme il le fait presque quotidiennement, le ministre israélien de la Défense Israël Katz a lancé des menaces contre le Liban, nommant cette fois le gouvernement libanais directement, et l’exhortant à désarmer le Hezbollah pour ne «pas payer un très lourd tribut».
Pour sa part, la représentante de l’ONU au Liban, Jeanine Hennis-Plasschaert, a appelé à des pourparlers directs entre le Liban et Israël, à un moment où le bruit de bottes couvre de loin les voix de la diplomatie.
Un discours et son contraire
Du côté de l’Iran, l’événement le plus marquant de ces dernières heures a été le discours presque surréel du président iranien, Masoud Pezeshkian, dans lequel il «s’excuse» auprès des pays voisins pour les frappes contre leur territoire. Il a annoncé par le fait même une «suspension» de ces frappes, «sauf si une attaque est lancée à partir de ces pays».
Comme pour démentir ses propos, les attaques iraniennes contre les pays du Golfe ont été particulièrement virulentes ces dernières heures. On retiendra notamment les missiles ayant visé de plein fouet l’aéroport de Dubaï, ce qui a entraîné la suspension des vols de et vers cet aéroport. Non moins de dix drones ont également été lancés vers le Qatar presque au même moment. Et le Bahreïn dit avoir intercepté des dizaines de missiles et de drones.
Les Gardiens de la Révolution ont, pour leur part, revendiqué des attaques contre le Kurdistan irakien. Notons sur ce plan que l’aviation américaine et israélienne a bombardé samedi des positions du régime des mollahs à la frontière irako-iranienne. Ce bombardement intervient alors qu’il est de plus en plus question d’une offensive terrestre, vers l’Iran, des opposants iraniens kurdes en poste en Irak.
En tout état de cause, les «excuses» du président Pezeshkian aux pays du Golfe et l’engagement qu’il a pris que les tirs de missiles contre ces pays ne se répèteront pas ont été démenti par les nouveaux tirs de missiles lancés samedi matin contre le Qatar, Bahreïn et Dubaï, où l’aéroport a été pris pour cible, ce qui a interrompu momentanément le trafic aérien. L’apparente contradiction entre les propos de Pezeshkian et la pratique sur le terrain est-elle une tactique ou l’indice d’un schisme réel qui commence à apparaître au sein du régime, déjà fortement ébranlé par l’offensive américano-israélienne?
Quoi qu’il en soit, l’Iran continue d’être pilonné avec violence pour la huitième journée consécutive. Israël a annoncé avoir mené une offensive avec 80 avions de combat qui ont mis hors service les différents aéroports.
Et le président américain Donald Trump, comme pour répondre au président iranien qui a assuré que son pays «ne se rendrait jamais», a menacé l’Iran d’une intensification des frappes, promettant pour samedi «une frappe très dure», sur des «zones et des groupes encore jamais ciblés». Des heures chaudes en perspective.